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Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)

Club majeur de l’échiquier footballistique et deuxième équipe la plus titrée d’Italie, l’Inter Milan a cependant connu un énorme trou d’air en championnat de la fin du siècle précédent à ce début de millénaire. Pendant près de deux décennies, les Nerazzurri ne sont pas parvenus à remporter un titre de champion, soit une des plus longues périodes de disette pour une formation de ce calibre. Retour sur ces années maudites où le club oscillait entre le statut de poulidor et de faire-valoir dans une Serie A plus concurrentielle que jamais.

klinsmann-inter Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Jürgen Klinsmann

Saison 1989-1990

Classement final: 3e

Coppa Italia: Elimination en phase de poules

Coupe d’Europe des clubs champions: Elimination en seizièmes de finale

Meilleur buteur en Serie A: Jürgen Klinsmann (13 buts)

Meilleur buteur TCC: Jürgen Klinsmann (15 buts)

Sacré champion d’Italie à l’issue d’une saison record (deux défaites seulement enregistrées, invincibilité durant seize journées, vingt-six victoires au compteur, onze points d’avance sur leur dauphin, plus grand nombre de points jamais enregistré dans une Serie A à dix-huit équipes avec la victoire à deux points), l’Inter aborde ce nouvel exercice avec le plein de confiance. Giovanni Trapattoni, l’entraîneur, peut compter sur un groupe solide avec nombre d’individualités comme Aldo Serena (meilleur buteur du championnat la saison précédente), Nicola Berti, Guiseppe Bergomi, Giuseppe Baresi, Riccardo Ferri, le gardien Walter Zenga, les stars ouest-allemandes Lothar Matthäus et Andreas Brehme. Le seul changement majeur est le départ de l’attaquant argentin Ramon Diaz pour l’AS Monaco. Il est remplacé numériquement par le buteur ouest-allemand Jürgen Klinsmann. Avec ce renfort de poids, l’Inter semble armé pour tout rafler. La saison débute assez bien en championnat mais l’Inter connait son premier couac majeur avec une élimination d’entrée en C1 contre les suédois de Malmö FF (0-1 ; 1-1). En Serie A, le club se montre plus inconstant et se fait distancer. Pour ne rien arranger, le duo d’attaquants KlinsmannSerena, prometteur sur le papier, ne se montre que peu complémentaire. Seule éclaircie, une victoire en Supercoppa Italiana contre la Samdporia fin novembre. L’aventure tourne également court en Coppa Italia où le club est éliminé en phase de poules. De fin janvier à mi-février, les Nerazzurri enregistrent une série de quatre matchs sans victoire (trois nuls et une défaite) qui leur coûtera le titre. Ils finiront la saison à la troisième place devancés par Napoli et le rival milanais, accrochant au passage une qualification pour la coupe de l’UEFA.

lothar-matthaus-inter Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Lothar Matthäus

Saison 1990-1991

Classement final: 3e

Coppa Italia: Elimination en huitièmes de finale

Coupe de l’UEFA: Vainqueurs

Meilleur buteur en Serie A: Lothar Matthäus (16 buts)

Meilleur buteur TCC: Lothar Matthäus (23 buts)

Pour cette saison post-coupe du monde, l’effectif est quasiment inchangé (la seule arrivée majeure est celle du défenseur Antonio Paganin). Tous les cadres sont conservés tout comme Trapattoni. La paire KlinsmannSerena est reconduite en dépit de sa relative efficacité. Le club peut heureusement compter sur un Matthäus au sommet de son art (il sera Ballon d’Or cette année-là) qui dans la foulée de sa coupe du monde brille. Problème, l’Inter à fort à faire avec une concurrence féroce (AC Milan, Napoli, Juventus Turin, Sampdoria et les outsiders Torino et Genoa). Fin décembre, les Nerazzurri qui n’ont concédé que quatre défaites sont encore dans la course au titre. C’est durant le mois de janvier que les choses se corsent avec une élimination en Coppa Italia contre le Torino (2-1 ; 0-1). Le club renoue avec l’inconstance et a du mal à enchaîner les victoires durant cette deuxième partie de saison. Finalement, les noir et bleu finissent à la troisième place. Si Matthäus finit meilleur buteur du club en Serie A avec 16 réalisations, Klinsmann (14 buts) mais surtout Serena (huit buts seulement) ont déçu. Heureusement tout n’est pas à jeter dans cette saison conclue par une victoire en coupe de l’UEFA contre l’AS Roma (2-0 ; 0-1) [Jusqu’en 1997 la finale de cette coupe se jouait en matchs aller et retour].

inter_1991-92 Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Inter 1991-1992

Saison 1991-1992

Classement final: 8e

Coppa Italia: Quarts de finaliste

Coupe de l’UEFA: Elimination au premier tour

Meilleur buteur en Serie A: Jürgen Klinsmann (7 buts)

