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Le problème avec L’Harmattan

Tout auteur en quête d’un éditeur a forcément entendu parler ou a été redirigé vers les Editions l’Harmattan. Pourquoi? Ces dernières sont réputées pour donner leur chance à tout type d’auteur (les refus y sont, il est vrai, rares) quelque soit le genre littéraire, même les plus confidentiels. De plus, il faut bien reconnaître que leurs ouvrages bénéficient d’une certaine qualité de fabrication. Sans compter que la perspective de se faire éditer en France, par l’un des « plus grands éditeurs français » qui plus est, achève de convaincre le novice qui se voit déjà candidat au Goncourt ou au Renaudot. Cependant le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il paraît.

Pour commencer, cette maison d’édition est loin d’être le poids lourd que leur accroche commerciale laisse penser. Pis, elle a même une réputation détestable dans le petit monde de la littérature à cause de certaines de ses méthodes. Si L’Harmattan se targue d’être l’un des plus grands éditeurs hexagonaux, c’est davantage pour la quantité de parutions que pour la qualité de celles-ci. Il est en effet connu pour être l’éditeur d’universitaires, mais surtout comme l’éditeur qui publie quasiment n’importe quoi et n’importe qui (du moment que les ouvrages soumis ne font pas l’apologie d’actes et idéologies répréhensibles).

Chez cet éditeur, vous n’avez pas spécialement de raison de vous en faire pour l’acceptation de votre manuscrit. La réponse est rapide et très souvent positive. Limite, le plus dur est de leur envoyer votre écrit, mais ce problème a plus ou moins été résolu par l’ouverture de succursales dans nos états africains. Bref, vous obtenez une réponse positive et dans la foulée, un contrat à compte d’éditeur vous est proposé. C’est à cet instant que les choses se gâtent.

Le contrat

Le dit contrat compte moins de cinq pages, un volume bien en-dessous de la norme (mais si vous n’avez jamais eu un autre contrat d’édition en main, vous ne vous en rendrez pas compte). Mais le plus dérangeant est qu’aucun des termes du contrat n’est négociable. Vous le signez tel qu’il est ou vous allez voir ailleurs, pour parler de façon triviale. En le parcourant, vous constaterez qu’il est rempli de points fâcheux:

– Vous n’avez droit à aucun à-valoir. Cette maison d’édition n’en propose pas, mais ce n’est pas le pire.

– Vous ne touchez aucun droit d’auteur avant le cinq-centième exemplaire vendu (0% sur les cinq cents premiers, 4% sur les cinq cents suivants, 6% sur le premier mille).

– Vous cédez vos droits quasiment pour de bon. En plus, les droits cédés couvrent aussi bien les adaptations que les traductions. En clair, il s’agit ni plus ni moins que de l’intégralité de vos droits annexes. Ni vous, ni vos ayant-droits, ne pourriez revenir sur ce contrat qui devrait s’étendre jusqu’au moment où votre écrit tombe dans le domaine public (soit 70 ans après votre décès).

– Pour certains de leurs contrats, il vous est demandé d’acheter une cinquantaine d’exemplaires de votre ouvrage avec une remise de 30 à 33%.

Comme vous le constatez, le contrat est loin d’être avantageux pour l’auteur. Certes aucun frais ne vous est demandé (apparemment) mais, au vu des clauses, vous avez tout à perdre à le parapher. Si en plus vous devez acheter cinquante copies de votre propre ouvrage, on ne peut pas dire que ce soit intéressant financièrement.

La préparation éditoriale

Pour ce qui est de la préparation éditoriale, elle sera effectuée par…VOUS-MÊME. En effet les corrections, la mise en page et tout le toutim sont de votre ressort. Une attitude contraire à ce qui se passe avec les vrais contrats d’édition où ce n’est pas à l’auteur de s’occuper de tout ça. Mais chez L’Harmattan, vous n’avez d’autre choix que de préparer vous-même ce qu’ils appellent le prêt-à-clicher. A ce titre, un document vous est fourni pour vous montrer comment procéder. Tout y est parfaitement détaillé. Vous n’aurez qu’à suivre à la lettre les indications. Dans certains cas, c’est même à vous de vous débrouiller pour l’illustration de la première de couverture, un comble! La seule chose à peu près normale est la réception des épreuves, une fois que vous avez envoyé le prêt-à-clicher.

