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Ces grandes équipes qui n’ont pas été championnes du monde (Années 30-60)

Evènement majeur de la planète footballistique, la coupe du monde est et restera sans doute à jamais le trophée le plus prestigieux de tous. La remporter est considéré comme le couronnement d’une carrière. Toutefois si elle a souvent sacré certaines des meilleures sélections de l’histoire, cette versatile maîtresse s’est aussi refusée à pas mal d’équipes qui auraient mérité ses faveurs. L’histoire du foot regorge de sélections impressionnantes voire excellentes qui n’ont malheureusement jamais pu être championnes du monde, la faute le plus souvent à un concours de circonstances ou des choix discutables. Les meilleurs n’étant pas forcément les vainqueurs, ces rois sans couronnes sont tout de même entrés dans la légende de ce sport.

Brésil (1938)

Après deux premières participations marquées par des éliminations prématurées (à chaque fois dès le premier tour), le Brésil se présente à cette troisième édition de la coupe du monde dans la peau d’un outsider. Le statut des auriverdes va vite changer au fil du tournoi. Menée par son buteur Leônidas dit Le Diamant Noir, la Seleção impressionne par son football offensif, même si elle passe au forceps le premier tour (6-5 après prolongations contre la Pologne). En quarts, il lui faudra recourir à un replay (il n’y avait pas de tirs au buts à l’époque, en cas de nul après la prolongation, le match était à rejouer) pour venir à bout de la Tchécoslovaquie, vice-championne en titre (1-1 après prolongations puis 2-1). Pour la demi-finale face à l’Italie, tenante du titre, le sélectionneur Adhemar Pimenta décide de laisser Leônidas, légèrement blessé, au repos en prévision de la finale. Mal lui en a prit. Sans son métronome, le Brésil s’incline contre la bande de Giuseppe Meazza (1-2). La Seleção doit donc se contenter de la troisième place après avoir battu facilement la Suède lors du match de classement (2-4). Seule consolation, Leônidas finit meilleur buteur de la compétition. La décision de Pimenta quoique compréhensible, a pesé lourd finalement. Autre conséquence, on n’a jamais eu droit au duel entre les deux meilleurs joueurs de l’époque (Meazza et Leônidas).

Brésil (1950)

Pour cette première édition post-deuxième guerre mondiale, le Brésil, pays hôte est cette fois le grand favori. Leônidas n’est plus là mais forte d’une ossature qui a remporté la Copa America l’année précédente, la Seleção menée par Zizinho (idole d’un certain Pelé), Ademir, Baltazar et Jair a des arguments à faire valoir. Après un premier tour réussi (deux victoires, un nul et une première place de son groupe), le Brésil débute le Final Four du tournoi (plutôt que d’avoir des quarts et demi-finales classiques, une formule de mini-championnat voit les quatre dernières sélections en lice s’affronter entre elles) en atomisant la Suède (7-1). L’Espagne connaîtra le même sort lors du deuxième match (6-1). Pour le dernier match contre l’Uruguay, le Brésil n’a besoin que d’un nul pour remporter son premier trophée mondial. Dans un Maracanã en fusion, l’impensable se produit pourtant. Après avoir ouvert le score, les Auriverdes se font rejoindre avant de concéder un deuxième but qui scelle leur défaite. Grâce à ce succès, l’Uruguay est sacré champion du monde. Cette génération brésilienne ne s’en remettra jamais. Et ce n’est pas le titre de meilleur buteur du tournoi d’Ademir ni celui de meilleur joueur du tournoi de Zizinho qui feront oublier la désillusion du Maracanaço. Désigné comme responsable de cet échec, le gardien Moacir Barbosa verra sa vie se transformer en enfer.

Hongrie (1954)

