Fabrizio Ravanelli, Penna Bianca
S’il ne fut pas le joueur le plus technique de son époque, ni même le plus prolifique (il n’a par exemple jamais été meilleur buteur d’un championnat de première division), Fabrizio Ravanelli a tout de même marqué les années 90 et 2000 par une particularité physique: sa chevelure naturelle blanche aux allures argentées. Ce colosse de 188 centimètres doté d’un pied gauche impressionnant et d’un excellent jeu de tête sut, à force de travail, devenir l’une des terreurs des défenses transalpines. Découvrons l’histoire de celui qu’on surnommait Penna Bianca (Plume Blanche) en référence à ses cheveux blancs.
Des débuts modestes
Né à Pérouse en 1968 dans une famille modeste, il se prend de passion pour le football dès sa plus tendre enfance. Travailleur à défaut d’être particulièrement doué, il intègre les équipes de jeunes de l’AC Pérouse Calcio, le club local et y effectue toute sa formation. Attiré par le but, il fait ses classes comme avant-centre et se montre particulièrement efficace. Toutes choses qui lui offrent un strapontin pour l’équipe première. Il effectue ses débuts professionnels lors de la saison 1986-1987 à 18 ans. Pérouse évolue alors en Serie C2 (quatrième division italienne). Il inscrit cinq buts en 26 apparitions lors de cette première saison. Devenu titulaire lors de l’exercice suivant, il fait parler la poudre (23 buts en 32 matchs, il finira meilleur buteur de Serie C2) et joue un rôle actif dans la promotion du club en Serie C1 (Troisième division italienne). Si sa moyenne de buts baisse pour sa première saison en D3 (13 buts en 32 matchs tout de même), ses bonnes performances commencent à attirer des clubs plus huppés. Il décide de rejoindre Avellino, pensionnaire de Serie B (deuxième division italienne) durant l’intersaison 1989.
Echec et renaissance
Le passage de Ravanelli à Avellino va vite tourner au fiasco. Il ne parvient pas à s’imposer et ne joue que sept petits matchs sans parvenir à trouver le chemin des filets. Remplaçant et peu en confiance, il semble trop juste pour la deuxième division d’autant que ses limites techniques le desservent. Il est prêté à Casertana, une formation de Serie C1, quelques mois plus tard. Ce prêt sera une renaissance pour lui. Il retrouve une place de titulaire et ses reflexes de finisseur, inscrivant 12 buts en 27 matchs. Il n’en faut pas plus pour convaincre le staff de la Reggiana (alors en Serie B) surtout qu’Avellino ne semble pas compter sur lui. Il s’engage avec le club d’Emilie-Romagne durant l’été 1990. Sa première saison est prometteuse. Il s’impose automatiquement et poursuit sur la lancée de l’exercice précédent, inscrivant 16 buts en 34 matchs. Sa deuxième année avec la Reggiana est cependant moins réussie avec seulement huit buts en 32 rencontres disputées. Etrangement, il tape dans l’œil des dirigeants de la Juventus qui décident de le faire venir durant l’intersaison 1992. Une aubaine pour Ravanelli, tifosi de la Vieille Dame, qui se voit offrir l’occasion de jouer pour le club de ses rêves.
La belle aventure bianconera
Lorsqu’il rejoint la Juve, Ravanelli est loin d’être l’attraction de ce mercato estival. C’est en effet Gianluca Vialli, recruté à prix d’or (plus gros transfert de l’histoire à l’époque), qui cristallise les passions. Face à une concurrence exacerbée (Vialli donc, mais aussi Roberto Baggio, Pierluigi Casiraghi et Paolo Di Canio), l’adaptation est difficile. Moqué pour son style de jeu peu esthétique, Penna Bianca fait profil bas et accepte son rôle de remplaçant (c’est le duo Roberto Baggio – Vialli qui est titularisé). Toutefois, Giovanni Trapattoni semble l’apprécier et le fait souvent entrer en jeu. Pour cette première saison, il foule les pelouses de Serie A 22 fois et marque cinq buts. Il signera également trois buts en huit apparitions en C3 et une réalisation pour trois matchs de Coppa Italia. La Vecchia Signora ne finit que quatrième du classement mais remporte la Coupe de l’UEFA, le premier grand titre de la carrière de Ravanelli. Les départs de Di Canio et Casiraghi à l’intersaison (Ravanelli avait inscrit plus de buts qu’eux deux réunis) ne font cependant pas évoluer son statut, surtout qu’Alessandro Del Piero et le croate Zoran Ban débarquent. Il ne se laisse cependant pas atteindre et travaille dur