Martin Palermo, le jaune et le bleu dans la peau
Véritable légende en Argentine, Martin Palermo est cependant plus connu dans le monde pour son record de penaltys ratés dans un même match. Il serait pourtant réducteur de résumer sa carrière à cette triste performance. Il fut en effet un des meilleurs buteurs sud-américains de tous les temps et a marqué comme aucun autre attaquant avant lui l’histoire de Boca Juniors. Sous-estimé du fait de sa modeste carrière européenne et pour avoir joué essentiellement dans son pays, l’idole de la Bombonera fera à jamais partie du cercle des rois sans couronne.
Les débuts à l’Estudiantes de La Plata
Natif de La Plata, cinquième plus grande ville d’Argentine, le jeune Martin y fait ses gammes footballistiques et est repéré par les formateurs de l’Estudiantes de La Plata, l’un des deux grands clubs de la ville. Il l’intègre à l’âge de sept ans et y effectue la totalité de sa formation. Très vite, il se distingue par une appétence pour le but. Le club décide cependant de lui laisser le temps de grandir dans les équipes de jeunes puis en réserve. Ce n’est qu’en 1992, à dix-huit ans, que le colosse avant-centre (1m88) effectue ses débuts avec l’équipe A lors d’un match du tournoi de Clôture (plutôt que de se jouer en matchs aller-retour, la plupart des championnats sud-américains se jouent en deux parties: une première phase dite d’ouverture ou Apertura et une seconde phase de clôture dite Clausura). Il fête ses dix-neuf ans quelques mois plus tard et intègre définitivement le groupe A. Il n’est cependant pas très utilisé lors de sa première saison complète. En cette saison 1992-1993, il ne joue que deux matchs dans le tournoi Apertura et sept rencontres lors de celui de clôture. Il inscrit cependant son premier but. La saison suivante sera tout aussi difficile malgré un temps de jeu en hausse (10 matchs en Apertura, sept en Clausura, un sur la scène continentale). Malheureusement pour lui, il ne trouve le chemin des filets qu’une seule fois. Pour ne rien arranger, les Estudiantes figurent dans les bas-fonds du classement et sont relégués en Primera B (deuxième division argentine). Ils parviennent à remonter dès leur première saison à l’échelon inférieur. Problème pour Palermo, il ne parvient pas à convaincre son entraîneur et ne prend part qu’à cinq matchs de toute la saison (aucun but inscrit). La donne va enfin changer lors de la saison 1995-1996. Marcos Conigliaro prend les commandes de l’équipe. Contrairement à ses prédécesseurs, il a confiance en Palermo et l’aligne aux côtés de José Luis Calderon, la star du club. Le jeune attaquant, désormais âgé de vingt-deux ans, se montre à son avantage durant le tournoi d’ouverture (six buts en huit rencontres). Il fera encore mieux lors du tournoi de clôture (onze buts en dix-neuf apparitions). La saison 1996-1997 est moins réussie. Intronisé leader offensif après le départ de Calderon, Palermo affiche des statistiques plus modestes (six buts en dix-neuf rencontres d’Apertura, neuf buts en dix-sept matchs de Clausura). L’Estudiantes finit une fois de plus dans le ventre mou du championnat. Qu’importe pour Palermo qui bénéficie de l’intérêt de clubs plus huppés. C’est Boca Juniors qui parvient à rafler la mise. Le transfert est bouclé durant l’intersaison 1997.
