Diego Milito, l’éternel sous-estimé
Entré dans la légende pour son exceptionnelle saison 2009-2010 durant laquelle il réalisa le triplé avec l’Inter Milan, Diego Milito est tombé dans un relatif oubli une fois sa carrière terminée. Considéré à tort comme un one-season-wonder, il fut pourtant un attaquant plus que correct mais sa modeste carrière internationale, couplée au fait qu’il a été révélé sur le tard, a faussé l’image qu’on a de lui. Trop souvent sous-estimé, le quasi-sosie d’Enzo Francescoli a tout de même marqué son temps même s’il n’est pas le premier nom qui vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de citer les meilleurs avants-centres argentins.
Les débuts au Racing Club
Né à Bernal, une ville de la province de Buenos-Aires, le 12 juin 1979, Diego Alberto Milito attrape le virus du football dès l’enfance et fait ses gammes comme la grande majorité de ses jeunes compatriotes dans les potreros en compagnie de son frère cadet Gabriel, né un an après lui. Il se fait remarquer par les recruteurs de plusieurs clubs de Buenos-Aires et ses environs. Il rejoint les équipes de jeunes du Racing Club Avellaneda pendant que Gabriel opte pour celles du CA Independiente, le club rival. Loin d’être précoce, il parvient tout de même à signer son premier contrat professionnel en 1999 à vingt ans. Il effectue dans la foulée ses débuts avec l’équipe A du Racing en première division. Pour sa première saison, il ne se montre pas particulièrement décisif avec un seul but en onze apparitions. Malgré tout, il intègre la rotation et devient un des éléments importants du club. Sa deuxième saison est marquée par son inefficacité (deux buts inscrits en 35 matchs de championnat). Il ne brille que par sa capacité à ouvrir des brèches dans les défenses adverses. L’exercice 2001-2002 sera un peu plus probant. Si ses soucis de finition demeurent (neuf réalisations en 38 matchs), il s’avère précieux dans la conquête du titre de champion Apertura glané par le Racing Club. Ce qui permettra au club de disputer la Copa Libertadores lors de l’exercice suivant. Ce dernier sera celui de la révélation pour Diego Milito. Il inscrit quatorze buts en 35 matchs de championnat et trouve trois fois le chemin des filets en Libertadores. Ses bonnes performances lui vaudront ses premières convocations en sélection nationale. Tout laisse penser que sa carrière est enfin lancée mais il se montrera inconstant lors de l’Apertura 2003. Il score huit buts en 18 matchs et fait bonne figure lors des deux rencontres qu’il dispute avec l’Albiceleste. Pas suffisant pour affoler l’Europe. Il décide tout de même de franchir l’Atlantique dès décembre 2003.
Premier passage au Genoa
C’est une lapalissade d’affirmer que Diego Milito n’intéresse pas grand monde. Boudé par les grands clubs, il trouve tout de même un point de chute assez inattendu : le Genoa qui évolue alors en Serie B (deuxième division italienne) et joue le maintien. Il rejoint le club lors du mercato hivernal 2003-2004 dans l’indifférence générale. L’adaptation sera rapide. À peine arrivé, il s’impose à la pointe de l’attaque du doyen des clubs professionnels italiens. Avec douze buts en vingt matchs de championnat, sa demi-saison est plus que réussie. Le Genoa finit seizième du classement. Diego Milito décide de poursuivre l’aventure. Bien lui en a pris puisque sa saison 2004-2005 est satisfaisante. Il marque 21 buts en 39 rencontres de championnat et un en trois matchs de Coppa Italia. Il est même sélectionné à deux reprises avec l’Albiceleste. Malheureusement, la saison se terminera en eau de boudin. Le Genoa remporte le titre et sa promotion en Serie A. Mais quelques jours après, le ciel lui tombe sur la tête. Soupçonné d’avoir arrangé un match, le Genoa est déchu de son titre et relégué en Serie C1 (D3 italienne) avec trois points de pénalité. Ce coup du sort pousse Diego Milito vers la sortie.
