Robbie Fowler, le chouchou d’Anfield
Entré au panthéon des légendes liverpuldiennes, Robbie Fowler fut l’un des métronomes des Reds durant les années 90, période où il figurait parmi les attaquants les plus craints de Premier League. Ce gaucher doté d’une redoutable efficacité devant les buts était considéré comme l’un des meilleurs finisseurs du royaume grâce à une palette offensive complète. Il était également particulièrement apprécié du kop d’Anfield tant pour ses qualités de buteur que pour sa combativité et son caractère bien trempé. Ce n’est pas un hasard si God, le surnom que lui ont donné les supporters des Reds, figure dans le top 5 des joueurs les plus aimés de l’histoire du club. Bien que l’ensemble de sa carrière ne fut pas à la hauteur des attentes placées en lui (il a reconnu n’avoir pas toujours été très professionnel), minée par les blessures, ce Scouser pure souche a marqué son temps, même s’il n’a jamais réussi à remporter un titre de champion ou à s’imposer définitivement en sélection.
Les débuts
Originaire de Toxteth, un quartier populaire de Liverpool, le jeune Robert porte le nom de sa mère, Ryder, durant la plus grande partie de son enfance. Ce n’est que plus tard qu’il prendra celui de son père. Il supporte alors Everton FC, le deuxième club de Liverpool, et est fan de son attaquant vedette, l’écossais Graeme Sharp. C’est pourtant le rival local, Liverpool FC qui lui donnera sa chance. Alors qu’il évolue au sein de la Liverpool Schools Football Association (LSFA), il est repéré par un certain Jim Aspinall, recruteur des Reds, qui le convainc de rejoindre les équipes de jeunes liverpuldiennes. Fowler signe un contrat de stagiaire avec Liverpool FC en 1991 et intègre l’équipe réserve. Il s’y montre à son avantage et signe son premier contrat professionnel le jour de ses 17 ans en 1992. Auréolé d’un titre de champion d’Europe U18 acquis en juillet 1993 (il en fut le meilleur buteur avec cinq réalisations), il finit par taper dans l’œil de Graeme Souness, l’entraîneur de l’équipe A, qui l’intègre petit à petit à son groupe. Il effectue ses débuts lors d’un match de League Cup contre Fulham en septembre 1992. Il est alors aligné aux côtés de la star d’alors Ian Rush. Il trouve le chemin des filets lors de ce match remporté 3-1 par Liverpool. Deux semaines plus tard lors du match retour, il inscrit un retentissant quintuplé. Ces premiers pas fracassants font de lui un joueur à suivre et il devient l’un des grands espoirs du club. Le 16 octobre 1993, il marque son premier but en championnat contre Oldham Athletic. Fowler gagne ses galons de titulaire et réalise une première saison de toute beauté (18 buts dont 12 en Premier League), terminant deuxième meilleur buteur du club derrière Ian Rush. Il intègre au passage la sélection Espoirs.
Confirmation et starification
Après cette première saison encourageante, le statut de Fowler change définitivement lors de l’exercice 1994-1995. Il est désormais titulaire indiscutable aux côtés de Ian Rush et devient l’un des visages de la jeune garde des Reds aux côtés de Steve McManaman, Jamie Redknapp, David James et Dominic Matteo. Liverpool finit quatrième du championnat et remporte la League Cup. Fowler explose tout, inscrivant 31 buts (25 en Premier League) toutes compétitions confondues. Il est même appelé en équipe nationale B (un but inscrit dès sa première sélection) et est élu meilleur jeune de l’année par la PFA (le syndicat des footballeurs professionnels). Intronisé leader de l’attaque aux côtés du nouvel arrivant Stan Collymore lors de la saison suivante, il inscrit 28 buts en Premier League et découvre l’Europe (Liverpool sera éliminé au deuxième tour de la C3 par Brondby IF). Malheureusement, les Reds s’inclineront en finale de FA Cup (battus par Manchester United) et ne termineront que troisièmes du championnat. Il finit la saison avec 36 buts inscrits et est une nouvelle fois élu meilleur jeune. Ses bonnes performances attirent l’attention de Terry Venables, sélectionneur des Three Lions, qui lui offre ses premières capes puis le retient dans son groupe pour l’EURO 1996. Remplaçant derrière le duo Alan Shearer-Teddy Sheringham, il doit se contenter de deux bouts de matchs. Lors de la saison 1996-1997, il hérite du numéro 9, laissé vacant suite au départ de Ian Rush. Durant cet exercice, Fowler finit meilleur buteur de la Coupe des Vainqueurs de Coupe avec sept réalisations (les Reds sont éliminés par le Paris Saint-Germain en demi-finales). S’il est une fois de plus meilleur buteur du club (31 buts marqués), il se montre moins prolifique en championnat (18 réalisations). Etrangement, il est plus ou moins snobé par Glenn Hoddle, le nouveau sélectionneur qui ne le convoque que pour des matchs amicaux. Liverpool échoue au pied du podium (quatrième) et vit une nouvelle saison blanche.
