Chris Sutton, le buteur mésestimé
Si l’Angleterre a connu une pénurie de purs avant-centres au début des années 2010, il n’en a pas toujours été ainsi. Dans les années 90, ce secteur de jeu était particulièrement bien pourvu, tant en quantité qu’en qualité, au point que certains joueurs qui brillaient en championnat ont été mis de côté par les différents sélectionneurs. C’est le cas de Chris Sutton. Buteur prolifique sous les couleurs des Blackburn Rovers notamment, son style de jeu so british et son manque d’expérience au niveau européen (ses clubs ne brillaient pas en coupe d’Europe) l’ont énormément desservi dans sa carrière.
Débuts et révélation à Norwich City
Natif de Nottingham, Chris Sutton est le fils de Mike Sutton, ancien joueur de Norwich City. C’est au sein de l’ancien club de son père que le jeune Chris effectue sa formation. Il gravit progressivement les échelons et finit par intégrer l’équipe première lors des dernières journées de la saison 1990-1991 (deux matchs joués). Chris évolue alors comme milieu axial. Le jugeant plus efficace devant, son entraîneur Dave Stringer décide de le faire monter d’un cran et le transforme en avant-centre dès la saison 1991-1992. Si le jeune joueur ne brille pas tout de suite (deux buts en championnat, cinq au total sur la saison), il gagne petit à petit en expérience malgré son statut de remplaçant (21 apparitions). A l’intersaison 1992, Mike Walker prend les commandes de l’équipe et fait de Sutton un titulaire. S’il perd sa place en milieu de saison, il se montre plus efficace que les saisons précédentes, inscrivant 8 buts en 38 matchs joués. Il termine d’ailleurs second meilleur buteur du club derrière Mark Robins. La saison suivante sera celle de l’explosion. Titulaire indiscutable, il trouve régulièrement le chemin des filets et s’impose comme l’un des buteurs les plus craints du royaume. En 41 matchs de Premier League, il inscrit 25 buts. Bien que Norwich City n’ait finit qu’à une décevante douzième place, le jeune avant-centre est désormais convoité par les clubs huppés.
Explosion à Blackburn
Sur les tablettes d’Arsenal et de Manchester United, Sutton choisit cependant de rallier les Blackburn Rovers, vice-champions en titre. Il devient au passage le joueur le plus cher de l’histoire du football anglais avec un transfert chiffré à cinq millions de livres. Chez les Rovers, il est associé à Alan Shearer. Si le fait de jouer aux côtés de Goal Machine fera baisser les statistiques de Sutton (15 buts marqués quand même!), le duo s’avère aussi décisif que prévu et contribue activement à la conquête du titre. Blackburn finit champion. C’est la consécration pour Chris Sutton qui inscrit une première ligne à son palmarès. Malheureusement, la saison suivante sera moins probante. Souvent blessé, il ne joue que 13 matchs et ne parvient pas à inscrire le moindre but. Il perd même sa place de titulaire au profit de Mike Newell qui fait la paire avec Shearer. Il reviendra cependant en grâce lors de l’exercice 1996-1997. Shearer et Newell partis, il devient le leader de l’attaque aux côtés de Kevin Gallacher. Bien que freiné par quelques pépins physiques, il inscrit 11 buts lors de cette saison. Il démarre la saison 1997-1998 sur des chapeaux de roue au point de décrocher sa première cape en novembre 1997 lors d’un match amical contre le Cameroun. Malheureusement, Glenn Hoddle le sélectionneur, ne lui accorde pas sa confiance et le met à la disposition de l’équipe B. Vexé par ce manque de considération, Sutton refuse d’honorer sa convocation avec les B et est définitivement écarté des Three Lions. Son excellente saison (18 buts en Premier League, meilleur buteur du championnat à égalité avec Michael Owen et Dion Dublin) n’y changera rien. Ce sera malheureusement la fin de l’état de grâce pour lui avec Blackburn. La saison 1998-1999 est marquée par des blessures à répétition. Souvent absent, il ne dispute que 17 matchs et ne score que trois fois. Sans son buteur, les Rovers déjouent, plongent dans les profondeurs du championnat et sont relégués au terme de l’exercice. Ne souhaitant pas évoluer en deuxième division, Sutton se retrouve de fait sur la liste des transferts.
