Zico – Socrates, la génération maudite du Brésil
Cinq fois champion du monde, neuf fois vainqueur de la Copa America, détenteur de quatre coupes des confédérations et d’une médaille d’or olympique, le Brésil est incontestablement l’une des meilleures sélections du monde. Connue pour ses joueurs à la technique hors norme et son football offensif, l’équipe auriverde a toujours pu compter sur des joueurs de génie qui ont marqué l’histoire du football. Cependant le brillant passé de cette sélection compte une anomalie, ce trou inexplicable qui s’étend du milieu des années 70 à la fin des années 80. Durant cette période, le Brésil mené par des individualités telles que Zico et Socrates ne parvient pas à glaner le moindre titre quel qu’il soit. Ce n’était pourtant pas le talent qui manquait, mais cette génération maudite aura joué de malchance tout le temps où elle sera sur le pré jusqu’à son démantèlement après la coupe du monde 1986.
L’après-1970
Si la coupe du monde 1970 est incontestablement l’une des plus abouties de son histoire, elle marque aussi une bascule pour le football brésilien. Il y aura un avant et un après 1970. Pour commencer, le mythique Pelé prend sa retraite internationale, suivi par deux de ses fidèles grognards: Tostão et Gerson. En 1974, c’est une Seleção remaniée et articulée autour de Rivelino et Jairzinho (Carlos Alberto est absent à cause d’une blessure au genou) qui finit quatrième de la coupe du monde. Mario Zagallo est remplacé par Osvaldo Brandao au poste de sélectionneur. Ce dernier entame la reconstruction de l’équipe et accorde sa confiance au très offensif défenseur Nelinho (il évoluait comme arrière droit) ainsi qu’aux attaquants Palhinha et Roberto Dinamite pour la Copa America 1975. L’aventure s’arrête en demi-finales, soldée par une élimination contre le Pérou.
Naissance d’une grande équipe
En 1977, le Brésil se montre à son avantage durant les qualifications du futur mondial argentin. Menés par le vétéran Rivelino, les Auriverdes désormais coachés par Claudio Coutinho (un ancien militaire!) sont renforcés par les arrivées des prometteurs Zico et Toninho Cerezo. Ils se qualifient sans difficultés pour la coupe du monde 1978. Le Brésil aura toutes les peines à se sortir de sa poule (une victoire étriquée et deux nuls) lors du premier tour. Versés dans une poule très relevée au second tour (Argentine, Pérou, Pologne), les brésiliens finissent le tournoi invaincus mais doivent se contenter de la troisième place. Après cette campagne encourageante, Rivelino met un terme à sa carrière internationale. Le départ du dernier dinosaure de la campagne 1970 est cependant vite comblé. D’autres jeunes pousses intègrent durablement la Seleção: Socrates et Falcão. Ils prennent part à la Copa 1979 mais sont de nouveau éliminés en demi-finales par le Paraguay. Claudio Coutinho quitte son poste de sélectionneur.
Telê Santana et la coupe du monde 1982
Désireux de retrouver les sommets, les dirigeants nomment Telê Santana à la tête de la sélection. Connu pour être un adepte du beau jeu, l’ex-joueur de Fluminense va parachever la transformation débutée par son prédécesseur (Coutinho avait essayé d’adapter les principes du football total néerlandais durant son mandat). Fort d’une génération désormais arrivée à maturité et de fortes individualités, il fait du Brésil une équipe à la fois efficace et plaisante à regarder. Son équipe est un vrai rouleau-compresseur capable de venir à bout de la plus hermétique défense. Outre les deux stars Zico et Socrates, il peut aussi compter sur Falcão, Eder, Toninho Cerezo, Roberto Dinamite et Junior. La coupe du monde 1982 sera la vitrine de cette équipe d’artistes qui bénéficie d’un statut de favori loin d’être usurpé. Dans une poule à sa portée (URSS, Ecosse, Nouvelle-Zélande), la Seleção écrase tout (trois victoires avec la manière, dix buts inscrits) et marque les esprits avec un jeu plus chatoyant que jamais et totalement porté sur l’offensive et la possession. Tout se gâte lors de la deuxième phase de poules. Le Brésil hérite de deux adversaires difficiles: l’Argentine de Maradona, tenante du titre, et l’Italie de Zoff et Paolo Rossi. Après une brillante victoire sur l’Argentine (3-1), les Auriverdes croisent le fer avec la Squadra Azzura dans ce qui sera un des plus beaux matchs de l’histoire des coupes du monde. Menée deux fois au score par une Italie obligée de gagner (un nul suffisait au Brésil pour rallier les demis à la différence de buts), la formation brésilienne parvient à chaque fois à égaliser. Mais en face, Paolo Rossi est en pleine bourre et scelle le sort du match en inscrivant son troisième but de la rencontre. Le Brésil est éliminé.
