Gianluca Vialli, Lucagol
Décédé d’un cancer du pancréas le 06 Janvier 2023, Gianluca Vialli, contrairement à beaucoup de joueurs italiens des années 80 et 90 était resté dans les mémoires, tant pour ses performances passées que son travail au sein du staff de la sélection italienne. Cet attaquant polyvalent (il était capable d’évoluer sur tout le front de l’attaque) et précis des deux pieds fut l’un des buteurs les plus redoutés de la Serie A à la fin du siècle précédent. S’il ne termina qu’une seule fois meilleur buteur d’un championnat, il fut cependant une des terreurs offensives du vieux continent et est l’un des rares joueurs à avoir remporté les trois coupes d’Europe dans sa carrière.
Les débuts
Natif de Crémone, Gianluca Vialli a le privilège de naître dans une famille aisée (son père est millionnaire). Très vite, il montre une appétence pour le football. A neuf ans, il rejoint le petit club lombard de l’AS Pizzighettone. Il y évoluera jusqu’en 1978 avant d’intégrer le centre de formation de l’UC Cremonese, le club local, à tout juste quatorze ans. Il y effectuera ses classes et s’illustrera dans les équipes de jeunes. Conséquence, ses bonnes performances lui offrent un strapontin pour l’équipe première. Vialli signe son premier contrat professionnel et fait ses débuts avec la Cremonese lors de l’exercice 1980-1981 à seulement seize ans. Le club lombard évolue à l’époque en Serie C1 (Troisième division italienne). Pour cette première saison, le jeune attaquant ne joue que deux rencontres. L’exercice suivant sera nettement plus probant. Dans la foulée de la promotion de Cremonese en Serie B (D2 italienne), Vialli s’impose et signe 31 apparitions (5 buts inscrits) en championnat. La campagne suivante (1982-1983) consacrera son statut de taulier du club de sa ville natale. Il inscrit huit buts en 35 matchs de Serie B, mais la Cremonese ne parvient pas à jouer les premiers rôles. Pour sa quatrième saison au club, Vialli est l’atout offensif numéro 1 de l’équipe. Il termine l’exercice avec dix buts au compteur (12 toutes compétitions confondues) pour 37 matchs disputés (42 TCC). Malheureusement, le club reste englué dans le ventre mou de la Serie B. Toutefois, Vialli qui a entretemps intégré la sélection Espoirs, suscite désormais les convoitises de clubs de l’échelon supérieur.
L’explosion à la Sampdoria
A tout juste vingt ans et au sortir de l’EURO espoirs, il s’engage avec la Sampdoria durant l’intersaison 1984. Pour sa première expérience loin de sa ville natale, l’adaptation est délicate, d’autant qu’il lui faudra du temps pour s’acclimater à la rudesse des défenses de Serie A. Malgré tout, il s’impose et est régulièrement utilisé. Son association avec Roberto Mancini s’avère fructueuse (ils seront surnommés plus tard Les Jumeaux du but). Si Vialli se montre peu à son avantage lors de cette première saison (trois buts en 28 matchs de championnat), il se montre cependant bien plus affuté en Coppa Italia (six buts en treize rencontres) et remporte le trophée, son premier titre en club. Il peut également compter sur la sélection Espoirs pour briller et se montre décisif lors des qualifications de l’EURO 1986 de la catégorie. Pour sa deuxième saison à Gênes, il ne se montre pas plus précis devant le but (six buts en 28 matchs de Serie A, huit en 39 apparitions TCC) mais tape tout de même dans l’œil d’Enzo Bearzot qui lui offre sa première sélection en 1985. Ses bonnes performances avec les Espoirs convainquent le sélectionneur qui l’incorpore à sa liste des 22 pour la Coupe du Monde 1986. Remplaçant, il rentre en jeu lors des quatre rencontres disputées par la Squadra Azzurra sans jamais parvenir à faire la différence (élimination en huitièmes de finales). Il se montrera nettement plus inspiré avec les Espoirs aux côtés de son coéquipier Mancini ainsi que de Paolo Maldini, Roberto Donadoni, Nicola Berti ou du gardien Walter Zenga. l’Italie atteint la finale de la compétition mais s’incline aux tirs au buts contre l’Espagne. Vialli finit tout de même meilleur buteur du tournoi avec quatre réalisations. Dans la foulée, il réalise une saison 1986-1987 plus que convaincante (douze buts en championnat, seize TCC) et devient un des cadres de la sélection désormais dirigée par Azeglio Vicini. Il ouvre également son compteur-but avec la Nazionale. Si l’exercice suivant est moins abouti en club (Dix buts en 30 matchs de Serie A, treize pions TCC), il remporte sa deuxième Coppa Italia avec la Samp et prend part à l’EURO 1988 qu’il dispute en temps que titulaire aux côtés de son ami Mancini. L’Italie s’incline en demi-finales (défaite 0-2 contre l’URSS).
