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Bebeto, l’éternel lieutenant

Surtout connu pour ses performances avec la sélection brésilienne, Bebeto fut pourtant un buteur prolifique en club durant les années 90. Desservi par le fait de jouer pour des outsiders, il fut globalement sous-estimé par rapport aux autres avant-centres de la Seleção (Careca, Romario, Ronaldo…) et bien moins médiatisé que ces derniers. Victime de certains de ses choix de carrière (il n’a jamais répondu favorablement aux sollicitations des grands clubs), sa carrière bien que pleine aurait pu être plus complète. Redécouvrons le parcours de celui qui n’a jamais pu se départir de l’étiquette de numéro deux.

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Les débuts

Né à Salvador de Bahia, José Roberto Gama de Oliveira effectue ses gammes footballistiques dans les rues et terrains de sa ville natale. Il attire rapidement l’attention des dirigeants d’un des clubs locaux, l’Esporte Clube de Bahia. Il intègre officiellement le club en 1981, à dix-sept ans. Il n’y fera cependant pas long feu et dès l’intersaison suivante, il s’engagera avec le rival, l’Esporte Clube Vitoria. Il y parachèvera sa formation et y débutera sa carrière en 1982 à dix-huit ans. Peu utilisé, il marque tout de même les esprits par son sens du but (entrevu durant le championnat juniors sud-américain qu’il remporte avec les U20) et tape dans l’œil de formations plus huppées. Les clubs cariocas lui font les yeux doux et après une seule saison, il décide de rejoindre le prestigieux Flamengo en 1983.

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La révélation à Flamengo

Débarqué sur la pointe des pieds, Bebeto mettra du temps à s’imposer avec les Rubros-Negros. Pour sa première saison, il ne dispute que deux petits matchs de championnat ne trouvant pas le chemin des filets. Il gagne tout de même son premier titre de champion. Sélectionné pour la coupe du monde U20 en 1983, il remporte le titre aux côtés de Dunga. Il figurera même dans l’équipe-type du tournoi malgré une efficacité en berne (un seul but marqué). Lors de l’exercice 1984, il se montre enfin, inscrivant cinq buts malgré un temps de jeu famélique (11 matches). Les saisons suivantes, il s’impose enfin et réalise des saisons honorables (9 buts en 22 matchs en 1985, 5 buts en 17 matches en 1986, 6 buts en 14 matchs en 1987, 9 buts en 14 matchs en 1988). Entretemps, il effectue ses débuts en équipe nationale. Sélectionné à six reprises durant l’année 1985, il ne convainc pas et est finalement écarté par Telê Santana. Il sera cependant sélectionné pour les Jeux Olympiques de 1988 par Carlos Alberto Silva aux côtés de Romario, Careca, Valdo, Ricardo Gomes, Mazinho, Taffarel, Jorginho et André Cruz. Le Brésil finira second du tournoi (battu en finale par l’URSS). Malgré cet échec, le tournoi de Bebeto est réussi (deux buts inscrits et un statut de titulaire indiscutable aux côtés de Romario).

