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Enrico Chiesa, celui qui ne fit jamais l’unanimité

Attaquant majeur du championnat italien à la fin des années 90 et au début des années 2000, Enrico Chiesa fait malheureusement partie de ces bons joueurs tombés dans un relatif oubli sitôt leur carrière terminée. Desservi par un palmarès modeste et le fait d’avoir évolué durant l’âge d’or des avant-centres italiens, il n’en demeure pas moins l’un des buteurs les plus efficaces de Serie A bien que la malchance se soit souvent invitée dans son parcours. Revisitons la carrière du père de Federico Chiesa.

enrico_chiesa_-_uc_sampdoria_1992-93-1-edited Enrico Chiesa, celui qui ne fit jamais l'unanimité

Des débuts difficiles

Né à Gênes, Enrico Chiesa fait ses classes loin des deux grands clubs de la ville. Plutôt que d’intégrer les équipes de jeunes du Genoa ou de la Sampdoria, il évolue dans de petits clubs amateurs durant ses jeunes années. En 1986, alors qu’il va bientôt fêter ses seize ans, il intègre le modeste club de Pontedecimo qui évolue dans une ligue locale. C’est là qu’il attirera l’attention des deux géants génois. Courtisé par les deux clubs, il accorde sa préférence à la Sampdoria qu’il rejoint durant l’intersaison 1987. Il y parachève sa formation et impressionne. Logiquement, il décroche un strapontin pour l’équipe première et s’entraîne de plus en plus régulièrement avec le groupe professionnel. Problème, le duo Gianluca VialliRoberto Mancini est totalement indéboulonnable en pointe et le jeune attaquant ne parvient pas à convaincre Vujadin Boskov, l’entraîneur. Chiesa ne dispute pas la moindre minute de toute la saison 1987-1988. Il doit attendre le 19 avril 1989 pour effectuer enfin ses débuts en Serie A. Ce sera sa seule apparition de la saison. Conservé dans le groupe pour la saison 1989-1990, il ne joue pas une seule seconde et passe tout l’exercice sur le banc, en tribune ou en réserve. Il vit donc par procuration les succès des Bluecerchiati.

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Prêts successifs

En manque de temps de jeu, Chiesa est prêté pour un an à Teramo (Serie C1, troisième division italienne) à l’orée de la saison 1990-1991. Là, sa carrière va enfin aller de l’avant. Il s’impose comme titulaire et dispute 31 rencontres pour cinq buts inscrits. Peu convaincus par ses performances, les dirigeants de la Samp le prêtent de nouveau, cette fois à Chieti (Serie C1) pour toute la saison 1991-1992. S’il se montre un poil plus efficace (six buts marqués), il joue moins (24 apparitions). De retour à la Sampdoria durant l’intersaison, il profite du changement d’entraîneur (Sven-Göran Eriksson remplace Boskov) et du départ de Vialli à la Juventus pour intégrer l’équipe première. A vingt-deux ans, il semble être enfin arrivé à maturité. Malheureusement pour lui, il ne se montrera pas à son avantage malgré un temps de jeu conséquent (26 matchs de championnat). Il n’inscrira qu’un seul but de toute la saison. L’arrivée de Ruud Gullit durant l’intersaison 1993 le pousse vers la sortie. Il est prêté pour une saison à Modène en Serie B (deuxième division). Ce nouveau prêt va s’avérer déterminant dans sa carrière. Il trouve ses marques et se montre enfin efficace (15 buts en 37 matchs). Il retrouve la Sampdoria durant l’été 1994 gonflé à bloc. Alors qu’il s’imaginait avoir enfin une place dans le groupe, il est prêté à la Cremonese (Serie A) pour toute la saison 1994-1995. Dans cette formation de bas de tableau, il s’acclimate rapidement et devient l’atout offensif numéro un. Chiesa joue tous les matchs de championnat inscrivant 14 buts. La Cremonese parvient à se maintenir en première division grâce à ses bonnes performances.

