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Lazio: l’ère Cragnotti

Longtemps habituée aux places d’honneur, la Lazio Rome a connu sa période la plus faste sous la direction de Sergio Cragnotti. Ce riche industriel, propriétaire du conglomérat Cirio, a présidé aux destinées des Biancocelesti pendant près de dix ans avant d’être forcé de céder son fauteuil suite à un scandale financier. De ce règne, reste des titres, quelques coups d’éclats et le souvenir d’une équipe plaisante à voir jouer, favorite déclarée à la course au titre. Revivons ces années dorées durant lesquelles la Lazio était l’une des équipes les plus craintes d’Italie.

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Paul Gascoigne (Photo by Claire Mackintosh/EMPICS via Getty Images)

Le renouveau Laziale

Remontée en Serie A en 1988, la Lazio n’est plus qu’une formation lambda de milieu de tableau quand Sergio Cragnotti s’intéresse à elle. Il rachète le club en février 1992 et en prend la tête le 12 mars 1992. La saison étant déjà bien entamée, il ne se livre à aucun changement majeur jusqu’à son issue. La Lazio est alors coachée par Dino Zoff et compte dans ses rangs des joueurs comme Giovanni Stroppa, Gabriele Pin, les allemands Karl-Heinz Riedle et Thomas Doll ainsi que le buteur uruguayen Ruben Sosa. Le club finit à une modeste dixième place. Dès l’intersaison Cragnotti engage ses grandes manœuvres. S’il conserve Zoff sur le banc, il se débarrasse de Ruben Sosa, Pin et d’autres joueurs de compléments. Il frappe un grand coup en recrutant l’anglais Paul Gascoigne (Tottenham). Une flopée de nouveaux joueurs rejoignent les Biancocelesti: le néerlandais Aron Winter (Ajax Amsterdam), le buteur Giuseppe Signori (Foggia), Giuseppe Favalli (Cremonese), Diego Fuser (AC Milan)… Un jeune défenseur répondant au nom d’Alessandro Nesta intègrera également l’équipe. Avec ces renforts, la Lazio a enfin les moyens de se battre pour les places européennes à défaut de lutter pour le Scudetto. S’ils ne parviennent pas à dépasser les quarts en Coppa Italia (éliminés par le Torino 2-2 ; 2-3), les hommes de Zoff terminent la saison à la cinquième place, bien aidés par les 26 buts de Signori qui sera élu Capocannoniere (meilleur buteur du championnat). La saison suivante est marquée par de nouveaux chamboulements. Les dirigeants laissent partir Riedle, Stroppa et Maurizio Neri. Sont enrôlés Paolo Negro et Luciano De Paola (Brescia), Roberto Di Matteo (FC Aarau), Pierluigi Casiraghi (Juventus Turin) et le gardien Luca Marchegiani (Torino). Le début de saison est cependant poussif. Le club est éliminé d’entrée en coupe d’Italie par Avellino (0-2 ; 0-0) et est sorti de la coupe de l’UEFA dès le deuxième tour par Boavista (1-0 ; 0-2). Cinquième à la trêve hivernale, le club enregistre l’arrivée de l’attaquant croate Alen Boksic (Olympique de Marseille) pendant que Doll et De Paola partent. Le jeune Marco Di Vaio effectue également ses débuts professionnels. La Lazio accroche la quatrième place. Signori finit pour la deuxième fois de suite meilleur buteur de Serie A (23 buts).