pour combler ses lacunes techniques et améliorer ses qualités. Ses efforts vont finalement être payants durant la saison 1993-1994. Il profitera de la méforme de Vialli pour lui chiper la place de titulaire à la pointe de l’attaque des bianconeri et sera souvent associé à Roberto Baggio. Il inscrit un total de douze buts TCC (neuf en Serie A, trois en coupe de l’UEFA) pour 38 matchs TCC (trente en championnat, six en C3, deux en Coupe d’Italie). L’intersaison 1994 est marquée par l’arrivée sur le banc de Marcello Lippi. Il fait de Ravanelli un titulaire indiscutable malgré le retour en grâce de Vialli et l’explosion de Del Piero. Penna Bianca réalise une saison de rêve sanctionnée par un doublé championnat – coupe d’Italie. Il marque trente buts TCC (15 en Serie A, neuf en C3, six en Coppa Italia) en 53 matchs joués. Ces excellentes performances lui valent une première convocation en équipe nationale sous les ordres d’Arrigo Sacchi en mars 1995. Il marque lors de ce match et intègre durablement le groupe. Après cette belle saison, il est désormais considéré comme l’un des meilleurs joueurs de Serie A. Toujours titulaire aux côtés de Vialli et Del Piero (Roberto Baggio a quitté le club durant l’intersaison), il continue de régaler en Serie A malgré un temps de jeu un peu moins conséquent (douze buts en 26 matchs). Mais c’est sur la scène continentale qu’il brille le plus, devenant l’atout offensif numéro un de la Juve durant la campagne en Champions League. Il inscrira cinq buts au total en C1 dont celui de l’ouverture du score lors de la finale contre l’Ajax Amsterdam. Les Bianconeri remportent la coupe aux grandes oreilles. Ce qui attenue la perte du titre en championnat (la Vieille Dame a fini deuxième derrière l’AC Milan). Dans la foulée, il est retenu pour l’EURO 1996 par Sacchi. Tout semble aller pour le mieux mais quelques jours après la victoire en C1, les dirigeants juventini, peu reconnaissants, le mettent sur la liste des transferts. Ravanelli qui pensait s’inscrire dans la durée avec les Bianconeri le prend très mal. La terne campagne italienne lors de l’EURO (élimination au premier tour) ne parviendra pas à lui mettre du baume au cœur. Se sentant trahi, il décide de quitter l’Italie.
Passage mitigé à Middlesbrough
A bientôt vingt-huit ans, il s’engage en faveur de Middlesbrough durant l’intersaison 1996 « sans rien savoir du club » de son propre aveu. Il s’impose immédiatement dans l’équipe coachée par Bryan Robson et intègre la course au titre de meilleur buteur du championnat. Cependant, ses bonnes performances n’atténueront pas son mal-être. Pour ne rien arranger, Boro se retrouve dans les profondeurs de la Premier League et se bat toute la saison pour se sauver. Joueur le mieux payé du championnat anglais à cette époque, il se met ses coéquipiers et les fans à dos lorsqu’il critique les méthodes d’entraînement du club, trop légères à son goût (il se fera même envoyer un programme d’entraînement concocté par le préparateur physique de la Juve). Ciblé par les médias, il se renferme sur lui-même. Si sa saison est statistiquement bonne (16 buts en 33 matchs de Premier League), il ne peut cependant rien pour éviter la relégation du club en fin de saison. S’il se montre tout aussi tranchant lors des coupes nationales (Middlesbrough atteindra les finales de FA Cup et de League Cup cette saison-là) avec six buts en sept matchs de FA Cup et neuf buts en huit matchs de League Cup, Boro ne parvient pas à triompher, ce qui laisse un goût encore plus amer à cette fin de saison. Seule éclaircie dans cette grisaille, la Squadra Azzurra où il fait dorénavant partie des meubles en dépit du changement d’entraîneur (Cesare Maldini lui fait entièrement confiance et le titularise parfois malgré une concurrence plus rude que jamais). Après cette saison contrastée, il ne cache pas ses velléités de départ, lui pour qui il est hors de question de passer toute la saison en seconde division. Il dispute cependant les deux premiers matchs de la saison en Division One (D2 Anglaise), inscrivant un but. Mais face à son spleen de plus en plus grandissant, il est autorisé par son club à aller se ressourcer en Italie en attendant que sa situation contractuelle soit clarifiée. On parle de prêts le concernant alors que Middlesbrough privilégie une vente.
