Zidanes y Pavones, histoire des Galactiques
Lorsqu’on évoque l’histoire récente du Real Madrid, impossible de passer sous silence la période couvrant le début du siècle. Cette période connue sous le nom d’ère des Galactiques a vu le club madrilène imposer sa griffe sur le monde du football avec un jeu chatoyant et efficace, une flopée de titres et un effectif d’une richesse rare. Cette équipe aux allures de sélection All Star va cependant connaitre une déchéance aussi spectaculaire qu’inattendue. Revenons donc sur le parcours de ce qui aurait pu (dû) être la plus grande équipe de l’histoire.
Genèse
Le projet Galactique est l’émanation d’un homme: Florentino Perez, homme d’affaires et politicien qui accède à la présidence du club le 16 juillet 2000. Il succède à Lorenzo Sanz, son adversaire durant les élections, qui paie son interventionnisme dans la politique sportive du club, mais aussi sa gestion hasardeuse. Le club est alors lourdement endetté et s’il vient de remporter une Champions League sous la houlette de Vicente Del Bosque, il n’a plus gagné le championnat depuis 1997. Pis, depuis 1990, le Real ne compte que deux titres en Liga. Une longue disette que les deux Champions League gagnées en trois ans ne peuvent occulter. Florentino Perez entend faire du Real Madrid le meilleur club du monde. Il a promis aux socios de nombreux titres et une équipe de haut niveau durant sa campagne. A peine installé dans le fauteuil présidentiel, il s’appliquera à tenir parole. Grâce à ses connexions dans le monde des affaires, il parvient à assainir les finances du club et dégager une enveloppe pour recruter de nouveaux joueurs.
Arrivée de Figo et premiers succès
Dès l’intersaison 2000, le Real frappe un grand coup en débauchant Luis Figo au nez et à la barbe du grand rival barcelonais pour 60 millions d’euros. Ce transfert marquera à lui tout seul l’entrée du club dans une nouvelle ère. Perez s’en gargarisera et promettra d’ailleurs une star à chacun des mercatos estivaux. Une promesse qu’il tiendra durant toute la durée de son mandat. Le club recrute également Claude Makélélé (Celta Vigo), Pedro Munitis (Racing Santander), Santiago Solari (Atletico Madrid), Flavio Conceiçao (La Corogne) et Cesar, le gardien du Real Valladolid. Avec ces nouveaux éléments, le Real devient très compétitif et est en mesure de bien figurer sur tous les tableaux. L’objectif ultime est atteint en fin de saison, vu que le club remporte le championnat avec sept points d’avance sur le dauphin, La Corogne, mais surtout dix-sept de plus que le FC Barcelone qui ne finit que quatrième. Les coupes ne réussiront cependant pas aux hommes de Del Bosque. Éliminés d’entrée en Copa Del Rey, ils échouent en demi-finales de Champions League contre le Bayern Munich (0-1 ; 1-2). Ils s’inclinent aussi en finale de Supercoupe d’Europe (Défaite 0-1 contre Galatasaray) et de Coupe Intercontinentale (battus par Boca Juniors (1-2)).
Zidane le Galactique
Fort de son pouvoir d’attraction, le club madrilène réalise un autre coup d’éclat sur le marché des transferts: la signature de Zinedine Zidane. Pour 72 millions d’euros, le milieu de la Juventus Turin rejoint la Casa Blanca. Il est alors considéré comme le meilleur joueur du monde et son influence sur le jeu madrilène sera immédiate. Le club commence par triompher en Supercoupe d’Espagne contre le Real Zaragoza (1-1 ; 3-0). Avec un effectif comptant Raul, Morientes, Roberto Carlos, Hierro et Luis Figo, le Real va parvenir à reconquérir la Champions League au terme d’une finale de légende marquée par la volée phénoménale de Zizou. Cependant l’équipe ne parviendra pas à s’imposer sur tous les fronts malgré une régularité admirable. Le Real s’incline en finale de Copa Del Rey contre La Corogne (1-2) et finit à la troisième place du championnat, devancé par Valence et La Corogne. Toutefois, Perez reste optimiste et affiche une confiance aveugle en son projet, baptisé Zidanes y Pavones par la presse locale, consistant à associer des stars internationales en attaque à des joueurs du cru en défense.
