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Nuno Gomes, le buteur au visage d’enfant

Lorsqu’on évoque les attaquants majeurs de la sélection portugaise, ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent: Cristiano Ronaldo, Eusebio, Pauleta… Rares sont ceux qui citent tout de go Nuno Gomes. Si ce dernier s’est montré moins convaincant en club que les autres légendes offensives lusitaniennes, il compte un fait d’armes majeur dans sa carrière: son excellent EURO 2000, compétition dont il fut la révélation. Il bénéficie en outre d’un statut de légende du Benfica, club dont il a défendu les couleurs pendant douze saisons.

nuno-gomes-boavista Nuno Gomes, le buteur au visage d'enfant

Les débuts à Boavista

Natif d’Amarante, petite ville situé dans le District de Porto, le jeune Nuno Miguel Soares Pereira Ribeiro se fait vite remarquer par ses exploits balle au pied et son habileté devant le but durant son enfance. Il est alors surnommé Gomes en référence à Fernando Gomes, le buteur du FC Porto. Sans surprise, sa réputation attire l’attention du club local, l’Amarante FC, qui s’attache ses services alors qu’il vient de fêter ses onze ans. Impressionnant avec les équipes de jeunes, il reçoit ses premières convocations en sélection U15 durant l’année 1990. Après trois buts en trois matchs avec la sélection, il est enrôlé par Boavista (le deuxième club de Porto) à l’intersaison 1990. Alors âgé de quatorze ans, il est intégré au centre de formation du club. Il y gravira les échelons tout en continuant de se faire un nom dans les sélections de jeunes. Titulaire indiscutable de sa catégorie d’âge, il remporte le championnat d’Europe U18 en juillet 1994. Conséquence de ce tournoi réussi, il est intégré à l’équipe première de Boavista pour la saison 1994-1995, alors qu’il vient d’avoir dix-huit ans. Souvent remplaçant, il se montre discret durant cet exercice (un but en 17 matchs de championnat, deux TCC en 22 apparitions) mais inscrit ses premiers buts en Primeira Liga et en coupe d’Europe. Durant l’intersaison, il participe à la coupe du monde U20 et y brille (quatre buts inscrits). Sa deuxième saison professionnelle est plus aboutie avec sept réalisations pour 28 rencontres de championnat (huit buts en trente matchs TCC). Pilier de la sélection U21, il est retenu pour les Jeux Olympiques d’Atlanta. Les jeunes portugais atteindront les demi-finales mais ne parviendront pas à décrocher de médaille. La saison 1996-1997 marque un changement définitif de statut pour Nuno Gomes. Titulaire indiscutable à la pointe de l’attaque des Panteras aux côtés de Jimmy Floyd Hasselbaink, il inscrit quinze buts en 34 matchs de Primeira Liga. Il se montre également précieux dans l’épopée victorieuse en coupe du Portugal marquant quatre buts en cinq apparitions. Il finit la saison avec 21 réalisations au compteur (en 45 matchs) toutes compétitions confondues. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de la Seleção das Quinas et il honore ses premières capes.

nuno-gomes-benfica-1999-2000-edited Nuno Gomes, le buteur au visage d'enfant

Signature et confirmation à Benfica

Après cette saison réussie, il apparait que Boavista aura du mal à garder son joyau. Convoité par le Benfica, il répond favorablement aux sollicitations du club lisboète et s’engage en sa faveur durant l’été 1997. Il s’impose immédiatement avec les Aguias et termine meilleur buteur du club dès sa première saison avec 18 pions (22 TCC). Malheureusement, le club ne gagne rien cette année-là. Autre écueil, il ne parvient toujours pas à faire son trou en sélection A, barré par Ricardo Sa Pinto, Domingos Paciência ou Jorge Cadete. La donne changera suite à la non-qualification du Portugal pour le Mondial 1998 et l’intronisation d’Humberto Coelho comme sélectionneur. Ce dernier lui accorde sa confiance et l’intègre dans son groupe élargi. La saison 1998-1999 de Nuno Gomes est sa plus aboutie. Il inscrit la bagatelle de 34 buts TCC (24 en championnat et sept en autant de rencontres sur la scène européenne). Il est logiquement élu joueur de l’année en Primeira Liga malgré une nouvelle saison blanche. Pour sa troisième saison, il inscrit un peu moins de buts (18 en championnat, 20 TCC) et ne parvient toujours pas à remporter de trophée avec les Encarnados. S’il est élu meilleur joueur du championnat pour la seconde saison consécutive, sa présence en sélection fait débat vu qu’il n’a toujours pas ouvert son compteur-but international. En dépit de son inefficacité, il est tout de même sélectionné pour l’EURO 2000. Remplaçant en début de tournoi, il profite de la blessure de Sa Pinto pour enfin briller. Il se montrera diabolique en inscrivant quatre buts dans la compétition, se dévoilant à la face du monde. Le jeune avant-centre de vingt-quatre ans est désormais un joueur convoité par les écuries de championnats plus huppés.

