×

Les équipes maudites: la génération Papin – Cantona

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Pour ce nouveau volet de notre série consacrée aux grandes sélections non-titrées, intéressons nous à la France de la fin des années 80 et du début des années 90.

L’après-Platini

Troisième du mondial 1986, la France qui vient de réaliser son meilleur résultat en coupe du monde depuis 1958 entame un nouveau cycle. La talentueuse génération Platini prend du recul. Les cadres Maxime Bossis, Dominique Rocheteau et Alain Giresse prennent leur retraite internationale, imités un peu plus tard par Michel Platini qui stoppe tout simplement sa carrière en 1987. Toutefois avec des joueurs comme Jean Tigana, Manuel Amoros, Luis Fernandez, Patrick Battiston, Bruno Bellone, Jean-Michel Ferreri, Yvon Le Roux, Daniel Xuereb ou Joël Bats, les Bleus disposent tout de même d’une ossature solide. De plus les jeunes pousses présentes au Mondial (Jean-Pierre Papin, Yannick Stopyra, Philippe Vercruysse, William Ayache) sont toujours de la partie. Henri Michel, le sélectionneur décide de se passer des services de Bernard Genghini et Thierry Tusseau dans l’optique des qualifications de l’EURO 1988. Il essaye tant bien que mal de rajeunir son groupe avec les arrivées ou rappels de Basile Boli, Eric Cantona, José Touré, Philippe Fargeon, Gerald Passi, Stéphane Paille ou Carmelo Micciche. La mayonnaise ne prend cependant pas. Inconstante au possible, l’équipe de France ne parvient pas à jouer les premiers rôles dans un groupe relevé comptant l’URSS, la RDA, la Norvège et l’Islande où seule la première place est qualificative. Symbole de cette irrégularité, le buteur Jean-Pierre Papin qui n’inscrit pas le moindre but de toutes ces éliminatoires. La France finit à une triste troisième place derrière les soviétiques et les est-allemands en n’ayant remporté qu’une seule victoire. Tenante du titre, la sélection française n’aura même pas l’opportunité de le défendre.

La non-qualification de 1990

En dépit de cette désillusion, Henri Michel conserve son poste. Si la plupart des cadres semblent en fin de course, l’espoir reste présent grâce aux bons résultats de la sélection Espoirs (championne d’Europe 1988). Ces jeunes joueurs semblent représenter l’avenir des Bleus et intègrent en masse l’équipe (Paille, Laurent Blanc, Franck Sauzée, Franck Silvestre, Alain Roche, Bruno Martini…) en compagnie de petits nouveaux (Bernard Casoni, Jean-Phillipe Durand, Christian Perez, Bernard Pardo, Sylvain Kastendeuch, Luc Sonor, Marcel Dib…). Cantona est écarté pour avoir injurié le sélectionneur. Quant aux derniers vestiges de la génération Platini (Tigana, Ferreri, Bellone, Battiston, Le Roux…), ils sont progressivement bordurés. Peu convaincants, Vercruysse, Stopyra, Daniel Bravo, Touré, Fargeon et Micciche subiront le même sort. Mais malgré ce renouvellement générationnel, la France ne parvient pas à briller durant les éliminatoires du Mondial 1990. Opposée à la Yougoslavie, l’Ecosse, la Norvège et Chypre, la formation tricolore démarre mal sa campagne éliminatoire. Ce qui conduira à l’éviction d’Henri Michel après un triste nul contre les chypriotes. Remplacé par Michel Platini, ce dernier ne parviendra pas à relancer l’équipe malgré l’apport de nouveaux éléments (Eric Di Meco, Didier Deschamps…) et le rappel de Cantona. La France finit troisième et reste à quai contrairement aux deux premiers de la poule (Yougoslavie et Ecosse). En dépit de cet échec, il y a du mieux dans le jeu et l’équipe qui a fini ces éliminatoires sur une série de quatre matchs sans défaite peut entrevoir des lendemains radieux.

Retour en grâce et échec à l’EURO 1992

Platini est confirmé dans ses fonctions. Il décide de trancher dans le vif (Bats, Xuereb, Sonor, Passi, Dib, Kastendeuch, Paille et Pardo sont écartés) et bâtit l’équipe autour du duo d’attaque PapinCantona, se passant de milieu créateur. Les joueurs de l’Olympique de Marseille prennent définitivement le pouvoir dans son groupe (Durand, Casoni, Amoros, Boli, Di Meco, Sauzée, Deschamps…). Gros problème, cette surreprésentation des marseillais créera à la longue des conflits internes avec les joueurs du Paris Saint-Germain. Quelques nouveaux sont intégrés progressivement (Gilles Rousset, Jocelyn Angloma, David Ginola, Christophe Cocard, Pascal Vahirua, Remi Garde, Amara Simba, Emmanuel Petit…). De l’équipe qui a disputé la coupe du monde 1986, il ne reste que Luis Fernandez, Amoros et Papin. Confirmant les promesses entrevues en fin d’éliminatoires du Mondial 1990, la France débute la campagne qualificative de l’EURO 1992 tambour battant. Ses adversaires (Espagne, Tchécoslovaquie, Islande et Albanie) ne feront pas illusion. Les Bleus terminent invaincus et raflent la première place du groupe en remportant la totalité de leurs matchs. Tous les voyants sont au vert et rien ne semble pouvoir arrêter cette équipe. Les seuls couacs surviendront lors des matchs amicaux (une défaite à Wembley contre les anglais et une autre en préparation contre la Suisse à Lausanne). Blessé, Simba n’est pas retenu dans la liste définitive pour l’EURO suédois, ce qui fait les affaires de Fabrice Divert qui le supplée. Petit est préféré à Di Meco et Ginola, jugé trop timoré en Bleu, n’est pas retenu. La France arrive en Suède dans le costume de favori malgré un groupe relevé (Angleterre, Yougoslavie, Suède) et bien qu’elle n’ait remporté aucun de ses matchs de préparation. La défection des yougoslaves, remplacés au pied levé par des danois qui n’ont pas effectué de préparation laisse augurer un premier tour abordable pour les Bleus. Cependant, rien ne se passe comme prévu. Après un nul initial contre les suédois (1-1), les hommes de Platini ne parviennent pas à percer le coffre-fort anglais (0-0). Pour leur dernier match contre la formation la plus faible sur le papier, ils s’inclinent (1-2) contre le Danemark à la surprise générale.

