Diego Tristan, le buteur du Depor
Lorsqu’on évoque les grands avant-centres espagnols du début du XXIe siècle, les noms qui reviennent le plus souvent sont ceux de Raul, Fernando Morientes, Fernando Torres ou David Villa. Peu citent Diego Tristan qui fut pourtant Pichichi (meilleur buteur du championnat espagnol) et leader de la ligne offensive du Deportivo La Corogne pendant de nombreuses années. Son déclin progressif, à l’image de celui du club galicien l’a énormément desservi, tout comme sa trop brève carrière internationale. Du coup, bien qu’il ait inscrit plus d’une centaine de buts en championnat espagnol, il est resté uniquement dans les mémoires des observateurs avertis. Découvrons son parcours.
Des débuts modestes
Natif de La Albaga, dans la province de Séville, Diego Tristan Herrera se fait remarquer dès son enfance par le Real Bétis Balompié, l’un des deux clubs phares de Séville. Il intègre les équipes de jeunes des Verdiblancos et y effectue toute sa formation. Le jeune attaquant se voit offrir un contrat professionnel à l’orée de la saison 1995-1996, un peu avant sa vingtième année. Il n’est cependant pas intégré à l’équipe A et prend le chemin du Real Betis B qui évoluait à l’époque en Segunda Division B (troisième division espagnole) afin de s’y faire les dents. Pour sa première saison avec la réserve, il inscrit 11 buts en 38 matchs. Pas assez pour convaincre le staff de l’équipe A qui le laisse à la disposition de l’équipe B. Il y passera deux saisons supplémentaires, inscrivant à chaque fois onze buts malgré un temps de jeu de plus en plus réduit (il n’a joué que 24 matchs lors de la saison 1997-1998). Malheureusement pour lui, ses dirigeants ne croient pas en lui et les portes de l’équipe A lui sont irrémédiablement fermées. Lassé d’attendre son heure, il décide de partir durant l’intersaison 1998.
La révélation à Majorque
Il s’engage avec l’équipe B du RCD Majorque, alors en Segunda Division (D2 espagnole) durant l’été 1998. Au sein de cette formation ambitieuse et sans pression, il prend ses marques et réalise une saison de toute beauté avec 15 réalisations en 39 matchs. De quoi convaincre le staff de l’équipe A. Il est intégré à l’équipe première pour la saison 1999-2000. A vingt-trois ans, il a enfin l’opportunité de jouer en première division. De plus, les Piratas sont qualifiés pour la Champions League grâce à leur excellente saison précédente (ils avaient terminé troisièmes du championnat). Malheureusement, le club ne parvient pas à passer le tour de qualification et est reversé en coupe de l’UEFA. Qu’importe pour Diego Tristan qui s’impose immédiatement à la pointe de l’attaque. Il devient même le buteur-maison du club et fait parler la poudre avec 23 buts en 46 matchs TCC. En championnat, il inscrit 18 buts, ce qui le propulse dans le top dix des meilleurs buteurs de l’exercice. Conséquence, il attire les convoitises des grands d’Espagne. Il décide de s’engager avec le Deportivo La Corogne, fraîchement sacré champion.
Les belles années galiciennes
Diego Tristan débarque chez le champion en titre lors de l’intersaison 2000. L’avant-centre de vingt-quatre ans est loin d’arriver en terrain conquis d’autant que le Depor a une ligne offensive bien pourvue (Roy Makaay, Walter Pandiani, Turu Flores, Pauleta…). Il parvient cependant à séduire l’entraîneur Javier Irureta et à glaner une place de titulaire indiscutable aux côtés de Makaay. Leur duo explose tout et devient l’un des plus craints du royaume. Diego Tristan inscrit 19 buts en Liga (23 TCC) et finit meilleur buteur du club cette saison-là. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de la sélection et il effectue ses débuts avec la Roja en juin 2001, inscrivant son premier but. Tout va pour le mieux pour lui. La saison 2001-2002 sera encore plus aboutie. Désormais régulièrement appelé en sélection (même s’il peine à s’imposer dans le onze de départ), il brille de mille feux tant en Champions League (six buts en douze rencontres) qu’en championnat (21 réalisations). Il finit Pichichi cette année-là, devançant Morientes et Patrick Kluivert, et remporte la Copa Del Rey. Avec 32 buts TCC, il marche sur l’eau et est logiquement retenu pour le Mondial 2002 par José Antonio Camacho. Titulaire lors des deux premiers matchs aux côtés de Raul, il finit par perdre sa place au profit de Morientes. Il ne rejouera plus la moindre minute durant la compétition (L’Espagne sera éliminée en quarts). Sa troisième saison ne sera malheureusement pas aussi réussie. Si elle débute sur des chapeaux de roue avec une victoire en Supercopa (la deuxième de sa carrière après celle glanée en 2000), il se montre moins efficace, au contraire de Makaay qui prend de fait le leadership offensif. Il se blesse ensuite à la cheville et voit son temps de jeu se réduire. Pour ne rien arranger, Iñaki Saez, le nouveau sélectionneur, ne lui accorde que peu de crédit et il est de moins en moins appelé. S’il inscrit 19 buts TCC cette année-là, c’est surtout en Copa Del Rey qu’il s’est illustré avec six buts. S’il a fait de son mieux en C1 (quatre buts inscrits), il s’est montré par contre décevant en championnat (neuf buts en 23 matchs).