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Giuseppe Signori

L’ère Zeman

L’intersaison 1994 est marquée par un changement majeur. Zoff devient le président du club (Cragnotti en demeure le propriétaire) et cède sa place sur le banc à Zdenek Zeman. Le technicien tchèque fait venir de nouvelles recrues: L’argentin José Chamot (Foggia), Giorgio Venturin (Torino), Roberto Rambaudi (Atalanta Bergame) et Daniele Adani (Modène) qui ne fera que passer (il file à Brescia durant le mercato hivernal). Il innove également en alignant une attaque à trois avec le trident Boksic – Casiraghi – Signori. Conséquence, l’équipe devient très offensive (elle inscrira 69 buts en Serie A cette saison-là) et vient titiller les habituels favoris au titre. Demi-finalistes de la Coppa Italia (battue par la Juve), la Lazio se hisse en quarts de finale de la coupe de l’UEFA (sortie par le Borussia Dortmund (1-0 ; 0-2)) et finit deuxième de Serie A. Cette saison encourageante laisse augurer des lendemains radieux. Gascoigne, devenu indésirable, est transféré durant l’intersaison. Venturin est quant à lui prêté. Zeman conserve son ossature, ne recrutant que des joueurs de complément. Si le début de saison 1995-1996 est prometteur (invincibilité lors des huit premiers matchs), le premier gros couac viendra d’une élimination surprise en seizièmes de finale de C3 par Lyon (1-2 ; 0-2). La Lazio rentre dans le rang et se fait par la suite distancer dans la course au titre. Quatrième à la trêve, elle se fera ensuite sortir de la coupe d’Italie par l’Inter Milan (1-1 ; 0-1) et terminera la saison à la troisième place. Une page se tourne durant l’intersaison 1996 avec les départs de Boksic, Winter et Di Matteo. Le club enregistre les arrivées du tchèque Pavel Nedved (Sparta Prague), d’Igor Protti (AS Bari), de Roberto Baronio (Brescia), de Renato Buso (Napoli), de l’australien Paul Okon (Club Bruges) et du sud-africain Mark Fish (Orlando Pirates). La saison sera plus laborieuse. Les laziales se font de nouveau éliminer de la C3 dès les seizièmes de finale par Tenerife (1-0 ; 3-5). La campagne en coupe d’Italie s’arrêtera en quarts contre Napoli (0-1 ; 1-1). En championnat, rien ne va avec une dixième place à la trêve. Une paire de défaites fin janvier aura raison de Zeman qui sera limogé. Zoff le remplace sur le banc jusqu’à la fin de la saison. Sous ses ordres l’équipe retrouve de l’allant et finit quatrième de Serie A. Une issue inespérée vu le début d’exercice.

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Christian Vieri et Marcelo Salas

L’ascension vers les sommets

Zoff prend de nouveau du recul et nomme Sven-Göran Eriksson entraîneur. Une pleine brouette de nouveaux éléments arrivent. Outre le retour de Boksic (Juventus), le club recrute notamment Roberto Mancini (Sampdoria), Vladimir Jugovic (Juventus), Matias Almeyda (FC Séville), Giuseppe Pancaro (Cagliari) et le gardien Marco Ballotta (Reggiana). Fish et Di Vaio sont transférés. Protti et Baronio prêtés. Le changement majeur viendra de l’organisation offensive. Eriksson décide de se passer des services de Signori qui devient remplaçant. Malheureusement, les Biancocelesti ne passent pas le cap attendu et végètent à la sixième place à la trêve. Peu utilisés, Signori et Buso sont prêtés durant le mercato hivernal. Les Laziales restent cependant en course dans toutes les compétitions et se montrent à leur avantage en coupes. Finalistes de la Coppa Italia, ils la remportent en venant à bout de l’AC Milan (0-1 ; 3-1). Il s’agit du premier trophée du club depuis son titre de champion en 1974. La Lazio atteindra également la finale de la C3 mais ne pourra rien faire contre un Inter Milan irrésistible (0-3). Seul bémol, ces prouesses en coupes ont eu des répercussions sur le championnat. La fin de saison est catastrophique pour les hommes d’Eriksson (six défaites et un nul) qui se classent septièmes. Zoff s’efface durant l’intersaison (il devient sélectionneur de l’Italie), laissant la direction du club à Cragnotti. Ce dernier entend poursuivre le cercle victorieux et dépense sans compter durant l’été 1998. Il sort le carnet de chèques et s’attache les services de Christian Vieri (Atletico Madrid), du chilien Marcelo Salas (River Plate), des portugais Fernando Couto (FC Barcelone) et Sergio Conceição (FC Porto), de l’espagnol Ivan De La Peña (FC Barcelone), des yougoslaves Sinisa Mihajlovic (Sampdoria) et Dejan Stankovic (Etoile Rouge Belgrade) ainsi que du jeune Stefano Lombardi (Genoa). Casiraghi, Chamot, Signori, Jugovic, Fuser, puis Protti et Rambaudi sont invités à faire leurs valises (Venturin quittera le club en janvier tandis qu’Attilio Lombardo arrivera de Crystal Palace). Le début de saison est poussif malgré une victoire en Supercoppa Italiana (succès 2-1 contre la Juventus). Les Biancocelesti peinent à enchaîner les victoires en Serie A. Mais à compter de la douzième journée, ils gagnent neuf rencontres d’affilée et finissent par prendre la tête du championnat. Sortis de la Coppa Italia en quarts par l’Inter Milan (2-1 ; 2-5), ils se montrent plus en verve en coupe des vainqueurs de coupe où ils se hissent en finale. Malheureusement, ce bon parcours européen leur fera perdre le titre. Quatre jours avant la finale de la C2, ils concèdent un nul décisif contre la Fiorentina qui les fera tomber à la deuxième place. L’AC Milan leur soufflera ainsi le titre. Les Laziales se consolent en remportant la dernière C2 de l’histoire face à Majorque (2-1).

