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Coupe du monde 2022, les tops et les flops

A l’heure où les lampions de la vingt-deuxième édition de la coupe du monde de football viennent de s’éteindre, il y a lieu d’établir le bilan de la compétition. Si cette édition des premières (première coupe du monde organisée en fin d’année, première au Moyen-Orient…) ne sera pas la plus belle au strict plan sportif, elle fut tout de même riche en évènements marquants. Abordons les principaux tops et flops de ce Mondial 2022.

Les tops

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Le triomphe argentin

Bien que citée parmi les favoris de la compétition, du fait de sa longue série d’invincibilité notamment (36 matchs sans défaite), l’Albiceleste apparaissait tout de même moins fringante sur le papier que d’accoutumée. Avec une ossature constituée de joueurs évoluant dans des clubs dits mineurs (FC Séville, Benfica Lisbonne, Bétis Séville et même Brighton Hove & Albion), peu d’observateurs pariaient sur une victoire finale de l’Argentine malgré un Messi de nouveau décisif en club. Le génie de Rosario semblait alors trop esseulé pour mener cette équipe au bout. La défaite inaugurale contre l’Arabie Saoudite (1-2) viendra conforter les craintes au sujet de cette formation. Si elle parviendra à se relancer grâce à un succès poussif contre le Mexique et à décrocher la première place du groupe en triomphant de la Pologne, elle n’a que peu rassuré. Mais guidés par un Messi transcendé, les hommes de Scaloni évitent le traquenard australien avant de frôler la correctionnelle contre les Pays-Bas en quarts. Après une victoire probante en demis contre la Croatie, l’Albiceleste vient à bout de la France au terme d’un match d’anthologie, décrochant son troisième titre mondial. Ce succès fait un peu plus entrer Lionel Messi dans la légende en plus de mettre un terme à trente-six ans de disette pour l’Argentine.

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(Photo by JAVIER SORIANO / AFP)

L’épopée marocaine

Arrivée au Qatar sur la pointe des pieds, personne ne vendait cher la peau de la sélection marocaine, d’autant qu’elle héritait d’un groupe difficile (Belgique, Croatie, Canada). Et pourtant les Lions de l’Atlas feront sensation dès la phase de poules. Vainqueurs-surprises de la Belgique lors de la deuxième journée, ils accrocheront la première place du groupe grâce à leur succès contre le Canada. Donnés perdants contre l’ogre espagnol par la grande majorité des observateurs, le Maroc déjoue tous les pronostics en éliminant la Roja au terme d’une séance de tirs au but rondement menée. Pour le premier quart de finale de leur histoire, les Lions de l’Atlas croisent le fer avec le Portugal et parviennent à valider leur ticket pour le dernier carré grâce à un match solide remporté sur la plus petite des marges. Ce succès leur permet de devenir le premier représentant du continent africain à atteindre les demi-finales d’une coupe du monde. Malheureusement, la belle aventure n’aura pas une issue heureuse. Battue par la France après avoir chèrement vendu sa peau, la sélection marocaine s’incline lors de la petite finale contre la Croatie. Une issue cruelle pour une formation qui aura fait rêver toute une nation. Toutefois, Hakimi, Saiss, Bounou, Ziyech, Boufal, En-Nesyri et la révélation Sofyan Amarabat resteront à jamais dans l’histoire, tout comme leur sélectionneur Walid Regragui.

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Surprises en stock

C’est peu de dire que ce tournoi fut riche en surprises. Outre les succès totalement inattendus de l’Arabie Saoudite sur l’Argentine (2-1) et du Japon sur l’Allemagne (2-1) dès la première journée, la phase de poules a ensuite vu le Maroc s’imposer contre la Belgique (2-0) avant une troisième journée totalement folle durant laquelle l’Australie a battu le Danemark (1-0), la Tunisie a triomphé de la France (1-0), le Japon de l’Espagne (2-1), le Cameroun du Brésil (1-0) et la Corée du Sud du Portugal (2-1). Si la logique sera davantage respectée durant la phase à élimination directe, le Maroc jouera son rôle de trouble-fête jusqu’au bout en écartant successivement l’Espagne (0-0; 3-0 aux tirs au but) et le Portugal (1-0). Signe des temps, les Pays-Bas et l’Angleterre furent les seuls « gros » à ne pas avoir concédé de défaite contre les « petits » durant cette coupe du monde.