Blessures et polémiques
L’intersaison 1997 est marquée par le départ de Collymore, remplacé numériquement par l’allemand Karl-Heinz Riedle. Malheureusement, leur association ne sera pas aussi efficiente que prévu, poussant l’entraîneur Roy Evans à donner de plus en plus de temps de jeu au jeune Michael Owen. Les Reds se font éliminer dès le deuxième tour de la Coupe de l’UEFA par le RC Strasbourg et peinent à rester au contact d’Arsenal et Manchester United en championnat. Pour ne rien arranger, Fowler est victime d’une grave blessure au genou en février 1998. Sa saison est donc terminée et il manque le Mondial 1998. Durant sa convalescence, Owen s’impose et devient le nouveau chouchou d’Anfield. Le compteur-but de Fowler reste bloqué à 13 buts (9 en Premier League). S’il retrouve les pelouses lors de la saison 1998-1999, il n’est plus l’atout offensif numéro 1 dans l’esprit du nouvel entraîneur Gerard Houllier qui lui préfère Owen. Toutefois, il marque 14 buts en championnat (18 toutes compétitions confondues), inscrivant même le centième but de sa carrière, et finit deuxième meilleur buteur du club. Malheureusement cette saison frustrante (Liverpool finit modestement septième de Premier League et ne gagne rien) est ternie par deux polémiques. Lors d’une rencontre contre Chelsea, il se rend coupable de gestes et propos homophobes à l’encontre de Graeme Le Saux dont la prétendue homosexualité faisait l’objet de rumeurs (Fowler écopera par la suite de deux matchs de suspension et enverra une lettre d’excuses à Le Saux). Quelques semaines plus tard, après avoir inscrit un but lors du Merseyside Derby, il le célèbre en faisant semblant de sniffer la ligne de but, histoire de répondre aux allégations de cocaïnomanie lancées à son encontre par les supporters d’Everton. Il sera suspendu pour quatre matchs suite à cet incident. Cette dernière peine étant couplée à celle du match contre Chelsea, il loupera au total six rencontres et aura une amende de 32.000 £. Malgré tout, il effectue son retour en sélection en juin 1999 après plus de deux ans. Malheureusement pour lui sa saison 1999-2000 sera gâchée par les blessures. Il subit une opération à la cheville en octobre 1999 avant de repasser sur le billard en janvier 2000. Il ne dispute que 14 matchs (3 buts inscrits) et réalise sa pire saison statistique. Cependant, il est tout de même sélectionné pour l’EURO 2000 par Kevin Keegan. Il ne jouera cependant aucun match.
2001, l’année des contrastes
L’exercice 2000-2001 commence mal pour Robbie Fowler. Blessé durant la présaison, il voit Emile Heskey (arrivé en cours de saison précédente) le supplanter au poste de titulaire aux côtés d’Owen. Bien qu’intronisé capitaine du club suite à l’indisponibilité de Redknapp, il n’est plus que le troisième choix offensif. Il s’accommodera tant bien que mal de ce nouveau statut de remplaçant ce qui impactera grandement ses statistiques (8 buts en championnat, 17 toutes compétitions confondues). Cependant ce sera sa saison la plus fructueuse au niveau des titres. Il a l’honneur de soulever les trophées lors du fameux triplé des Reds cette saison-là. Si Liverpool ne finit que troisième en championnat, le club se montre intraitable en coupes en gagnant la FA Cup, la League Cup et la Coupe de l’UEFA. Le club remportera même un quatrième titre en début d’exercice suivant en s’imposant lors du Community Shield contre Manchester United. Fowler ne jouera cependant pas cette rencontre, écarté de l’équipe suite à une altercation avec Phil Thompson, le manager adjoint, lors d’un entraînement. Cet évènement signera le début de la fin pour lui. S’il remporte un nouveau trophée douze jours après le Community Shield (la Supercoupe d’Europe au détriment du Bayern Munich), il perd définitivement sa place de titulaire. N’ayant été sollicité que pour une dizaine de matchs en championnat (dont deux fois comme remplaçant), il décide de quitter le club en cours de saison. Il s’engage alors avec Leeds United en décembre 2001, après neuf ans et demi passés chez les Reds.
