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Les équipes maudites: la génération Camacho-Butragueño

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Pour ce nouveau volet de notre série consacrée aux grandes sélections non-titrées, intéressons nous à l’Espagne des années 80.

Le traumatisme de 1984

Au sortir d’une coupe du monde à domicile ratée (élimination lors de la deuxième phase de poules), la sélection espagnole se met à l’heure du changement. Miguel Muñoz devient le sélectionneur en remplacement José Santamaria. Il décide de faire l’économie d’une révolution et s’appuie grandement sur l’ossature de son prédécesseur (Le mythique gardien Luis Miguel Arconada, José Antonio Camacho, Antonio Maceda, Rafael Gordillo, Ricardo Gallego, Santillana…) à laquelle il adjoint quelques rookies (Andoni Goikoetxea, Francisco José Carrasco, Victor Muñoz, Francisco, Julio Alberto, Poli Rincon, Juan Antonio Señor, Andoni Zubizaretta, Francisco Buyo…). Il s’applique surtout à redonner confiance à son groupe dans l’optique de l’EURO 1984. Versée dans un groupe qualificatif homogène (Pays-Bas, Eire, Islande, Malte), l’Espagne parvient à valider son billet grâce à une large victoire sur Malte lors de la dernière journée (12-1), ce qui leur permet d’avoir une meilleure attaque que leur rival batave. Cette qualification au forceps et le déclin des clubs espagnols sur la scène continentale ne joue pas en faveur de la Roja qui arrive en France avec l’étiquette d’outsider. Rincon est le seul des habitués à ne pas figurer dans la liste finale (Muñoz lui a préféré le jeune Emilio Butragueño pour le rôle de joker offensif). Opposée à l’ogre ouest-allemand, au Portugal et à la Roumanie, l’Espagne joue crânement sa chance. Tenue en échec par la Roumanie (1-1) puis par son voisin ibérique (1-1), les espagnols sont dans l’obligation de battre la RFA, tenante du titre et vice-championne du monde, pour se qualifier. Le miracle aura lieu. Grâce à un but de Maceda inscrit en fin de match, la Roja triomphe (1-0) et finit première du groupe. Elle parvient à défaire les accrocheurs danois en demis (1-1 après prolongations, 5-4 aux tirs au but). En finale, elle croise le fer avec la France, pays organisateur. L’Espagne parvient à endiguer les offensives françaises en première mi-temps. Le match se jouera sur un coup du sort. Arconada relâche un coup-franc botté par Platini et encaisse un but gag. La Roja ne s’en remettra pas et encaissera même un second but en fin de rencontre.

L’échec de 1986

Malgré cette défaite rageante, le beau parcours de la Roja laisse entrevoir des lendemains radieux. Muñoz est conservé. Il décide de capitaliser sur l’aventure française pour les éliminatoires de la coupe du monde 1986. Dans un groupe relativement abordable (Ecosse, Pays de Galles, Islande), la Roja joue à se faire peur, concédant deux défaites contre les deux sélections britanniques. Toutefois, elle parvient à se qualifier en finissant en tête de sa poule. Quelques changements sont à observer dans le groupe. Butragueño, El Buitre, gagne en importance et devient le pilier de l’attaque espagnole (en remplacement de Santillana qui n’est plus appelé). Rincon revient en grâce et de nouveaux éléments font leur trou (Michel, Tomas, Ramon Calderé, Eloy, Quique Setien…). Mais le principal chamboulement est la mise à l’écart d’Arconada qui perd sa place au profit de Zubizarreta. La liste finale enregistre l’arrivée de quelques débutants (Julio Salinas, Chendo, Juan Carlos Ablanedo). L’Espagne est peu vernie au tirage au sort et se retrouve dans la même poule que le Brésil, l’Algérie et l’Irlande du Nord. Après une défaite initiale contre l’ogre auriverde (0-1), la Roja se reprend en dominant les nord-irlandais (2-1) puis les Fennecs (3-0) et se qualifie pour le huitièmes de finale. Opposés au Danemark, l’une des équipes-surprises du premier tour, les espagnols mettent à mort la Danish Dynamite (5-1) grâce notamment à un quadruplé d’El Buitre. Malheureusement, l’Espagne se casse les dents sur la Belgique en quarts. Longtemps menée au score, elle égalise en fin de rencontre grâce à Señor (1-1). Le score n’évoluera pas au terme des prolongations et tout se joue aux tirs au but. Eloy rate le sien et l’Espagne s’incline (4-5). Maceda prend sa retraite internationale dans la foulée.

