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Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Star incontestée de la Premier League dans les années 90, Dwight Yorke fut un des avant-centres les plus marquants de son époque. Bien que sa carrière internationale ait été modeste du fait de sa nationalité, il a eu la grâce de quasiment tout gagner en club. Le buteur trinidadien est depuis entré au panthéon des attaquants les plus efficaces de son temps. Il fut même pendant très longtemps le meilleur buteur non-européen de Premier League avec 123 buts à son actif (record depuis battu par Sergio Agüero). Malgré une fin de carrière en eau de boudin, celui qui fut l’un des meilleurs joueurs caribéens de tous les temps, a contribué à mettre son pays sur la carte du football. Ce qui est en soi une sacrée performance.

1989-taylor-yorke-edited Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Découverte et arrivée en Angleterre

A priori, rien ne prédestinait Dwight Eversley Yorke à faire carrière en Europe. Né à Canaan en Trinidad-et-Tobago, le jeune garçon se passionne pour le football et commence à taquiner la balle dès son enfance. Bien que doué, sa réputation ne dépasse pas les frontières de sa nation du fait de l’isolement relatif de cette dernière. Dans son adolescence, il rejoint le Signal Hill Comprehensive School, son premier club officiel. C’est un an plus tard, en 1989, que son destin bascule. A la faveur d’une tournée dans les Caraïbes, Graham Taylor, alors manager d’Aston Villa, le remarque durant un match amical opposant les Villains à une sélection de jeunes locale. Impressionné, Taylor propose à Yorke, alors âgé de 17 ans, un essai en Angleterre. Le jeune trinidadien qui évolue alors comme ailier droit se montre à son avantage durant l’essai et se voit offrir un contrat avec le club de Birmingham. Il intègre l’équipe réserve pour la saison 1989-1990. La même année, il effectue ses débuts en sélection. Il remporte la coupe caribéenne des nations mais Trinidad-et-Tobago ne parvient pas à se qualifier pour la coupe du monde 1990. Qu’importe pour Yorke qui engrange ses premières minutes avec Aston Villa en première division anglaise (deux matchs joués).

yorke-1992-edited Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Premières armes

L’intersaison 1990 est marquée par un changement majeur. Graham Taylor quitte le club pour prendre en main la sélection anglaise. Il est remplacé par le tchécoslovaque Jozef Vengloš qui devient au passage le premier entraîneur non-britannique à coacher un top club anglais (Villa avait fini second l’année précédente). Bien qu’orphelin de son mentor, Yorke est intégré définitivement à l’équipe première et glane même quelques titularisations au poste d’ailier droit. Problème, Aston Villa vit un exercice difficile et finit dix-septième. Pour sa première saison officielle, Yorke compile deux buts en 18 matchs de championnat. Encourageant pour un jeune joueur de vingt ans. L’arrivée sur le banc de Ron Atkinson durant l’intersaison va rebattre les cartes d’autant que l’effectif est chamboulé avec pas moins de neuf arrivées. Dans ce méli-mélo, Yorke tire son épingle du jeu. Il devient titulaire et à partir de la dixième journée, il commence à marquer régulièrement (il inscrira 11 buts en championnat). Villa finit septième mais Yorke a réalisé sa saison la plus aboutie avec 16 buts toutes compétitions confondues. Il est même le meilleur buteur du club.