Expériences mitigées à Leeds et Manchester City
Chez les Peacocks, il retrouve son ex-coéquipier Dominic Matteo. Malheureusement pour lui, il est loin d’arriver en terrain conquis, d’autant qu’il doit concurrencer Robbie Keane et Mark Viduka. Il arrive tout de même à faire son trou et dispute 22 matchs de Premier League inscrivant 12 buts. Conséquence de ce retour en grâce, il est retenu pour la coupe du monde 2002. Concurrencé par Owen, Heskey, Darius Vassell et le vieillissant Sheringham, il est une fois de plus cantonné au statut de remplaçant et n’entre en jeu qu’une fois. Ce sera sa dernière cape. La saison 2002-2003 démarre sous de sombres auspices. Confronté à des difficultés financières, Leeds vend Rio Ferdinand et Robbie Keane. Si tout porte à croire que le départ de l’irlandais va faire les affaires de Fowler, il n’en est rien. En proie à des soucis physiques et en manque de confiance, il ne dispute que huit matchs de Premier League (2 buts marqués) et est poussé vers la sortie au mois de janvier 2003. La situation financière du club étant précaire, Lee Bowyer, Olivier Dacourt puis Jonathan Woodgate partent durant le mercato hivernal. Fowler finit par les imiter et s’engage avec le promu Manchester City, alors entraîné par Kevin Keegan, en janvier 2003. Recruté pour faire la paire avec Anelka, il se montre décevant et finit la saison 2002-2003 avec deux buts au compteur en treize apparitions. Sa première saison complète est difficile (10 buts dont 7 en championnat). City ne se classe que quinzième. La saison 2004-2005 est plus aboutie avec une dizaine de buts en championnat et un statut d’attaquant n°1 après les départs d’Anelka et de Paulo Wanchope durant le mercato hivernal, et ce malgré la démission de Keegan (remplacé par Stuart Pearce). Malheureusement, il rate un penalty décisif lors de la dernière journée durant le temps additionnel. Toutes choses qui privent les Citizens d’une place européenne qui reviendra finalement à Middlesbrough, leur adversaire du jour. Durant l’intersaison, les arrivées d’Andy Cole et Darius Vassell lui bouchent définitivement l’horizon. Il ne joue que quatre matchs de championnat (un seul inscrit) durant la première moitié de saison. En fin de contrat, il est contraint de quitter le club durant le mercato hivernal et se retrouve libre à seulement 30 ans.
Retour à Liverpool
Liverpool lui tend la perche et décide de le faire revenir. Il s’engage pour six mois avec son ancien club. En concurrence avec Peter Crouch, Djibril Cissé et Fernando Morientes, Fowler accepte son rôle de joker offensif et finit tout de même cette demi-saison avec cinq buts au compteur. Le club remporte la FA Cup mais n’ayant pris part à aucune rencontre, il n’est pas parmi les vainqueurs. Toutefois, il obtient une prolongation de contrat d’un an. Pour ce qui sera sa dernière saison liverpuldienne, il récupère même le numéro 9. Dans le système à une seule pointe de Rafael Benitez, Crouch est indéboulonnable, au point que les nouveaux venus Dirk Kuyt et Craig Bellamy sont utilisés dans des registres différents. Fowler ne joue que des bouts de matchs (six titularisations seulement en Premier League) et ne marque que sept fois toutes compétitions confondues (trois buts en championnat). Son contrat n’est pas renouvelé et il quitte son club formateur pour de bon avec un bilan de 171 Buts marqués en 330 matchs.
Une fin de carrière compliquée
A 32 ans, Fowler semble déjà en passe de rejoindre le cimetière des éléphants. Il signe à Cardiff City (Championship) pour s’offrir un nouveau défi. Aux côtés de Jimmy Floyd Hasselbaink, il a tout de même du mal à être titulaire, la faute à des pépins physiques de plus en plus handicapants. Il ne joue que treize matchs (trois buts inscrits) en Championship. Le club atteint la finale de la FA Cup mais s’incline contre Portsmouth. Fowler, de retour de blessure, ne figurait même pas sur la feuille de match. Il quitte le club durant l’intersaison et retrouve la Premier League à la faveur de sa signature aux Blackburn Rovers. La greffe ne prend cependant pas. Il résilie son contrat au bout de quelques mois, après seulement six rencontres jouées (trois en championnat). Ne souhaitant pas arrêter tout de suite sa carrière, il prend le chemin de l’Australie et signe avec North Queensland Fury. Il n’y restera qu’une saison avant de rebondir à Perth Glory toujours en Australie. Il finira sa carrière en 2011 par une pige au Muangthong United, un club thaïlandais.
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