Sortie du livre, promotion et distribution

Au bout de toutes ces peines, vous vous dites que vous pourrez enfin souffler à la sortie du livre. Mauvaise pioche! Votre oeuvre sera effectivement éditée mais pour ce qui est de la promotion, vous serez livré à vous-même. S’il doit y avoir une séance de dédicaces, ce sera à vous de l’organiser, pareil pour les participations à des salons. Pour ce qui est de la presse, n’en parlons même pas. Limite, vous avez droit à une courte vidéo de quelques minutes publiée sur leur site. Si vous résidez dans une ville où se tient des festivals littéraires, un émissaire de L’Harmattan peut vous inviter de temps à autre à y participer, et c’est à peu près tout. Mais ce n’est pas le pire. Pour ce qui est de la distribution de votre livre, vous risquez d’être très déçu. Il ne sera le plus souvent disponible qu’à la librairie L’Harmattan de votre pays. Pareil pour la France où le livre ne sera vendu que dans deux-trois librairies. En conclusion, la distribution est mauvaise et la promotion quasi-inexistante. Vous n’avez aucune visibilité. Dans ces conditions, il ne faut pas espérer vendre beaucoup de livres. Pour ne rien arranger, les ouvrages de cet éditeur sont nettement plus chers que ceux parus chez des éditeurs locaux (entre 6.500 F CFA et 12.000 F CFA contre 2 à 4.500 F CFA en Côte d’Ivoire).

Faut-il signer chez L’Harmattan?

Tout dépend de votre objectif. Si vous souhaitez simplement publier un livre et vous targuer du statut d’auteur, cet éditeur pourrait vous satisfaire. Encore que dans ce cas de figure, il est mieux de privilégier l’auto-édition ou l’édition numérique.

Si par contre vous avez quelques ambitions littéraires et que vous souhaitez faire des profits à terme, c’est une très mauvaise idée de signer avec cette maison d’édition. Vous ne toucherez pas un rond (rares sont les ouvrages à se vendre à 1000 exemplaires sans promotion), serez confiné dans une certaine confidentialité (pas de promotion + ouvrage non-disponible dans la majeure partie des librairies = personne n’entendra parler de vous et de votre livre) et ne bénéficierez d’aucune reconnaissance (difficile de s’enorgueillir d’être signé chez un éditeur qui publie tout et n’importe quoi). En clair, vous cédez vos droits contre rien ou presque à un éditeur qui n’en fera rien. Et vous ne pourrez plus jamais faire éditer cette oeuvre ailleurs. Par dessus le marché, la promotion vous sera entièrement dévolue et ne vous rapportera rien. A part la satisfaction de voir votre nom sur un livre de votre composition, vous n’aurez rien. Dans ces conditions autant accepter un contrat à compte d’auteur ou en coédition, vous fournirez le même travail mais vous récolterez au moins quelques deniers en plus de conserver vos droits.

Ce qui me désole est que de plus en plus de maisons d’édition sur le continent proposent des contrats dans la même veine que ceux de L’Harmattan. Ne vous laissez pas abuser et analysez bien les propositions qu’on vous fait avant de vous engager, sinon vous n’aurez que vos yeux pour pleurer.

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10 comments

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jpcoutardhotmailcom

Oui, tout cela est vrai, mais si l’auteur veut simplement voir son manuscrit « mis au propre » dans un livre, c’est l’une des rares solutions, les autres éditeurs publient un livre pour plusieurs milliers de manuscrits, ce qui veut dire un livre pour plusieurs centaines de bons ou très bons manuscrits : autant jouer au loto, à moins d’avoir une « entrée »…; sans parler des éditeurs qui vous demandent (sur leur site) de solliciter préalablement l’envoi du manuscrit et qui ne répondent jamais à votre demande (bien joué, mais très impoli!). Conclusion : il y a vraiment très peu de vrais éditeurs dignes de ce nom en France.

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Augier-Jeannin

Il y a malheureusement beaucoup de vrai dans vos propos. Cependant je ne peux pas vous laisser dire – et faire croire – que l’on ne trouve les livres de l’Harmattan… que chez l’Harmattan ! Au contraire, l’intérêt de se faire éditer chez eux est d’être référencé.e dans de très nombreuses librairies, en France et dans plusieurs pays francophones, au contraire de certaines petites maisons d’édition qui sont bien sympathiques mais ne sont visibles nulle part. Quand vous écrivez, vous espérez certes un contrat plus équitable, mais vous voulez aussi être lu.e.
Donc, en attendant d’être publiée aux éditions de minuit ou chez Gallimard, j’accepte de l’être chez l’Harmattan, et j’ai la faiblesse de penser que ce que j’écris n’est pas de la sous-littérature pour autant.