La fin de l’ère Muñoz

Les dirigeants de la fédération renouvellent leur confiance à Muñoz. Malheureusement, ce dernier s’attire de plus en plus d’inimitiés. Sa décision d’écarter définitivement Arconada passe mal, tout comme sa volonté de s’appuyer sur une ossature madrilène. Sachant qu’il fut le coach des Merengues dans les années 60, il est accusé à mots voilés de favoritisme (alors que les Blaugranas traversaient une période de marasme sportif). Le fragile équilibre du vestiaire en fera les frais et des clivages apparaissent entre joueurs madrilènes, barcelonais et colchoneros. Sans compter que les identités régionales s’inviteront dans le débat (catalans, basques, andalous…). La surreprésentation des madrilènes (Camacho, Gallego, Gordillo, Buyo, Butragueño, Manuel Sanchis, Michel, Rafael Martin Vazquez…) agace mais n’a aucune incidence sur la campagne qualificative qui est rondement menée. Avec cinq victoires et une défaite, la Roja termine première devant la Roumanie, l’Autriche et l’Albanie. La qualification pour l’EURO en poche, les espagnols héritent d’un groupe très relevé (RFA, Italie, Danemark). Señor, Carrasco, Chendo, Rincon et Francisco, peu ou plus rappelés depuis le Mondial mexicain ne sont pas de l’aventure. Si la clique madrilène dans son ensemble est bien présente, trois barcelonais seulement sont sélectionnés (Zubizarreta, Calderé, Victor Muñoz). Le reste des retenus sont issus de l’Atletico Madrid (Tomas, Julio Salinas, Eusebio), de la Real Sociedad (José Mari Bakero, Txiki Begiristain) et d’autres clubs (Miquel Soler de l’Espanyol Barcelone, Genar Andrinua de l’Athletic Bilbao, Eloy du Sporting Gijon, Diego du Betis Seville). Goikoetxea, plus ou moins en disgrâce, n’est finalement pas retenu. L’Espagne démarre son tournoi par une victoire au forceps sur le Danemark (3-2). La suite sera moins heureuse. Vaincue par l’Italie (0-1), elle ne peut rien contre l’hôte ouest-allemand (défaite 0-2) et est éliminée dès le premier tour. Cette fois, Muñoz ne passera pas entre les mailles du filet. En fin de contrat, il n’est pas prolongé par la fédération et quitte donc ses fonctions.

Le Mondiale 90

Le mythique ex-attaquant du FC Barcelone, Luis Suarez devient le nouveau sélectionneur. Il s’attelle à rajeunir le groupe et se passe des services de la grande majorité des trentenaires présents à l’EURO 1988. Ainsi Camacho, Victor Muñoz, Calderé, Gallego et Gordillo sont écartés. En revanche, l’accent madrilène de la sélection est toujours d’actualité, d’autant que les Merengues dominent outrageusement le championnat. Ainsi, la Quinta Del Buitre (Butragueño, Michel, Sanchis, Martin Vazquez et Miguel Pardeza) constitue la base de l’équipe qui s’appuie aussi sur Zubizarreta, Chendo, Bakero, Andrinua, Begiristain et Julio Salinas. Les places laissées libres par les retraités sont récupérées par de jeunes loups aux dents longues (Fernando Hierro, Quique Sanchez Flores, Manolo, Fernando, Francisco Villaroya, Alberto Gorriz, Manolo Jimenez…). Les éliminatoires ne sont qu’une formalité (six victoires, un nul, une défaite). Sans surprise l’Espagne termine première de son groupe devant l’Eire, la Hongrie, l’Irlande du Nord et Malte. Mais contre toute attente, elle n’est pas désignée tête de série lors du tirage au sort du Mondial 90. Finalement, elle croisera le fer avec la Belgique, l’Uruguay et la Corée du Sud. Begiristain est laissé à la maison et les novices Rafael Paz et Rafael Alkorta sont intégrés à la liste finale. L’Espagne termine première de sa poule grâce à deux victoires sur les sud-coréens (3-1) puis les belges (2-1) après leur nul initial contre l’Uruguay. Malgré tout, elle hérite d’un os en huitièmes: la Yougoslavie. Dans ce duel au couteau, il faudra attendre le dernier quart d’heure pour voir les gardiens s’incliner. Les yougoslaves trouvent la faille grâce à Dragan Stojkovic. Julio Salinas égalise et permet à la Roja d’accrocher la prolongation. Mais Stojkovic se montre de nouveau décisif et inscrit le but de la victoire yougoslave (1-2). L’aventure espagnole s’arrête là.

La non-qualification pour l’EURO 1992

Après ce nouvel échec, Luis Suarez conserve cependant la confiance de ses dirigeants. Les éliminatoires de l’EURO suédois se profilent et l’Espagne, forte de ses qualifications régulières en phases finales, part avec le statut de favorite dans un groupe comptant la France, l’Albanie, la Tchécoslovaquie et l’Islande. Si l’ossature reste sensiblement la même, le groupe enregistre l’arrivée de la jeune garde d’un FC Barcelone revenu au premier plan (Albert Ferrer, Abelardo, Guillermo Amor, Miguel Angel Nadal…). Cette campagne qualificative sera malheureusement un fiasco complet. Battue par les tchécoslovaques dès la deuxième journée, l’Espagne surclasse ensuite l’Albanie mais enchaîne trois défaites consécutives par la suite. Toutes choses qui scellent son sort. La France finit première et se qualifie. La Roja verra même son dernier match contre l’Albanie annulé, sans grande incidence vu que les deux sélections étaient déjà éliminées.

Ouverture d’un nouveau cycle

Conséquence logique de cette campagne ratée, Luis Suarez est débarqué. Il est remplacé par Javier Clemente. Ce dernier, profitant de l’embellie née du sacre de la sélection olympique lors des J.O. de Barcelone, reconstruira l’équipe en y apportant du sang neuf. Il restera en poste jusqu’en 1998.

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