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La revanche des nations tierces

Si la coupe du monde a souvent brillé par sa prévisibilité avec plus ou moins les mêmes nations dans le dernier carré, cette édition fut, un peu à l’image de celle de 2002, marquée par un sacré coup de pied dans la fourmilière. Absent du deuxième tour lors de l’édition précédente, le continent africain comptait deux représentants (le Maroc et le Sénégal) en huitièmes. Si l’aventure a tourné court pour les Lions de la Teranga (sèchement battus par l’Angleterre 0-3), le Maroc est devenu la première nation africaine et du monde arabe à se hisser en demi-finale de coupe du monde. Le continent asiatique ne fut pas en reste avec les bons parcours du Japon, premier d’une poule comptant l’Espagne, l’Allemagne et le Costa Rica, et de la Corée du Sud, qualifiée au détriment de l’Uruguay et du Ghana. Si les sud-coréens furent surclassés par le Brésil (1-4), les japonais se battirent jusqu’au bout avant de rendre les armes contre la Croatie (1-1; 1-3 aux tirs au but). Ces huitièmes furent également marqués par la présence d’un pays de l’Océanie (l’Australie quoique représentant de la zone Asie) de sorte que toutes les grandes zones géographiques du monde étaient représentées. Une première depuis 2006.

Et aussi

La Croatie toujours au rendez-vous des demis, la résilience des Pays-Bas, le bon parcours de la France eut égard aux circonstances (effectif décimé par les blessures), Kylian Mbappé décisif (il a fini meilleur buteur du tournoi avec huit réalisations dont un triplé en finale), les victoires africaines (pour la première fois de l’histoire, toutes les sélections africaines ont gagné au moins un match), l’absence de hooligans…

Les Flops

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Les faillites belges et allemandes

Favorites à la victoire finale, les sélections allemandes et belges se sont vautrées dès le premier tour à la surprise générale. Avec un effectif XXL, rajeuni par rapport à l’échéance précédente, la Nationalmannschaft semblait avoir toutes les cartes en main pour briller. Malheureusement pour eux, les hommes de Hans-Dieter Flick joueront de malchance. Dans un groupe beaucoup plus relevé que prévu (Espagne, Costa Rica, Japon), ils revivront le cauchemar de l’édition 2018 en s’inclinant dès leur premier match contre le Japon (1-2). Un couac aussi malvenu que surprenant d’autant qu’il contraint les allemands à réaliser un sans-faute pour rester maîtres de leur destin. Après avoir flirté avec l’élimination précoce, ils parviennent à s’offrir un sursis en arrachant un match nul heureux contre la Roja. Contrainte de remporter son dernier match en espérant une défaite des Samouraïs Bleus, l’Allemagne prend le meilleur sur le Costa Rica (4-2) mais fait les frais de la victoire japonaise sur l’Espagne et se retrouve éliminée. Un gros camouflet pour un NationalElf auquel il aura manqué un finisseur efficace en pointe. Côté belge, l’échec est encore plus douloureux d’autant que les Diables Rouges avaient bien commencé (succès 1-0 sur le Canada). Mais ce groupe vieillissant, miné par les querelles internes et les guerres d’ego, ne parviendra pas à se transcender. La Belgique est vaincue par le Maroc (0-2) à la surprise générale. Condamnés à gagner pour être sûrs de se qualifier lors du dernier match, les hommes de Roberto Martinez ne parviendront pas à faire sauter le verrou croate (0-0) et quitteront la compétition sans n’avoir jamais donné le sentiment de maîtriser leur sujet. Une triste fin pour cette génération dorée qui ne gagnera donc jamais rien et n’aura jamais réussi à disputer une finale de tournoi majeur.

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La déception espagnole

Affirmer que Luis Enrique est têtu est une lapalissade. Après avoir choisi de se priver de nombreux joueurs (Sergio Ramos et Thiago Alcantara notamment), le sélectionneur espagnol était attendu au tournant. Si le premier match est une franche réussite (large succès sur le Costa Rica 7-0), la machine se grippe dès le choc contre l’Allemagne (1-1). Il apparait que la Roja manque de présence dans la surface et d’aboyeurs. La qualité technique ne peut tout faire. La défaite contre des japonais euphoriques (1-2) vient le confirmer. Bien que qualifiée, l’Espagne ne s’est pas montrée rassurante. Malheureusement, l’entêtement du sélectionneur la mènera à sa perte. Fidèle à ses idées, il reconduit le même plan de jeu contre le Maroc en huitièmes. Les Lions de l’Atlas verrouillent leur défense à double-tour et laissent la Roja venir. Incapable de faire la décision, cette dernière se contente d’une possession plus stérile que jamais et se fait éliminer au terme d’une séance de tirs au but calamiteuse (aucun tir inscrit en trois tentatives). Cet échec aura raison de Luis Enrique qui sera limogé par sa fédération. De toute façon, personne ne regrettera cette Espagne au jeu suranné et inefficace qui n’aura joué que pour confisquer le ballon. Ce tiki-taka 1.5 ne fait plus recette.