Lors de la saison 1988-1989, il se montre brillant tant en championnat (14 buts) qu’en Coppa Italia (13 réalisations), coupe que la Samp remporte pour la troisième fois en cinq ans. Vialli inscrit également cinq buts en Coupe des vainqueurs de coupe. Malheureusement, les Blucerchiati s’inclinent en finale contre le FC Barcelone (0-2). Le club génois prendra cependant sa revanche lors de l’exercice suivant en triomphant en C2. Vialli finit meilleur buteur de la compétition en inscrivant cinq buts en sept rencontres. En championnat, il plante une dizaine de buts et signe deux réalisations en coupe d’Italie. Sans surprise, il est retenu pour la Coupe du Monde 1990 que l’Italie dispute à domicile. Titulaire lors des deux premiers matchs aux côtés d’Andrea Carnevale, il fait les frais de l’émergence du duo Salvatore Schillaci – Roberto Baggio et perd sa place. Il ne rejouera qu’en demi-finales, lors de l’élimination contre l’Argentine. Avec zéro but au compteur, Vialli, malgré sa bonne volonté est passé à côté de son tournoi. Revanchard, il débute la saison 1990-1991 pied au plancher, s’installant dans le peloton des meilleurs réalisateurs du championnat. Ce sera l’une de ses saisons les plus abouties, tant au plan individuel que collectif. La Samp remporte le premier titre de champion de son histoire. Vialli termine capocannoniere (meilleur buteur de Serie A) avec 19 réalisations (23 buts TCC) et retrouve même un statut de cador en sélection. Seule ombre au tableau, une défaite en finale de Coppa Italia contre l’AS Roma (1-3 ; 1-1). Si l’exercice suivant débute bien (victoire en Supercoppa Italia), la Samp, qualifiée pour la première fois de son histoire pour la C1, laisse des plumes dans cette compétition et se retrouve vite décrochée en championnat. Vialli se montre moins décisif en Serie A (11 buts marqués tout de même). Il inscrit cependant six buts en Coupe des clubs champions et prend une part active à l’épopée de la Samp qui se qualifie pour la finale. Cette dernière, qui les voit affronter le FC Barcelone, s’avère tendue. La Samp s’incline sur un coup-franc de Ronald Koeman. Cette défaite sera le champ du cygne de son aventure génoise. Après huit saisons au club, il décide de s’offrir un nouveau défi.
Taulier de la Juventus
Très convoité sur le marché estival des transferts, il donne finalement sa préférence à la Juventus qui casse sa tirelire pour le recruter (16,5 millions d’euros). Il devient le joueur le plus cher de l’époque. Ce statut va sérieusement le handicaper lors de sa première saison sous le maillot de la Vecchia Signora. Au sein d’une ligne offensive comptant Roberto Baggio, Pierluigi Casiraghi, Fabrizio Ravanelli ou Paolo Di Canio, il se montre plus que décevant (six buts seulement en Serie A). Pour ne rien arranger, il perd définitivement sa place en sélection, victime des choix du nouveau sélectionneur Arrigo Sacchi (dernière cape en décembre 1992). Seule éclaircie dans ce tableau sommes toutes sombre, le bon parcours des Bianconeri en Coupe de l’UEFA. Les hommes de Giovanni Trapattoni remportent le trophée. C’est le deuxième titre européen de Vialli qui s’est plutôt bien illustré durant la campagne (cinq buts en dix apparitions). Sa saison est cependant jugée ratée au vu du montant de son transfert. La suivante sera tout aussi difficile malgré les départs de Casiraghi et Di Canio. Concurrencé par le nouvel arrivant Alessandro Del Piero et par Ravanelli pour la deuxième place en attaque aux côtés de Roberto Baggio, il se montre peu décisif et réalise la pire saison statistique de sa carrière (quatre buts en championnat) ne disputant que dix matchs en Serie A (douze TCC). On le dit fini et il est alors considéré comme un énorme flop. La donne change cependant durant l’intersaison avec l’arrivée sur le banc de Marcello Lippi. Ce dernier parvient à lui redonner confiance. Vialli se soumet à un régime et s’entraîne de façon intensive pour gagner en force, en agilité et en vitesse. Ses efforts s’avèreront payants. Désormais associé à Ravanelli, il revient en grâce et signe une saison plus qu’aboutie (17 buts en Serie A, 22 TCC). Il prend une part active à la conquête du Scudetto (titre de champion d’Italie) glané par les Juventini. Seul écueil de la saison, une défaite en finale de la Coupe de l’UEFA contre Parme. L’intersaison est marquée par le départ de Roberto Baggio à l’AC Milan. Aux côtés de Ravanelli et Del Piero, Vialli, intronisé capitaine, réalise une saison 1995-1996 moins probante. Il inscrit moins de buts en championnat (11 réalisations) et ne trouve que deux fois le chemin des filets en Champions League. Il s’illustre cependant par sa faculté à peser sur les défenses, ce qui libère ses partenaires d’attaque. La Juve finit deuxième du championnat mais décroche la timbale en C1 en venant à bout de l’Ajax Amsterdam (1-1 ; 4-2 aux tirs au but).