Le rebond à Marseille
En quête d’un attaquant de prestige, l’Olympique de Marseille rafle la mise et le recrute en septembre 1997. Sa première saison est surtout marquée par un clasico bouillant contre le Paris Saint-Germain. Le match est remporté 2-1 par l’OM grâce à un pénalty obtenu par Ravanelli sur une faute contestée (ses adversaires l’accusent d’avoir simulé). Un évènement qui lui vaudra une réputation de tricheur dans l’hexagone. Il finit cette première année avec neuf buts au compteur en 21 matchs de championnat. Bien qu’il ait réalisé sa moins bonne saison depuis quatre ans, il est tout de même retenu par Cesare Maldini pour la coupe du monde 1998. Il jouera cependant de malchance en se blessant durant la préparation. Il sera alors remplacé par Enrico Chiesa. Il l’ignore encore mais il n’aura plus jamais l’opportunité de jouer une coupe du monde. La saison 1998-1999 sera cependant celle du renouveau pour lui. Il retrouve le chemin des filets de façon régulière (13 buts en 29 matchs de championnat) au sein d’une formation phocéenne armée pour décrocher le titre. Problème, il ne convainc pas Dino Zoff, le nouveau sélectionneur et il finit par perdre définitivement sa place au sein de la Nazionale. Marseille finit deuxième du championnat, devancé par Bordeaux et se hisse en finale de la coupe de l’UEFA mais s’incline contre Parme (suspendu, Penna Bianca n’a pas disputé la finale). L’exercice 1999-2000 est nettement moins probant pour les marseillais qui manquent de régularité. Moins utilisé, Ravanelli marque six buts en quatorze matchs de championnat lors de la première moitié de saison mais un seul en Champions League pour quatre matchs joués. Suite au licenciement de l’entraîneur Rolland Courbis, le club sombre dans la crise. Ravanelli, en difficulté, décide de partir dès le mercato hivernal.
Retour en Italie
En janvier 2000, Ravanelli, désormais âgé de trente-deux ans, trouve une porte de sortie et signe à la Lazio. Problème, il arrive dans un effectif déjà bien huilé (il est concurrencé par Marcelo Salas, Simone Inzaghi, Roberto Mancini et Alen Boksic) et doit en définitive se contenter d’un rôle de joker offensif. Cette demi-saison est un échec au plan personnel (deux buts en seize matchs de Serie A, quatre TCC) mais un succès sur le plan collectif avec un nouveau doublé coupe – championnat, le second de sa carrière. La saison 2000-2001 confirme son déclin. Incapable de s’imposer face à une concurrence exacerbée (Salas, Simone Inzaghi et les nouveaux arrivants Hernan Crespo et Claudio Lopez), il ne joue pas beaucoup (11 matchs seulement en Serie A, 21 TCC) et n’inscrit que six buts TCC (Deux en Serie A, deux en Champions League, deux en Coppa Italia). Il est laissé libre par les dirigeants laziales en fin de saison.
Une fin de carrière difficile
Sans club, il accepte de relever le défi proposé par Derby County, club de bas de tableau de Premier League, et signe un contrat de deux ans. Il s’impose immédiatement et fait la paire avec l’attaquant anglais Malcolm Christie. Malheureusement, les Rams vivront une saison très compliquée et finiront avant-derniers de Premier League. Malgré la relégation, le bilan de Ravanelli est plutôt positif pour un joueur de presque trente-quatre ans (neuf buts en 31 matchs de championnat, 11 TCC). Alors qu’on l’imagine quitter le club, il ne trouve pas preneur durant le mercato estival et finit par honorer sa dernière année de contrat. En Division One, il ne joue que 19 rencontres (cinq buts inscrits) et ne peut faire grand-chose dans cette saison morose (Derby County finit modestement dix-huitième et se maintient). Libre, Ravanelli rejoint Dundee FC, club de Scottish Premier League (D1 Ecossaise). L’aventure va cependant tourner court. Au bout de quelques mois, le club, en difficulté financière se sépare de ses plus gros salaires. Ravanelli se retrouve ainsi sans club (il n’a joué que six matchs pour Dundee avec trois buts à la clé mais tous inscrits en coupe d’Ecosse). Il retourne en Italie et retrouve Pérouse, le club de ses débuts qui évolue désormais en Serie A et dispute la Coupe de l’UEFA. Il se contente d’un rôle de joker offensif (six buts en quinze matchs de Serie A) mais vit une nouvelle relégation. Alors que l’exercice 2004-2005 se profile, il choisit de rester au club dans l’espoir de l’aider à remonter. Ce sera un échec. Il n’inscrira que trois buts en vingt-quatre apparitions. Il décide alors d’arrêter les frais durant l’été 2005. A trente-six ans, il raccroche les crampons. Il devient consultant pour diverses chaînes TV (Sky Italia, Fox Sports puis Mediaset). Il s’est également essayé à la carrière d’entraîneur sans succès (ses passages sur les bancs de l’AC Ajaccio et du club ukrainien Arsenal Kiev furent des échecs).
