Robert Horry, Steve Kerr, serials gagneurs
L’histoire de la NBA est riche en champions, en phénomènes ayant posé leur empreinte sur leurs périodes mais également en rois sans couronnes qui bien que faisant partie des joueurs dominants de leurs périodes ne sont jamais parvenus à remporter le titre suprême. Inversement, quelques joueurs moins tranchants, voire des role players, compte plusieurs bagues sans avoir été particulièrement brillants en carrière où tout simplement en se fondant dans le collectif, laissant aux stars la gloire et l’exposition. Toutefois quelques-uns de ces joueurs de l’ombre sans lesquels tout succès est difficile à obtenir ont su en profiter pour s’offrir un joli palmarès. Mieux que tous les autres, Steve Kerr et Robert Horry (12 titres à eux deux) auront incarné ces joueurs qui ne font pas spécialement rêver mais qui ont su se montrer décisifs dans les moments critiques.
Steve Kerr

Drafté en 1988 par les Phoenix Suns en cinquantième position après une carrière universitaire honnête, Steve Kerr semblait voué à jouer les utilités toute sa carrière comme en témoigne ses premières saisons avec les Suns puis les Cavaliers et le Magic. Les choses vont cependant changer lorsqu’il s’engage en 1993 avec le champion en titre les Chicago Bulls. Dans cette équipe orpheline de Michael Jordan, retraité et parti tenter sa chance dans le baseball, l’arrière gagne sa place et joue tous les matchs de la saison régulière, réalisant ses meilleures statistiques aux points. Les Bulls disputeront les playoffs deux années de suite mais ne parviendront jamais à se hisser en finale. C’est lorsque His Airness Jordan reprend du service que l’équipe retrouve le chemin des finales. Dans l’ombre de MJ, Scottie Pippen puis Dennis Rodman et Toni Kukoc, Steve Kerr rempli parfaitement son rôle de joueur de complément et décroche un premier titre en 1996. Lors de l’exercice suivant il sera décisif dans la conquête du titre inscrivant le shoot décisif lors du match 6 de la finale. Cette année là il remporte aussi le Three Point Contest au All Star Game. Si ses statistiques sont plutôt modestes en playoffs, Kerr sait se montrer clutch et sortir le panier décisif au bon moment.

Après avoir réalisé le Three-Peat avec les Bulls il est transféré aux San Antonio Spurs en 1998. Chez les Spurs son temps de jeu sera plus réduit mais il se montrera comme toujours à son avantage chaque fois qu’il sera amené à faire la décision. Mené par son duo David Robinson – Tim Duncan, les Spurs accéderont aux finales et viendront à bout des New York Knicks. Steve Kerr entrera dans la légende en étant le seul joueur n’ayant jamais joué avec les Boston Celtics à avoir remporté quatre titres consécutifs. Le reste de sa carrière il la passera avec le statut de remplaçant apportant des tirs longue distance en sortie de banc. Il revient dans la lumière lors des playoffs de 2003 toujours avec les Spurs où il brille lors de la finale de conférence contre les Dallas Mavericks en inscrivant quatre shoots à 3-points décisifs qui contribueront grandement à la qualification de San Antonio pour les Finals. Avec Tim Duncan, David Robinson, Manu Ginobili et le jeune Tony Parker, les San Antonio Spurs remportent leur second titre NBA en battant les New Jersey Nets. Steve Kerr annoncera sa retraite à l’issue de ce nouveau triomphe.

Outre ses cinq titres de champions, Steve Kerr est à sa retraite le shooteur à 3-points le plus adroit de l’histoire sur une saison (52,4 % en 1994-95) et en carrière (45,4 %). Steve Kerr n’a cependant jamais été All Star, n’a jamais effectué de saison à dix points de moyenne et n’a jamais été nominé dans une seule des teams en fin de saison. Toutefois il a à son actif un palmarès qui ferait bien des envieux.
Robert Horry

Avec sept bagues, Robert Horry est l’un des joueurs les plus titrés de l’histoire. Seuls six joueurs ont fait mieux dans les années soixante quand les Boston Celtics dominaient outrageusement la ligue à ses débuts. Les mauvaise langues diront qu’il a simplement su être dans les bonnes équipes au bon moment, mais réduire sa carrière à de simples concours de circonstances est clairement abusif. Horry n’était peut-être pas le joueur le plus élégant du monde, mais il avait la particularité d’élever systématiquement son niveau de jeu une fois les playoffs venus. Il présente d’ailleurs des statistiques supérieures en playoffs par rapport aux saisons régulières.

Sélectionné en onzième position par les Houston Rockets lors de la draft 1992, le jeune ailier fera ses gammes dans l’ombre de Hakeem Olajuwon et Otis Thorpe. Au sein d’un collectif huilé, il remportera ses deux premiers trophées en 1994 et 1995 sous la houlette de Rudy Tomjanovich. Durant ces deux finales il battra le record d’interceptions en finale NBA sur un match (sept steals) et entrera des 3-points décisifs qui feront la différence. Dans le Game 3 de la finale 1995, il marque un 3-point plus que décisif à 14 secondes du buzzer. Il avait déjà donné la victoire à sa Franchise lors du Game 1 en rentrant le shoot de la gagne. Ajoutons à ça une implication défensive parfaite et on est situés sur son rôle-clé dans ces finales.