Meilleur buteur TCC: Jürgen Klinsmann (8 buts)

L’intersaison s’avère mouvementée avec le départ de Serena mais surtout celui de Trapattoni qui est remplacé par Corrado Orrico. Les arrivées de Stefano Desiredi, Massimo Ciocci et Dino Baggio (prêté par le Torino) laissent de marbre. Si le début de saison est correct, le club concède sa première défaite dès la quatrième journée. Dans la foulée, il se fait sortir de la Coupe de l’UEFA dès le premier tour par Boavista (1-2 ; 0-0). Par la suite, les Nerazzurri se montrent incapables de réaliser une série de victoires. D’octobre à décembre, ils ne gagnent qu’un seul match en championnat et enchaînent les nuls (sept durant cette période). L’efficacité offensive est en berne avec un Klinsmann en crise de confiance et un Ciocci désespérément muet devant le but. Et ce n’est pas le jeune Marco Delvecchio qui pourra inverser la tendance. Conséquence de cette première moitié de saison ratée, Orrico est limogé et remplacé par la légende du club Luis Suarez. Le coach espagnol ne parviendra cependant pas à relancer l’équipe. Walter Zenga se brouille avec une partie des supporteurs, Luis Suarez n’arrive pas à fédérer son vestiaire et se retrouve en conflit avec certains joueurs. Sportivement les choses vont de Charybde en Scylla. Les nuls continuent de pleuvoir (dix-sept au total cette saison-là, soit la moitié des matchs), les victoires se raréfient et le club ne parvient pas à passer les quarts de finale en coupe d’Italie, défait par la Juventus (0-1 ; 1-2). La fin de saison sera un long chemin de croix, marqué notamment par la mise à pied de Desiredi, coupable de s’être moqué de l’entraîneur en célébrant un but. L’Inter finit piteusement huitième de Serie A. Pour la première fois depuis 1975, les Nerazzurri ne parviennent pas à glaner une place européenne. Signe des temps, Klinsmann, meilleur buteur du club, n’a inscrit que huit buts (sept en Serie A) de toute la saison.

ruben-sosa-inter Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Ruben Sosa

Saison 1992-1993

Classement final: 2e

Coppa Italia: Quarts de finaliste

Meilleur buteur en Serie A: Ruben Sosa (20 buts)

Meilleur buteur TCC: Ruben Sosa (22 buts)

L’intersaison est marquée par une véritable révolution de vestiaire. Le président Ernesto Pellegrini débarque logiquement Luis Suarez et confie les rênes de l’équipe à Osvaldo Bagnoli. Une page se tourne avec les départs de Matthaüs, Brehme, Klinsmann et Giuseppe Baresi. Le club recrute trois nouveaux attaquants: Salvatore Schillaci, le macédonien Darko Pancev et l’uruguayen Ruben Sosa. L’allemand Matthias Sammer (qui évolue à l’époque comme milieu de terrain), le russe Igor Shalimov et l’italien Luigi De Agostini sont les autres recrues. Avec ces nouveaux éléments, l’Inter peut démarrer son opération reconquête et faire oublier sa saison noire. Malheureusement, le club concède une défaite dès la première journée de championnat. Il se reprendra heureusement et commencera à enchaîner les bonnes performances. Mais les cinq derniers matchs avant la trêve hivernale sont délicats (deux défaites et deux nuls pour une seule victoire). Pour ne rien arranger, Bagnoli à quelques soucis avec certains joueurs. Sammer, malheureux et atteint par la saudade, ne se montre pas au niveau espéré. Pancev déçoit et entre en conflit avec son coach. Heureusement, Ruben Sosa brille et enfile les buts comme des perles. Le mercato hivernal est marqué par les départs de Sammer et Desiredi. Antonio Manicone arrive pour les remplacer. Les Nerazzurri retrouvent de l’allant et gagnent quatre rencontres de suite en janvier. Problème, une série de six nuls lui succèdera. Le club devra attendre la mi-mars pour de nouveau goûter à la victoire. Durant cette période, il se fait éliminer en quarts de finale de la coupe d’Italie par l’AC Milan (0-0 ; 0-3). Bon an mal an, l’Inter se bat jusqu’au bout en championnat et parvient à finir deuxième, retrouvant au passage la coupe de l’UEFA.

bergkamp-inter Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Dennis Bergkamp

Saison 1993-1994

Classement final: 13e

Coppa Italia: Quarts de finaliste

Coupe de l’UEFA: Vainqueurs

Meilleur buteur en Serie A: Ruben Sosa (16 buts)

Meilleur buteur TCC: Dennis Bergkamp (18 buts)

