Sauvons notre littérature!
Ces derniers jours, le microcosme littéraire ivoirien a été chamboulé par une mini-polémique née sur les réseaux sociaux. Un compte détenu par un prétendu correcteur s’est fait remarquer en signant une publication à charge contre l’oeuvre d’un confrère. L’accent était mis sur les nombreuses fautes figurant dans la publication du confrère ainsi que sur la qualité littéraire de l’ouvrage, taxé de nul, dans une prose des plus fielleuses.
La violence de cette sortie n’a pas manqué de faire réagir auteurs et amoureux du livre quelques jours durant, au point de remettre sur la table l’épineuse question de la qualité des œuvres publiées. En effet, depuis quelques années, beaucoup d’acteurs et de lecteurs ne cessent de fustiger la baisse de niveau de la production nationale. Trop de livres ne respectent pas les standards de qualité attendus, tant au plan du fond que de la forme, et cet état de fait tend à déprécier la littérature ivoirienne contemporaine.
En tant qu’auteur, je ne pouvais rester indifférent à cette agitation. Les critiques font partie de notre profession (heureusement d’ailleurs, vu que la remise en question est facteur de progression) mais la véhémence de celle-ci tient plus du règlement de comptes qu’autre chose (à moins qu’il ne s’agisse d’une manœuvre visant à créer le buzz autour de l’oeuvre incriminée, auquel cas c’est réussi). Les fautes dévoilées dans ce post sont inacceptables, on sera tous d’accord dessus, mais on ressent moins une volonté de donner un avis pertinent que de décrédibiliser l’auteur. Bien sûr, ce dernier a sa part de responsabilité, cependant, son éditeur est tout autant (sinon plus) mis en cause. Il est manifeste à la lecture de ces erreurs que le travail éditorial a été bâclé. À croire que le texte n’a bénéficié d’aucun toilettage avant d’être édité. C’est aux maisons d’édition qu’il revient de faire corriger les manuscrits qu’elles comptent faire paraître. Et cette tâche ne doit pas incomber au seul correcteur, mais aussi à des lecteurs qui doivent signaler les coquilles avant que le Bon à Tirer ne soit soumis à l’auteur.
Si les éditeurs ne jouent pas leur partition et ne se montrent pas plus regardants, il est clair que la situation ira en s’empirant. Malheureusement, trop d’entre eux sont dans une logique purement commerciale. Beaucoup demandent à présent une participation financière à l’auteur et se comportent davantage comme des prestataires de services. Dans l’état actuel des choses, on a le sentiment que n’importe qui peut se faire publier, du moment qu’il consent à passer à la caisse. L’auteur est en définitive traité comme un client et non comme un collaborateur. Il importe que les maisons d’édition locales se montrent plus professionnelles afin que la production littéraire gagne en qualité. Il leur revient de jouer leur rôle de goulot d’étranglement et de séparer le bon grain de l’ivraie. Une maison d’édition ne doit pas se contenter d’imprimer. Il faut aussi qu’elle assiste l’auteur et l’encourage à fignoler au maximum son écrit avant la publication.
La critique doit également se montrer moins permissive et cesser d’encenser à tout va. Il est clair que les ouvrages publiés ne sont pas tous bons. Plutôt que de caresser tout le monde dans le sens du poil, il ne faut plus craindre d’exposer franchement les insuffisances des productions. Le but est d’éviter une stagnation du niveau des écrits. Il importe que les critiques se départissent du copinage et n’hésitent plus à taper là où ça fait mal, quitte à s’attirer quelques inimitiés. Les auteurs quant à eux doivent faire preuve d’humilité et ne surtout pas se braquer. Nous ne détenons pas la science infuse. De ce fait, un regard extérieur est toujours le bienvenu, ne serait-ce que pour relever les incohérences et les erreurs de style. Ce n’est qu’à ce prix qu’on pourra espérer des lendemains radieux pour notre littérature. Espérons que les points soulevés par cette mini-polémique susciteront une remise en question de tous les acteurs de la chaîne du livre en Côte d’Ivoire.
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