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Les plus gros échecs à l’EURO

Dans quelques heures s’ouvrira l’édition 2012 de l’EURO. Comme toujours on attend une compétition riche en émotions, en duels âpres, en suspens mais aussi et surtout en beaux matches. Comme à chaque édition les favoris déclarés (cette année l’Espagne, l’Allemagne et les Pays-Bas) sont attendus au tournant et ont les faveurs des bookmakers. Cependant si cette fête du football continental a souvent tenu ses promesses en matière de surprises (rien qu’au niveau des qualifications), elle a aussi été riche en éliminations prématurées de grands favoris ou de nations restant sur des tournois précédents voire des campagnes éliminatoires brillamment réussies. Petit retour sur les plus gros échecs de l’histoire des championnats d’Europe des nations.

1984: RFA

Championne d’Europe en titre, vice-championne du monde, comptant dans ses rangs quelques-uns des joueurs les plus prometteurs du moment (Harald Schumacher, Littbarski, Brehme, Völler et le buteur Karl-Heinz Rummenigge) solide et toujours aussi réaliste, la RFA arrive à l’EURO français sûre de ses forces, surtout dans un groupe largement à sa portée composé des cousins ibériques (Espagne et Portugal) et de la modeste Roumanie (sélection mineure à l’époque). Personne n’imagine que la RFA qui reste tout de même sur trois finales d’EUROs consécutives (1972, 1976 et 1980) puisse ne serait-ce que ne pas être en demi-finales. Et pourtant c’est ce qui arrive. Accrochée par le Portugal en ouverture, la Mannschaft rectifiera le tir en battant difficilement la Roumanie, s’emparant dans la foulée de la tête du groupe. Cependant dans cette poule beaucoup plus serrée qu’on aurait pu l’imaginer, les deux derniers matchs s’avèreront décisifs. Au coup d’envoi, un nul suffit aux Allemands face à une Espagne contrainte de gagner pour poursuivre l’aventure. Finalement la Roja s’impose sur la plus petite des marges grâce à un but inscrit à la dernière minute par son défenseur Antonio Maceda. Ce coup du sort, couplé à la victoire portugaise dans l’autre rencontre, élimine le tenant du titre à la surprise générale.

1988: Angleterre

Lorsque débute l’EURO 1988 en Allemagne de l’Ouest, l’Angleterre ne fait pas vraiment figure de favorite mais bénéficie tout de même d’un statut d’outsider. Si la sélection aux Trois Lions n’a que rarement brillé en championnat d’Europe des nations, elle a presque toujours pu compter sur des individualités lui conférant d’office un statut d’équipe à suivre. Pourtant en 1988 et malgré une équipe prometteuse sur le papier (invaincue en qualifications et comptant des joueurs comme Robson, Lineker, Waddle, Barnes et Hoddle), l’Angleterre fragilisée par la suspension de ses clubs en coupe d’Europe est loin d’être affûtée. Mais même dans ces conditions, personne n’aurait pu prévoir un tel fiasco. Versée dans le groupe B en compagnie de la toujours redoutable Union Soviétique, des Pays-Bas et du voisin Irlandais, la compétition va tourner à la purge. Battue d’entrée par des Irlandais volontaires et accrocheurs, les hommes de Bobby Robson sont ensuite surclassés par des Bataves euphoriques (1-3) avant de sombrer contre une U.R.S.S. qui n’avait besoin que d’un nul pour se qualifier. Bilan, trois défaites, deux malheureux buts inscrits et une impression de fragilité collective. L’Angleterre sort du tournoi par la petite porte.

1992: France

Menée par son duo d’attaque PapinCantona et forte d’une campagne qualificative menée de main de maître (Totalité des rencontres remportées avec la manière), les hommes de Michel Platini arrivent à l’EURO gonflés à bloc dans un groupe où le plus sérieux adversaire, la Yougoslavie, est contrainte de quitter la compétition en raison de problèmes politiques, remplacée au pied levée par un Danemark qui n’a pratiquement pas fait de préparation. Le premier match face à la Suède, pays organisateur, en ouverture du tournoi est pourtant peu probant. Surpris sur corner par une tête de Jan Eriksson, les français parviennent tout de même à arracher le nul (1-1). L’affrontement contre l’Angleterre sera lui stérile et ennuyeux (0-0), les deux équipes ne parvenant pas à prendre l’ascendant. Pour son dernier match face à l’épouvantail Danois, les Bleus se font surprendre d’entrée par Henrik Larsen. Papin égalisera à l’heure de jeu, mais la défense cèdera une nouvelle fois face aux assauts de l’inattendue Danish Dynamite qui doublera la mise à la 78e minute par l’intermédiaire de Lars Elstrup. La France ne s’en remettra pas et quittera un EURO qu’elle avait tout pour dominer sur le papier.