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Explosion à la Sampdoria

Après cette saison réussie à la Cremonese, il retrouve son club formateur durant l’intersaison 1995. La Samp qui a enregistré de nombreux départs (Gullit et Attilio Lombardo notamment sont partis) décide de miser sur lui. Chiesa est intronisé titulaire par Eriksson dès le début du championnat. Cette fois-ci, il saisit pleinement sa chance et brille d’entrée. Il se montre parfaitement complémentaire avec Mancini et le duo devient l’une des paires offensives les plus craintes de la Botte. La saison est cependant morose avec une huitième place en championnat et une élimination prématurée en coupe d’Italie. Chiesa plante cependant à tout va et finit la saison avec 22 buts au compteur pour 27 apparitions en Serie A. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de la Squadra Azzurra, une consécration pour lui qui n’avait jamais été convoqué en jeunes et n’a jamais disputé de match en coupe d’Europe. Arrigo Sacchi lui offre sa première sélection en mai 1996. Chiesa la fête comme il se doit en inscrivant son premier but international. Dans la foulée, Sacchi le sélectionne pour l’EURO 1996 qui se tient entre juin et juillet 1996. Joker offensif (Pierluigi Casiraghi et Gianfranco Zola sont les titulaires), il se voit offrir du temps de jeu lors du deuxième match contre la République Tchèque. Si l’Italie s’incline à la surprise générale, il remplit sa part du contrat en inscrivant un but. Entré en jeu lors du dernier match de poule contre l’Allemagne, il ne peut rien faire pour éviter l’élimination italienne. Malgré la déception, il fut l’un des rares joueurs offensifs de la Nazionale à surnager durant ce tournoi.   

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Starification à Parme

Après cette saison de mammouth, Chiesa est logiquement sur les tablettes de tous les clubs prestigieux de la péninsule. Il décide de s’engager avec Parme et rejoint une formation en pleine mutation (départs de Hristo Stoichkov, Fernando Couto et Filippo Inzaghi, arrivées de Lilian Thuram, Hernan Crespo, Mario Stanic et Daniel Bravo). Carlo Ancelotti, entraîneur parmesan à l’époque, construit son attaque autour du duo ChiesaCrespo. Les deux buteurs font parler la poudre et permettent au club de décrocher la deuxième place du championnat. Seules ombres au tableau, des éliminations prématurées en coupe d’Italie et en coupe de l’UEFA. Chiesa finit meilleur buteur du club avec 16 réalisations TCC (14 buts en championnat) en 31 matchs joués (29 en Serie A). En sélection, il continue d’être convoqué régulièrement par Cesare Maldini, le nouveau sélectionneur, malgré une concurrence exacerbée en attaque ( Zola, Casiraghi, Inzaghi, Christian Vieri, Alessandro Del Piero, Fabrizio Ravanelli…). Il prend ainsi part au Tournoi de France en juin 1997.

Sa seconde saison parmesane est plus délicate. S’il découvre la Champions League avec son club, ce dernier se montre plus inconstant ne finissant qu’à la sixième place de Serie A. Sorti de la Champions League dès la phase de poules, Parme atteint les demi-finales de la Coppa Italia mais est éliminé par l’AC Milan. Au plan personnel, Chiesa dispute 48 rencontres (33 en Serie A) et inscrit 21 buts TCC (six en C1 mais seulement dix en championnat) finissant meilleur buteur du club pour la deuxième année consécutive. En sélection, il finit par faire les frais de la rude concurrence. Initialement non-retenu pour la coupe du monde 1998, il finit par être appelé en remplacement de Ravanelli, blessé durant la préparation. Dans le système à une seule pointe instauré par Cesare Maldini, il n’est que le troisième choix derrière Vieri et Inzaghi. Fatalement, il joue peu (deux entrées en jeu) et ne parvient pas à faire la différence. L’Italie se fait éliminer en quarts par la France.