bebeto-vasco Bebeto, l'éternel lieutenant

Transfert et explosion à Vasco da Gama

A l’orée de la saison 1989, il s’engage avec Vasco da Gama. Cette année sera celle qui fera définitivement basculer sa carrière. Il retrouve la Seleção après quatre ans d’absence et s’impose cette fois définitivement. Il ouvre son compteur-but international et est logiquement sélectionné pour la Copa America 1989, disputée à domicile, par Sebastião Lazaroni. Dans un groupe comptant de futurs piliers de la sélection (Dunga, Branco, Ricardo Gomes, Valdo, Romario, Mazinho, Aldair et André Cruz sont présents), il brille et termine la compétition avec six buts inscrits, décrochant au passage le titre de meilleur buteur du tournoi. Le Brésil remporte le titre et met fin à une longue période de disette internationale (la Seleção n’avait plus remporté de trophée depuis 1970!). Dans la foulée, il remporte le championnat avec son nouveau club, inscrivant six buts en douze apparitions. Il est même élu joueur sud-américain de l’année. L’année 1990 sera malheureusement moins bonne. S’il est sélectionné pour la coupe du monde 1990, il ne joue que très peu, barré par le duo Careca-Müller qui a les faveurs de Lazaroni. Bebeto n’entre qu’une seule fois en jeu durant le tournoi (le Brésil est éliminé dès les huitièmes de finale par l’Argentine). En club, ça ne se passe pas mieux pour lui avec seulement huit matchs de championnat disputés (un but marqué). Vasco da Gama finit modestement quatorzième et loupe les play-offs. En plein doute, il perd provisoirement sa place en sélection et n’est pas retenu pour la Copa America 1991. Sa saison en club n’est pas plus brillante (trois buts en huit matchs de Brasileirão) et une onzième place en championnat. L’année 1992 sera heureusement celle du renouveau. Après avoir retrouvé la sélection, il revient en grâce et inscrit 18 buts en championnat (25 matchs joués) finissant meilleur buteur du Brasileirão. Vasco da Gama loupe cependant le titre. Après cette saison réussie, il attire plus que jamais les convoitises des clubs du Vieux Continent.

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La belle aventure galicienne

Pisté par de nombreuses formations, il rejoint le Deportivo La Corogne durant l’intersaison 1992 en compagnie de son compatriote Mauro Silva. Ce choix est plutôt surprenant vu que le club est alors une formation de bas de tableau qui avait frôlé la relégation lors de l’exercice précédent. Bebeto s’acclimatera très rapidement. Il deviendra la nouvelle terreur des défenses espagnoles et permettra au Depor de jouer enfin les premiers rôles. Le club finit la saison à la troisième place juste derrière le FC Barcelone et le Real Madrid. Auteur de 29 buts en 37 matchs de Primera Division, Bebeto remporte le titre de Pichichi (meilleur buteur du championnat espagnol). En sélection tout va également pour le mieux. Devenu titulaire indiscutable aux côtés de Romario, il fait parler la poudre durant les éliminatoires de la coupe du monde 1994 (six buts inscrits au total) mais renonce comme son partenaire d’attaque à participer à la Copa America 1993. Pour sa deuxième saison espagnole, il se montre moins prolifique (16 buts tout de même) mais est déterminant dans le bon parcours du club qui se bat pour le titre. Malheureusement, ce bel exercice est terni par un incident lors du dernier match de la saison. Au coude-à-coude avec le FC Barcelone, le Depor peut remporter le championnat s’il bat le Valence CF lors de l’ultime journée. En toute fin de match, La Corogne obtient un penalty alors que le score est toujours vierge. Bebeto, tireur désigné, refuse cependant de le frapper. Le serbe Miroslav Dukic prend ses responsabilités et manque son tir. Le Depor ne s’impose pas et finit second derrière le FC Barcelone à la différence de buts. Bebeto se retrouve sous le feu des critiques. On lui reproche sa fébrilité mentale (il souffre parfois de trac au moment de la finition). Il reprendra des couleurs à la faveur du Mondial 1994. Homme de base de la Seleção, il marque trois buts durant la compétition et joue un rôle actif dans le triomphe brésilien.

