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Salva, le pichichi oublié

Lorsqu’on évoque les grands attaquants espagnols du début du siècle, ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent: Raul, Fernando Morientes, Diego Tristan, Fernando Torres… Rares sont ceux qui pensent à Salva. Et pourtant, ce joueur fut l’un des seuls à avoir été sacré consécutivement meilleur buteur de première puis de deuxième division. Sa modeste carrière internationale (4 capes) et ses saisons en dents de scie n’ont pas aidé à l’immortaliser (il a d’ailleurs plus fait parler de lui pour ses prises de positions nationalistes et militaristes). Salva est de ces joueurs qui, bien qu’ayant eu leur heure de gloire, sont mésestimés, voire oubliés.

Les débuts

C’est à Saragosse que Salvador Ballesta Vialcho voit le jour en 1975. Il n’intègre pourtant pas le centre de formation du Real Zaragoza (il ne jouera d’ailleurs jamais pour le club de sa ville natale). En effet, il grandit dans la région d’Albacete (Castille-La Manche) et y fait ses débuts au sein de petits clubs. C’est finalement à Séville, en Andalousie, que l’aragonais fait ses classes et brille dans les équipes de jeunes du Séville FC. Il commence par intégrer l’équipe B durant la saison 1994-1995 avant de décrocher un strapontin pour l’équipe première lors de l’exercice suivant. Malheureusement, la concurrence est rude et il ne parvient pas à convaincre son entraîneur. En janvier 1996, il est prêté à Ecija Balompié, un club de deuxième division. Au sein de cette modeste formation, il saisit sa chance et inscrit 6 buts en championnat. Si ce total n’est pas exceptionnel, il rassure sur le potentiel du jeune avant-centre. Séville décide de le rappeler en fin de saison et il est définitivement intégré à l’effectif de la saison 1996-1997. Cette première saison sera malheureusement délicate. Son entraîneur José Antonio Camacho l’utilise régulièrement, mais les résultats de l’équipe sont mauvais. En pleine déconfiture sportive, le club andalou est relégué en deuxième division. Conséquence, de nombreux joueurs quittent le club. Salva, qui est entretemps devenu international espoirs, choisit de rester au club pour l’aider à remonter. Il hérite de facto du statut d’attaquant titulaire lors de la saison 1997-1998. S’il se montre relativement efficace, Séville loupe la montée en première division. 

L’explosion à Santander

Sacré champion d’Europe U21 avec la Rojita (aux côtés de Guti, Valeron, Michel Salgado et Angulo) et désireux de retrouver la première division, Salva s’engage avec le Racing Santander durant l’intersaison 1998. Dans ce club du ventre mou, plus coutumier à la lutte pour le maintien, il peine à s’imposer et vit une première saison frustrante (seulement deux buts inscrits en Liga). Considéré par certains observateurs comme un flop, le jeune aragonais ne se laisse pas abattre et cravache pour trouver l’efficacité. Son travail finira par payer lors de la saison 1999-2000. Il devient titulaire indiscutable et réalise un bon début de saison. Très vite, il devient le buteur attitré du club et change de statut. El Aviador est désormais un des attaquants les plus craints du championnat espagnol et se voit ouvrir les portes de la sélection A. Bien que Santander finisse la saison à une modeste quinzième place, Salva brille de mille feux et est sacré pichichi (meilleur buteur du championnat espagnol) avec 27 buts inscrits. En dépit de ce statut de meilleur buteur, le sélectionneur José Antonio Camacho (son ex-entraîneur à Séville) ne le retient pas pour l’EURO 2000.

Le transfert surprise

Alors que tout le monde l’imagine rejoindre une formation de haut de tableau, Salva surprend en rejoignant l’Atletico Madrid…qui vient d’être relégué en seconde division. Un choix qui aura déconcerté plus d’un. Le jeune avant-centre n’en a que faire. Intronisé leader de l’attaque des Colchoneros, il perpétue ses bonnes habitudes et plante à tout va dans un championnat qui semble trop faible pour lui. Problème, ce passage à l’échelon inférieur lui vaut d’être écarté de la sélection (même s’il est brièvement rappelé  pour un match). Salva réalise une saison de toute beauté, inscrivant 21 buts en 33 matchs. Il termine d’ailleurs meilleur buteur du championnat de deuxième division. Cependant, l’Atletico ne parvient pas à décrocher son billet pour la montée et doit évoluer une saison de plus en D2. Salva décide de ne pas poursuivre l’aventure.

