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Quand l’Allemagne se fait éliminer au premier tour

Il est lieu commun d’affirmer que l’Allemagne fait partie des sélections les plus constantes de la planète football. En effet, la Nationalmannschaft outre une flopée de titre remportés, a souvent fait très bonne figure dans les compétitions internationales, atteignant régulièrement le dernier carré (huit finales de coupe du monde disputées pour treize demi-finales, six finales d’EURO pour neuf demi-finales). Cependant, il est arrivé que ce monstre de compétitivité qu’est la sélection allemande se loupe et passe totalement à côté de certains tournois. C’est sur ces rares fois où l’Allemagne n’est pas parvenue à sortir des poules que nous allons nous focaliser.

EURO 1984

Championne d’Europe en titre, vice-championne du monde, comptant dans ses rangs quelques-uns des joueurs les plus prometteurs du moment (Harald Schumacher, Pierre Littbarski, Andreas Brehme, Karl-Heinz Förster, Lothar Matthäus, Klaus Allofs, Rudi Völler et le buteur Karl-Heinz Rummenigge) solide et toujours aussi réaliste, la RFA arrive à l’EURO français sûre de ses forces, surtout dans un groupe largement à sa portée composé des cousins ibériques (Espagne et Portugal) et de la modeste Roumanie (sélection mineure à l’époque). Personne n’imagine que la RFA qui reste tout de même sur trois finales d’EUROs consécutives (1972, 1976 et 1980) puisse ne serait-ce que ne pas être en demi-finales. Et pourtant c’est ce qui arrive. Accrochée par le Portugal en ouverture (0-0), la Mannschaft rectifiera le tir en battant difficilement la Roumanie (2-1), s’emparant dans la foulée de la tête du groupe. Cependant dans cette poule beaucoup plus serrée qu’on aurait pu l’imaginer, les deux derniers matchs s’avèreront décisifs. Au coup d’envoi, un nul suffit aux Allemands face à une Espagne contrainte de gagner pour poursuivre l’aventure. Finalement la Roja s’impose sur la plus petite des marges grâce à un but inscrit à la dernière minute par son défenseur Antonio Maceda. Ce coup du sort, couplé à la victoire portugaise dans l’autre rencontre (1-0), élimine le tenant du titre à la surprise générale.

EURO 2000

Tenante du titre, l’Allemagne se présente à l’EURO 2000 avec une équipe aux cadres vieillissants (Lothar Matthäus, Ulf Kirsten et Thomas Hässler sont du voyage), aux jeunes encore tendres (Michael Ballack, Sebastian Deisler, Paulo Rink) et à l’ossature encore marquée par l’échec de la coupe du monde 1998 (une humiliante défaite en quarts contre la Croatie (0-3)). Sur le papier, l’équipe à tout de même fière allure (Oliver Bierhoff, Mehmet Scholl, Christian Ziege, Markus Babbel, Oliver Kahn, Jens Jeremies, Dietmar Hamman…). Erich Ribbeck, le sélectionneur, espérait sans doute que ce mélange de joueurs revanchards et de jeunes pousses trouverait la sérénité qui lui faisait défaut depuis des années, mais malheureusement la mayonnaise ne prit pas. Confrontée à l’Angleterre, au Portugal et à la Roumanie, la Mannschaft fait tout de même figure de favorite, comme toujours en compétition, mais cette sélection de bric et de broc ne parviendra jamais à trouver ce petit plus qui a poussé toutes ses devancières à se sublimer dans les moments critiques, même quand le talent faisait défaut. Incapables de triompher de la Roumanie (1-1), les allemands se feront surprendre par des Anglais revanchards dans ce remake de la demi-finale de l’EURO 1996 (0-1). Alan Shearer marque encore et cette fois la Mannschaft ne parvient pas à égaliser. Malgré tout, les Allemands conservent toutes leurs chances de se qualifier au dernier match face au Portugal. Les Lusitaniens étant déjà qualifiés, ils se paieront le luxe d’aligner leurs remplaçants pour ce dernier match de poule contre une Allemagne obligée de faire un résultat. Mais cette équipe de réservistes avides de se faire remarquer va doucher les espoirs des hommes de Ribbeck. Dépassée dans tous les secteurs, l’Allemagne est humiliée et concède trois buts. Plus que la défaite (0-3), c’est la manière et la prestation indigente des partenaires d’Oliver Kahn qui décevra. La Nationalmannschaft termine le tournoi avec un seul but inscrit au compteur, du jamais vu. Jamais l’Allemagne n’aura été aussi mauvaise en phases finales d’une compétition.