L’imbroglio Ronaldo et l’éviction de Del Bosque
Désireux de renforcer un effectif qui n’en avait visiblement pas besoin, Florentino Perez enrôle Ronaldo. L’attaquant brésilien est de retour au premier plan après une coupe du monde réussie. Pour quarante-cinq millions d’euros, il devient la troisième recrue phare de l’ère galactique. Si les qualités footballistiques du joueur ne sont pas remises en cause, c’est la pertinence de ce recrutement qui interpelle. La doublette d’attaque Raul – Fernando Morientes était plus qu’efficace jusque là. L’arrivée de Ronaldo sera mal vécue par les deux amis. Morientes commence par refuser de céder le numéro 9 à la nouvelle recrue. Il perdra dans la foulée sa place de titulaire et sera insidieusement poussé vers la sortie par ses dirigeants. Quant à Raul, son association avec Ronaldo ne sera pas aussi fructueuse que prévue. L’alchimie entre les deux joueurs ne sera jamais au beau fixe. Cependant l’équipe reste compétitive et réalise une belle saison sanctionnée par un nouveau titre de champion. Le Real remporte également la Supercoupe d’Europe puis la Coupe Intercontinentale. En Champions League, le parcours se conclura par une élimination en demi-finales contre la Juventus (2-1 ; 1-3). Bien que le bilan soit positif, Del Bosque est libéré par la direction en fin de saison. Il est remplacé par Carlos Queiroz, coach assistant à Manchester United.
Beckham et premiers couacs
L’intersaison sera marquée par l’arrivée de David Beckham. Désireux de s’offrir un nouveau challenge, le milieu de Manchester United se laisse convaincre par le projet madrilène. Un transfert qui, à l’image de celui de Ronaldo un an plus tôt, suscite des interrogations. En effet, Beckham joue au même poste que Luis Figo et ce dernier est encore plus que compétitif. Le recrutement de Beckham fait passer sous silence un départ majeur, celui de Claude Makélélé. Le milieu français, lassé du manque de considération de la direction, file à Chelsea. Ce départ nuira grandement à la stabilité du milieu de terrain qui se retrouve sans récupérateur de métier. Mis en demeure d’aligner toutes ses stars, Queiroz est contraint de titulariser Beckham comme milieu axial aux côtés de Guti. Si l’équipe commence bien et réalise un bon début de saison, les choses se gâtent en mars 2004. Alors que le titre leur semblait promis, le club enchaîne les contre-performances. Le Real ne gagnera que trois matchs jusqu’à la fin de la saison et perdra la totalité de ses cinq dernières rencontres en Liga. Conséquence, le club finit à une ignominieuse quatrième place. En Champions League, le Real se fait sortir par l’AS Monaco (où était prêté Morientes) en quarts de finale (4-2 ; 1-3). L’aventure en Copa Del Rey est encore plus frustrante. Finalistes, les madrilènes perdent en prolongations contre le Real Zaragoza (2-3). Queiroz est logiquement débarqué en fin de saison.