yorke-1993 Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Hauts et bas

L’arrivée de l’avant-centre gallois Dean Saunders pousse Atkinson à remodeler sa ligne offensive. Yorke se voit confier un rôle plus discret sur l’aile droite de l’attaque. Sa mission est désormais d’alimenter Saunders en pointe. Pour cette saison 1992-1993 (la première officielle de la Premier League), Yorke n’inscrit que six buts en 27 matchs de championnat. Le club rafle la deuxième place juste derrière Manchester United. Lors de la saison suivante, Yorke est moins sollicité. L’explosion de Dalian Atkinson aux côtés de Saunders provoque la disgrâce de l’ailier trinidadien. Il ne joue que douze matchs en Premier League (deux buts) et deux autres en FA Cup. Ce qui est bien maigre. Le club remporte la League Cup mais Yorke qui n’en a pas disputé la moindre minute ne fait pas partie des vainqueurs. Il s’accroche cependant et revient en grâce durant la saison 1994-1995. Malheureusement, les Villains vivent une saison très compliquée. Atkinson est limogé en novembre 1994. Son remplaçant Brian Little aura un mal fou à trouver la bonne alchimie. Il accorde cependant sa pleine confiance à Yorke et en fait un de ses hommes de base. Il dispute 37 matchs en championnat (43 TCC) pour six buts (huit TCC). Villa finit dix-huitième et se sauve de justesse.

dwight-yorke-villa Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Repositionnement et explosion

Brian Little conserve son poste. Il effectue un grand ménage dans l’effectif et prend une décision qui va changer à jamais la carrière de Dwight Yorke. Il le repositionne comme avant-centre aux côtés du nouvel arrivant Savo Milosevic. Dans ce nouveau rôle, il devient The Smiling Assassin (l’assassin souriant) et se met à enquiller les buts. Les Villains parviennent à finir quatrièmes et remportent la League Cup. Auteur de 17 buts en Premier League (23 TCC), Yorke réalise sa meilleure saison et devient le meilleur buteur du club. Il réalise un exercice suivant tout aussi abouti (17 buts en championnat, 20 TCC) avec à la clé une cinquième place en Premier League. La saison 1997-1998 est cependant moins réussie. Habitué aux premiers rôles, le club sombre dans le ventre mou. Conséquence, Little est viré en février. Son remplaçant John Gregory parvient à relancer la formation qui finit septième. Yorke est pour la troisième saison consécutive meilleur buteur du club avec douze réalisations (16 buts TCC). Après cette saison difficile, Yorke exprime le besoin de changer d’air après neuf ans au club. Bien qu’Aston Villa ne soit initialement pas vendeur, Yorke finit par obtenir gain de cause dans des conditions troubles et le trinidadien s’engage avec Manchester United en aout 1998 pour 12,6 millions de livres sterling.

dwight-yorke-manchester-united Dwight Yorke, The Smiling Assassin

La consécration mancunienne

La première saison de Yorke sous les couleurs des Red Devils démarre sous de bons auspices. Il s’adapte immédiatement et gagne ses galons de titulaire aux côtés d’Andy Cole. Les deux hommes s’avèrent parfaitement complémentaires et leur duo devient l’un des plus craints de la planète football. Avec ces deux frères de but, Man U survole l’Europe s’adjugeant un magnifique triplé (Championnat-FA Cup-Champions League). The Smiling Assassin réalise une saison de toute beauté avec 18 buts en championnat, trois en FA Cup mais surtout huit en Champions League. Il semble totalement inarrêtable finissant co-meilleur buteur du championnat (avec Owen et Hasselbaink), co-meilleur buteur de la C1 (à égalité avec Shevchenko), nommé dans l’équipe-type de l’année en Premier League mais surtout il est élu meilleur joueur du championnat. La saison suivante est un poil moins aboutie pour les hommes de Sir Alex Ferguson malgré un nouveau titre remporté avec la manière (18 points d’avance sur Arsenal le dauphin, cinq joueurs à plus de dix buts inscrits TCC). Yorke brille tout autant avec une vingtaine de buts à son actif en Premier League (23 TCC). Il s’est pourtant absenté un mois pour aller disputer la Gold Cup avec la sélection trinidadienne (élimination en demi-finales). La saison 2000-2001 est cependant plus contrastée. Il joue un peu moins (22 matchs en championnat, 38 TCC). Il se montre également moins efficace (neuf buts en Premier League, 12 TCC), supplanté par le vieillissant Teddy Sheringham (21 buts TCC), Andy Cole (13 buts TCC) et par le supersub Ole Gunnar Solskjaer (13 buts TCC). Il fait nettement plus parler de lui pour sa relation avec la top-model Katie « Jordan » Price. La saison 2001-2002 sera difficile sur tous les plans. Fâché avec son sélectionneur, il prend sa retraite internationale, imité par son ami Russell Latapy. Côté club, il fait les frais de l’arrivée de Ruud Van Nistelrooy et de la titularisation de Solskjaer. Yorke se retrouve à cirer le banc et ne joue que dix matchs (quatre titularisations seulement) n’inscrivant qu’un seul but. La venue de Diego Forlan durant le mercato hivernal consacre son statut d’indésirable.