Cédé aux Phoenix Suns en 1996 dans le trade qui envoya Charles Barkley à Houston, il n’y restera que quelques mois et sera transféré aux Los Angeles Lakers. Dans une équipe en plein renouveau portée par Shaq O’Neal et Kobe Bryant, il s’acquittera parfaitement de son statut de remplaçant se contentant d’apporter de la présence physique, des points et une défense costaude. Back-up de A.C. Green, puis de Horace Grant lors des titres de l’an 2000 puis de 2001, il brillera lors des Finals du Three-peat des Lakers en début de siècle, inscrivant comme souvent des tirs longues distances valant leur pesant d’or dans les séries. Lors du match 3 des Finals 2001 face aux Philadelphia Sixers, il fait la décision. Il récidive l’année suivante face aux Blazers avant d’enfoncer le clou face aux Sacramento Kings en finale de conférence. Surnommé Big Shot Rob par les fans il sera malheureusement moins en réussite lors des playoffs 2003.

Free Agent à la fin de la saison 2002-2003, il s’engage avec les San Antonio Spurs où il reprend son rôle de shooteur décisif et de défenseur rugueux. Il contribue activement à la campagne victorieuse des Spurs en 2005 remportant son sixième titre personnel, le troisième de la Franchise. Lors du game 5 des Finals face au Detroit Pistons, il prend feu et inscrit 21 points dans le quatrième quart-temps et en prolongations, offrant la victoire à San Antonio. Il s’illustrera également lors du titre de 2007 où il mettra surtout en exergue ses qualités défensives, au point de créer la polémique pour son marquage trop viril lors du game 3 contre les Phoenix Suns. Suspendu pour les matchs suivants de la série, il reviendra cependant pour les Finals et glanera une nouvelle bague après le sweep des Cleveland Cavaliers. Il jouera une saison de plus avec les Spurs avant de prendre une retraite bien méritée.
L’histoire de sa carrière aurait pu être totalement différente malgré tout. En février 1994 il devait être échangé en compagnie de Matt Bullard avec Sean Elliott des Detroit Pistons. Cependant Elliott fut recalé à la visite médicale et le trade fut avorté. C’est un autre concours de circonstances qui le conduira dans le roster des Los Angeles Lakers. Envoyé par les Rockets aux Phoenix Suns en compagnie de Sam Cassell, Mark Bryant et Chucky Brown en aout 1996, il aura une altercation avec Danny Ainge alors coach des Suns (Horry lui a jeté une serviette lors de la dispute). Un évènement qui précipitera son départ de l’Arizona. En janvier 1997 il est donc échangé avec Cedric Ceballos et rejoint ainsi les Lakers.

Au plan statistique Robert Horry est loin d’avoir été un monstre. Mais il est typiquement le type de joueur qui s’avère plus que précieux dans les moments critiques. Peut-être l’un des meilleurs joueurs de playoffs de ces dernières années. Outre ses sept couronnes, Horry est l’un des seuls joueurs (ils sont trois au total) à avoir remporté plusieurs titres consécutifs avec deux équipes différentes. Il est avec John Salley le seul joueur à avoir remporté trois bagues avec trois équipes différentes. Il détient également le plus grand nombre de 3-points pris inscrits dans les finales NBA (53 lancers). Il est aussi le joueur qui a disputé le plus de matchs de playoffs en carrière (244 matches). En 2002 il est également devenu le premier joueur à cumuler 100 contres, 100 3-points et 100 interceptions en une seule saison.
Destins croisés

Steve Kerr et Robert Horry ne seront certainement jamais au Hall Of Fame et resteront à jamais rarement cités quand il s’agira d’évoquer les joueurs ayant marqué leur période. Toutefois ces deux hommes ont parfaitement incarné la notion de collectif et ont mis leurs qualités au service de leurs différentes équipes plutôt que de chercher à tout prix à tirer la couverture de leur coté. Sur 14 saisons ces deux hommes de l’ombre ont remporté une douzaine de titres, ont la particularité d’avoir gagné le championnat alternativement de 1994 à 2003, ont tous deux été coachés par Phil Jackson et Gregg Popovich et le tout sans n’avoir jamais joué ensemble. Coïncidence marrante les deux hommes ont porté le même numéro (le 25) l’essentiel de leurs carrières respectives . Kerr et Horry sont la preuve que le basket est avant tout un sport collectif et qu’il est parfaitement possible de réaliser une belle carrière loin des projecteurs. Deux joueurs d’équipe tout simplement s’appliquant à accomplir leurs tâches sans se préoccuper de noircir coûte que coûte leurs feuilles de stats personnelles. Un écueil que nombre de joueurs n’ont su éviter. A la différence des gros scoreurs qui ont exercé dans la même période (Shawn Kemp, Vince Carter, Tracy McGrady, Allen Iverson, Steve Francis…), accumulant les récompenses individuelles et les stats de dingue pour un palmarès vierge en club, le duo Kerr-Horry a lui fait exactement l’inverse en se montrant clutch à bon escient. Si l’histoire de la NBA est riche en rois sans couronne, Steve Kerr et Robert Horry eux sont des rois sans carrosses.
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