Expérience mitigée à Valence

Convoité par de nombreuses formations, il s’engage avec le Valence CF durant le mercato estival 2001. Le récent finaliste de la Champions League est alors en reconstruction partielle sous la houlette de  Rafael Benitez. Mis en concurrence avec Adrian Ilie, John Carew, Juan Sanchez et Mista, Salva a toutes les peines du monde à se montrer efficace, d’autant que l’équipe ne joue pas pour lui. En 22 apparitions sur le pré, il ne trouve le chemin des filets que 5 fois. Étrangement, il est l’avant-centre le plus efficace du club cette saison-là. Heureusement, cet exercice 2001-2002 est une réussite sur le plan sportif. Valence finit champion après plus de trente ans de disette. Salva ajoute enfin une première ligne à son palmarès. Ce sera malheureusement la seule satisfaction qu’il aura durant son passage dans cette équipe. Lors de la saison suivante, John Carew prend le dessus dans la hiérarchie des avant-centres. El Aviador n’est utilisé qu’à doses homéopathiques et ne dispute que 5 matchs toutes compétitions confondues.

Prêts à Bolton et Malaga

En échec, Salva est prêté à Bolton durant le mercato hivernal de 2003. Le club anglais est alors au plus mal et se bat pour le maintien. Son adaptation aux joutes musclées de Premier League se passe mal. Il n’arrive pas à gagner sa place de titulaire et passe le plus clair de son temps sur le banc ou en tribunes. Avec les Wanderers, il ne compte que six matchs et ne marque pas le moindre but. Le club parvient à éviter la relégation mais pour Salva l’aventure touche à sa fin. Non-conservé, il retrouve Valence à l’intersaison. Cependant, sa situation ne change pas. Rafael Benitez ne compte clairement pas sur lui. Salva rejoint donc Malaga en prêt pour toute la saison 2003-2004. Ce retour en Andalousie va lui faire le plus grand bien. Titularisé d’entrée, il retrouve ses sensations et le chemin des filets. Sa renaissance lui permet même de retrouver brièvement l’équipe nationale. Il finit la saison avec un total de 18 réalisations en championnat. De nouveau bankable, il est rappelé par Valence en fin de saison.

Retour à l’Atletico Madrid

Auréolé de sa brillante saison avec Malaga, Salva espère convaincre le nouvel entraîneur Claudio Ranieri. Mais ce dernier préfère composer avec ses deux compatriotes fraîchement recrutés: Marco Di Vaio et Bernardo Corradi. Poussé vers la sortie, El Aviador part en prêt à l’Atletico Madrid. S’il est heureux de retrouver son ancien club, la donne a changé depuis son départ. Le jeune Fernando Torres est désormais le leader de l’attaque et son statut de capitaine le rend intouchable. Une fois de plus, Salva prouve qu’il a du mal à briller lorsqu’il n’est pas la première option offensive. Son duo avec El Niño ne sera pas aussi saignant qu’on aurait pu l’espérer. Bien que régulièrement aligné, il n’inscrit que 5 buts en Liga. Un total qui contraste avec les 16 réalisations de son partenaire d’attaque. Sans surprise, les dirigeants colchoneros décident de ne pas le conserver.

Transfert à Malaga et déclin

Indésirable à Valence, Salva quitte le club et retourne à Malaga, seule formation où il se sera montré convaincant en cinq ans. Titulaire en pointe lors de la saison 2005-2006, il ne se montre pas à la hauteur. Pour ne rien arranger, le club est en pleine déliquescence et flirte avec la zone rouge. Malaga sera finalement relégué en fin de saison. Auteur de seulement 6 buts en championnat, Salva est un des symboles de l’échec du club andalou. Donné partant pour beaucoup, il ne trouve pas preneur durant l’intersaison et est contraint d’évoluer avec son club en D2. Curieusement, il commence cette saison à l’échelon inférieur sur les chapeaux de roue. Avec 10 buts inscrits lors des 19 premiers matchs, il prouve qu’il en a encore sous la semelle. Ses performances séduisent Levante, alors en première division, qui obtient son prêt lors du mercato hivernal. Salva perd malheureusement sa verve. En 14 rencontres, il ne marque que 4 fois. Il retourne à Malaga dès la fin de saison et retrouve la D2. A seulement trente-deux ans, il apparaît clairement sur la pente descendante à l’entame de la saison 2007-2008. En proie à des pépins physiques, il joue une vingtaine de matchs, inscrivant 7 buts. Si ses statistiques ne sont pas reluisantes, son club retrouve la première division. Pour ce qui sera sa dernière saison dans l’élite, Salva ne joue que 14 matchs (5 buts marqués) du fait de blessures récurrentes.

Clap de fin à Albacete

Libre de tout contrat, ce n’est qu’à quelques heures de la fin du mercato estival 2009 que Salva trouve preneur. Il s’engage avec Albacete, en deuxième division. Ce transfert lui permet de revenir dans la ville où tout a commencé pour lui. A trente-quatre ans, il n’a plus ses jambes de jeune homme et a du mal à enchaîner les matchs. Conséquence, il devient remplaçant et n’est quasiment jamais titularisé. Il inscrit tout de même 5 buts en 23 apparitions. En fin de saison, le club décide de le libérer. Usé par ses soucis physiques, Salva décide de mettre un terme à sa carrière. Dans la foulée, il revient à Malaga comme entraîneur d’équipe de jeunes.

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