yorke-blackburn Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Tentatives de relance

L’été 2002 marque la fin officielle de l’aventure mancunienne pour Yorke. Il rejoint les Blackburn Rovers pour seulement deux millions de livres sterling. Il y retrouve Andy Cole qui l’y a précédé six mois plus tôt. Leur duo n’est malheureusement plus aussi prolifique que sous les couleurs mancuniennes. Yorke finit la saison avec huit buts en championnat (treize TCC, ce qui en fait le meilleur buteur du club à égalité avec Andy Cole). La saison suivante est bien plus difficile pour lui. Il ne marque que quatre buts en Premier League (six TCC) et se brouille avec son entraîneur Graeme Souness. L’équipe finit à une modeste quinzième place. Sur le départ, il joue quelques matchs avec les Rovers (quatre apparitions) avant d’être transféré à Birmingham City. Avec le rival historique d’Aston Villa son ancien club, il ne parvient pas à s’imposer n’inscrivant que deux buts en treize apparitions (quatre titularisations). Il est logiquement laissé libre en fin de saison. Seule éclaircie dans cette grisaille, son retour en sélection (avec Latapy) pour prendre part aux éliminatoires de la coupe du monde 2006.

yorke-sydney-fc Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Exil australien et coupe du monde

A trente-quatre ans, Yorke se retrouve sans club. Convoité par des clubs qataris, il choisit de rejoindre l’Australie et s’engage avec le Sydney FC. Un choix plutôt surprenant surtout que ce championnat, la A-League, n’en était qu’à sa toute première édition. Il se montre précieux pour sa nouvelle équipe. Recruté pour jouer en pointe, il est repositionné par son entraîneur Pierre Littbarski au poste de milieu axial. Il hérite au passage du brassard de capitaine. Dans ce nouveau rôle, il va briller, inscrivant sept buts et remportant le titre. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, il dispute la première et dernière coupe du monde de sa carrière durant l’été 2006 au poste de milieu défensif. Trinidad-et-Tobago est éliminé au premier tour mais qu’importe pour Yorke qui craignait de finir sa carrière sans jamais jouer cette compétition.

yorke-sunderland Dwight Yorke, The Smiling Assassin

Retour en Angleterre

Après la coupe du monde, il est contacté par son ancien coéquipier Roy Keane, devenu entretemps manager de Sunderland en Championship (D2 Anglaise). Le transfert est vite conclu et Yorke s’engage avec les Black Cats. Titulaire, il inscrit cinq buts en 32 matchs et aide le club à remonter en Premier League en décrochant le titre de Championship. La saison suivante est plus délicate malgré l’arrivée d’Andy Cole durant l’intersaison. Keane continue de faire confiance à Yorke (20 apparitions, un but). Le club parvient à se maintenir. Alors qu’un retour en Australie semble se profiler, l’affaire capote et il finit par signer pour une saison supplémentaire avec Sunderland. Désormais âgé de trente-sept ans, il accuse le poids des années et joue nettement moins (sept rencontres). Après le licenciement de Roy Keane en décembre 2008, il est promu adjoint du nouveau coach Ricky Sbragia. Il ne rejouera plus, se concentrant sur son rôle d’assistant coach. Lorsque Sbragia est débarqué en fin de saison après avoir assuré le maintien du club, Yorke officialise la fin de sa carrière.

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