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Transfert à la Fiorentina

C’est la Fiorentina qui rafle la mise durant l’intersaison 2000. Il a alors la lourde tâche de faire oublier la légende Gabriel Batistuta partie à l’AS Roma. Associé à Enrico Chiesa en attaque et malgré la présence de son compatriote Rui Costa en meneur de jeu, Nuno Gomes peine à se montrer efficace face aux rudes défenses transalpines. Les critiques ne manquent pas de naître surtout que son compère d’attaque plante à tout va. L’attaquant portugais n’inscrira que neuf buts en 28 matchs de Serie A cette saison-là. Il se montrera par contre plus affuté en Coppa Italia (quatre buts en trois matchs), trophée remporté par la Viola cette année-là. Cependant, le club étant confronté à de sérieuses difficultés financières se voit obligé de vendre Rui Costa et le gardien Francesco Toldo durant l’intersaison 2001. Pour ne rien arranger, le vital Chiesa se blesse grièvement dès le début de saison. Contraint de porter tout seul l’attaque sans pourvoyeur de ballons, Nuno Gomes se montre extrêmement décevant et est pris en grippe par les supporteurs qui lui reprochent son supposé manque d’implication (il finira la saison avec sept buts au compteur dont cinq en Serie A). L’arrivée d’Adriano en janvier ne parviendra cependant pas à sauver le club qui est relégué en Serie B à l’issue de la saison 2001-2002. Le pire est tout de même à venir vu que la Viola fait faillite dans la foulée et perd son statut professionnel. Conséquence, tous les joueurs sont libérés. Malgré cette saison catastrophique, il est sélectionné pour la coupe du monde 2002. Remplaçant (c’est Pauleta qui est le titulaire), il ne peut rien pour empêcher la déroute portugaise (élimination au premier tour).

nuno-gomes-benfica-2006 Nuno Gomes, le buteur au visage d'enfant

Retour au Benfica

Sans club après la ruine de la Fiorentina, la cote de Nuno Gomes est au plus bas durant l’intersaison 2002. Faute de trouver un challenge intéressant, il accepte de réintégrer le Benfica. L’équipe qu’il retrouve est bien différente de celle qu’il a quittée deux ans auparavant. S’il s’impose rapidement en pointe, il a du mal à régler la mire et finit la saison 2002-2003 avec seulement neuf buts au compteur, loin derrière ses coéquipiers Simão (18 buts) et Tiago Mendes (13 buts) qui sont pourtant des milieux de terrain. Malgré tout, il conserve sa place en sélection même si son statut n’évolue pas (il est toujours remplaçant). La saison 2003-2004 sera un poil meilleure malgré des pépins physiques qui lui font rater pas mal de matchs. S’il ne parvient toujours pas à retrouver ses sensations en championnat (sept buts), il inscrit cinq buts en cinq rencontres de coupe de l’UEFA et remporte la coupe du Portugal, son premier trophée avec Benfica. Suffisant pour convaincre Luiz Felipe Scolari qui le retient dans son groupe pour l’EURO 2004 disputé à domicile. En concurrence avec Pauleta et Helder Postiga, il n’inscrira qu’un but durant le tournoi, mais ce dernier s’avèrera capital vu que c’est lui qui permet à la Seleção das Quinas de valider sa qualification pour les quarts. Le Portugal s’inclinera malheureusement en finale contre la Grèce. La saison 2004-2005 sera tout aussi compliquée au plan personnel (sept buts en championnat, douze TCC) mais fructueuse sur le plan collectif vu que Benfica remporte le titre de champion, le premier de la carrière de Nuno Gomes. Il reviendra enfin en grâce durant la saison 2005-2006 qui le verra inscrire 15 buts en championnat (17 TCC). Sélectionné pour la coupe du monde 2006, il se contentera de bouts de matchs mais inscrira tout de même un but lors du match pour la troisième place contre l’Allemagne.