L’explosion à Boca Juniors
Chez les Xeneizes, Palermo est loin d’arriver en territoire conquis. La star du club est encore Diego Maradona (malgré son déclin) et la ligne offensive est plus que bien pourvue (Claudio Caniggia, le mexicain Luis Hernandez, Guillermo Barros Schelotto et l’uruguayen Sergio Martinez). Malgré tout, Martin Palermo s’impose et devient l’atout offensif numéro un. Avec un effectif comptant des joueurs comme Juan Roman Riquelme, Nelson Vivas, Walter Samuel, Rodolfo Arruabarrena, Nestor Fabbri, le péruvien Norberto Solano et les gardiens Roberto « Pato » Abbondanzieri et Oscar Cordoba, Boca a les moyens de se battre pour le titre. Palermo contribue à la deuxième place du tournoi d’ouverture grâce à ses huit buts en 17 apparitions. Le départ de Luis Hernandez et la retraite de Maradona durant le mercato hivernal lui offrent les clés de l’équipe. Alimenté par Riquelme (intronisé meneur de jeu titulaire), il fait feu de tout bois et inscrit douze buts en quinze matchs de Clausura. Fatalement, il se retrouve sur les tablettes des grands clubs européens. Malheureusement, ses prouesses ne convaincront pas le sélectionneur Daniel Passarella qui décide de se passer de ses services pour la coupe du monde 1998. Il sera tout de même élu joueur sud-américain de l’année et figurera bien sûr dans l’équipe-type sud-américaine de l’année 1998. Lors de la saison suivante, il se montre encore plus tranchant et réussit un tournoi Apertura de toute beauté (20 buts en 19 matchs). Boca Juniors est sacré champion du tournoi d’ouverture et Palermo est couronné roi des buteurs. Il remet ça lors du tournoi de clôture avec douze buts en seize rencontres et le titre de champion Clausura à la clé. Il honore ses premières capes cette saison-là et est retenu par Marcelo Bielsa, le nouveau sélectionneur, pour la Copa America 1999. S’il réussit son entrée avec un doublé dès le premier match, il se loupe totalement lors de la lourde défaite contre la Colombie (0-3). Dans ce match, Palermo réussit « l’exploit » de louper trois penaltys (ce qui lui vaudra une entrée au Livre des Records Guinness). S’il marque ensuite lors du succès contre l’Uruguay (2-0), il ne peut rien lors du quart contre le Brésil (défaite 1-2). Cette contre-performance aux penaltys fait baisser sa cote en Europe alors que les plus grands clubs le courtisaient (il sera en outre placardisé en sélection). Il reste finalement à Boca Juniors et continue sur sa lancée lors du tournoi d’ouverture de la saison 1999-2000 (14 buts en 13 rencontres). Mais lors d’un match contre Colon, en novembre 1999, il est victime d’une rupture des ligaments croisés du genou droit. Conséquence, il manque une bonne partie de la saison. Il revient cependant à la fin du tournoi de clôture (quatre buts en autant de rencontres) et surtout pour la Copa Libertadores (équivalent sud-américain de la Champions League) que Boca Juniors remporte contre Palmeiras aux tirs au but (Palermo a réussi son tir). Pleinement rétabli, il recommence sa marche sur l’eau lors de la saison 2000-2001. Il brille durant la finale de la Coupe Intercontinentale (trophée voyant s’affronter les vainqueurs de la Copa Libertadores et de la Champions League, remplacé depuis par la coupe du monde des clubs) contre le Real Madrid. Son doublé permet aux Xeneizes de rafler le trophée (2-1). Elu un peu plus tard dans l’équipe-type sud-américaine de l’année, il se montre également irrésistible lors du tournoi d’ouverture (11 buts en 18 rencontres) que Boca Juniors remporte. Au terme de celui-ci, il décide de changer d’air et cède aux sirènes européennes.
Expérience mitigée en Espagne
En janvier 2001, Palermo signe pour 7,6 millions d’euros en faveur de Villarreal. Un choix surprenant dans la mesure où le club vient à peine de retrouver la première division espagnole. Pour sa première demi-saison, il s’acclimate du mieux qu’il peut au jeu européen et inscrit six buts en 17 apparitions. Lors de la saison suivante, la malchance s’en mêle. Après avoir inscrit un but lors d’un match fin novembre 2001, il est blessé en célébrant celui-ci (il était monté sur un muret pour communier avec les supporteurs, malheureusement la pression exercée par ces derniers fait céder le muret qui tombe sur la jambe de Palermo). Résultat, il s’en sort avec la jambe gauche brisée et se retrouve sur le flanc pendant deux mois. Il ne retrouvera jamais son niveau à son retour et finit sa première saison complète avec des statistiques peu flatteuses pour un joueur de son calibre (cinq buts en 19 matchs de Liga, sept en 21 rencontres TCC). Sa saison 2002-2003 est plus complète (34 matchs de Liga, 43 TCC) mais son efficacité est toute aussi relative (huit buts dont sept en championnat). Il rompt son contrat avec le Yellow Submarine en fin d’exercice et s’engage dans la foulée avec le Betis Séville. Sa saison sera un échec. En douze matchs (onze en championnat), il ne marque qu’un seul but. En mars 2004, il obtient une rupture de contrat et rejoint le Deportivo Alavés en seconde division. Un choix qui aura déconcerté plus d’un, surtout qu’il n’y brille pas (trois buts en quatorze matchs). En désespoir de cause, il décide de rentrer au pays durant l’intersaison 2004.
