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La face sombre de l’édition ivoirienne

Ces dernières années, le paysage littéraire ivoirien a enregistré un boom dans le secteur de l’édition. En effet, les maisons d’édition poussent comme des champignons au point où l’offre en la matière n’a jamais été aussi importante. Si cette tendance laisse, a priori, augurer de beaux jours pour la littérature ivoirienne, la réalité est plus obscure. Trop de maisons d’édition, même les plus prestigieuses, font parfois preuve d’amateurisme et se distinguent par des pratiques peu recommandables.

L’absence de réponses

La plupart des maisons d’édition ivoiriennes ont la mauvaise habitude de ne pas faire de retours sur les manuscrits qui leur sont soumis. Ainsi, les auteurs peuvent attendre pendant des années une réponse qui ne vient jamais. Ce qui les pousse légitimement à se tourner vers d’autres éditeurs et à proposer le même tapuscrit à plusieurs maisons d’édition. Autre souci, les refus sont rarement motivés. Au mieux, on a droit à une lettre de refus générique au possible sans aucune précision sur le manuscrit. Le rapport du comité de lecture n’est le plus souvent jamais fourni, laissant l’auteur dans l’expectative.

Livres de mauvaise qualité

Au plan purement technique, peu de livres proposés par les maisons d’édition locales répondent aux standards de qualité. Outre les couvertures inesthétiques ou réalisées via un prompt d’intelligence artificielle, on constate que la correction est souvent négligée au point où il n’est plus rare de tomber sur des livres truffés de fautes. La mise en page ne bénéficie pas non plus d’un grand soin. Certaines règles élémentaires, comme le fait de commencer un chapitre sur une page impaire, sont foulées aux pieds. Et on ne parle même pas des polices de texte inadaptées, des copyrights et codes-barres inexistants ou du numéro de dépôt légal qui n’est pas mentionné. Sans oublier que la confection des livres et souvent mal réalisée. On constate que les pages se détachent, pour peu qu’on rudoie un tout petit peu le livre, et que le papier utilisé, tant pour la couverture que pour l’intérieur du livre, est de piètre qualité.

Promotion bâclée

Peu de maisons d’édition développent une véritable stratégie de promotion de leur catalogue. Outre le manque de publicité, elles ne jugent pas opportun de démarcher la presse. Résultat, beaucoup d’œuvres sortent dans l’anonymat le plus total. C’est à peine si les nouvelles sorties sont relayées sur les pages officielles des éditeurs. Les médias alternatifs ne sont pas non plus mis à contribution au point que la présence en ligne des auteurs et de leurs livres est inexistante. Les maisons d’édition elles-mêmes ne se mettent que peu en avant de sorte que la plupart des acteurs de la chaîne du livre ignorent leur existence. Certaines d’entre elles se contentent uniquement de participer au SILA (Salon international du livre d’Abidjan) et n’organisent aucune dédicace ou événement pour leurs auteurs. Autre écueil, la distribution et la diffusion des œuvres sont souvent négligées. Trop d’ouvrages sont indisponibles tant en librairie qu’en ligne au point qu’il est difficile de se les procurer. Les ruptures de stocks sont fréquentes. Pour finir, la majorité des éditeurs ne soumettent pas leur production aux concours et prix littéraires, condamnant de fait leurs auteurs à demeurer dans la confidentialité.

Droits d’auteur impayés

La question des droits d’auteur est de loin la plus épineuse de toutes. Elle cristallise d’ailleurs la majorité des griefs à l’encontre des éditeurs. La grande majorité des maisons d’édition ne reversent pas ou peu les droits d’auteur. Nombre d’auteurs n’ont jamais perçu le moindre centime depuis la mise en vente de leur livre. Pis, aucun point, même le plus sommaire, n’est effectué aux auteurs. Ces derniers se sentent légitimement floués et se plaignent d’être traités avec condescendance. Ce manque de considération va au-delà des droits d’auteur. Les engagements contractuels sont rarement respectés, ce qui ne manque pas de créer des frictions. Les éditeurs se montrent également peu coopératifs et disponibles quand les auteurs les sollicitent.

Au vu de tous ces manquements, il est clair que le secteur de l’édition ivoirienne est gangrené par l’incompétence et la malhonnêteté de certains de ses acteurs. Ce qui peut finir par décourager les auteurs qui ont l’impression de se faire exploiter et qui ne bénéficient ni du soutien ni de la visibilité espérée. Gageons que ce microcosme soit nettoyé de ses brebis galeuses afin qu’auteurs et éditeurs travaillent en bonne intelligence dans le respect mutuel pour le rayonnement de notre littérature.

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1 commentaire

comments user
Kouakou

Très bel article. Merci.

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