L’explosion à Saragosse
En difficulté, Diego Milito peine à trouver un club. Son salut viendra de son frère Gabriel. C’est lui qui souffle aux dirigeants de Saragosse, son club d’alors, le nom de Diego. En quête d’un attaquant à moindre coût pour remplacer David Villa parti à Valence, le club aragonais décide de le recruter. C’est ainsi que Diego Milito rejoint son frère au Real Saragosse. Il s’impose automatiquement et fait la paire avec le brésilien Ewerthon. Malheureusement, le Real Saragosse est loin de jouer les premiers rôles en championnat. Le club se classe onzième de Primera Division. Il parvient cependant à se hisser en finale de la Copa Del Rey. Le Real Saragosse s’incline face à l’Espanyol Barcelone (1-4). Avec six buts en huit rencontres de coupe, Diego Milito finit deuxième meilleur buteur de la compétition derrière son coéquipier Ewerthon. Il termine quatrième du classement des meilleurs buteurs avec quinze buts inscrits en 36 matchs. Seule ombre au tableau, il est toujours en difficulté en sélection et n’est pas retenu pour le Mondial 2006 par José Nestor Pekerman contrairement à Gabriel. Qu’importe pour Diego Milito qui retrouve un Real Saragosse renforcé par les arrivées de Pablo Aimar, Andres D’Alessandro, Gerard Piqué, Carlos Diogo et Juanfran. Avec ces nouvelles recrues, le club termine sixième du championnat mais se fait éliminer de la Copa Del Rey en quarts de finale. À titre personnel, cette saison est une franche réussite pour Diego Milito qui inscrit 23 buts (tous en championnat) et termine deuxième du classement des buteurs juste derrière Ruud Van Nistelrooy. Cerise sur le gâteau, il est sélectionné pour la Copa America 2007 aux côtés de son frère. L’Argentine s’inclinera en finale contre le Brésil. Remplaçant, Diego Milito ne joue pas beaucoup et n’inscrit qu’un seul but (il est concurrencé par Hernan Crespo et Carlos Tevez). La saison 2007-2008 sera par contre ratée. S’il demeure efficace (15 buts en championnat, 17 TCC), Diego Milito ne peut rien faire pour sauver Saragosse de la relégation. Les Blanquillos terminent dix-huitième et descendent en D2. Comme la majeure partie des joueurs de l’équipe, il décide de quitter le club.
Retour à Gênes
Très courtisé, Diego Milito décide de retourner au Genoa, depuis remonté en première division. Un choix surprenant mais qui s’avérera finalement gagnant. Au sein d’un effectif comptant son compatriote Luciano Figueroa ainsi que Thiago Motta, Matteo Ferrari et Sokratis Papastathopoulos notamment, il trouve rapidement ses marques et fait parler la poudre. Il porte l’attaque du Genoa qui réalise une excellente saison et finit à la cinquième place. Avec 24 buts en 31 apparitions en Serie A (il a également inscrit un doublé lors de son seul match de Coppa Italia disputé), il termine à la deuxième place du classement des meilleurs buteurs derrière Zlatan Ibrahimovic. Après cette brillante saison, il se retrouve logiquement sur les tablettes des grands clubs. Cette fois, il décide de franchir le Rubicon et donne son quitus pour rejoindre l’Inter Milan, le champion en titre. En compagnie de Thiago Motta, il est échangé avec Robert Acquafresca, Leonardo Bonucci, Riccardo Meggiorini, Francesco Bolzoni et Ivan Fatić pour faire baisser le coût des transferts.
Le prince de Giuseppe-Meazza
En dépit de ses états de service lors de la saison précédente, Diego Milito n’arrive pas à Milan avec le statut de star. C’est Samuel Eto’o, débarqué du FC Barcelone, qui attire tous les regards. À trente ans, l’avant-centre argentin semble destiné à un statut de joker. Pourtant, il bénéficie de la confiance de José Mourinho. Ce dernier décide d’en faire son avant-centre titulaire (Eto’o sera décalé sur un côté). Alimenté par les caviars d’un Wesley Sneijder stratosphérique, Diego Milito trouve rapidement sa place dans cette équipe comptant quelques-uns de ses compatriotes (Javier Zanetti, Walter Samuel, Esteban Cambiasso) et se montre plus que décisif. Ses exploits lui valent d’être surnommé Il Principe (Le prince) par les supporters nerazzurri. L’Inter marche sur l’eau et réalise un triplé historique, remportant le championnat, la Coppa Italia et la Champions League. Milito marque six buts lors de la campagne victorieuse en C1 dont un doublé en finale face au Bayern Munich. En championnat, il score à 22 reprises (meilleur buteur du club) et termine pour la deuxième année de suite deuxième du classement des buteurs. Pour couronner le tout, Diego Maradona le sélectionne pour la coupe du monde 2010. Malheureusement, il