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Le Cercle des Tropiques par Alioum Fantouré

Lorsqu’il est question d’aborder les auteurs africains ayant marqué l’histoire de la littérature noire c’est souvent les mêmes noms qui reviennent: Ahmadou Kourouma, Tierno Monénembo, Sony Labou Tansi, Leopold Sedar Senghor, Mongo Béti, Wolé Soyinka et autres. Peu sont ceux qui évoquent Alioum Fantouré, auteur pourtant primé, mais injustement mésestimé.  Son œuvre ne manque pourtant pas d’atouts et si elle est loin d’être aussi solide que celle des pré-cités (quoique), elle ne manque pas de charme et possède sa propre identité, forgée par sa vision d’économiste et l’histoire de son pays.

L’œuvre par laquelle je l’ai découvert et qui sera abordée dans cet article est sa première et à mes yeux la meilleure: Le Cercle des tropiques, publié en 1972 et sanctionné par le Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire. Ce premier roman s’avère en tous points remarquable. Outre une prose maîtrisée et plutôt captivante, la narration s’avère rondement menée et séduit assez rapidement. Certes, la mise en place pourrait être qualifiée de laborieuse au vu du nombre important de digressions qui occupent plus du tiers du roman, mais elle s’avère au final très réussie, les tribulations du personnage principal s’inscrivant parfaitement dans le cadre du thème principal.

Particularité et originalité de cette œuvre, elle est l’une des premières à faire le procès des dictatures tropicales consécutives aux indépendances des états du continent noir. La plume se fait d’ailleurs plus qu’acerbe pour fustiger les maux de ce continent et de ses dirigeants à travers l’évocation de la vie dans l’imaginaire République des Marigots du Sud. Pratiquement toutes les thématiques si chères aux écrivains du chaos et à leurs successeurs sont présentes et abordées: corruption, incompétence des dirigeants, culte de la personnalité, atteintes aux droits humains… bref tout ce qui fait la définition d’une dictature digne de ce nom. Baré Koulé, le Messie-Koï, est l’archétype même du tyran tropical au pouvoir prédateur et s’impose comme clone parfait de pas mal de chefs d’état tristement célèbres qui séviss(ai)ent sur le continent. L’ouvrage rejoint d’ailleurs la réalité de ces états et il est difficile de ne pas y voir une critique en filigrane du régime Sékou Touré.  Toutes choses qui feront de ce livre un maillon essentiel de l’histoire littéraire africaine et justifiera amplement le plébiscite de la part des critiques dont il a fait l’objet.

Face à ce pouvoir despotique, l’auteur met en scène un héros plutôt passif se contentant d’accompagner les changements majeurs sans pour autant y jouer un rôle particulièrement actif. Si Bohi Di, le héros, se retrouve souvent malgré lui mêlé aux diverses crises qui secouent la vie politique de la République des Marigots du Sud, il n’endosse pratiquement jamais le costume de héros au sens tragique du terme, se contentant de suivre le mouvement sans entreprendre quelque chose de particulier. Conséquence, il devient témoin de tout ce qui à court comme tragédies dans son pays. Son effacement est tel qu’il semble porter à merveille son nom (L’auteur nous révèle d’ailleurs qu’il signifie « Fils de la terre »). Bohi Di est l’incarnation de l’homme du peuple dans tout ce que cela suppose en terme de neutralité. Ni couard, ni particulièrement courageux, il traverse le récit et se retrouve confronté au système au gré de ses mésaventures (lesquelles permettent de constants retours en arrière, éclairant le lecteur sur son passé). Un héros qui n’en est donc pas vraiment un, mais tellement humain qu’il est difficile de ne pas s’y attacher, tout comme la galerie de personnages qui l’entoure.

Un roman novateur sur tous ses aspects dans l’histoire du livre d’Afrique noire (l’œuvre  ne compte que deux chapitres et fait la part belle aux flashbacks). A sa lecture, il est manifeste que son prix est loin d’être usurpé tant il apporte un plus par rapport à tout ce qui se faisait à l’époque. Bien sûr, il n’invente pas une nouvelle technique d’expression, se contentant de rester dans le formalisme rédactionnel propre aux écrivains occidentaux, mais l’écrit est si captivant qu’on ne lui en tiendra pas rigueur, surtout que n’est pas Kourouma qui veut. Un très bon roman dont je vous recommande vivement la lecture.

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