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SS Lazio 1999-2000

Sur le toit de l’Italie

L’intersaison 1999 sera très agitée. Elle commence avec le départ-surprise de Vieri pour l’Inter Milan. Signori (qui était prêté) et Baronio partent eux aussi. Les dirigeants font venir Simone Inzaghi (Piacenza), les argentins Diego Simeone (Inter Milan), Juan Sebastian Veron et Roberto Sensini (Parme) ainsi que le suédois Kennet Andersson (Bologne). Avec cette armada, Eriksson a de quoi figurer valablement sur tous les tableaux (Andersson et De La Peña quitteront le club en janvier). Son équipe commence par s’adjuger la Supercoupe d’Europe en battant Manchester United (1-0). En Serie A, la Lazio fait la course en tête. Qualifiée pour la Champions League pour la première fois de son histoire, elle termine première de son groupe lors de la première phase de poules. Elle réédite cette performance lors de la deuxième phase de groupe et se qualifie pour les quarts de finale. En championnat, les choses se corsent. Premiers à la trêve, les Biancocelesti, renforcés par l’arrivée de Fabrizio Ravanelli (Olympique de Marseille), perdent leur place suite à une défaite dès la reprise en janvier. Une véritable course-poursuite s’engage alors avec la Juventus pour le titre. Les deux formations se tiendront en quelques points tout le restant du championnat durant, de sorte que la moindre erreur n’était pas permise. La Lazio lâchera du lest en C1 suite à son élimination en quarts contre Valence CF (2-5 ; 1-0). Finaliste de la coupe d’Italie, elle s’adjugera le trophée en venant à bout de l’Inter Milan (2-1 ; 0-0). Mais c’est en Serie A que le suspens est à son paroxysme. Deuxième à l’entame de l’ultime journée, la Lazio qui a encore deux points de retard sur la Juve doit absolument gagner et espérer un faux pas juventini pour être sacrée. Les hommes d’Eriksson remplissent leur part du contrat en exécutant la Reggiana (3-0). Problème, la deuxième mi-temps du match de la Vecchia Signora est retardé à cause d’une forte pluie qui s’est abattue sur Pérouse. Les Laziales rongent leur frein au Stadio Olimpico en attendant la fin du match des Bianconeri. Ces derniers s’inclineront finalement (0-1) contre Pérouse. Cette défaite permet aux Biancocelesti de rafler ce titre tant convoité et de boucler la plus belle saison de leur histoire avec un doublé coupe-championnat.

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Giuseppe Favalli, Pavel Nedved et Hernan Crespo (de gauche à droite)

Le déclin progressif

Afin de défendre valablement son titre, la Lazio se renforce à l’intersaison en faisant venir Hernan Crespo et Dino Baggio (Parme), Claudio Lopez (Valence CF), Karel Poborsky (Benfica), Francesco Colonnese (Inter Milan), Lucas Castroman (Velez Sarsfield), Emanuele Pesaresi (Sampdoria) ainsi que deux nouveaux gardiens: Angelo Peruzzi (Inter Milan) et Paolo Orlandoni (Reggiana). Un grand nombre de départs est à enregistrer. Almeyda et Sergio Conceição servent de monnaie d’échange pour finaliser le transfert de Crespo alors que Sensini, Ballotta, Boksic, Lombardo partent. De La Peña est de nouveau prêté. Les Biancocelesti débutent la saison par une victoire en Supercoppa Italiana contre l’Inter Milan (4-3). L’entame du championnat est par contre moins probante (trois victoires, trois nuls et deux défaites lors des huit premières rencontres). La Lazio est vite distancée en Serie A et n’est que quatrième à la trêve. En Champions League, les hommes d’Eriksson finissent premiers de leur poule lors de la première phase de groupe mais entament très mal la deuxième en concédant deux défaites d’entrée. Ils se font également éliminer de la coupe d’Italie. A la reprise, ils concèdent une défaite en championnat. C’en est trop pour Cragnotti qui se sépare d’Eriksson. Zoff revient sur le banc pour assurer l’intérim. S’il parvient à retrouver le chemin du succès en Serie A avec une série de huit matchs sans défaites (sept victoires, un nul), il ne peut rien en Champions League. La Lazio finit dernière de son groupe derrière le Real Madrid, Leeds United et le RSC Anderlecht. Malgré une deuxième partie de saison réussie, la Lazio doit se contenter de la troisième place.

