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Rencontre avec Chabathéo, créateur de Delestron

Delestron, anti super-héros né sur les réseaux sociaux pour dénoncer les coupures intempestives d’électricité, est depuis devenu un véritable phénomène de société. Adoubé par les internautes ivoiriens friands d’humour, le super-héros « qui coupe le courant dans votre vie » a fait le buzz et est devenu le symbole des difficultés énergétiques auxquelles le pays est en proie. Un succès qui est désormais matérialisé par une bande dessinée parue chez TheBookEdition. A l’occasion du salon international du livre d’Abidjan, nous avons rencontré Chabathéo, le créateur de ce personnage, avec qui nous sommes revenus sur l’évolution de Delestron.

Avant toutes choses, Chabathéo présentez-vous à nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas ou peu.

Chabathéo: Bonjour à tous. Mon nom est Chabathéo. A l’état-civil c’est Charles Dadié. Je suis l’auteur de Delestron. Delestron est né sur les réseaux sociaux et aujourd’hui, Delestron est physique, à travers une bande dessinée intitulée Le Châtiment. C’est un titre qui pousse à la réflexion. Pourquoi Le châtiment? Parce que Delestron trouve que nous utilisons mal l’électricité, nous gaspillons l’énergie, nous faisons des branchements anarchiques un peu partout. Au final ça crée des court-circuits et Delestron trouve cette situation anormale. Ce qu’il trouve encore plus aberrant est que nous sommes un pays subsaharien, avec suffisamment de soleil et de vent, et nous n’investissons pas dans les énergies renouvelables. Delestron a donc piqué une colère noire et a décidé de nous plonger dans le noir pour que nous puissions prendre conscience et comprendre l’importance de l’électricité. C’est ça la mission de Delestron. Il n’est pas mauvais en tant que tel. Au début quand on entend parler de Delestron, on dit « Lui c’est celui qui coupe le courant ». Mais il a une intention bien claire. Il coupe l’électricité pour que nous prenions conscience que c’est un denrée rare que nous devons préserver.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité de Délestron sur les réseaux sociaux, pouvez-vous nous rappeler la genèse du personnage? Comment il a été conçu?

C: Delestron est né au lendemain des coupures intempestives d’électricité qui ont touché les communes d’Abidjan. Avant ces coupures, la CIE (Compagnie Ivoirienne d’Électricité NDLR) avait réalisé une campagne publicitaire mettant en scène deux super-héros dont la mission était de rétablir l’électricité. Juste après cette campagne, on a constaté que les coupures devenaient très fréquentes. Cette situation m’a interpellé et j’ai donc imaginé un troisième super-héros plus fort que les deux autres. C’est ainsi qu’est né Delestron. Au départ, on pensait que c’était juste pour titiller ou jeter l’opprobre sur la CIE mais ce n’était pas le but. Delestron est un personnage qui a un objectif bien défini comme je le disais. Il pense que l’électricité est une denrée rare et il entend nous faire réaliser que nous ne sommes pas encore énergétiquement suffisants. Nous ne pensons pas à diversifier nos sources d’énergies. Il intervient donc et il plonge toute la ville dans le noir pour que nous comprenions la nécessité de repenser notre politique énergétique.

Merci pour cet éclaircissement. Delestron ça a certainement démarré comme un canular ou une petite blague, mais finalement il a fait les gros titres et vous avez même eu droit à un article dans Jeune Afrique notamment. Vous attendiez vous à un succès d’une telle ampleur?

C: Oh pas du tout! Au début c’était pour rire. Vous savez je fais souvent des dessins, des croquis… Quand vous arrivez chez moi il y a plein de croquis qui traînent partout…

Oui parce que vous êtes dans le domaine de la publicité si je ne m’abuse…

C: Oui je suis publicitaire mais à la base je suis dessinateur. Je suis diplômé de l’école des beaux-arts d’Abidjan. Au début, j’ai juste fait un croquis pour m’amuser. Ça a ensuite pris de l’ampleur parce que les ivoiriens commençaient à en avoir marre de ces coupures d’électricité, ils ont vu en Delestron celui qui a eu le courage d’exprimer tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Ceci explique un peu le succès du personnage. J’en suis moi-même le premier surpris.

Quand j’ai appris sur votre page Facebook que vous aviez l’intention de sortir une bande dessinée avec ce personnage, j’ai tout de suite adhéré. Mais comment l’idée de la bande dessinée est-elle née? Du personnage virtuel à la bande dessinée, la transition a t-elle été difficile ou cela s’est fait naturellement?

