On m’a proposé un contrat foireux
Comme nombre d’auteurs/aspirants auteurs, j’ai reçu une proposition de contrat foireuse. On pourrait pratiquement élever cela au rang de rite initiatique. En effet, rares sont les écrivains à qui on n’a jamais proposé de contrat bidon. Je vous partage donc mon expérience pour instruire ceux qui n’y ont pas encore été confrontés.
J’avais été démarché par cette maison sur le net (et oui!). Bien vrai que je leur avais envoyé un mail quand je recherchais un éditeur mais je n’avais pas reçu de réponse. De longues semaines s’écoulèrent avant qu’un des représentants de cette maison d’édition ne daigne me répondre. J’avais déjà reçu deux offres d’autres éditeurs mais j’ai tout de même décidé de leur accorder de l’attention. On ne savait jamais après tout, et il s’agissait d’une maison qui avait sa petite notoriété dans le monde de l’édition ivoirienne. Mon interlocuteur m’a demandé de lui envoyer mon manuscrit par mail. Ce que je fis avec quelques appréhensions. D’expérience, je savais que les éditeurs acceptant les envois par mail proposaient le plus souvent des contrats véreux. Mais vu le relatif prestige de cette maison, je me suis exécuté.
La réponse fut rapide. Dix jours après, je recevais un mail me notifiant un avis favorable pour publication. Il y avait même en pièce jointe un bref compte-rendu de lecture. J’étais en outre invité à me rendre dans leurs locaux pour qu’on puisse discuter du contrat. Heureusement pour moi, je n’étais pas né de la dernière pluie. J’avais déjà été confronté à quelques désillusions dans ma quête d’éditeur. Je n’en menais donc pas large. Toutefois, j’ai pris un rendez-vous, surtout pour voir ce que cette maison d’édition pourrait me proposer.
Je fus reçu de façon fort courtoise. Dès les premiers échanges, il me fut annoncé que ma participation aux frais d’édition serait la bienvenue. Ça commençait bien ! Quand j’ai demandé pourquoi, mon interlocuteur me répliqua que le contexte financier étant délicat, ils n’avaient d’autre choix que de procéder ainsi.
-Vous savez, ça coûte cher de faire un livre. Cette formule participative est celle où nous pourrions tous trouver notre compte.
Mouais! Je suis toutefois resté stoïque et ai écouté le reste de ses arguments. Contrairement à d’autres éditeurs, ils ne me demanderont pas de contribuer aux frais éditoriaux. Tout ce que j’avais à faire était d’acheter cinq-cents exemplaires de mon ouvrage. Rien que ça ! Une estimation sommaire fut même établie séance tenante pour que j’aie une vague idée de ce que cela me coûterait.
-Nous disons cinq-cents livres mais on peut bien sûr négocier si vous souhaitez en prendre moins. Et vous bénéficiez d’une remise de trente pour cent.
De mieux en mieux. Sachant qu’un ouvrage est vendu en moyenne entre 2.000 et 3.000 F CFA sur le marché ivoirien et que le mien risque d’être plus cher car volumineux, je vous laisse faire le calcul… Dans mon esprit, il était déjà clair que je ne prêterais pas le flanc à cette tentative d’extorsion déguisée. Cependant, j’ai joué le jeu. J’ai feint d’être intéressé et je me suis fait remettre le contrat pour pouvoir le lire.
Vu la teneur de ce rendez-vous, je m’attendais à trouver des vertes et des pas mûres dans leur fameux contrat d’édition. Je ne fus pas déçu. Outre l’obligation d’acheter un certain nombre d’exemplaires, j’y ai trouvé plusieurs clauses à risques que je vais vous énumérer:
–Une clause de préférence m’obligeant à leur proposer en priorité mes cinq futurs ouvrages. Je ne retrouve ma « liberté » que si deux manuscrits successifs sont refusés.
–La correction du manuscrit m’incombe entièrement. Eux ne s’occupent que de la mise en page et des épreuves.
-Le tirage est de mille exemplaires. Mais je ne touche aucun droit sur cinq-cents exemplaires vendus en librairie. En d’autres termes, étant donné qu’il m’est demandé d’acheter cinq-cents exemplaires de mon livre, je ne touche donc rien du tout sur le premier tirage.
–Aucun droit d’auteur n’est perçu sur les ventes directes en dédicace au motif que les droits d’auteur ont fait l’objet d’un paiement (Lesquels droits d’auteur que je ne percevrai pas sur le premier tirage dans la mesure où cinq-cents exemplaires sont au bénéfice de l’éditeur et le reste est constitué des livres que j’ai dû acheter).
Et je ne vous parle même pas des droits d’auteur à huit pour cent. Comme vous le constatez, ce contrat est beaucoup trop restrictif et à des relents d’arnaque. Ce n’est même plus de la coédition mais un contrat à compte d’auteur déguisé sur lequel l’éditeur marge sacrément. Hors de question que je signe ça!
J’ai laissé passer quinze jours avant de rappeler la maison d’édition. Je leur ai notifié au téléphone mon intention de ne pas signer. Mon interlocuteur m’a malgré tout invité à venir à son bureau pour une tentative de conciliation. Je m’y suis rendu en traînant les pieds puisque je n’avais de toute façon aucune intention de signer avec eux. Pendant trente minutes, il a tenté de me convaincre que ce serait bien de m’engager avec eux. Il m’a proposé de n’acheter que deux-cents exemplaires, une centaine dès la signature du contrat et le reste après la sortie effective de l’ouvrage. J’ai refusé. J’ai aussi fait part des clauses abusives contenues dans leur contrat. Je ne signerais chez eux qu’à la seule condition qu’il s’agisse d’un vrai contrat à compte d’éditeur. Bien sûr, ils ne comptaient pas m’en proposer un. Je leur ai donc rendu leur document et j’ai pris congé d’eux.
A ma grande surprise, je reçus un coup de fil de l’éditeur quelques jours plus tard. Il souhaitait savoir si ma décision était définitive. J’ai répondu par l’affirmative. Il a tenté de m’amadouer mais je suis resté inflexible. De toute façon, on m’avait fait une proposition nettement plus intéressante pour le même manuscrit. C’est ainsi que cette parenthèse prit fin.
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