Relativement malchanceux, celui qui fut sous-estimé à ses débuts peut tout de même se targuer d’avoir eu une belle et riche carrière. Son abnégation lui a permis de faire son trou et de tutoyer les sommets alors que rien ne semblait l’y prédestiner. Outre ses titres remportés, il a inscrit plus de deux-cents buts dans sa carrière sans jamais terminer meilleur buteur au plus haut niveau. Il n’a également jamais pu disputer de coupe du monde. En sélection la rude concurrence qui régnait à la fin des années 90 n’a pas nécessairement joué en sa faveur. Bien que régulièrement convoqué entre 1995 et 1998, il n’a jamais su s’imposer définitivement (huit buts en vingt-deux capes). Il fut tout de même un joueur apprécié par beaucoup de supporters, notamment en Italie. Sa célébration de buts consistant à se mettre le maillot sur la tête est l’une des plus mythiques des années 90.
STATISTIQUES EN CLUB
| Championnats | Coupes nationales | Coupes de la Ligue | Coupes d’Europe | |||||||
| Clubs | Saisons | Division | M | B | M | B | M | B | M | B |
| Pérouse Calcio | 1986-1987 | Serie C2 | 26 | 5 | – | – | – | – | – | – |
| 1987-1988 | Serie C2 | 32 | 23 | – | – | – | – | – | – | |
| 1988-1989 | Serie C1 | 32 | 13 | – | – | – | – | – | – | |
| TOTAL | 90 | 41 | – | – | – | – | – | – | ||
| US Avellino | 1989-1990 | Serie B | 7 | 0 | – | – | – | – | – | – |
| Casertana | 1989-1990 | Serie C1 | 27 | 12 | – | – | – | – | – | – |
| AC Reggiana | 1990-1991 | Serie B | 34 | 16 | – | – | – | – | – | – |
| 1991-1992 | Serie B | 32 | 8 | – | – | – | – | – | – | |
| TOTAL | 66 | 24 | – | – | – | – | – | – | ||
| Juventus FC | 1992-1993 | Serie A | 22 | 5 | 3 | 1 | – | – | 8 | 3 |
| 1993-1994 | Serie A | 30 | 9 | 2 | 0 | – | – | 6 | 3 | |
| 1994-1995 | Serie A | 33 | 15 | 9 | 6 | – | – | 11 | 9 | |
| 1995-1996 | Serie A | 26 | 12 | 2 | 1 | – | – | 7 | 5 | |
| TOTAL | 111 | 41 | 16 | 8 | – | – | 32 | 20 | ||
| Middlesbrough | 1996-1997 | Premier League | 33 | 16 | 7 | 6 | 8 | 9 | – | – |
| 1997-1998 | Division One | 2 | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | – | – | |
| TOTAL | 35 | 17 | 7 | 6 | 8 | 9 | – | – | ||
| Olympique de Marseille | 1997-1998 | Première division | 21 | 9 | 1 | 0 | 3 | 0 | – | – |
| 1998-1999 | Première division | 29 | 13 | 1 | 1 | 1 | 0 | 7 | 1 | |
| 1999-2000 | Première division | 14 | 6 | 0 | 0 | 0 | 0 | 7 | 1 | |
| TOTAL | 64 | 28 | 1 | 1 | 1 | 0 | 14 | 2 | ||
| Lazio Rome | 1999-2000 | Serie A | 16 | 2 | 5 | 2 | – | – | – | – |
| 2000-2001 | Serie A | 11 | 2 | 4 | 2 | – | – | 6 | 2 | |
| TOTAL | 27 | 4 | 9 | 4 | – | – | 6 | 2 | ||
| Derby County | 2001-2002 | Premier League | 31 | 9 | 1 | 1 | 2 | 1 | – | – |
| 2002-2003 | Division One | 19 | 5 | 0 | 0 | 0 | 0 | – | – | |
| TOTAL | 50 | 14 | 1 | 1 | 2 | 1 | – | – | ||
| Dundee FC | 2003-2004 | Scottish Premier League | 5 | 0 | 0 | 0 | 1 | 3 | – | – |
| Pérouse Calcio | 2003-2004 | Serie A | 15 | 6 | 2 | 0 | – | – | 1 | 0 |
| 2004-2005 | Serie B | 24 | 3 | 0 | 0 | – | – | – | – | |
| TOTAL | 39 | 9 | 2 | 0 | – | – | 1 | 0 | ||
| TOTAL EN CARRIERE | 521 | 190 | 37 | 20 | 15 | 13 | 53 | 24 | ||
Légende
M: Matchs joués
B: Buts inscrits
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