bebeto-la-coruna Bebeto, l'éternel lieutenant

Auréolé de son statut de champion du monde, il continue sur ses standards offensifs durant la saison 1994-1995. Son duo avec le nouvel arrivant Julio Salinas fait des étincelles. Bebeto inscrit 16 buts en championnat (22 toutes compétitions confondues). Le club finit de nouveau deuxième, devancé de quatre points par le Real Madrid. Cependant, il remporte la Copa Del Rey, permettant au buteur brésilien d’ajouter une ligne à son palmarès. Il fait de nouveau l’impasse sur la Copa America 1995 et retrouve les pelouses plus affuté que jamais pour la saison 1995-1996. Il remporte la Supercopa contre le Real Madrid (3-0 ; 2-1). Malheureusement, le départ de Julio Salinas oblige Bebeto à porter seul l’attaque du Depor. Le club ne finit qu’à la neuvième place malgré la grosse saison du buteur brésilien (25 buts en championnat, 32 TCC). Il prend également part à l’épopée européenne en coupe des vainqueurs de coupe (élimination en demi-finales par le Paris Saint-Germain). Cette saison sera ponctuée par sa participation aux Jeux Olympiques d’Atlanta. A trente-deux ans, il fait alors figure de vétéran dans un groupe rajeuni (on retrouve Ronaldo, Rivaldo, Roberto Carlos, Juninho Paulista, Dida, Flavio Conceicao, Savio et Ze Maria notamment). Eliminé en demi-finales par le Nigeria, le Brésil doit se contenter de la médaille de bronze. Bebeto finit co-meilleur buteur du tournoi avec six buts.

bebeto-vitoria-1997 Bebeto, l'éternel lieutenant

Retour au Brésil et début de déclin

A la surprise générale, Bebeto décide de quitter La Corogne durant l’intersaison. Alors qu’il bénéficie toujours d’une belle cote, il rejette les propositions européennes et rentre au pays. Il rejoint Flamengo pour disputer le Brasileirão. Malgré ses sept buts en quinze rencontres, les Urubus ne font pas de miracles, finissant à une triste treizième place. Bebeto résilie son contrat en fin d’année 1996 et rejoint le Séville FC. Cette fois l’aventure tournera court. Incapable de s’imposer, il ne joue que cinq matchs et ne marque aucun but. Toutes choses qui le pousseront à écourter son séjour en Andalousie. Il repart au Brésil et signe avec l’EC Vitoria, le club de ses débuts, avec qui il marquera huit buts en huit matchs de championnat. Il effectuera un passage anecdotique à Cruzeiro (un match) avant de rejoindre Botafogo en 1998. Malgré ces années d’errance, il conserve la pleine confiance du sélectionneur Mario Zagallo qui l’appelle régulièrement. S’il perd sa place de titulaire du fait de l’explosion de Ronaldo et du retour en grâce de Romario, il reste un des piliers de la sélection avec qui il remporte la coupe des confédérations en 1997. Suite à l’éviction de Romario de la liste finale, il se retrouve titulaire durant la coupe du monde 1998 aux côtés de Ronaldo. Le Brésil s’incline en finale contre la France. Auteur de trois buts durant la compétition, la défaite en finale sera le chant du cygne de sa carrière internationale. A trente-quatre ans, il ne représente plus l’avenir. Il inscrit neuf buts en 17 matchs de championnat avec Botafogo avant de quitter le club en 1999.

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Une fin de carrière difficile

A trente-cinq ans, Bebeto n’envisage cependant pas raccrocher les crampons. Il s’embarque dans des aventures exotiques. On le retrouve ainsi au Neza FC (D1 mexicaine) pour huit matchs (deux buts inscrits) puis au Kashima Antlers (D1 japonaise) où il marque un but en huit matchs de championnat. Il reviendra brièvement au EC Vitoria (trois matchs) puis à Vasco da Gama (deux buts en huit rencontres) avant de s’offrir une dernière pige à Al-Ittihad (Arabie Saoudite) en 2002, le temps de disputer cinq matchs (un but). A trente-huit ans, il met finalement un terme à sa carrière. Après une brève carrière d’entraîneur, il s’est lancé en politique et a été élu député en 2010.

S’il bénéficie d’un statut de légende au Brésil (avec 39 buts en 75 sélections il est le sixième buteur le plus prolifique de la Seleção), son palmarès relativement modeste en Europe (une Copa Del Rey et une Supercopa) entache quelque peu le souvenir qu’il a laissé. Il a aussi eu le malheur d’être assez souvent blessé et est l’un des grands attaquants qui n’ont jamais joué la Champions League de toute leur carrière. Un paradoxe au vu de la stature de ce joueur.

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