EURO 2004

Dans un groupe comptant les Pays-Bas et la République Tchèque en plus de la surprise lettone, l’Allemagne, vice-championne du monde en titre n’était pas donnée grandissime favorite, loin de là. Certes elle n’avait pas vraiment convaincu en éliminatoires, mais la Nationalmannschaft demeurant une redoutable équipe de tournoi, elle se devait de faire bonne figure. Malheureusement, elle retombe dans ses travers anté-2002, lorsque l’équipe était en crise. Confronté à un déficit de joueurs de talent et parfois même de métier (certains postes n’étaient pas pourvus en spécialistes au niveau), le sélectionneur Rudi Völler fait de son mieux avec les moyens du bord, sans grand succès. Malgré la présence de joueurs confirmés comme Michael Ballack, Oliver Kahn, Dietmar Hamman, Bernd Schneider, Miroslav Klose, Jens Jeremies, Christian Ziege ou Fredi Bobic et des jeunes pousses Philipp Lahm, Bastian Schweinsteiger, Luka Podolski (ils avaient tous trois moins de 21 ans), l’effectif n’est pas particulièrement impressionnant. Incapables de se défaire des Bataves (1-1) et de vaincre la Lettonie dans un match sans grande saveur (0-0), l’Allemagne se fait ridiculiser par les remplaçants Tchèques lors du dernier match (1-2). Bilan des courses, une absence quasi-totale de fond de jeu (Ballack ne peut pas tout faire), une défense aux abois, une ligne offensive aphone (aucun des attaquants retenus n’aura trouvé le chemin des filets) et des prestations indignes du rang de cette sélection. L’Allemagne sort de la compétition dès le premier tour pour la deuxième édition consécutive et personne ne la regretta.

Coupe du monde 2018

Championne du monde en titre, demi-finaliste de l’EURO deux ans plus tôt, la formation de Joachim Löw fait logiquement partie des favoris, d’autant qu’elle a largement dominé son groupe qualificatif (dix victoires en autant de rencontres, 43 buts inscrits, seulement quatre encaissés). Tous les voyants semblent au vert et la liste des vingt-trois à des allures de sélection All Star: Thomas Müller, Toni Kroos, Manuel Neuer, Mesut Özil, Marco Reus, Jérôme Boateng, Mats Hummels, Sami Khedira, Julian Draxler, Leon Goretzka, Ilkay Gündogan, Joshua Kimmich… Seule ombre au tableau, l’absence d’un avant-centre de classe mondiale (Timo Werner est encore peu expérimenté et Mario Gomez est vieillissant). Mais dans un groupe comptant la Suède, le Mexique et la Corée du Sud, le premier tour ressemble à une formalité. Les choses se gâtent dès le premier match contre le Mexique perdu 0-1. La Nationalmannschaft doit s’arracher pour battre la Suède lors de la deuxième rencontre (2-1) et conserver une chance de se qualifier. Obligée de battre les sud-coréens déjà éliminés, les hommes de Löw vont se casser les dents face à la détermination des partenaires de Heung-Min Son. Après avoir fait le siège du but sud-coréen, l’Allemagne encaisse deux buts dans les arrêts de jeu et s’incline (0-2) à la surprise générale. Cette défaite scelle le sort de la Nationalmannschaft qui termine en plus dernière de son groupe. C’est également la première fois de son histoire que la sélection allemande se fait éliminer au premier tour d’une coupe du monde. Trop inefficace pour espérer mieux (72 tirs tentés sur les trois matchs pour seulement deux buts inscrits), fragilisée derrière par les errements de Boateng (il sera même expulsé contre la Suède), cette équipe n’a été qu’une caricature d’elle-même.

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