1996: Italie

Lorsque à  lieu le tirage au sort des poules de l’EURO Anglais (le premier à 16 équipes), l’Italie hérite d’une poule difficile comptant le finaliste de la dernière édition et ex-champion du monde, l’Allemagne, ainsi que d’une Russie invaincue en éliminatoires et de la très méconnue République Tchèque. Toutefois personne n’imagine le vice-champion du monde céder, surtout que Arrigo Sacchi a partiellement renouvelé son effectif qui s’avère plus talentueux que celui qu’il avait mené en finale de coupe du monde deux ans plus tôt. L’entame est d’ailleurs réussie avec une victoire contre l’imprévisible Russie (2-1). Pour le deuxième match, Sacchi décide de faire tourner son effectif en prévision des échéances futures, titularisant six nouveaux joueurs. Malheureusement le sort va s’en mêler. Luigi Appoloni se fait exclure et les inconnus Tchèques bousculent la Squadra Azzura. Ce jour là, l’Europe du football découvre un certain Pavel Nedved qui sonne la charge dès les premières minutes. L‘Italie s’incline finalement (1-2) et prend connaissance de la nouvelle règle en matière d’égalité de points: la confrontation directe. Malgré son but d’avance au goal différentiel, mais s’étant incliné face à la République Tchèque, les Italiens se voient obligés de battre l’Allemagne pour être certains de se qualifier ou compter sur une victoire russe. Face à une Mannschaft déjà à l’abri et qui refuse le combat, la Squadra Azzura ne parviendra pas à trouver la faille, Gianfranco Zola ratant même un penalty qui aurait pu être décisif (0-0). Dans l’autre match, la Russie déjà éliminée est vite menée 0-2 mais joue le jeu et revient à 3-2 à l’entame des cinq dernières minutes. C’est alors que Vladimir Smicer inscrit un troisième but qui envoie son pays au second tour et l’Italie en enfer. Pour avoir pris de haut la formation Tchèque, l’Italie devient la première victime en compétition officielle de la règle de la confrontation directe.

2000: Allemagne

Tenante du titre, l’Allemagne se présente à l’EURO 2000 avec une équipe aux cadres vieillissants (Lothar Matthäus, Ulf Kirsten et Thomas Hässler sont du voyage), aux jeunes encore tendres (Ballack, Deisler, Rink) et à l’ossature encore marquée par l’échec de la coupe du monde 1998 (une humiliante défaite en quarts contre la Croatie (0-3)). Erich Ribbeck le sélectionneur espérait sans doute que ce mélange de joueurs revanchards et de jeunes pousses trouverait la sérénité qui lui faisait défaut depuis des années, mais malheureusement la mayonnaise ne prit pas. Confrontée à l’Angleterre, au Portugal et à la Roumanie, la Mannschaft fait tout de même figure de favorite, comme toujours en compétition, mais cette sélection de bric et de broc ne parviendra jamais à trouver ce petit plus qui a poussé toutes ses devancières à se sublimer dans les moments critiques, même quand le talent faisait défaut. Incapables de triompher de la Roumanie, les allemands se feront surprendre par des Anglais revanchards dans ce remake de la demi-finale de l’EURO 1996. Alan Shearer marque encore et cette fois la Mannschaft ne parvient pas à égaliser. Malgré tout, les Allemands conservent toutes leurs chances de se qualifier au dernier match face au Portugal. Les Lusitaniens étant déjà qualifiés, ils se paieront le luxe d’aligner leurs remplaçants pour ce dernier match de poule contre une Allemagne obligée de faire un résultat. Mais cette équipe de réservistes avides de se faire remarquer va doucher les espoirs des hommes de Ribbeck. Dépassée dans tous les secteurs, l’Allemagne est humiliée et concède trois buts. Plus que la défaite, c’est la manière et la prestation indigente des partenaires d’Oliver Kahn qui décevra. Jamais l’Allemagne n’aura été aussi mauvaise en phases finales d’une compétition.

