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Les équipes maudites: la génération Raul – Morientes

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Pour ce nouveau volet de notre série consacrée aux grandes sélections non-titrées, intéressons nous à l’Espagne de la fin des années 90 et du milieu des années 2000.

L’élimination de l’EURO 2000

Si l’ère Clemente fut l’une des plus belles d’un strict point de vue statistique, elle s’est terminée en eau de boudin avec une élimination dès la phase de poules du Mondial 1998 et une entame d’éliminatoires ratée (défaite contre Chypre 2-3). Son successeur, José Antonio Camacho reprend en main un groupe traumatisé qu’il entreprend de renouveler. Albert Ferrer, Rafael Alkorta, Guillermo Amor, Kiko, Juan Antonio Pizzi puis Julen Guerrero notamment sont poussés vers la sortie. Les membres de la sélection Espoirs (finaliste de l’EURO de la catégorie en 1996) honorent leurs premières capes (Gaizka Mendieta, Dani, Javier De Pedro en plus de Raul, Fernando Morientes et Agustin Aranzabal qui ont déjà fait leur trou chez les A). De nouveaux éléments sont également promus (Joseba Etxeberria, Michel Salgado, Ivan Helguera, Paco, Juan Carlos Valeron, Pedro Munitis, Iker Casillas, Gerard Lopez…) aux côtés de quelques joueurs naguère écartés (Ismael Urzaiz, Fran…). Camacho peut également compter sur quelques historiques (Fernando Hierro, Josep Guardiola, Sergi, Abelardo, Santiago Cañizares…). Mal partie dans son groupe éliminatoire, la Roja réalise le carton plein en remportant ses sept matchs suivants, s’adjugeant la première place devant Israël, l’Autriche, Chypre et Saint-Marin. La liste définitive est sans grande surprise en dehors de l’éviction de Luis Enrique. Jugés trop tendres, De Pedro et Dani ne sont pas du voyage. Versée dans un groupe comptant la Yougoslavie, la Slovénie et la Norvège, la Roja loupe son entrée contre les norvégiens (0-1). Elle se reprend grâce à deux succès étriqués contre les slovènes (1-2) et les yougoslaves (3-4) et valide son billet pour les quarts. Opposée à la France de Zidane en quarts, la Roja rend les armes (1-2).

La désillusion de 2002

Reconduit dans ses fonctions, Camacho fait dans un premier temps l’économie d’une révolution malgré l’ambiance peu cordiale qui règne dans l’équipe, exacerbée par les rivalités de clubs (un mal récurrent en équipe d’Espagne). Au fil des éliminatoires, il finit cependant par se passer des services de Paco, Gerard Lopez, Abelardo, Fran et Urzaiz. Ils sont suppléés par de nouveaux cadres (Ruben Baraja, Curro Torres, Carles Puyol…). Miguel Angel Nadal et Luis Enrique sont également rappelés. Comme souvent, la Roja se montre brillante durant les éliminatoires. Dans un groupe relativement abordable (Autriche, Israël, Bosnie-Herzégovine, Liechtenstein), elle finit invaincue (six victoires, deux nuls). Pour sa liste définitive, Camacho doit se passer des services de Guardiola, Sergi, Manuel Pablo puis Cañizares. Conséquence, Iker Casillas est intronisé titulaire dans les buts et Xavi est retenu. Munitis et Etxeberria ne sont pas non plus de l’aventure. Quelques rookies sont intégrés à la liste (Joaquin, Albert Luque, David Albelda, Enrique Romero, Sergio Gonzalez) en plus de De Pedro et Diego Tristan. Pour une fois le tirage au sort se montre clément pour les espagnols qui héritent d’une poule à leur portée (Paraguay, Afrique du Sud, Slovénie). Ils remportent leurs trois matchs et raflent la première place sans surprise. En huitièmes, la Roja ne parvient pas à se défaire de l’Eire (1-1 après prolongations). Heureusement, la séance de tirs au but leur sourit et leur permet de composter leur ticket pour les quarts. Opposée à la Corée du Sud, l’Espagne doit composer sans Raul blessé. Au terme d’un match marqué par un arbitrage contestable au possible (deux buts valables refusés et des hors-jeu limites), l’Espagne se fait éliminer aux tirs au but. Elle quitte le tournoi en ayant le sentiment de s’être fait voler.