Lorsque débute cette cinquième édition de la coupe du monde, la Hongrie fait figure d’épouvantail. Il faut dire que l’équipe qui a gagné la médaille d’or aux jeux olympiques d’Helsinki en 1952 est invaincue depuis près de quatre ans. Le Onze d’Or (surnom donné à cette équipe) est irrésistible et n’a aucun rival sur le papier. Menée par Ferenc Puskas, Sandor Kocsis et Zoltan Czibor notamment, la Hongrie surclasse ses adversaires lors du premier tour, inscrivant 17 buts en seulement deux matchs. L’embellie se poursuit en quarts ou le Brésil rend lui aussi les armes (4-2) malgré l’absence de Puskas, blessé lors du deuxième match de poule. Le futur madrilène ne sera pas non plus sur le pré pour la demi-finale contre l’Uruguay. La Hongrie vient malgré tout à bout du tenant du titre (4-2 après prolongations). Pour la finale face à la RFA, la Hongrie récupère le Major Galopant. C’est d’ailleurs Puskas qui ouvrira le score dès la sixième minute, imité par Czibor deux minutes plus tard. Mais la RFA de Helmut Rahn parvient à égaliser avant la pause. Au retour des vestiaires, c’est une Allemagne de l’Ouest transfigurée qui revient sur le pré. Dans une deuxième période controversée, la RFA parvient à inscrire un troisième but entaché d’une faute (Hans Schäfer fait une obstruction sur le gardien hongrois, l’empêchant de capter la balle sur le corner décisif) par l’intermédiaire de Rahn dans les dix dernières minutes. Après avoir touché les poteaux à plusieurs reprises, les hongrois vont parvenir à égaliser par Puskas à deux minutes de la fin. Un but qui sera injustement refusé par le corps arbitral. La RFA est ainsi sacrée championne du monde. En octobre 2010, une enquête allemande révélera que l’équipe de la RFA s’était dopée à la pervitine, une drogue dérivée de la méthamphétamine naguère utilisée par les soldats allemands durant la deuxième guerre mondiale. Ce revers met fin à une série de 32 matchs sans défaite pour la sélection hongroise.

France (1958)

Constamment décevante à la coupe du monde, la France est loin d’être favorite lorsqu’elle débarque en Suède pour l’édition 1958. Pour ne rien arranger, les Bleus ont été confrontés à la désertion des joueurs d’origine algérienne (Rachid Mekhloufi, Mustapha Zitouni…) et ne semblent pas en mesure de faire des étincelles. Et pourtant, l’équipe de France va se révéler durant ce tournoi. Versés dans un groupe ouvert, les Bleus enregistrent deux victoires pour une défaite et finissent en tête. Boostés par les buts de Just Fontaine et drivés par leur maître à jouer Raymond Kopa, les hommes d’Albert Batteux écrasent l’Irlande du Nord en quarts de finales (4-0). Meilleurs que jamais, ils se présentent sûrs de leur force face à un Brésil qui a dû cravacher pour sortir le Pays de Galles en quarts. Pour ce choc au sommet, les Bleus font forte impression. Le Brésil ouvre prématurément le score par Vava mais Fontaine égalise avant la dixième minute de jeu et remet son équipe dans le match. Le sort va alors s’acharner sur les Bleus. A la trentième minute, Robert Jonquet, victime d’une fracture du péroné, doit quitter le terrain. Les remplacements étant à l’époque interdits, la France doit finir la rencontre à dix. Elle ne parviendra plus à endiguer les assauts auriverdes et s’inclinera finalement (2-5). La France conclura son tournoi par un succès de prestige sur la RFA (6-3) en match de classement. Auteur de treize réalisations durant ce tournoi, Fontaine, meilleur buteur de l’édition, rentrera dans l’histoire. Une bien maigre consolation pour ce qui fut longtemps la meilleure équipe de France de tous les temps.

Portugal (1966)

Qualifiés pour la première fois de leur histoire pour une coupe du monde, les lusitaniens arrivent sur la pointe des pieds. Certes, ils peuvent compter sur Eusebio leur buteur patenté, mais personne ne mise un kopeck sur cette formation surtout qu’elle hérite d’un groupe difficile (Brésil, Hongrie, Bulgarie). Vainqueurs sans trembler de la Hongrie puis de la Bulgarie, les portugais s’offrent un succès de prestige sur le Brésil lors du dernier match de poule (3-1). Ce qui était attendu comme le duel au sommet entre Pelé et Eusebio tournera finalement court vu que le brésilien, déjà diminué, est blessé par Joao Morais alors que les ibères mènent de deux buts. En quarts, la sélection lusitanienne va livrer un match d’anthologie face à la Corée du Nord. Menée de trois buts au bout de vingt-cinq minutes de jeu, elle s’en remettra à Eusebio pour sortir de cette mauvaise passe. La Perle Noire inscrit un quadruplé et permet à son équipe de composter son ticket pour les demis (5-3). Bien que pratiquant le meilleur jeu du tournoi, le Portugal ne peut rien contre l’Angleterre qui joue à domicile et s’incline (1-2). Grâce à un doublé de Bobby Charlton, les Three Lions se qualifient pour la finale. Les lusitaniens se contenteront de la troisième place après avoir triomphé de l’URSS lors de la petite finale (2-1). Meilleur buteur du tournoi, Eusebio ne rejouera malheureusement plus jamais de coupe du monde, vu que le Portugal ne parviendra à se qualifier de nouveau qu’en 1986.

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