Valse des entraîneurs et recrutement raté
Pour succéder à Carlos Queiroz et faire oublier la saison blanche, les dirigeants engagent José Antonio Camacho. Cette nomination qui devait marquer un renouveau va s’avérer être un gros fiasco. Camacho entre en conflit avec son vestiaire et finit par rendre le tablier dès le 20 septembre suite à une défaite face à l’Espanyol Barcelone, consécutive à une claque reçue contre le Bayer Leverkusen en C1. Son successeur Mariano Garcia Remon ne fera pas mieux, incapable lui aussi de tenir tête à ces stars trop gâtées qui ne veulent surtout pas changer leurs habitudes. Conscient des limites défensives affichées l’année précédente, Walter Samuel (AS Roma) et Jonathan Woodgate (Newcastle) sont recrutés pour stabiliser l’arrière-garde madrilène. En attaque, Michael Owen (Liverpool) hérite du statut de joker offensif. Contrairement aux recrues des années précédentes, ce trio vivra une saison contrastée. Si Owen se montre à la hauteur en dépit d’un temps de jeu réduit, Samuel brille par sa fébrilité et ne parvient pas à rééditer ses performances passées. Blessé de longue durée, Woodgate ne joue pas le moindre match durant toute la saison. Après une défaite contre Séville juste avant la trêve hivernale, Garcia Remon est limogé. Vanderlei Luxemburgo lui succède et parvient à relancer l’équipe, renforcée par l’arrivée de Thomas Gravesen durant le mercato hivernal. Le Real retrouve de l’allant mais ne peut empêcher le FC Barcelone de gagner le titre. En Champions League, le club finit deuxième de sa poule et hérite d’un os en huitièmes, la Juventus Turin. Le Real s’incline assez logiquement (1-0 ; 0-2 après prolongations). Éliminé en seizièmes de finales de la coupe du Roi par le Real Valladolid, le club madrilène vit sa deuxième saison blanche d’affilée.
Le début de la fin
Fragilisé par ces deux saisons sans titre, Florentino Perez consent enfin à faire un recrutement équilibré. Pas de grosses stars au menu. Ce sont les prometteurs Robinho (Santos FC), Julio Baptista (Séville FC) et Sergio Ramos (Séville FC) qui débarquent. Deux joueurs uruguayens à vocation défensive, Pablo Garcia (Osasuna) et Carlos Diogo (River Plate), sont également enrôlés. Mais le fait marquant est le grand ménage qui a cours dans le vestiaire. Après une saison difficile, Luis Figo décide de ne pas prolonger et rejoint l’Inter Milan. Il est suivi par Solari et Walter Samuel qui sont transférés eux-aussi chez les Nerazzuri. Owen, frustré par son statut de remplaçant, s’engage quant à lui avec Newcastle. Avec cet effectif moins clinquant, mais plus solide a priori, le Real vit tout de même un début de saison difficile, marqué par deux défaites en trois matchs. Les hommes de Vanderlei Luxemburgo alterneront le bon et le moins bon mais connaîtront deux couacs majeurs. Tout d’abord, une lourde défaite en phase de poules de C1 contre l’Olympique Lyonnais (0-3). Par la suite, le Real se fera humilier à domicile par le rival barcelonais. Porté par un Ronaldinho stratosphérique (il aura droit à une standing ovation de la part des supporteurs madrilènes), le Barça détruit les Merengues (0-3). Cette défaite fragilisera la position de Luxemburgo qui sera finalement évincé le 5 décembre 2005. Son successeur Juan Ramon Lopez Caro fera ce qu’il peut avec les moyens du bord. S’il parvient à se qualifier pour les huitièmes de finales de la Champions League, son équipe se fait sortir par Arsenal (0-1 ; 0-0). En Copa Del Rey, ses hommes se loupent contre le Real Zaragoza en demis (1-6 ; 4-0). En championnat, les choses se corsent au printemps. Les madrilènes enregistrent plus de nuls que de victoires et laissent filer le titre une année de plus. Pour la troisième année consécutive le Real Madrid ne gagne rien. Plus contesté que jamais, Florentino Perez tire les leçons de son échec et démissionne le 27 février 2006. Par dessus le marché, Zinedine Zidane annonce sa retraite. Une page de l’histoire du Real Madrid se tourne.
