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Ces grandes équipes qui n’ont pas été championnes du monde (Années 70-80)

Evènement majeur de la planète footballistique, la coupe du monde est et restera sans doute à jamais le trophée le plus prestigieux de tous. La remporter est considéré comme le couronnement d’une carrière. Toutefois si elle a souvent sacré certaines des meilleures sélections de l’histoire, cette versatile maîtresse s’est aussi refusée à pas mal d’équipes qui auraient mérité ses faveurs. L’histoire du foot regorge de sélections impressionnantes voire excellentes qui n’ont malheureusement jamais pu être championnes du monde, la faute le plus souvent à un concours de circonstances ou des choix discutables. Les meilleurs n’étant pas forcément les vainqueurs, ces rois sans couronnes sont tout de même entrés dans la légende de ce sport.

Pays-Bas (1974)

En ce début de décennie, le football néerlandais est ce qui se fait de mieux à l’échelle mondiale. Portées par la révolution du football total, les équipes bataves dominent l’Europe. En toute logique, cette embellie déteint sur la sélection qui se qualifie pour la coupe du monde pour la première fois depuis 1938. Pour cette édition 1974, l’artillerie lourde est de sortie avec Johan Cruyff, triple Ballon d’Or, Johann Neeskens, Rob Rensenbrink, Johnny Rep et Ruud Krol, le tout coaché par Rinus Michels. Après une phase de poules vite expédiée (deux victoires pour un nul), les Oranje sont versés dans un groupe difficile (Brésil, Argentine, RDA) lors de la seconde phase de groupe (en remplacement des traditionnels matchs à élimination directe). La formation batave ne s’en laisse pas compter et étrille tous ses adversaires inscrivant huit buts en trois rencontres. Premiers de leur groupe, les hommes de Michels se retrouvent en finale contre la RFA, nation organisatrice et championne d’Europe en titre. Ce qui était présenté comme l’affiche rêvée va tenir ses promesses. Les bataves ouvrent le score dès la deuxième minute par Neeskens sur penalty. Mais les ouest-allemands égalisent par Breitner avant que Gerd Müller ne sorte de sa boîte en plantant un second but. Parfaitement muselé par Berti Vogts, Cruyff ne parvient pas à faire la différence. Et avec lui, c’est toute la sélection néerlandaise qui déjoue et finit par s’incliner (1-2). Johan Cruyff l’ignore mais il vient ainsi de disputer le seul Mondial de sa carrière. Si elle a eu le mérite de faire rêver, la formation batave s’est heurtée au réalisme allemand.

Pays-Bas (1978)

Quatre ans après la désillusion de Munich, les Oranje reviennent en coupe du monde plus déterminés que jamais. Si la beauté du jeu est toujours présente, l’équipe a tout de même légèrement changé en quatre ans. Ernst Happel a pris place sur le banc et si l’ossature de l’édition précédente a été conservée (Rensenbrink, Neeskens, Rep et Krol sont présents), un absent de marque est à déplorer: Johan Cruyff. Le Hollandais volant a en effet décidé de prendre sa retraite internationale en 1977 après avoir pris part aux qualifications du Mondial. Malgré cette défection, l’équipe a fière allure sur le papier et arrive en Argentine avec le statut de favori. La première phase de groupe est cependant délicate (une large victoire, un nul puis une défaite lors du dernier match). Heureusement, les bataves retrouveront leur superbe durant la deuxième phase de poules malgré une adversité relevée (RFA, Italie et Autriche). Grâce à deux victoires et un nul, ils se qualifient pour la finale après avoir émerveillé les amoureux de beau jeu. Comme en 1974, c’est le pays organisateur, l’Argentine en l’occurrence, qui se dresse face à eux. Portée par le public d’un Monumental en fusion, la formation argentine ouvre le score et fait la course en tête. En fin de match, les Pays-Bas reviennent au score à l’abnégation. Dans la foulée, Rensenbrink loupe une occasion en or. La décision se fera donc en prolongations. Dans un environnement hostile à souhait, les bataves craquent et concèdent deux buts (1-3). Ils s’inclinent pour la deuxième fois consécutive en finale de coupe du monde.

Brésil (1982)

Porté par son duo ZicoSocrates, le Brésil arrive en Espagne avec l’étiquette de grandissime favori. Il faut dire que cette équipe produit un football chatoyant et est un régal pour les amateurs de football offensif. De plus, outre ses deux métronomes, elle peut aussi compter sur de brillantes individualités (Falcão, Junior, Eder, Serginho…). Comme annoncé, la Seleção brille d’entrée et surclasse ses adversaires durant la première phase de groupes. Spectaculaire à souhait, la troupe de Telê Santana remporte ses trois matchs, inscrivant une dizaine de buts. Versée dans un groupe très difficile au second tour (Argentine et Italie), les Auriverdes ne se laissent pas impressionner. Ils viennent à bout de l’Argentine de Kempes et Maradona avec la manière (3-1), éliminant le tenant du titre au passage. Pour leur deuxième match face à une Italie obligée de gagner pour poursuivre l’aventure, un nul suffit aux partenaires de Zico. Plutôt que de fermer le jeu et attendre son adversaire, Telê Santana décide de rester fidèle à ses principes de jeu et lance son équipe à l’attaque. Dans cette opposition de style qui fut l’un des plus beaux matchs de l’histoire, l’Italie décide de procéder par contres et ouvre le score par Paolo Rossi. Socrates parvient à égaliser. Fidèle à lui-même, le Brésil ne change pas son plan de jeu et encaisse un deuxième but de Rossi. Falcão parvient à ramener les équipes à égalité. On se dit alors que le Brésil va jouer le nul. Mais c’est mal connaître cette équipe qui ne joue que pour marquer. Conséquence, elle se découvre et Paolo Rossi inscrit son troisième but du match. Cette fois le Brésil ne reviendra pas et sera éliminé pour ne pas avoir dérogé à ses idées. Une issue rageante pour cette équipe qui était l’incarnation du football offensif.