L’intermède Saez et le raté de l’EURO 2004

Camacho rend le tablier après ce nouvel échec. Pour lui succéder, la fédération fait appel à Iñaki Saez, multi-titré avec les équipes de jeunes. A peine intronisé, il tranche dans le vif en écartant pour de bon de nombreux joueurs (Hierro, Mendieta, Guardiola, De Pedro, Munitis, Luis Enrique, Nadal, Sergi…). Le duo RaulMorientes a toujours ses faveurs pour mener l’attaque et les nouveaux hommes forts du milieu sont Valeron, Baraja, Xavi et Albelda. Comme toujours, un contingent de nouveaux fait ses débuts (Xabi Alonso, Vicente, Carlos Marchena, Joan Capdevilla, Fernando Torres…). Malgré le talent évident de cette formation, elle se fait peur durant les éliminatoires où elle est devancée par la Grèce. Obligée de passer par un barrage contre la Norvège, la Roja parvient à se qualifier. Son groupe est cependant plus compliqué qu’espéré (Portugal, Grèce, Russie). Joaquin, Etxeberria et Luque sont intégrés à la liste définitive contrairement à Michel Salgado, Diego Tristan ou Curro Torres qui ne sont pas retenus. Si l’Espagne commence bien en battant la Russie, elle ne parvient à prendre le meilleur sur la Grèce et concède le nul. En position favorable au moment d’aborder son match contre le Portugal (un nul lui suffit pour se qualifier), la Roja s’incline sur un but de Nuno Gomes. Ce qui permet à son voisin ibérique de lui souffler la qualification.

La fin d’une époque

Après cette élimination sans gloire, Luis Aragonés succède à Iñaki Saez. Il décide de faire table rase et se débarrasse de la grande majorité des joueurs dans l’optique de la coupe du monde 2006. Des cadres de l’équipe, seuls Raul, Puyol, Marchena, Albelda, Fernando Torres, Xavi, Casillas, Joaquin, Cañizares et Xabi Alonso sont conservés. On note les arrivées dans l’équipe d’Andrés Iniesta, Sergio Ramos, Marcos Senna, Cesc Fabregas, David Villa, Asier Del Horno, José Antonio Reyes et Luis Garcia notamment. Une fois encore, la campagne qualificative est difficile. Devancée par la Serbie-Monténégro, la Roja finit deuxième et doit passer par les barrages pour se qualifier. Elle se débarrasse sans peine de la Slovaquie et valide son ticket. Blessé, Del Horno doit déclarer forfait (Mariano Pernia le remplace). Versée dans un groupe abordable (Ukraine, Tunisie, Arabie Saoudite), l’Espagne remporte tous ses matchs et se qualifie sans trembler. En huitièmes, c’est une fois de plus la France qui se dresse sur son passage. Mise en confiance par son premier tour réussi à l’inverse des Bleus qualifiés sur le fil, la Roja entame le match sereinement et trouve la faille en premier. Mais la France transfigurée parvient à égaliser puis à faire la différence (1-3). Une fois de plus, l’Espagne quitte prématurément une compétition.

Ce revers de plus aura pour principale conséquence la mise à l’écart définitive de Raul à 29 ans seulement. Avec Iker Casillas en dernier des Mohicans, l’Espagne toujours menée par Aragonés parviendra à remporter l’EURO 2008 avant d’enchaîner sur une victoire en coupe du monde et un autre succès à l’EURO 2012. Des cendres de la génération Raul est née la génération Xavi – Iniesta – Torres qui a réussi là où toutes ses devancières avaient échoué.

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