Capello, le fossoyeur des Galactiques
Élu président du club le 2 juillet 2006 après avoir assuré l’intérim de Florentino Perez, Ramon Calderon ne fait pas l’économie d’une révolution. Il fait de Pedrag Mijatovic (buteur du Real à la fin des années 90) son directeur sportif et remplace Lopez Caro par Fabio Capello. L’exigeant coach italien a pour mission de redorer le blason terni des Merengues qui restent sur trois saisons vierges. Comme aux grandes heures de l’époque Florentino Perez, le mercato estival est clinquant. Le champion du monde italien Fabio Cannavaro et son ex-coéquipier Emerson débarquent de la Juventus Turin. Le milieu malien Mahamadou Diarra (Lyon) et le buteur néerlandais Ruud Van Nistelrooy (Manchester United) sont les autres recrues. Enfin, José Antonio Reyes est prêté par Arsenal. La saison démarre timidement (deux victoires en six matchs) et le coach italien se retrouve sous le feu des critiques à cause de la qualité de jeu qui laisse franchement à désirer. Cependant, le premier Clasico de la saison vient lui donner raison (victoire 2-0) et lui offre un sursis. La saison sera chaotique, marquée par des algarades avec les cadres du vestiaire, un jeu stéréotypé, aux antipodes de celui pratiqué par les galactiques, et les mises à l’écart de Ronaldo et Antonio Cassano. Capello égratigne même ses joueurs dans la presse (Beckham, Robinho, Michel Salgado et Ronaldo notamment en prendront pour leur grade). Son Real n’a rien de transcendant. Il ne parvient pas à faire mieux que ses prédécesseurs en Champions League (élimination en huitièmes par le Bayern Munich (3-2 ; 1-2)) et se fait sortir prématurément en Copa Del Rey (éliminé par le Betis Séville (0-0 ; 1-1)). Toutefois, il se remet en ordre de marche grâce aux arrivées de Marcelo (Fluminense), Gonzalo Higuain (River Plate) et Fernando Gago (Boca Juniors) en janvier. Ce Real de bric et de broc parvient malgré tout à triompher et remporte le titre à la surprise générale grâce à un ultime succès lors de la dernière journée.
La fin d’une époque
Capello sera malgré tout limogé en fin de saison. Son passage marque la fin officielle de l’ère galactique. Les fondamentaux de jeu ne sont plus les mêmes et les derniers vestiges de cette époque s’éclipsent. Roberto Carlos, David Beckham, Ivan Helguera, Francisco Pavon, Emerson, Cicinho, Jonathan Woodgate, Carlos Diogo, Ruben De La Red, Alvaro Mejia et Raul Bravo quittent le club durant l’intersaison. Pablo Garcia et Antonio Cassano sont prêtés. De nouveau joueurs arrivent: les néerlandais Wesley Sneijder, Arjen Robben et Royston Drenthe, les argentins Gabriel Heinze et Javier Saviola, l’allemand Christoph Metzelder, le portugais Pepe et le gardien polonais Jerzy Dudek. Il ne reste plus rien des Galactiques originels en dehors du trio formé au club (Raul, Iker Casillas et Guti) et de Michel Salgado. Bernd Schuster devient l’entraîneur du club et parvient à gagner le titre malgré de nouveaux échecs en coupe. Fait marquant de l’année, la haie d’honneur que les joueurs du FC Barcelone (relégué à dix-huit points du Real) ont dû faire pour acclamer le nouveau champion madrilène. Comme point d’orgue, on a connu pire.
Si cette équipe des Galactiques n’aura en définitive pas été aussi décisive qu’espéré, elle a eu le mérite de faire rêver toute la planète football en ce début de siècle. En dépit d’un palmarès contrasté (les Galactiques n’ont jamais pu décrocher la Copa Del Rey), cette association de joueurs de talents a marqué la mémoire collective et figurera pour toujours au panthéon du football mondial. Leurs successeurs (les seconds Galactiques assemblés par Florentino Perez dès son retour à la tête du club en 2009) ne parviendront pas à les faire oublier malgré une flopée de titres remportés.
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