Le difficile mercato des Gunners
« Spend Your Fuckin’ Money! » Ce refrain descendu des travées de l’Emirates Stadium lors de la débâcle des Gunners face à Aston Villa ce week-end traduit parfaitement le ras-le-bol de supporters agacés tant par l’absence de titres que par la politique sportive du club. Il faut avouer que l’immobilisme dans lequel semble plongé Arsenal depuis quelques années n’a rien de rassurant. Le club à beau être l’abri du besoin sur le plan financier et réaliser des bénéfices, les résultats ne suivent pas. L’armoire à trophées prend la poussière depuis huit ans. Les saisons se suivent et se ressemblent et même en étant d’un naturel optimiste, on ne voit pas ce qui pourrait changer la donne. Le marché des transferts ne fait que confirmer la frilosité de dirigeants englués dans le passé et hésitants à tourner la page une bonne fois pour toutes.
Les faits sont là, têtus. Arsenal a du mal à être attractif pour les stars du ballon rond et autres joueurs de premier plan. Depuis l’avènement de Manchester City, les Gunners ne sont clairement plus une équipe qui se bat pour le titre. Au mieux, les protégés d’Arsène Wenger jouent la troisième place, et même là ils ne l’accrochent le plus souvent qu’à la faveur de la faillite des autres clubs majeurs de Premier League. La perspective d’enchaîner les saisons à stagner au pied du podium avec pour seul objectif de décrocher un strapontin pour la Champions League ne suffit plus à convaincre les joueurs. Le jeu est peut-être léché, mais rien ne peut remplacer la victoire pour un compétiteur. Arsenal depuis quelques années donne plutôt le sentiment de se contenter de cette situation. Une issue qui a irrémédiablement conduit au départ de ses meilleurs joueurs au fil des années (Henry, Kolo Touré, Fabregas, Clichy, Eboué, Nasri, Van Persie…). Et ce n’est pas la timide campagne de transfert en cours qui va donner de l’espoir aux supporters. Le club ne s’est pas renforcé, a perdu Gervinho, ne compte qu’une seule recrue (le jeune Yaya Sanogo engagé pour zéro euros après une brillante fin de saison en Ligue 2 française) et présente exactement la même formation de départ que la saison précédente (le vice a été poussé jusqu’à la mise vestimentaire, le maillot arboré lors de la première journée de championnat étant exactement le même que celui de la saison d’avant). Seule consolation, Arsenal a enfin réussi à se débarrasser de ses planqués (Arshavin, Squillaci, Andre Santos, Chamakh, Denilson en attendant le départ quasi certain de Bendtner).
A la tête des Gunners depuis 1996, Arsène Wenger, de plus en plus contesté joue t-il la partie de trop? Il est vrai qu’il a beaucoup apporté au club en lui insufflant une nouvelle identité de jeu et en remportant une pleine brouette de trophées. Seul problème, Arsenal ne gagne plus rien depuis huit longues années. Le supplément d’âme nécessaire pour faire la différence dans les moments cruciaux n’est plus et aucun des ajustements apportés à l’effectif n’a pour le moment réussi à le faire revenir. Au point que depuis trois saisons, Arsenal n’est même pas cité parmi les vainqueurs potentiels du championnat ou de la Champions League. Même dans les coupes nationales, les Gunners ne sont pas spécialement craints par les autres équipes du Big Five. Là où leurs rivaux arrivent à s’illustrer, les Gunners semblent statiques. C’est bien beau de persifler au sujet de clubs dit dopés financièrement (Chelsea et Manchester City), mais même avec les moyens Arsenal ne parvient pas à trouver les recrues de premier choix qui lui font défaut. Depuis le début du marché des transferts, Arsène Wenger n’a pas réussi à faire venir Higuain (parti à Naples), Jovetic (qui a préféré Manchester City) et Bernard (séduit par les promesses du Chakhtar Donetsk). Pis, il n’a même pas réussi à convaincre Wanyama qui a rejoint Southampton et Luiz Gustavo qui a snobé les Gunners pour Wolfsburg. A sa décharge, il n’est pas vraiment aidé par les circonstances et lorsqu’il parvient à se mettre d’accord avec un joueur (Suarez en l’occurrence), le club met son veto. Il faut aussi reconnaitre que certaines pistes s’avéraient particulièrement ardues. Les dossiers Bender, Fellaini et Rooney semblent voués à l’échec et il faudrait un miracle pour qu’un de ces trois enfile le maillot rouge à manches blanches.
Le marché des transferts tire à sa fin et pour l’heure, on voit difficilement comment il pourra être profitable à des Gunners trop indécis. La star tant attendue risque de ne jamais venir et il faudra composer avec un effectif qui a déjà montré ses limites. Arsenal n’est clairement pas armé pour jouer le titre et pour bien figurer sur la scène européenne. Il y a d’excellentes raisons de craindre une nouvelle saison sans trophée pour cette équipe désormais en éternelle construction. Les supporters n’ont pas fini de beugler « Spend Your Fuckin’ Money », eux qui sont sevrés de victoire finale depuis huit longues années. La dernière fois que les Gunners avaient enregistré une rafale d’arrivées, c’était en 2011 suite à la fessée infligée par Manchester United (2-8). Cinq joueurs avaient été signés en moins de quarante-huit heures pour une seule satisfaction (Mikel Arteta). Si en dépit de ses limites Per Mertesacker s’est fait une place en défense centrale, on retiendra surtout les inénarrables André Santos, Park Chu-Young et Yossi Benayoun. A cette allure, pas sur que la grogne des tribunes de l’Emirates Stadium s’estompe. Espérons pour le technicien alsacien que la banderole « Arsène, merci pour les souvenirs, mais il est temps de dire au revoir » déployée ce samedi par les supporters ne soit pas une sombre prophétie.
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