Échec à Chelsea
Très convoité, Sutton s’engage finalement avec Chelsea à l’intersaison 1999 pour 10 millions de livres. Ce qui fait de lui un des joueurs les plus chers de l’effectif. Titularisé d’entrée, il ne parvient cependant pas à trouver ses marques aux côtés de Tore Andre Flo et Gianfranco Zola. Son manque de technique le rattrape et il ne parvient pas à s’adapter dans cette équipe au style de jeu trop latin, aux antipodes du sien. Résultat, il ne brille pas et enchaîne les performances sans relief. L’arrivée de George Weah en prêt lors du mercato hivernal scellera son sort. Sutton se retrouve à cirer le banc et se montre inefficace chaque fois qu’on fait appel à lui. De toute la saison, il n’inscrit qu’un malheureux but en Premier League. Sans surprise, Chelsea décide de s’en débarrasser en fin de saison et il se retrouve de nouveau sur la liste des partants. Mais sa saison catastrophique a contribué à faire baisser sa cote. Au point que seuls des clubs de bas de tableau sont intéressés par ses services. Il est finalement transféré au Celtic Glasgow durant l’été 2000.
Relance au Celtic
Pour ses débuts en Scottish Premier League, Sutton trouve le chemin des filets. Une entame encourageante qui laisse présager d’une adaptation réussie. Il se mettra d’ailleurs les fans dans la poche en inscrivant un doublé lors du Old Firm contre les Glasgow Rangers. Devenu un des chouchous du Celtic Park où sa combativité est appréciée, il finit cette première saison avec 11 buts en 24 matchs. L’exercice suivant sera moins abouti du fait d’une période d’indisponibilité pour cause de blessure (4 buts en 18 matchs). Sa saison 2002-2003 est l’une de ses plus abouties. Auteur de 15 buts en championnat, il brille aussi en coupe d’Europe où il prend part à l’épopée des Bhoys en coupe de l’UEFA (finaliste, battu par le FC Porto de Mourinho). L’exercice 2003-2004 sera encore meilleur avec 19 réalisations en 25 matchs de championnat. Parfois utilisé comme milieu axial (son poste originel) pour permettre à ses entraîneurs d’aligner le gallois John Hartson et Henrik Larsson en pointe, il hérite définitivement de la place d’avant-centre après le départ de ce dernier à Barcelone. Lors de la saison 2004-2005, il fait la paire avec l’attaquant gallois et inscrit 12 buts en Scottish Premier League. Le vent tourne lors de l’intersaison 2005. Gordon Strachan devient le coach du Celtic et il est loin d’être fan de Sutton. Des rumeurs d’altercations circulent tout comme des doutes sur la condition physique de l’anglais. Il n’apparaît plus que par intermittences (8 matchs, 2 buts) durant les six premiers mois de la saison. Sans surprise, il demande à partir lors du mercato hivernal 2006.
Retour en Angleterre
Libéré de son contrat par le Celtic, il signe avec Birmingham City, formation du dernier tiers du tableau qui se bat pour le maintien. L’expérience sera plus que mitigée. Handicapé par des pépins physiques, il ne signe qu’une dizaine d’apparitions et ne marque qu’une seule fois, lors du derby contre Aston Villa. Le club ne parvient pas à se sauver et est relégué en fin d’exercice. Critiqué par le propriétaire du club, David Sullivan, pour ses performances inversement proportionnelles à son salaire, Sutton est laissé libre après la descente. Sans club à 33 ans, il ne parvient pas à trouver une nouvelle équipe dans un premier temps. Ce n’est qu’en octobre 2006 qu’il signe avec Aston Villa pour une saison. Ce transfert a surtout été motivé par la perspective de retravailler sous les ordres de Martin O’Neill, son ancien coach au Celtic, qui officiait alors chez les Villains. En manque de sensations, il mettra un mois à ouvrir son compteur-but lors d’un match contre Everton. La suite sera malheureusement tragique. Lors d’une rencontre contre Manchester United en décembre 2006, il commence à avoir la vue troublée. Après avoir vu des spécialistes, une blessure à un œil est diagnostiquée. Il met sa carrière en pause pour se soigner. La situation ne s’arrange cependant pas et il ne peut reprendre la compétition. La mort dans l’âme, il est contraint de mettre un terme à sa carrière en juillet 2007 à 34 ans.
Attaquant puissant, misant il est vrai plus sur ses capacités physiques (1 m 91, une carrure plutôt impressionnante), Chris Sutton n’a pas pu se départir de cette image d’avant-centre un peu bourrin. Ce qui a sans aucun doute contribué à son manque de popularité chez les observateurs. Les fans par contre appréciaient sa hargne. Efficace à défaut d’être spectaculaire, il a subi de plein fouet la latinisation de la Premier League qui a rendu son profil progressivement anachronique au tournant des années 2000. Toutefois, il peut se consoler avec de nombreuses saisons au plus haut niveau, un palmarès relativement étoffé (champion en Angleterre en plus d’avoir tout gagné en Ecosse) et un statut de légende vivante au Celtic Park où il est particulièrement apprécié par le kop.
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