Ballet d’entraîneurs et retour de Santana
Suite à cet échec, Telê Santana décide de quitter son poste. Carlos Alberto Parreira lui succède et débarque avec des principes de jeu bien différents. Convaincu que le jeu offensif prôné par son devancier ne peut plus suffire à gagner des titres, il essaie tant bien que mal de doter la Seleção d’une réelle assise défensive. Cette mutation ne sera pas du goût de tous, les joueurs en premier, mais elle semble fonctionner. Elle sera mise à l’épreuve durant la Copa 1983. L’équipe, privée de Zico, enregistre les arrivées de Carlos Mozer et de Careca mais ne fait plus autant rêver (une seule orgie offensive durant le tournoi, un 5-0 passé à l’Equateur). Elle atteint la finale mais s’incline contre l’Uruguay. Frustrés par le jeu trop frileux proposé par l’équipe, la presse et le public réclament la tête de Carlos Alberto Parreira qui finit par s’en aller. Son successeur Edu Coimbra ne parviendra pas à trouver la bonne formule et sera débarqué au bout de trois matchs dirigés. Evaristo de Macedo s’assoit sur le banc mais connaîtra les mêmes difficultés à faire jouer cette équipe riche d’individualités. Il ne tiendra que six matchs et prendra la porte après une entame mitigée en éliminatoires de la coupe du monde 1986. C’est alors que les dirigeants décident de rappeler Telê Santana. Il reprend les rênes de l’équipe qui retrouve automatiquement de sa superbe. De nouveau irrésistible, le Brésil est considéré comme le grand favori du mondial mexicain. Les historiques Zico, Socrates, Falcão sont de la partie, mais pas Eder, hors de forme, ni Toninho Cerezo. Plus hermétique que lors de l’édition précédente mais toujours aussi spectaculaire, la Seleção caracole en tête de son groupe (composé de l’Espagne, de l’Algérie et de l’Irlande du Nord) en remportant tous ses matchs. Confrontés à la Pologne en huitièmes, les canarinhos n’en font qu’une bouchée (4-0). C’est la France qui se dresse sur leur route en quarts. Avantagés par le fait de jouer quasiment à domicile (le Brésil a disputé tous ses matchs du tournoi au Jalisco de Guadalajara, lieu de la rencontre), les hommes de Santana ouvrent le score mais se font rejoindre par les partenaires de Platini, buteur pour l’occasion. Ce sera une fois de plus un match d’anthologie. Mais malgré le siège du but de Joel Bats, le Brésil ne parvient pas à inscrire un autre but (Zico ratera même un penalty). La décision se fera aux tirs aux buts, un exercice qui réussira aux français qui compostent leur billet pour les demi-finales.
La fin d’une ère
Après cette douloureuse élimination vient le temps des remises en question. Santana rend le tablier. Sans lui, cette équipe aussi talentueuse que malchanceuse fait son chant du cygne. Falcão prend sa retraite internationale. Socrates, désormais âgé de trente-deux ans, prend lui aussi du recul. Zico, sur le déclin, n’est plus régulièrement convoqué. Junior est quant à lui écarté. La Seleção, désormais coachée par Carlos Alberto Silva, s’enfonce encore plus lors de la Copa America 1987 (pour laquelle Zico n’est même pas sélectionné). En dépit d’une équipe rajeunie guidée par Careca et l’incorporation de futures stars (Romario, Jorginho et les futurs joueurs du Paris Saint-Germain, Ricardo Gomes, Valdo et Rai), le Brésil se loupe complètement et ne parvient même pas à sortir des poules. Il concède notamment une lourde défaite contre le Chili (0-4). Heureusement, la Seleção parviendra à se renouveler et remportera la Copa America en 1989 avec une jeune génération qui constituera l’ossature des deux campagnes de coupe du monde suivantes.
Si elle n’a jamais rien gagné, la génération Zico – Socrates a tout de même marqué à jamais les mémoires et est depuis citée comme une équipe de légende au talent certain mais touchée par la scoumoune (Pour certains, la sélection de 1982 est la meilleure de l’histoire). Ces poulidors du football auraient mérité de glaner quelques titres mais la loi du sport en a toujours décidé autrement.
Partagez ce contenu :



Laisser un commentaire