Pour sa troisième saison avec Parme, un changement majeur s’opère. Ancelotti cède sa place à Alberto Malesani durant l’intersaison. De nouveaux joueurs arrivent (Juan Sebastian Veron, Alain Boghossian, Diego Fuser, Paolo Vanoli, retour de Faustino Asprilla). Dans une Serie A plus concurrentielle que jamais, les parmesans ne peuvent faire mieux qu’une quatrième place. Malgré tout la saison est positive grâce à un succès en Coppa Italia mais surtout une coupe de l’UEFA glanée contre l’Olympique de Marseille, les premiers titres de la carrière de Chiesa. Bien qu’auteur de huit buts en C3 (il termine meilleur buteur de la compétition), Chiesa s’est montré moins à son aise dans les autres compétitions (neuf buts en championnat, un seul en Coppa Italia) et finit la saison avec 18 réalisations à son compteur. Très loin de son partenaire d’attaque Crespo qui termine meilleur buteur du club avec 28 pions à son actif. En sélection, les choses se compliquent pour lui avec l’émergence de Francesco Totti et Marco Delvecchio. Dino Zoff continue à l’appeler dans un premier temps mais Chiesa ne parvient toujours pas à s’imposer définitivement.

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L’aventure florentine

A l’intersaison 1999, Chiesa décide de changer d’air. A bientôt vingt-neuf ans, il se laisse convaincre par le challenge de la Fiorentina, excité à l’idée d’évoluer aux côtés de Gabriel Batistuta. Si ce duo fait saliver sur le papier, il est cependant loin d’être une évidence d’autant que le club enregistre aussi les arrivées de Pedrag Mijatovic, transfuge du Real Madrid, et d’Abel Balbo, coéquipier de Chiesa à Parme la saison précédente, mais habitué à jouer avec Batigol en sélection argentine. Avec une telle concurrence, la saison de Chiesa est très compliquée. Bien que régulièrement aligné (24 matchs en Serie A, 39 TCC), il ne règle pas la mire et n’inscrit que sept buts en championnat (12 TCC), le plus faible total de sa carrière. Si ses concurrents ne se sont pas montrés plus efficaces (trois buts en championnat pour Balbo, deux pour Mijatovic), ils font pâle figure devant Batistuta auteur de 29 buts TCC (23 en championnat). Conséquence de cette saison mitigée, Chiesa perd définitivement sa place en sélection et n’est pas retenu pour l’EURO 2000.

L’intersaison 2000 est marquée par un séisme côté florentin: le transfert de Batistuta à l’AS Roma. Ce départ va redistribuer les cartes. Si le nouvel arrivant Nuno Gomes s’impose au détriment de Mijatovic (Balbo est parti lui aussi à la Roma dans le sillage de Batigol), il ne parvient pas à le faire oublier. Une situation qui profite à Chiesa qui reprend des couleurs et réalise une belle saison inscrivant 22 pions en Serie A (27 TCC) en 30 matchs (38 TCC). Il retrouve même brièvement la sélection après deux ans d’absence, le temps d’un match amical. La Viola termine la saison à une modeste neuvième place mais remporte la Coppa Italia.

C’est en coulisses que tout se gâte. Le club florentin est financièrement exsangue et se voit obligé de céder deux de ses cadres, Rui Costa et Francesco Toldo, durant l’intersaison. Qu’à cela ne tienne pour Chiesa qui reste fidèle au poste. Il débute la saison 2001-2002 sur des chapeaux de roue, inscrivant notamment cinq buts en autant de matchs de championnat joués. C’est alors que la malchance s’invite dans l’équation. Il est victime d’une grave blessure au genou et doit prématurément mettre un terme à sa saison. Sans lui, la Viola ne décolle pas et finit la saison en bas de tableau (dix-septième et avant-dernière). La chute sera cependant plus dure. Ruinée, la Fiorentina dépose le bilan, perd provisoirement son statut professionnel et est reléguée en Serie D (elle sera finalement autorisée à repartir en Serie C2, quatrième division italienne). Conséquence de ce méli-mélo, Chiesa comme presque tous les joueurs de la Viola se retrouve sans club.