Le traumatisme de France – Bulgarie

Après ce revers, Platini démissionne. C’est à Gerard Houllier, son ex-adjoint, que la sélection est confiée. Il a pour mission de qualifier les Bleus pour la coupe du monde 1994 qui se déroulera aux Etats-Unis. Pour ce faire, il lui faut finir à l’une des deux premières places de ce groupe qui compte la Suède, la Bulgarie, l’Autriche, Israël et la Finlande. Dans un premier temps, il conserve l’ossature de son prédécesseur avant d’écarter Amoros, Rousset, Divert, Perez, Fernandez, Simba et Garde. Son équipe débute cette nouvelle campagne qualificative par une défaite en Bulgarie (0-2). Les français se reprennent en remportant presque tous leurs matchs suivants (six victoires, un nul). S’il n’a pas fait de révolution, Houllier a su intégrer au mieux de nouveaux éléments (Bernard Lama, Paul Le Guen, Xavier Gravelaine, Reynald Pedros, Bixente Lizarazu puis Marcel Desailly, Vincent Guérin, Patrice Loko, Youri Djorkaeff…). Tout n’est cependant pas rose en interne. Mise à mal par la rivalité entre marseillais et parisiens, la cohésion du groupe ne tient qu’à un fil. Malgré un vestiaire divisé, l’équipe se retrouve en position favorable à la fin des éliminatoires. Leaders du groupe à deux matchs de la fin, les Bleus n’ont besoin que d’un point pour composter leur billet pour les USA. La rencontre contre Israël à domicile vire au fiasco. Dans un Parc des Princes médusé, la France s’incline 2-3 après avoir mené au score. Ce premier échec fait grand bruit mais l’équipe conservant ses chances de qualifications, personne ne peut s’imaginer que l’histoire pourrait se répéter. C’est pourtant ce qui va se passer lors du choc décisif contre la Bulgarie. La France ouvre le score mais concède l’égalisation cinq minutes plus tard. Face à des bulgares contraints de s’imposer, les français se montrent fébriles et préfèrent jouer la montre. Ils finissent par se faire punir dans les arrêts de jeu par un contre éclair conclut victorieusement par Emil Kostadinov. C’en est fini des espoirs de qualification tricolores. La France tombe à la troisième place après ce coup du sort et est éliminée.

Grand ménage et passage de flambeau

Cet échec marque la fin d’un cycle. C’est un séisme sans précédent qui s’abat sur le football français. Sauzée annonce sa retraite internationale à seulement vingt-huit ans. Jean-Pierre Papin et Laurent Blanc en font de même (ils reviendront cependant sur leur décision plus tard). Houllier finit par démissionner laissant sa place à Aimé Jacquet. Ce dernier hérite d’une équipe traumatisée et entreprend de la reconstruire en faisant appel à de nouveaux éléments (Zinedine Zidane, Corentin Martins, Christophe Dugarry, Christian Karambeu, Nicolas Ouédec, Lilian Thuram, Fabien Barthez…), et en responsabilisant certains joueurs moins en vue sous Houllier (Di Meco, Loko, Djorkaeff, Lizarazu, Desailly, Guérin…). Les déboires de Papin, souvent blessé, et la suspension de Cantona, coupable d’avoir agressé un supporteur, lui compliquent la tâche. Les hommes de base de Houllier sont écartés progressivement (Casoni, Boli, Durand, Vahirua puis Le Guen et Ginola). Jacquet tâtonnera longtemps avant de trouver son équipe. Malgré un début d’éliminatoires compliqué, son équipe se qualifiera finalement pour l’EURO 1996 où elle atteindra les demi-finales sans Cantona et Ginola, écartés, ni Papin trop juste physiquement. Finalement, sous la houlette de la génération Zidane, la France remportera la coupe du monde en 1998 avec en son sein sept joueurs présents lors du terrible FranceBulgarie (Deschamps, Blanc, Petit, Desailly, Lama, Lizarazu et Djorkaeff). Comme un symbole, Papin et Cantona ont disputé ensemble leur dernier match en bleu (un amical contre les Pays-Bas en janvier 1995). Contrairement à son acolyte d’attaque, Eric The King n’a jamais eu la possibilité de disputer une coupe du monde. Une anomalie au vu de son talent.

Partagez ce contenu :

Laisser un commentaire