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Tschirhart Annie

Il ne faut pas être naïf. Écrire pour faire du profit et vivre de sa plume est un cas exceptionnel quand on est un citoyen lambda. L’écriture s’est démocratisée, de plus en plus de gens écrivent et les éditeurs ont bien du mal à suivre le rythme d’où l’attente pour avoir une réponse et des critères de sélection plus serrés car l’offre dépasse de beaucoup la demande. Publier chez des éditeurs tels que Perrin, Hermann, Grasset, Flammarion etc. est quasiment impossible si vous n’êtes pas introduit, soutenu par quelqu’un de la maison ou proche. Quant aux petits éditeurs, s’ils acceptent c’est sous réserve de l’achat d’un grand nombre d’exemplaires parce qu’ils n’ont pas les reins assez solides pour se lancer dans une publication au succès plus qu’incertain.

Par ailleurs, dire que L’Harmattan publie tout et n’importe quoi c’est insultant pour ceux qui sont publiés chez eux et complètement gratuit car je doute que vous ayez lu tous les livres publiés. Personnellement, ils m’ont proposé de publier ma thèse il y a dix ans mais j’ai dû fournir mon rapport de thèse avec la mention obtenue. Par ailleurs, comme vous le soulignez, L’Harmattan publie de nombreux travaux universitaires. Voulez-vous en conclure que ces travaux universitaires sont nuls? Ce qui sous-entendrait que l’université produit des chercheur set des travaux nuls. Comme analyse critique, il y a mieux.
L’Harmattan il y a plus de dix ans, ne s’occupait pas de la promotion de votre ouvrage. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et j’ai des échanges réguliers avec mon agent de promotion.
Enfin, je n’ai jamais été obligée d’acheter des livres en échange d’une publication. Ils ont tout pris en charge.
Le reproche qu’on peut leur faire c’est le « prêt à cliquer » qui se pratique de plus en plus. Et si vous n’êtes pas un expert en informatique, si vous n’avez pas word, etc. alors vous devez faire appel à leur service ou à quelqu’un d’autre. Et ce n’est pas parfait ou à votre goût.

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Grâce Kaboul

Malgré toutes les explications données à propos des éditions L’Harmattan, il me semble que la réalité sur terrain est autre…je pense qu’il faudra lire autrement cet avis pour mieux le comprendre.

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Benjamin yannick Nko’o

Bjr, svp j’ai besoin d’un modèle/fichier Word type harmattan pour le premier envoi. Franchement j’ai essayé de suivre les consignes, mais je ne suis pas un as de l’info. Merci bien

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Jean

En fait, tout dépend du point de vue. S’il s’agit de littérature générale, c’est une erreur de publier chez L’Harmattan, car tous les points négatifs que vous soulevez sont exacts. Cependant, il y a des collections et séries prestigieuses réservées au lancement universitaire, comme la série Travaux de la collection Historiques. Or les ouvrages qui y paraissent, à cause de leur spécificité, ne pourraient pas être publiés ailleurs… La faute à L’Harmattan? Non, L’Harmattan en l’occurrence n’est qu’opportuniste. La faute aux multinationales qui, à la faveur de la mondialisation (merci, Jospin), ont racheté toutes les grandes maisons d’édition et fait crever toutes les petites et font leur profit sur la logistique (80% d’invendus) en publiant du mainstream débile.

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Nanehlala

Pour ma part, c’est le seul editeur qui ait un catalogue IRAN et qui puisse juger de mes traductions persan francais.

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Jeffroy

éditeur voleur (il vole non seulement les auteurs qu’il abuse en les publiant sans trop y regarder, mais aussi les libraires : renseignez-vous, beaucoup dans l’est parisien ont une triste opinion de cet « éditeur »)

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Laurence

En tant que chercheur universitaire nous sommes de toute manière obligé de céder notre copyright dans les revues scientifiques, quel qu’ elles soient pour être publié. Je n’ai donc jamais reçu de royalties pour toutes les publications que j’ai pu faire. Céder son copyright est la condition sine qua non pour avoir une visibilité. Effectivement le monde de la Publication Universitaire est une affaire de gros sous (référence au documentaire sur Arron Schwartz et sa mise en examen par la CIA, Arte). L’harmattan est pour moi la possibilité de pouvoir publier mes recherches de manière beaucoup plus large que les revues scientifiques.

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Jacques Desjardins

Merci Fauquin pour cette évaluation très bien étayée et concise sur les pour et contre de l’Harmattan.

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