Les années difficiles
L’intersaison 2003 est marquée par le départ de Makaay pour le Bayern Munich. Malgré l’arrivée de Pedro Munitis, Irureta renouvelle sa confiance en Diego Tristan qui conserve son statut d’attaquant numéro un. Alors qu’on se dit qu’il reviendra au meilleur de sa forme, il peine à trouver la mire et se fait finalement supplanter par Pandiani, au point de finir remplaçant. Peu à son avantage en Liga (huit buts seulement en 34 matchs), il inscrit quatre buts sur la scène européenne pour onze apparitions et finit la saison avec 14 réalisations TCC, soit son plus faible total depuis ses débuts en D1. Il perd définitivement sa place en sélection et n’est pas retenu pour l’EURO 2004. A vingt-huit ans, le vent semble avoir tourné pour lui surtout qu’il n’a joué que dix matchs complets toutes compétitions confondues. Il reste cependant au sein du Super Depor. La saison 2004-2005 sera l’une de ses pires. En méforme, il joue nettement moins (23 matchs en Liga, 26 TCC) et plafonne à onze buts TCC (neuf en championnat) malgré le départ de Pandiani en cours de saison. Le Depor finit la saison à une décevante huitième place, son pire classement depuis le début de la décennie. Irureta décide de quitter le club. Son remplaçant, Joaquin Capparos, entreprend de relancer l’avant-centre sévillan. Il conforte Diego Tristan au poste d’avant-centre titulaire. Ce dernier retrouve des couleurs et inscrit 11 buts en 36 matchs de Liga. Ce sera cependant trop peu pour relancer le club qui finit encore huitième. Bien qu’il ait été le meilleur buteur du Depor, Diego Tristan est poussé vers la sortie durant l’intersaison.
Echecs successifs
Libéré par La Corogne en septembre 2006, il s’engage dans la foulée avec Majorque aux fins de se relancer. Ce qui semblait être une bonne idée va tourner au fiasco. Ses pépins physiques vont le handicaper. A seulement trente ans, il n’est plus que l’ombre du joueur qu’il fut. Incapable de s’imposer, il squatte le banc et se montre inefficace au possible. Lassés, les dirigeants majorquins mettent fin à son contrat le 31 janvier 2007. En 16 apparitions TCC (13 en Liga), il n’a pu inscrire le moindre but. Il ne retrouve pas de club dans un premier temps. En juillet 2007, il rebondit à Livourne (Serie A) pour remplacer le buteur Cristiano Lucarelli parti au Shakhtar Donetsk. Ce sera un nouvel échec. Confronté à une forte concurrence (Francesco Tavano, Alessandro Diamanti, Fausto Rossini voire Erjon Bogdani), il ne parvient pas à s’imposer et est le plus souvent remplaçant. En 21 matchs de Serie A, il ne marque qu’une seule fois. Le club est relégué en fin de saison. Sans surprise, Diego Tristan est laissé libre.
Expérience anglaise et fin de parcours à Cadiz
A trente-deux ans, Diego Tristan semble plus que jamais en passe de rejoindre le cimetière des éléphants. Il ne se décide cependant pas à baisser les bras et se met en quête d’un club. Mis à l’essai par West Ham United fin septembre 2008, il parvient à convaincre Gianfranco Zola, fraîchement nommé manager des Hammers, et se voit offrir un contrat. Il ne parviendra pas à prendre le meilleur sur ses concurrents Carlton Cole et Craig Bellamy. Conséquence, il doit se contenter d’un statut de remplaçant et d’apparitions sporadiques. Auteur de trois buts pour 14 apparitions en Premier League, il déçoit et n’est pas conservé en fin de saison. A trente-trois ans, il revient dans son Andalousie natale et rejoint Cadiz CF (promu en Segunda Division) fin juillet 2009. Il y passera une saison moyenne avec tout de même huit buts en 29 matchs. Il ne peut toutefois rien pour éviter la relégation du club andalou. Il décide alors d’arrêter les frais et raccroche les crampons à trente-quatre ans durant l’été 2010. Pas rancunier, il accepte de rejoindre l’organigramme du Bétis, et retrouve son club formateur en tant qu’entraîneur de jeunes en septembre 2011.
S’il peut se targuer d’avoir eu une belle carrière, Diego Tristan fut pour beaucoup une étoile filante. Révélé sur le tard et trop vite rentré dans le rang (son prime n’a duré que quatre saisons), il n’a pas pu rayonner sur le long terme. Sa modeste carrière internationale (quinze sélections, quatre buts marqués) n’a pas non plus joué en sa faveur. Si on ne peut le réduire au rang d’attaquant correct sans plus, il ne sera en revanche jamais cité parmi les plus grands buteurs espagnols de l’histoire. Il sera tout de même à jamais l’un des visages du mythique Super Depor (il a inscrit 111 buts avec ce club en 254 matchs joués) au même titre que Makaay, Valeron ou Fran. Il est encore à ce jour le deuxième meilleur buteur de l’histoire du club.
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