C: Cela s’est fait naturellement parce qu’à la base, quand j’entrais aux beaux-arts, mon rêve était de faire des bandes dessinées. Mais à l’époque, en 2002 quand je finissais mon diplôme, il était difficile d’en vivre. Je me suis donc rabattu sur la publicité. Toutefois, ce projet a vu le jour grâce à la rencontre d’autres personnes, à l’apport d’autres bédéistes, de gens qui aiment la bande dessinée. Nous avons donc constitué une équipe que nous avons baptisée La bande à Delestron. Vous pouvez les voir à la fin du premier volume des aventures de Delestron. J’ai d’ailleurs un d’entre eux avec moi ici, il s’appelle Yapsi (Il lui fait signe pour que nous puissions faire plus ample connaissance).

Yapsi, présentez-vous à nos lecteurs puisque vous êtes moins médiatique que Chabathéo. Ce sera l’occasion pour le grand public de vous découvrir et d’évoquer votre collaboration.

Yapsi: Moi c’est Yapsi. Franchement cette collaboration fut un plaisir pour moi en tant qu’artiste et en tant que bédéiste. La bande dessinée est un art qui n’est pas très prisé, mais il s’est trouvé que mon cher frère (Il désigne Chabathéo) a eu une idée géniale avec la création de ce personnage. On a estimé qu’il fallait le transcrire dans notre art. Lui (Chabathéo) et moi sommes amis de longue date. On a fait les beaux-arts ensemble. Utiliser notre art pour exprimer, pour donner une nouvelle dimension à son idée fut une expérience formidable. Je n’ai pas hésité quand il m’a contacté. On a sollicité d’autres personnes pour nous prêter main-forte, comme vous voyez, c’est toute une équipe. On a travaillé d’arrache-pied. Ce ne fut pas facile. La bande dessinée est un art difficile et il y a peu d’ouverture au niveau du marché. Du coup personne ne veut s’engager. Mais nous avons pris le risque de le faire parce que nous avons la foi qu’un jour on parlera de l’industrie de la bande dessinée africaine. Il faut donc un point de départ.

Ce personnage, on ne veut pas se lancer des fleurs à son sujet. D’ailleurs, on parle peu. Ce sont les médias internationaux (France24, Jeune Afrique et Slate Afrique notamment NDLR) qui l’ont présenté comme le premier super-héros africain. C’est une grande joie d’être parvenus à boucler ce premier album, Le Châtiment. Les prochains sont déjà prévus. Mais en attendant, on le présente au public et on prend bonne note des réactions. On se sait attendu. Le public a soif de nouveauté, d’autres volumes vont certainement suivre.

La bande dessinée Le Châtiment est donc disponible dans toutes les librairies? Pour ceux qui veulent se la procurer?

C: Pour le moment elle est disponible sur le site TheBookEdition.com. Là, nous avons imprimé quelques exemplaires pour les présenter aux maisons d’éditions locales. Elle n’est pas encore éditée en Côte d’Ivoire. Nous profitons du salon du livre pour nous faire connaitre et faire monter le buzz.

Quel avenir pour le personnage de Delestron? Le personnage va continuer à évoluer à travers une série d’albums mais aura t-il des « petits frères »? C’est-à-dire d’autres personnages qui viendront enrichir son univers?

C: Oui forcement. Delestron fait partie d’une famille. Il a été le premier à voir le jour. D’autres super-héros, d’autres personnages (dont certains conçus par Yapsi) qui sont encore dans nos tiroirs vont bientôt apparaitre. Comme Yapsi l’a dit, nous ambitionnons mettre en place une véritable industrie de la bande dessinée en Côte d’Ivoire. Nous avons été bercés par les bandes dessinées américaines, européennes et japonaises, nous estimons que c’est à notre tour en tant qu’auteurs africains de montrer au monde l’étendue de notre talent. L’Afrique regorge de magnifiques histoires qu’on peut illustrer. Delestron, c’est le début d’un commencement.

Je l’espère en tout cas pour l’avenir du neuvième art en Afrique. On vous souhaite le plus grand succès.

C: Merci infiniment. Outre la bande dessinée, il y a des produits dérivés comme ce t-shirt (il exhibe son tee-shirt représentant le regard de Delestron) qui seront bientôt disponibles.

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1 commentaire

comments user
OLIVIER PEPE

BRAVO LES GARS, J'ADORE, UN SUPER HERO AFRICAIN ! FALLAIT Y PENSER .LOL

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