France (1982)

Devenue une des meilleures équipes d’Europe grâce à une génération dorée (Platini, Giresse, Rocheteau, Tigana, Genghini, Bossis, Lacombe, Amoros, Battiston) et d’expérimentés grognards (Marius Trésor, Gérard Janvion, Christian Lopez…), les Bleus ne sont pourtant pas favoris au titre suprême. Il faut dire qu’ils restent sur deux décennies d’échecs au Mondial et ne sont même pas parvenus à se qualifier pour l’EURO précédent. Opposés à l’Angleterre, à la Tchécoslovaquie et au Koweït, ils se qualifient de justesse pour la seconde phase de groupe (Une victoire, un nul et une défaite). Ils héritent alors d’un groupe relativement clément au second tour (Irlande du Nord et Autriche). Les Bleus impressionnent en remportant leurs deux rencontres avec la manière, ce qui leur attire la sympathie des fans de beau jeu. Après l’élimination du Brésil, la France apparaît comme la dernière rescapée d’une certaine vision romantique du jeu. Opposée à l’ogre ouest-allemand en demi-finales, la France d’abord menée au score revient à la marque grâce à son maître à jouer Michel Platini. Ce match épique, marqué par l’agression d’Harald Schumacher sur Patrick Battiston, se poursuivra en prolongations. Les français marquent deux fois par Marius Trésor et Alain Giresse. Mais la RFA, toujours réaliste, égalise par Rummenigge puis Fischer et parvient à remporter la séance de tirs au but. Démobilisée, la France finira modestement quatrième après s’être inclinée lors du match de classement.

Brésil (1986)

Quatre ans après son échec face à l’Italie, le Brésil revient au Mexique plus déterminé que jamais. L’ossature de l’édition précédente est toujours présente (à l’exception d’Eder et Toninho Cerezo) et de nouveaux joueurs comme Careca, Valdo ou Casagrande sont venus renforcer l’équipe. Après avoir roulé sur les éliminatoires, les Canarinhos sont favoris. Toujours aussi plaisants à voir jouer mais plus prudents, ils dominent sans trembler une poule largement à leur portée (Algérie, Irlande du Nord et Espagne), remportant leurs trois matchs. S’ils n’inscrivent que cinq buts, ils n’en encaissent aucun. Opposés à la Pologne en huitièmes de finales, ils font parler la poudre et surclassent les partenaires de Boniek (4-0). Après une telle démonstration, même la France, autre épouvantail du tournoi, ne semble pas en mesure de les arrêter en quarts. Ce match opposant deux des équipes les plus joueuses du tournoi vire à la leçon de football et entre dans la légende. Après avoir pris les devants grâce à un but de Careca, la Seleção se fait rejoindre par une réalisation de Platini. Vexée, l’équipe brésilienne va faire le siège du but français. Cependant, Joel Bats, en état de grâce, ne s’incline plus du match. Même le penalty raté par Zico ne perturbe pas une France fidèle à son plan de jeu. La décision se fera finalement aux tirs au but. Socrates et Julio Cesar ratent leurs tentatives. Luis Fernandez convertit le dernier tir au but français et qualifie les Bleus. Le Brésil quitte de nouveau le tournoi par la petite porte.

France (1986)

Championne d’Europe en titre, la France ne fait désormais plus figure d’outsider lorsqu’elle débarque au Mexique pour le Mondial. En effet, elle est désormais l’une des meilleures équipes de la planète foot et même si ses cadres sont vieillissants (la génération Platini est quasi trentenaire), elle a toutes les armes pour faire bonne figure dans ce qui se profile comme l’ultime coupe du monde de cette génération. La qualification sera cependant plus ardue que prévue dans une groupe comptant l’URSS, le Canada et la Hongrie. Avec deux succès et un nul, les hommes d’Henri Michel finissent deuxièmes de leur poule. En huitièmes, ils héritent d’un os, l’Italie, championne du monde en titre et pendant longtemps bête noire des français. Mais au terme d’un match maîtrisé, les Bleus triomphent (2-0) grâce à Platini et Stopyra. En quarts de finales, ils croisent le fer avec un des grands favoris du tournoi, le Brésil. Malgré une entame difficile (menés au score dès la 17e minute), les français reviennent au score avant la mi-temps grâce à un but de Platini. Par la suite, ils feront le dos rond et subiront les assauts brésiliens pendant plus d’une heure. La France plie mais ne rompt pas et parvient à se qualifier aux tirs au but. Après cet exploit, les français retrouvent la RFA en demis pour le remake de l’édition précédente. Cette fois-ci, le match n’aura pas la même intensité. Fatiguée par son match contre le Brésil, la France manque de jus et s’incline face à des ouest-allemands réalistes à défaut d’être spectaculaires (0-2). Pour la deuxième fois de suite l’aventure s’arrête aux portes de la finale. Les remplaçants se chargeront de décrocher la médaille de bronze face à la Belgique lors de la petite finale (4-2).

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