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La saison post-coupe du monde est contrastée. Si Rui Costa revient au club durant l’intersaison, Nuno Gomes ne réalise pas une saison exceptionnelle (six buts en championnat, treize TCC) comparativement à son compère d’attaque Fabrizio Miccoli et au toujours précieux Simão. L’exercice 2007-2008 sera encore plus difficile pour lui avec l’arrivée d’Oscar Cardozo. Complètement éclipsé par l’attaquant paraguayen, il plafonne à neuf buts (sept en championnat) en dépit de son statut d’intouchable. Il est quand même sélectionné pour l’EURO 2008 par Scolari et hérite même du brassard de capitaine à bientôt trente-deux ans. Il marque lors du quart de finale contre l’Allemagne (perdu 2-3). Intronisé capitaine de Benfica suite au retrait de Rui Costa, il ne se montre pas plus efficace durant la saison 2008-2009 (sept buts en championnat, neuf TCC) mais soulève un nouveau trophée (la coupe de la ligue portugaise). Le vent tournera définitivement pour lui lors de la saison 2009-2010 avec l’arrivée sur le banc de Jorge Jesus. Le recrutement de Javier Saviola au mercato estival le relègue sur le banc. Conséquence, il perd sa place en sélection et réalise une saison anecdotique (quatre buts TCC dont trois en championnat et seulement 23 matchs TCC) malgré le doublé championnat-coupe de la ligue. A trente-quatre ans, il semble en passe de rejoindre le cimetière des éléphants. Il reste tout de même à Benfica pour la saison suivante. Entretemps, le club a enregistré l’arrivée de l’argentin Franco Jara. Réduit à jouer les utilités (il n’est plus que le quatrième choix dans la hiérarchie derrière Saviola, Cardozo et Jara), il ne joue que huit matchs TCC cette saison-là, inscrivant cinq buts dont quatre en championnat pour seulement six apparitions. Il est désormais clair que Nuno Gomes a fait son temps.

nuno-gomes-braga Nuno Gomes, le buteur au visage d'enfant

Une fin de carrière anecdotique

Laissé libre par le Benfica en juin 2011, il n’entend cependant pas raccrocher les crampons et s’offre un nouveau défi à trente-cinq ans. Il rejoint le Sporting Braga pour un an. L’expérience sera peu concluante. Surtout utilisé comme remplaçant, il inscrit cependant six buts en vingt matchs de Primeira Liga. Désireux de poursuivre sa carrière, il s’engage avec les Blackburn Rovers, alors en Championship (D2 anglaise). Il y jouera 18 matchs de championnat (quatre réalisations) dans un rôle de joker offensif. Libéré en fin de saison, il décide d’arrêter les frais et prend sa retraite à presque trente-sept ans.

nuno-gomes-blackburn-rovers Nuno Gomes, le buteur au visage d'enfant

Outre ses exploits en sélection, la carrière de Nuno Gomes fut surtout marquée par sa longévité à Benfica (il y a passé douze ans). Il a disputé un total de 399 matchs avec les Aguias pour 166 buts inscrits. Ce qui en fait pour l’heure le dixième meilleur buteur de l’histoire du club. En dépit de son rôle de buteur, il n’a effectué qu’une seule saison en carrière à plus de trente buts et n’a jamais été meilleur buteur d’un championnat. Son histoire avec la Seleção das Quinas fut elle aussi contrariée. Soumis à une forte concurrence (Sa Pinto, Domingos Paciência, Pauleta, Helder Postiga, Hugo Almeida…), il n’a jamais réussi à s’imposer pour de bon à la pointe de l’attaque portugaise et a souvent dû se contenter du statut de joker en sortie de banc. Un rôle qu’il a certes rempli à merveille mais tout de même frustrant au vu de ce qu’il apportait. Il a tout de même inscrit 29 buts en 79 sélections (cinquième meilleur total de l’histoire).

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