Dernier défi et nouvelle carrière
En fin de contrat, Vialli se retrouve libre durant l’intersaison 1996. Approché par les Glasgow Rangers, il préfère s’engager avec Chelsea, séduit par le projet de Ruud Gullit, manager des Blues à l’époque. A 32 ans, il vit sa première expérience à l’étranger. Il s’impose immédiatement et fait la paire avec le buteur gallois Mark Hughes. Si le club londonien ne parvient pas à se battre pour le titre malgré le renfort de Gianfranco Zola en cours de saison, il se montre à son avantage en coupes et remporte la FA Cup contre Middlesbrough (succès 2-0). Vialli termine l’exercice 1996-1997 avec onze réalisations TCC (neuf buts en Premier League). La saison suivante sera marquée par un chamboulement majeur pour le buteur italien. Outre l’arrivée d’un nouveau concurrent en attaque (le norvégien Tore André Flo), Vialli est promu entraîneur-joueur en cours de saison suite au licenciement de Gullit le 12 février 1998. Il parvient à redonner des couleurs au club et remporte la League Cup (succès 2-0 face à Middlesbrough) puis la Coupe des vainqueurs de coupes en fin de saison (victoire 1-0 sur le VFB Stuttgart), devenant au passage le plus jeune entraîneur à gagner une coupe d’Europe (record depuis battu par André Villas-Boas). Au plan statistique, sa saison est réussie (19 buts TCC dont 11 en championnat et six en C2). Mais ses nouvelles fonctions finissent par prendre le pas sur son statut de joueur et il se met progressivement en retrait. Ce choix sera conforté par la victoire de Chelsea en Supercoupe d’Europe face au Real Madrid (1-0) à l’orée de la saison 1998-1999. Désormais âgé de 34 ans, il ne s’aligne que rarement en Premier League (neuf apparitions pour un but). Il ne foulera les pelouses qu’une vingtaine de fois, inscrivant dix buts (un en championnat, un en coupe des coupes et six dans les coupes nationales). Il guide les Blues à une troisième place en Premier League derrière les intouchables Manchester United et Arsenal, qualifiant le club pour la Champions League pour la première fois de son histoire. Fort de cette saison assez réussie, il décide de mettre un terme à sa carrière de joueur à 35 ans afin de se consacrer exclusivement à celle d’entraîneur. Il restera en poste sur le banc des Blues jusqu’en septembre 2000 avant d’être limogé. On le retrouvera ensuite à Watford durant la saison 2001-2002. L’expérience ne durera cependant qu’un an. Il prend du recul et devient commentateur pour pour la chaîne TV Sky Italia pendant de longues années. Il revient cependant aux affaires à la demande de Roberto Mancini, devenu sélectionneur de l’Italie, en octobre 2019. Coordonnateur technique de la Squadra Azzurra, il est aux côtés de son ami lors du succès de la Nazionale lors de l’EURO 2020. Il devra cependant quitter ses fonctions pour combattre son cancer. Il perdra malheureusement son combat.
Véritable légende de la Sampdoria, Vialli à la particularité de s’être imposé partout où il est passé. En dehors de ses deux premières saisons difficiles à la Juventus, il a su rester régulier une bonne partie de sa carrière. Malheureusement pour lui, il n’aura pas marqué l’histoire de la sélection (16 buts en 59 capes quand même) surtout qu’il n’a que peu brillé durant les grands rendez-vous internationaux (un seul but en phase finale de compétition internationale). Sa mise à l’écart de la Squadra Azzurra n’a pas non plus joué en sa faveur. Vialli peut toutefois se targuer d’avoir eu une carrière des plus complètes agrémentée de nombreux trophées. Celui qu’on surnommait Re Leone aurait cependant mérité encore plus de reconnaissance.
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