Une fois n’est pas coutume, l’Inter anime le marché des transferts en réalisant un gros coup: la signature de Dennis Bergkamp. Outre le merveilleux attaquant néerlandais, son compatriote Wim Jonk, les italiens Gianluca Festa, Francesco Dell’Anno et Massimo Paganin (frère d’Antonio Paganin) renforcent le club. Le seul départ majeur est celui de De Agostini. Tout laisse à penser que les Nerazzurri vont retrouver les sommets. Pourtant la mayonnaise ne prendra pas avec un début de saison poussif (trois victoires, deux nuls et une défaite). Les nouvelles recrues ont du mal à se fondre dans le collectif de Bagnoli, surtout Bergkamp qui a toutes les peines du monde à s’illustrer au contact des rudes défenses transalpines. Ruben Sosa porte donc l’attaque. A la mi-saison, l’Inter est encore au contact dans la course au Scudetto. Mais tout va se gâter en début d’année 1994. Le club concède deux défaites d’affilée dès la reprise. S’il gagne ses deux rencontres suivantes, l’élimination en quarts de coupe d’Italie (0-1 ; 1-1) contre la Sampdoria puis une humiliante défaite contre la Lazio (1-2) après avoir mené au score presque tout le match scelle le sort de Bagnoli qui est viré. Son remplaçant Giampero Marini ne parviendra pas à relancer l’équipe qui s’enfonce. Les contre-performances s’enchaînent en championnat (deux victoires seulement jusqu’à la fin de la saison) et l’Inter perd totalement pied. S’en suit une dégringolade en Serie A. Schillaci, en disgrâce quitte le club en avril. Heureusement, l’Inter se montre à la hauteur en C3 et jette toutes ses forces dans la bataille au seul titre encore atteignable, sacrifiant quasiment la Serie A. Les Nerazzurri finiront à une triste treizième place après une deuxième partie de saison catastrophique (quatre victoires, trois nuls, onze défaites). Ils se hissent cependant en finale de coupe de l’UEFA grâce à un Bergkamp en verve et remportent le trophée en battant les autrichiens du Casino Salzbourg, actuel Red Bull Salzbourg, (1-0 ; 1-0). Si Ruben Sosa a brillé en championnat (16 buts inscrits), c’est Bergkamp qui finit meilleur buteur du club toutes compétitions confondues (18 buts) grâce à ses huit buts en C3. La saison n’aura donc pas été si négative.

pagliuca-1995 Les années de plomb Interistes (Première partie, 1989-1995)
Gianluca Pagliuca

Saison 1994-1995

Classement final: 6e

Coppa Italia: Quarts de finaliste

Coupe de l’UEFA: Elimination au premier tour

Meilleur buteur en Serie A: Ruben Sosa (8 buts)

Meilleur buteur TCC: Ruben Sosa (11 buts)

Le vestiaire enregistre un nouveau coup de balai. Outre la nomination d’Ottavio Bianchi comme nouvel entraîneur, l’intersaison est marquée par les départs des historiques Ferri et Zenga. Les deux autres gardiens de l’effectif, Paolo Orlandoni et Beniamino Abate (père d’Ignazio Abate) quittent également le club. L’arrivée de Gianluca Pagliuca comme gardien titulaire est à enregistrer, tout comme les retours de Festa et Delvecchio prêtés lors de l’exercice précédent. Comme trop souvent, le début de championnat est poussif (deux victoires, deux nuls, deux défaites). L’attaque est atone à l’image de Bergkamp, Pancev et Delvecchio qui ne trouvent pas la mire. Seul Ruben Sosa se montre efficace. Comme en 1991, l’Inter perd son titre en C3 dès le premier tour, défait par Aston Villa (1-0 ; 0-1, 3-4 aux tirs au but). La disgrâce se poursuit avec une élimination en quarts de finale de la coupe d’Italie contre Foggia (1-0 ; 0-2). A la trêve hivernale, l’Inter est éliminé de toutes les coupes et affiche un bilan peu flatteur (quatre victoires, cinq nuls, cinq défaites) en quatorze journées. Shalimov et Manicone, peu utilisés, sont prêtés durant le mercato hivernal. Irrégulier au possible en janvier et en février (trois victoires, deux nuls, trois défaites), le club enregistre un changement majeur en coulisses. Il est racheté par Massimo Moratti, richissime homme d’affaires. Ce changement de main semble revigorer l’équipe qui renoue avec la victoire durant le mois de mars (cinq succès d’affilée). Signe des temps, Bergkamp retrouve le chemin des filets pour la première fois depuis la journée inaugurale du championnat. Le club finit la saison à la sixième place, se qualifiant in extremis pour la coupe de l’UEFA. Les attaquants se sont montrés peu inspirés durant cet exercice. Avec onze buts toutes compétitions confondues (huit en championnat), Ruben Sosa s’est montré le plus efficace. Il devance Delvecchio (quatre réalisations) et Bergkamp (trois pions inscrits).

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