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Le drôle de Mondial de Cristiano Ronaldo

Si son rival de toujours a enfin inscrit son nom dans les annales de la plus prestigieuse compétition internationale, CR7 aura quant à lui vécu une compétition contrastée. Fragilisé par son statut de remplaçant à Manchester United, il commence par mettre un terme à son contrat avec le club mancunien avant l’entame de la coupe du monde. Titularisé lors des trois premières rencontres, il n’a pas brillé par son efficacité. Auteur d’un but sur un penalty généreux contre le Ghana (3-2), sa réaction trop ostentatoire sur l’ouverture du score lors du match contre l’Uruguay (2-0) a donné du grain à moudre à ses détracteurs qui ont jugé indécent le fait qu’il ait fait croire avoir marqué (le but fut finalement attribué à Bruno Fernandes). Par la suite, Cristiano Ronaldo ne parviendra pas à se montrer décisif, au point de perdre la confiance de son sélectionneur (l’équipe joue mieux sans lui). A l’orée des huitièmes, CR7 sort de l’équipe-type malgré son statut de capitaine. Entré en jeu lors de la mise à mort des suisses (6-1), il ne trouve pas le chemin des filets. Laissé sur le banc lors du quart contre le Maroc, il ne peut faire la décision une fois de retour sur la pelouse. L’aventure portugaise s’arrête là et le natif de Madère a plus divisé que jamais. Son ego fut pointé du doigt par maints observateurs, d’autant que ses coéquipiers semblaient plus libérés en son absence. Inversement, le choix de Fernando Santos de ne pas l’aligner d’entrée en quarts fut vu comme une bourde. Une chose est sûre, avec un seul but et aucune passe décisive, CR7 est passé à côté de son Mondial. A 37 ans, il semble plus que jamais en passe de rejoindre le cimetière des éléphants.

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(Paul Chesterton/Focus Images/Sipa USA 28/11/2022 – Photo by Icon sport)

La Serbie ou l’art de décevoir

S’il était présomptueux d’en faire un favori, la Serbie semblait tout de même avoir des arguments pour jouer sa carte d’outsider à fond. Bénéficiant d’un groupe plutôt ouvert (Brésil, Cameroun, Suisse), les partenaires de Mitrovic et Milinkovic-Savic se sont encore loupés, terminant à la dernière place. Battus à l’usure par le Brésil lors de leur premier match (0-2), ils laissent inexplicablement échapper une victoire qui leur semblait promise contre le Cameroun (3-3) après avoir mené 3-1. Obligée de triompher de la Suisse pour valider sa qualification, la Serbie expose de nouveau ses failles mentales après avoir mené au score. Les serbes se font rejoindre au score avant de perdre contre la Nati (2-3). Aussi talentueuse que friable mentalement, la Serbie semble avoir hérité des mêmes carences que la défunte équipe yougoslave. Ce qui fait clairement tâche comparé à la réussite du voisin croate qui s’est hissé en demis pour la deuxième fois consécutive.

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L’arbitrage

Une fois n’est pas coutume, l’arbitrage a été l’objet de nombreux grincements de dents durant ce Mondial. On aurait pu penser que l’utilisation de la VAR et de la détection du hors-jeu semi-automatique réduirait les polémiques mais rien n’y fit. Dans une volonté de favoriser le jeu et de réduire les sanctions, la FIFA a fragilisé les arbitres qui ont parfois pris des décisions discutables. Pour commencer, les arrêts de jeu à rallonge observés dès l’entame de la compétition. Ce temps supplémentaire accordé a été déterminant dans de nombreux matchs et certaines équipes ont été lésées. Deuxième écueil, les hommes en noir se sont montrés laxistes question sanctions, même quand les matchs se tendaient. Par exemple le quart de finale électrique entre l’Argentine et les Pays-Bas a vu les deux équipes finir avec une pleine brouette de cartons jaunes (dix-huit au total) mais un seul rouge, donné en toute fin de match qui plus est. En finale, les tacles virils des joueurs argentins n’ont pas fait l’objet de sanctions particulières. Mais le plus grand reproche fait aux arbitres fut la gestion des penaltys. En dépit de la VAR, nombre de coups de pied de réparation ont été jugés trop généreux. Au point de faire naître des rumeurs de favoritisme pour certaines formations. De plus, la cohérence n’étant pas toujours au rendez-vous, il n’en fallait pas plus enflammer la toile, jamais avare en polémiques. Et on ne parle même pas de la convocation contestable de certains arbitres comme le zambien Janny Sikazwe.

Et aussi

Les éliminations prématurées du Danemark, du Mexique et de l’Uruguay, le zéro pointé de la sélection qatari (une première pour un pays organisateur), le nouvel échec brésilien en quarts (depuis son titre de 2002, la Seleção ne s’est qualifiée qu’une seule fois pour les demi-finales), le penalty de Harry Kane contre la France, l’imbroglio autour d’André Onana, le gardien camerounais, la performance cataclysmique de Romelu Lukaku contre la Croatie

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