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Les équipes maudites: la période Clemente

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Pour ce nouveau volet de notre série consacrée aux grandes sélections non-titrées, intéressons nous à l’Espagne des années 90.

Le renouveau

Suite à la non-qualification de la sélection pour l’EURO 1992, le sélectionneur Luis Suarez est logiquement débarqué. Sa succession est confiée à l’exigeant Javier Clemente. Derechef, il lance la reconstruction de l’équipe en faisant le ménage. Ainsi la Quinta del Buitre (Butragueño, Rafael Martin Vazquez, Michel, Manuel Sanchis) est définitivement écartée. Un choix assez compréhensible vu que le Real Madrid ne parvenait plus à rivaliser avec un FC Barcelone irrésistible en Liga. En revanche, les barcelonais qui avaient déjà étrenné leurs premières capes pour certains sous Luis Suarez, deviennent les piliers de son groupe (Albert Ferrer, Abelardo, Josep Guardiola, Miguel Angel Nadal…). D’autres joueurs Blaugranas plus âgés feront office de cadres (Andoni Zubizarreta, José Maria Bakero, Txiki Begiristain, Jon Andoni Goikoetxea…). Mais c’est surtout l’arrivée en grandes pompes de joueurs de la sélection olympique, titrée aux J.O. 1992 qui marquera (Kiko, Luis Enrique, Alfonso, Santiago Cañizares…). On note aussi l’émergence de José Luis Caminero et Jorge Otero. Avec cette nouvelle ossature à laquelle vient se greffer de vieux fidèles (Julio Salinas, Fernando Hierro, Rafael Alkorta…), la sélection espagnole survolera les qualifications de la coupe du monde 1994, terminant première de son groupe devant l’Eire, le Danemark, l’Irlande du Nord, la Lituanie, la Lettonie et l’Albanie en ne concédant qu’une défaite.

L’échec de 1994

Outsider désigné au vu de ses bons résultats, l’Espagne hérite d’un groupe difficile (Allemagne, Bolivie, Corée du Sud) en coupe du monde 1994. Fidèle à ses idées, la liste finale de Clemente ne compte que peu de surprises: Julen Lopetegui (Logroñes), sélectionné comme troisième gardien et Sergi, le latéral gauche du FC Barcelone. Seul absent de marque: Guillermo Amor. Accrochée par les sud-coréens puis par l’Allemagne, la Roja parvient à se qualifier en dominant la Bolivie lors du dernier match (3-1). En huitièmes de finales, elle hérite de la Suisse. Les hommes de Clemente ne font qu’une bouchée de la Nati (3-0) et gagnent le droit d’affronter l’Italie en quarts. Face à une Squadra Azzurra qui monte en puissance, la Roja souffre. Elle concède un premier but de Dino Baggio dans les trente premières minutes. Caminero parvient à égaliser mais Roberto Baggio offre la victoire aux italiens dans les cinq dernières minutes. L’Espagne s’incline.

Encore un couac

Reconduit dans ses fonctions, Clemente remet son équipe en ordre de marche pour l’EURO 1996. Il renouvelle son groupe par petites touches (intégrations de Julen Guerrero, Donato, Javier Manjarin, José Emilio Amavisca, Juan Antonio Pizzi, Alberto Belsué, José Molina…). En revanche, Bakero, Goikoetxea, Begiristain et Lopetegui sont mis à l’écart. Fatalement Zubizarreta, inamovible titulaire dans les buts, et Julio Salinas font désormais office de vieux briscards. Forte d’une qualification rondement menée (la Roja devance le Danemark, la Belgique, la Macédoine, Chypre et l’Arménie) qu’elle termine invaincue (huit victoires, deux nuls), la formation de Clemente fait figure d’épouvantail lors du tirage au sort de la phase finale de l’EURO. Une fois de plus, elle se retrouvera dans une poule ardue (France, Roumanie, Bulgarie). Si tous les voyants semblent au vert, les rivalités entre joueurs merengues, blaugranas et colchoneros sont toujours d’actualité et minent le fragile équilibre d’un groupe pourtant régenté par la poigne de fer de Clemente. Guardiola n’est finalement pas retenu tout comme Ferrer. Tenue en échec par la Bulgarie puis la France, l’Espagne se qualifie finalement en triomphant de la Roumanie (2-1). En quarts, elle croise le fer avec l’hôte anglais. La rencontre se soldera par un nul vierge et la décision se fera aux tirs au but. Les anglais réalisent un sans-faute pendant que Hierro et Nadal ratent leurs tentatives. Une fois de plus l’aventure espagnole s’arrête en quarts de finale.

Le fiasco 1998, chant du cygne de Clemente

La fédération espagnole renouvelle sa confiance en Clemente. L’heure est à la remise en question dans l’optique de la coupe du monde 1998, d’autant que le groupe de qualification est plus compliqué qu’il n’y paraît (Yougoslavie, République Tchèque, Slovaquie, Malte, Iles Féroé). Finalement, son équipe réalise un sans-faute finissant invaincue après avoir remporté huit rencontres sur dix. Le riche vivier espagnol est mis à profit et de nouvelles pépites font leurs débuts en sélection (Raul, Fernando Morientes, Roberto Rios, Agustin Aranzabal, Ivan Campo, Joseba Etxeberria…). Moins en verve, Caminero, Amavisca, Donato, Otero, Manjarin et Julio Salinas ne font plus partie des plans de Clemente alors que Guardiola et Ferrer sont rappelés. Invaincue depuis son revers contre l’Italie à la coupe du monde 1994, l’Espagne s’incline lors d’un match amical contre la France début 1998. Cette défaite met fin à une série d’invincibilité de trente-et-un matchs. Versée dans le groupe de la mort (Nigeria, Bulgarie, Paraguay), la Roja fait cependant partie des favoris du Mondial français. Obligé de se passer des services de Guardiola blessé, Clemente retient le jeune Albert Celades au détriment de Rios. Battus d’entrée par le Nigeria (2-3) après avoir mené deux fois au score (Zubizarreta s’illustrera par une bourde sur le deuxième but nigérian), les espagnols ne peuvent prendre le meilleur sur le Paraguay lors du deuxième match (0-0). Obligés de battre la Bulgarie en espérant un revers paraguayen pour se qualifier, les hommes de Clemente atomisent les pauvres bulgares (6-1). Mais aussi large que soit cette victoire, elle s’avère inutile vu que le Nigeria s’incline contre le Paraguay (1-3). L’Espagne reste à quai et est éliminée à la surprise générale. Amer, Zubizarreta prend sa retraite internationale dans la foulée. Pour Clemente, c’est la compétition de trop. Indécis comme jamais dans ces choix (dix-huit joueurs utilisés lors des deux premiers matchs), il a donné le sentiment de ne pas maîtriser son groupe. Etrangement, il est maintenu à son poste dans un premier temps et est sur le banc pour les éliminatoires du futur EURO 2000. Son équipe s’incline contre Chypre (2-3) en septembre 1998. Cette ultime défaite aura raison de lui. Il est contraint de démissionner et cède sa place à José Antonio Camacho.

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