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Echec à la Lazio

Libre de tout contrat, Chiesa rejoint la Lazio Rome durant l’intersaison 2002. Il y retrouve Roberto Mancini, son ex-partenaire de la Sampdoria et ex-entraîneur à la Viola. Problème, les Biancocelesti sont eux aussi dans une mauvaise passe financière, ce qui les avait obligés à céder Alessandro Nesta et Hernan Crespo. Pour Chiesa l’heure est aux doutes, après presque un an sans jouer. Recruté pour être associé à l’argentin Claudio Lopez, il se retrouve en concurrence avec Bernardo Corradi, arrivé en même temps que lui. Il aura toutes les peines du monde à retrouver son niveau. Remplaçant en championnat (quatre titularisations en douze apparitions), il peut heureusement compter sur les coupes (Coppa Italia et coupe de l’UEFA) pour s’illustrer. La Lazio malgré ses moyens limités réalisera une bonne saison (quatrième en Serie A), se qualifiant pour le tour préliminaire de la future Champions League. Demi-finaliste de la Coppa Italia (éliminé par le rival romain) et de la C3 (sortie par le FC Porto de Mourinho), elle a fait au mieux. Avec quatre buts en coupe de l’UEFA (onze matchs joués), Chiesa a essayé d’apporter sa pierre à l’édifice. Malheureusement sa saison est décevante avec sept banderilles seulement TCC (deux buts en championnat) pour 29 apparitions TCC. Sans surprise, il n’est pas conservé par les dirigeants romains.   

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Rebond et déclin à Sienne

Après ces deux saisons-galères, Chiesa désormais âgé de trente-deux ans semble sur le déclin. Il ne parvient pas à trouver preneur parmi les grands clubs. Désireux de rester en Italie, il s’engage avec le promu Sienne à la surprise générale. Le club toscan va en effet disputer la Serie A pour la première fois de son histoire et semble programmé pour être relégué malgré les signatures de Tore Andre Flo et Nicola Ventola (prêté par l’Inter Milan). Pour sa première saison avec Sienne, Chiesa inscrit une dizaine de buts en trente matchs. Le club finit treizième. Il décide de poursuivre l’aventure. La saison suivante est plus compliquée. Ventola part. Le club se bat pour éviter la relégation. Le coach Giuseppe Papadopulo est remercié en décembre 2004. Son successeur Luigi De Canio parviendra à maintenir le club qui finira modestement quatorzième. Avec 11 buts en 36 matchs de Serie A, Chiesa confirme son statut de buteur-maison. La saison 2005-2006 sera tout aussi positive pour lui malgré le départ de Flo avec 11 buts en 38 matchs de championnat. Sienne finit dix-septième et se sauve de justesse.

A bientôt trente-cinq ans, les meilleures années de Chiesa sont clairement derrière lui. Il décide cependant de rempiler pour une saison supplémentaire. Cette fois le vent tourne. Usé par l’âge il n’inscrit pas le moindre but de tout l’exercice 2006-2007 malgré 23 matchs de Serie A joués. Le club toscan finit quinzième et sauve sa tête lors de l’ultime journée. Chiesa ne joue que deux matchs durant la saison 2007-2008 sans parvenir à marquer. Il se retire du football professionnel à l’issue de cette saison. Il ne s’éloigne cependant pas des terrains dans un premier temps. Il signe en faveur du club amateur de l’AS Figline. Il l’aide même à monter en Serie C2 lors de la saison 2008-2009. Victime d’une fracture d’une jambe, il ne peut tenir sa place lors de l’exercice suivant et finit par prendre une retraite bien méritée en 2010 à presque quarante ans.

Auteur de 203 buts en 557 matchs professionnels disputés (sélections non comprises), Enrico Chiesa fut indéniablement une des meilleures armes offensives de la péninsule durant sa carrière. Malheureusement pour lui, il ne fut pas verni au niveau des titres. Jamais champion, il ne compte que deux coupes d’Italie et une coupe de l’UEFA à son actif. En sélection, il a payé le fait d’avoir évolué dans une période où la concurrence était plus ardue que jamais au sein de la Squadra Azzurra. Son compteur international est resté bloqué à dix-sept capes pour sept buts inscrits. Contrairement à son fils Federico qui est actuellement l’un des piliers de la Nazionale

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