2004: Espagne, Italie et Allemagne

Avec un billet décroché lors d’un barrage contre la solide Norvège, l’Espagne s’est fait peur mais parvient tout de même à se qualifier pour la phase finale. Les leçons de la Coupe du monde 2002 semblent avoir été retenues et l’effectif s’est vu partiellement renouvelé, notamment avec l’apport de joueurs d’un Valence CF, roi de la Liga. Favorite d’une poule comptant le Portugal, la Russie et la modeste Grèce, la Seleccion démarre sa campagne sur des chapeaux de roue en s’imposant contre les Russes. Malheureusement, en renouvelant partiellement son équipe-type pour l’affrontement contre une Grèce qu’il craignait, Iñaki Saez s’est plus ou moins fait hara-kiri. Il obtiendra le nul, mais se verra obligé de faire un résultat nul au moins contre le voisin Portugais, contraint lui de s’imposer pour ne pas se faire éliminer de son EURO. Finalement l’Espagne s’inclinera sur un but de Nuno Gomes et sera renvoyée à la maison.

L’Italie arrive, elle, avec un peu plus de certitudes dans un groupe comptant la Bulgarie et les deux formations scandinaves du tournoi: le Danemark et la Suède. Cependant, l’ambiance délétère qui prévaut dans le groupe nuit à la préparation et les individualités sont loin de faire l’unanimité. Un premier match vraiment nul (0-0) contre les Danois suffit à faire naître des réserves sur cette équipe qui a raté le sacre quatre ans auparavant. Le deuxième match contre la Suède pourra se résumer à une bonne première période de la Squadra Azzura et à un geste venu d’ailleurs réalisé par Zlatan Ibrahimovic sur l’égalisation. Pour son dernier match contre une Bulgarie démobilisée et déjà éliminée, l’Italie conserve son destin entre ses mains et croit avoir fait le plus dur avec un succès au forceps (2-1). Mais l’affrontement fratricide entre les cousins scandinaves se conclura sur un nul (2-2). Score parfait qui qualifie les deux pays au détriment de cette Squadra Azzura limitée qui n’aura été qu’une association de grands noms.

Enfin l’Allemagne n’a pas la tâche aisée dans un groupe comptant les Pays-Bas et la République Tchèque en plus de la surprise Lettone. Le vice-champion du monde en titre n’a pas vraiment convaincu en éliminatoires, mais la Nationalmannschaft demeurant une redoutable équipe de tournoi, elle se devait de faire bonne figure. Malheureusement elle retombe dans ses travers anté-2002, lorsque l’équipe était en crise. Confronté à un déficit de joueurs de talent et parfois même de métier (certains postes n’étaient pas pourvus en spécialistes au niveau), le sélectionneur Rudi Völler fait de son mieux avec les moyens du bord, sans grand succès. Incapables de se défaire des Bataves (1-1) et de vaincre la Lettonie dans un match sans grande saveur (0-0), l’Allemagne se fait ridiculiser par les remplaçants Tchèques lors du dernier match (1-2). Bilan des courses, une absence quasi-totale de fond de jeu (Ballack ne peut pas tout faire), une défense aux abois, une ligne offensive aphone (aucun des attaquants retenus n’aura trouvé le chemin des filets) et des prestations indignes du rang de cette sélection. L’Allemagne sort de la compétition dès le premier tour une fois de plus et personne ne la regretta.

2008: France

La presse française et même l’opinion publique n’avait de cesse de stigmatiser l’indigence du jeu produit par les hommes de Raymond Domenech au sortir d’une campagne qualificative chaotique durant laquelle les Bleus peu (pas?) convaincants auront surtout réussi à s’attirer les foudres de l’opinion publique. L’après-Zidane est loin d’être un fleuve tranquille. Toutefois, sur le papier la France présentait tout de même quelques arguments (effectif de choix) laissant entrevoir quelques promesses pour la campagne austro-suisse. Cependant le tirage au sort s’avérera peu clément. Versée dans le groupe de la mort avec les Pays-Bas et le champion du monde Italien (déjà affronté en éliminatoires cependant) ainsi que l’outsider roumain, les Bleus débuteront leur campagne par un nul fadasse contre la sélection des Carpates (0-0). Contre les Pays-Bas, la France sombrera corps et biens (1-4), surclassée par des Oranje euphoriques dans la foulée de leur large succès contre l’Italie. La qualification s’est donc jouée contre une Squadra Azzura incapable elle aussi de se défaire des Roumains. Face à cette équipe qui ne l’avait plus battue en match officiel depuis trente ans, et forte de son ascendant psychologique en éliminatoires (une victoire, un nul), les Bleus semblaient à même d’avoir leur carte à jouer. Et pourtant, vites fragilisés par la blessure de Ribery puis par l’expulsion d’Abidal, les Français n’ont pu faire illusion, battus par des Italiens réalistes à défaut d’être exceptionnels. Résultat des courses, un point inscrit, un seul but marqué, six encaissés et des prestations d’une rare pauvreté.

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