Claudio Lopez, El Piojo
Terre de football, l’Argentine a toujours été bien pourvue en joueurs offensifs. Au poste d’attaquant, de nombreuses légendes ont d’ailleurs marqué l’histoire. Durant la décennie 90, le buteur le plus en vue fut incontestablement Gabriel Batistuta. Mais dans son ombre ou à ses côtés, un certain nombre de goleadors sont parvenus à exister en sélection (Abel Balbo, Hernan Crespo…). Parmi eux, on peut citer Claudio Lopez, pilier de la sélection de la fin des années 90 au début des années 2000 (il fut même titulaire indiscutable à un certain moment). Versatile au possible (il pouvait évoluer aussi bien comme ailier, attaquant de soutien ou pur avant-centre), bon dribbleur et doté d’une frappe du gauche puissante et précise, El Piojo (Le Pou) est malheureusement injustement tombé dans un relatif oubli. Revisitons sa carrière.
Les débuts au Racing Club
Né à Rio Tercero dans la province de Cordoba en 1974, Claudio Javier Lopez taquine la balle dès sa plus tendre enfance comme la majorité des jeunes argentins. Doué, il finit par attirer l’attention des recruteurs de l’Estudiantes de La Plata, club qu’il rejoint durant son adolescence. Il y effectuera ses débuts en 1990 à seulement seize ans avec l’équipe-réserve. Il n’intègrera cependant jamais l’équipe professionnelle. Dès l’intersaison suivante, il est recruté par le Racing Club, club de la banlieue de Buenos-Aires. Après y avoir parachevé sa formation, il fait ses débuts en Primera Division (D1 argentine) durant l’exercice 1992-1993 à dix-huit ans. Pour sa première saison, il dispute une vingtaine de rencontres (19 en championnat), inscrivant un but. Lors de l’exercice 1993-1994, il est intronisé titulaire et glane 43 apparitions TCC (36 en championnat). S’il trouve le chemin des filets huit fois, il ne marque que trois buts en championnat. Il inscrira le même total de buts lors de l’exercice suivant (26 matchs en Primera Division). Il changera définitivement de statut durant la saison 1995-1996. Le Racing Club réalise un excellent tournoi Apertura (deuxième derrière Velez Sarsfield) et Lopez explose, inscrivant neuf buts. Toutes choses qui lui ouvrent les portes de la sélection. Il se montre tout aussi performant lors du tournoi Clausura (huit buts marqués). Daniel Passarella, le sélectionneur national, le retient pour les Jeux Olympiques d’Atlanta. Il en fait même son titulaire en pointe aux côtés d’Hernan Crespo. L’Argentine décroche la médaille d’argent (battue en finale par le Nigéria 2-3). S’il n’a marqué que deux buts durant le tournoi, Claudio Lopez a tapé dans l’œil de nombreuses formations européennes.
L’explosion à Valence
Claudio Lopez décide finalement de s’engager avec le Valence CF durant l’intersaison 1996. Il est cependant loin d’arriver en terrain conquis vu que le club s’attache également les services de Romario, Goran Vlaovic et Gabriel Moya qui le concurrenceront. Si Romario quitte rapidement le club, Claudio Lopez peinera à faire son trou en pointe et sera baladé à tous les postes offensifs. Valence finit la saison à une modeste dixième place. El Piojo s’est certes imposé (40 apparitions dont 32 en Liga) mais n’a inscrit que cinq buts TCC (trois en championnat). Malgré le retour de Romario ainsi que les arrivées de Marcelinho Carioca et Miguel Angulo à l’intersaison, Claudio Lopez s’impose aux côtés de Vlaovic. Même les arrivés d’Adrian Ilie et Nicolas Oliveira durant le mercato hivernal ne lui feront pas changer de statut. Associé à Ilie durant la deuxième partie de saison, celui qui est désormais un cadre de l’Albiceleste inscrit une douzaine de buts en championnat en 32 rencontres. Si Valence ne peut faire mieux qu’une neuvième place, Lopez se console en participant à la coupe du monde 1998. Etrangement, il est titularisé en soutien de Batistuta (Crespo et Balbo restent confinés au banc) durant ce Mondial. L’Albiceleste est sortie en quarts par les Pays-Bas 1-2 (match durant lequel Lopez a marqué) mais son tournoi est une réussite à titre personnel. Il retrouve Valence gonflé à bloc et réalise une saison pleine avec les Ché (21 buts en Liga, 33 TCC) sous les ordres de Claudio Ranieri, grâce notamment à l’apport de Gaizka Mendieta. Valence finit à la quatrième place et remporte la Copa Del Rey lors de cette saison 1998-1999. Malgré l’arrivée d’Hector Cuper sur le banc lors de l’intersaison 1999 et le recrutement de Juan Sanchez, son statut ne change pas. Les Ché réalisent une des meilleures saisons de leur histoire récente en remportant la Supercopa et en se hissant en finale de la Champions League (défaite 0-3 contre le Real Madrid). Joueur le plus utilisé cette saison-là (54 matchs joués TCC), Claudio Lopez inscrit un total de 17 buts (11 en Liga, six en C1). Si Valence ne finit que troisième du championnat, le club a tout de même marqué les esprits.