Retour et déification à Boca
A l’orée de la saison 2004-2005, Martin Palermo effectue son retour à Boca Juniors à presque trente-et-un ans. Le club qu’il retrouve a bien changé. Riquelme n’est plus là et le buteur-maison est désormais Carlos Tevez. L’association de l’Apache et de Palermo fait saliver sur le papier. Elle ne sera malheureusement pas au niveau attendu. Leurs performances se vampirisent l’une l’autre et le club ne parvient même pas à faire illusion dans la course au titre. Heureusement, le duo mène Boca à la victoire en Copa Sudamericana (équivalent sud-américain de l’Europe League). Il remporte même la Recopa Sudamericana (équivalent de la Supercoupe) mais sans Tevez qui est parti aux Corinthians. Pour son retour en Argentine, Palermo plafonne à douze buts sur l’ensemble du championnat (six en Apertura, six en Clausura) auxquels il faut ajouter ses neuf réalisations en coupes sud-américaines. Lors de la saison 2005-2006, il retrouve son tranchant. Il marque sept buts lors de l’Apertura que les Xeneizes remportent. Boca s’adjuge également le Clausura bien aidé par les onze réalisations en 19 rencontres de Palermo. En 2006-2007, il entre un peu plus dans la légende en inscrivant un total de vingt-deux buts cumulés en championnat (onze en Apertura, le même total en Clausura) mais surtout en remportant sa deuxième Copa Libertadores avec Boca Juniors en battant les brésiliens du Grêmio Porto Alegre. Le retour de Riquelme au club quelques mois plus tôt s’est avéré décisif dans la conquête de ce nouveau titre, tout comme la confirmation de Rodrigo Palacio. Boca remportera la Recopa face à leurs compatriotes de l’Arsenal de Sarandi. La saison 2007-2008 est moins fructueuse. Outre une défaite en finale de la coupe du monde des clubs contre l’AC Milan, Boca ne décroche aucun titre. Auteur de respectivement treize (en Apertura) et dix buts (en Clausura), en plus de ses neuf buts marqués dans les coupes sud-américaines, Palermo réalise sa meilleure saison depuis son retour au pays. Au point qu’Alfio Basile, le sélectionneur d’alors, évoque la possibilité de le rappeler (il n’avait plus été convoqué depuis la Copa America 1999). Malheureusement pour lui, il se blesse et rate la quasi-totalité de l’Apertura 2008-2009 remportée par Boca Juniors. Rétabli, il est sélectionné par le nouveau sélectionneur Diego Maradona et effectue son grand retour avec l’Albiceleste après dix ans d’absence. Il se montrera décisif dans la course à la qualification pour la coupe du monde 2010. C’est lui qui inscrit le but permettant à l’Argentine de composter son ticket pour l’Afrique du Sud. Il n’inscrit cependant que sept buts en Clausura (son plus faible total depuis 2005). Désormais âgé de trente-cinq ans, il commence à accuser le poids des années. Il reste cependant affuté et réalise une bonne saison 2009-2010 (six buts en Apertura, dix buts en Clausura). Mais l’essentiel est ailleurs. Il est retenu pour la coupe du monde 2010 par Maradona. Remplaçant, il inscrira cependant son premier et dernier but lors de la victoire en poules contre la Grèce (2-0). Il devient ainsi le joueur argentin le plus âgé à avoir marqué avec l’Albiceleste, battant le record de… Maradona. De retour à Boca après cette compétition soldée par une élimination en quarts (défaite contre l’Allemagne 0-4), il annonce son intention d’arrêter après la saison 2010-2011. En dépit de ses trente-six ans, il finit meilleur buteur du club une saison de plus avec quatorze réalisations (huit en Apertura, six en Clausura), se payant même le luxe d’inscrire son trois-centième but en professionnel. A l’issue du championnat de clôture, il se retirera.
Martin Palermo a inscrit un total 306 buts durant sa carrière (297 en club, neuf en sélection). Etrangement, il n’a pourtant été qu’une seule fois meilleur buteur du championnat argentin. Son histoire contrariée avec la sélection et son échec en Espagne ont contribué au manque de reconnaissance dont il a souffert durant toute sa carrière. Cette dernière fut tout de même bien remplie dans la mesure où il a tout gagné en Amérique Latine en plus de son titre en coupe intercontinentale. Peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir un palmarès aussi exceptionnel et de bénéficier d’un statut de dieu vivant à Boca Juniors.
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