ne sera que la troisième option au poste d’avant-centre derrière Gonzalo Higuain et Martin Palermo et n’aura que peu de temps de jeu. L’Argentine se fait sortir en quarts de finale par l’Allemagne (0-4). Sa déception sera atténuée par le trophée du meilleur attaquant UEFA de l’année. Il sera également désigné meilleur joueur de Serie A et meilleur joueur étranger du championnat. Étrangement, il ne sera pas nommé au Ballon d’Or malgré cette saison de mammouth. Il est toutefois élu meilleur footballeur de l’année par l’UEFA. Sa saison 2010-2011 ne sera malheureusement pas aussi fructueuse. À trente-deux ans, il commence à accuser le poids des années et multiplie les pépins physiques. Son niveau et sa productivité s’effondrent. S’il enrichit son palmarès (il remporte la Supercoppa, la coupe du monde des clubs et la Coppa Italia), il réalise son pire exercice européen (cinq buts en Serie A, huit TCC) et se fait supplanter par Samuel Eto’o à la pointe de l’attaque. L’Inter se classe deuxième du championnat. Malgré tout, il est retenu pour la Copa America 2011. Remplaçant derrière Higuain, Tevez et Sergio Agüero, cette campagne fut encore plus frustrante que la précédente. Il ne jouera quasiment pas. Après cette saison compliquée, sa cote chute drastiquement. Annoncé partant, il est finalement conservé après les départs d’Eto’o et Pandev. Il se retrouve en concurrence avec Giampaolo Pazzini (qui avait rejoint le club en janvier 2011), Mauro Zarate et Diego Forlan. La méforme de ce dernier va profiter à Milito qui récupère sa place de titulaire et retrouve de l’allant malgré la saison difficile de l’Inter (le club voit défiler trois entraîneurs et se classe sixième de Serie A). Il marque 24 buts en championnat (26 TCC). L’intersaison s’avère agitée. Pazzini, Zarate et Forlan partent. Ses nouveaux partenaires d’attaque sont Antonio Cassano et son compatriote Rodrigo Palacio. Cet exercice 2012-2013 sera un long chemin de croix pour les Nerazzurri qui finissent à une triste neuvième place. La saison de Milito est à l’image de celle de son équipe. Il se blesse gravement au genou en février 2013 et se retrouve sur le flanc pour six mois. Son compteur-but reste bloqué à neuf réalisations en Serie A. Il ne retrouvera les pelouses qu’en septembre 2013. Pas mal de choses ont changé lors de son retour. Palacio et le nouvel arrivant Mauro Icardi se sont imposés comme le duo offensif en son absence. Il doit batailler pour gagner la confiance de Walter Mazzari, le nouvel entraîneur. Ce sera peine perdue. Ses trente-cinq ans se font sentir, il se blesse de nouveau et ne revient qu’en janvier 2014. Il se retrouve cantonné à un statut de joker de luxe (deux buts marqués pour 17 apparitions en Serie A). L’Inter se classera cinquième. En fin de contrat, Diego Milito est poussé vers la sortie comme les derniers historiques du club (Javier Zanetti, Esteban Cambiasso, Walter Samuel et Christian Chivu partent également).

Retour au Racing
Libre de tout contrat, il retourne au pays et s’engage en faveur du Racing Club. S’il n’a plus ses jambes de vingt ans, il se montre tout de même précieux et aide le club à remporter le titre (le premier du club depuis celui de 2001) en dépit d’un apport assez limité (six buts en 17 matchs). Toujours titulaire malgré ses trente-six ans, il guide l’attaque de La Academia (surnom du Racing Club) tant en championnat qu’en Copa Libertadores inscrivant douze buts (huit en championnat). Alors qu’on l’imagine raccrocher les crampons, il consent à rempiler pour une dernière saison en 2016. S’il n’est plus titulaire indiscutable, il rend tout de même de menus services à son club formateur (quatre buts en treize matchs). Le Racing Club se qualifie pour la Copa Sudamericana (équivalent sud-américain de l’Europa League). Diego Milito décide d’arrêter les frais et se retire officiellement à presque trente-sept ans.
Globalement mésestimé du fait de son explosion tardive (il n’a acquis le statut de star qu’à trente ans lors de son arrivée à l’Inter), Diego Milito a également souffert de la rude concurrence à son poste en sélection. Barré par Crespo, Saviola, Carlos Tevez puis Gonzalo Higuain et Sergio Agüero, il n’a jamais eu l’opportunité de briller dans un tournoi international. Reconnaissant, l’Inter Milan l’a introduit dans son Hall of Fame en 2020. Une satisfaction pour celui qui avait eu le prix honorifique de joueur le plus aimé de Serie A en 2009 lors de son ultime saison au Genoa.
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