L’aventure Laziale
Après quatre saisons à Valence, il, décide de changer d’air et cède aux sirènes italiennes. Il signe en faveur de la Lazio Rome, championne d’Italie en titre durant l’intersaison 2000. Il y retrouve son compatriote Crespo, lui aussi fraîchement arrivé au club. Malheureusement pour lui sa première saison ne sera pas fructueuse malgré une victoire en Supercoppa Italiana. Soumis à une rude concurrence (Crespo, Marcelo Salas, Simone Inzaghi, Fabrizio Ravanelli), il devra également composer avec de nombreux pépins physiques qui le limitent à 22 matchs TCC. Il se montre particulièrement décevant en Serie A (zéro but en seize apparitions) mais se montre heureusement plus inspiré sur la scène continentale (cinq buts en C1). Les Biancocelesti finissent la saison à la troisième place. Les départs de Salas et Ravanelli durant l’intersaison le libèrent. El Piojo retrouve la confiance et son association avec Crespo donne enfin satisfaction (32 buts à eux deux sur la saison 2001-2002). Lopez inscrit dix buts en championnat (douze TCC) en 29 apparitions (38 matchs TCC). Malheureusement, la Lazio rate sa saison. Eliminée dès la première phase de groupe de la Champions League, le club ne finit que sixième de Serie A. Conséquence, l’intersaison est mouvementée avec le départ de Crespo et les arrivées d’Enrico Chiesa et Bernardo Corradi. Déçu par une coupe du monde 2002 ratée (l’Albiceleste fut éliminée dès le premier tour), il aborde la saison 2002-2003 le couteau entre les dents. Intronisé leader d’attaque par la force des choses, El Piojo réalise son exercice le plus abouti (15 buts en championnat, 17 TCC, meilleur buteur du club) avec à la clé une quatrième place en Serie A. Paradoxalement, le vent tourne pour lui en sélection. Marcelo Bielsa ne le convoque plus et sa carrière internationale prend tacitement fin. La saison 2003-2004 sera difficile pour son club et lui. La formation laziale se fait sortir de la C1 dès la phase de groupes et termine à une décevante sixième place en championnat. Lopez quant à lui ne marque que quatre buts TCC (tous en Serie A) en 36 matchs joués TCC. Ses seuls pépins physiques récurrents ne peuvent expliquer cette saison ratée. Seule satisfaction, une victoire en Coppa Italia.
Le rebond au Mexique
Après cette année délicate, Claudio Lopez, désormais âgé de trente ans est en quête d’un nouveau défi. Alors qu’un retour au pays est envisagé et que certains clubs européens sont intéressés, il surprend tout le monde en s’engageant en faveur du Club América de Mexico. S’il ne se montre pas à son avantage lors de la première moitié de saison (quatre buts en 17 matchs), il renverse la vapeur lors du Clausura 2005 avec neuf réalisations au compteur et le titre de champion. Il remportera par la suite le Campeon de Campeones (compétitions opposant les vainqueurs de l’Apertura et du Clausura de la ligue mexicaine). Sa deuxième saison avec l’América sera moins fructueuse au plan local. Il n’inscrit que cinq buts (pour trente apparitions) lors des deux phases du championnat. Mais il prend part à la belle aventure de l’América en Champions’ Cup CONCACAF (équivalent CONCACAF de la Champions League), trophée que remporte le club mexicain. Lors de l’Apertura 2006, l’América s’incline lors des demi-finales de play-offs. Avec seulement trois buts en douze matchs, Lopez n’a que peu brillé. Il prend tout de même part à la coupe du monde des clubs 2006 en décembre. L’épopée s’arrête en demi-finales contre le FC Barcelone (0-4). Il décide de quitter le club après cette élimination.
Retour au Racing
Claudio Lopez retrouve le Racing avec qui il s’engage pour le Clausura 2007. Poids des ans oblige (il a alors trente-trois ans), il doit se contenter d’un statut de Supersub. Ce rôle de joker en sortie de banc lui conviendra bien. S’il ne marque pas une kyrielle de buts, il se montre décisif au bon moment (cinq buts en 18 apparitions sur le pré). Le club finit seulement treizième. Lors de l’Apertura suivant, il conserve les mêmes standards (cinq buts en seize matchs, toujours comme remplaçant). Le Racing reste scotché dans le ventre mou du championnat avec une nouvelle treizième place. Alors qu’on l’imagine terminer sa carrière avec le club de ses débuts, il prend tout le monde à contrepied en le quittant avant le début du Clausura.
Fin de parcours en MLS
En mars 2008, il signe un contrat en faveur des Kansas City Wizards (Actuel Sporting Kansas City). A bientôt trente-quatre ans, sa fin de carrière est plus proche que jamais. Titulaire lors de sa première saison avec le club du Missouri, il inscrit six buts en 28 matchs de MLS. Malheureusement le club s’incline lors des demi-finales de Conférence contre le Colombus Crew. Lors de la saison suivante, il marque sept buts en 29 apparitions mais le club ne finit que treizième de la saison régulière, loupant les play-offs. Alors qu’une offre de prolongation lui est soumise, il la décline et se retrouve libre. En avril 2010, il rejoint les Colorado Rapids, une autre Franchise MLS. Si ce choix s’avère heureux du point de vue des titres (leader de la Conférence Est, victoire en MLS Cup, l’équivalent du titre de champion), c’est moins le cas sur le plan personnel. Il ne joue que treize matchs (onze en MLS) sans jamais parvenir à marquer. En fin de contrat, il ne donne pas suite à la proposition de prolongation et se retrouve libre. Il ne trouve pas preneur. Faute d’offre, il décide de mettre un terme à sa carrière à trente-six ans.
Si sa carrière européenne fut plutôt réussie malgré des moments difficiles en Italie, Claudio Lopez souffre malgré tout d’un manque de reconnaissance. Moins médiatique que certains de ses compatriotes, son choix de rejoindre le Mexique l’a également énormément desservi. S’il a joué deux coupes du monde comme titulaire, il n’a paradoxalement jamais pris part à la Copa America. Après avoir fait l’impasse en 1999, l’annulation du tournoi en 2001 et son éviction de la sélection après le Mondial 2022 ne lui a pas permis de disputer cette compétition. Un des plus gros manques dans sa carrière.
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