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Alessandro Nesta

L’intersaison s’avère agitée. Zoff reste sur le banc mais le club connait ses premiers soucis financiers et doit se séparer de quelques cadres. Ainsi Veron, Nedved et Salas partent. Ils sont imités par Ravanelli et Orlandoni. Mancini officialise sa retraite, Baronio et Pesaresi sont prêtés. Malgré tout, la Lazio se montre active sur le marché des transferts et accueille Gaizka Mendieta (Valence CF), Jaap Stam (Manchester United), Darko Kovacevic (Juventus), Stefano Fiore et Giuliano Giannichedda (Udinese), Fabio Liverani (Pérouse) et César (Sao Caetano). Les Laziales débutent leur saison par le troisième tour qualificatif de la Champions League. Ils parviennent à franchir l’obstacle FC Copenhague (1-2 ; 4-1). Le début de championnat sera cependant catastrophique avec cinq matchs sans victoire (quatre nuls et une défaite) et une quinzième place. En C1, tout va également mal avec deux défaites lors des deux premières rencontres de poule. Conséquence, Zoff prend la porte. Il est remplacé par Alberto Zaccheroni. Ce dernier mettra quelque temps à relever l’équipe. La Lazio enchaîne cinq succès à compter de la neuvième journée et revient dans le premier tiers du tableau. Elle ne peut cependant redresser la barre en Champions League et finit dernière de sa poule (deux victoires, quatre défaites) derrière le FC Nantes, Galatasaray et le PSV Eindhoven. Kovacevic quitte le club durant le mercato hivernal. La seconde partie de championnat sera marquée par l’inconstance. Les Biancocelesti peinent à enchaîner deux victoires et se montrent friables à l’extérieur. Ils se font également sortir de la coupe d’Italie par l’AC Milan (1-2 ; 2-3). Septièmes au moment du sprint final, une ultime victoire lors de la dernière journée leur permet d’accrocher la sixième place.

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Claudio Lopez

La non-qualification pour la Champions League représente un manque à gagner conséquent et vient fragiliser encore plus le club, déjà lourdement endetté. Afin d’équilibrer leurs comptes, les dirigeants se voient obligés de vendre Nesta et Crespo. Poborsky et De La Peña sont également bradés. Mendieta, fantomatique, est prêté tout comme Baronio. Le club engage Bernardo Corradi (Chievo Vérone) et Massimo Oddo (Hellas Vérone) pour seulement 11,5 millions d’euros les deux, recrute gratuitement Enrico Chiesa (Fiorentina) et se fait prêter Juan Pablo Sorin (Cruzeiro). Zaccheroni rend le tablier et laisse sa place à Roberto Mancini sur le banc. Le nouvel homme fort débute la saison timidement avant de hisser le club dans le trio de tête à la faveur d’une série de seize matchs sans défaite. Sorin part en janvier. S’en suit une série de sept matchs sans victoire en championnat. C’est en coulisses que tout va mal. Les soucis financiers s’empirent et Cragnotti, empêtré dans un scandale financier, finit par perdre le club. En janvier 2003, le groupe bancaire Capitalia prend le contrôle du club et nomme Ugo Longo président. Malgré ces soubresauts, les hommes de Mancini font ce qu’ils peuvent. Eliminés de la Coppa Italia en demis par l’AS Roma (1-2 ; 0-1), ils sont sortis de la coupe de l’UEFA au même stade de la compétition par le FC Porto de Mourinho (1-4 ; 0-0). Ils finissent la saison au quatrième rang.

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Jaap Stam

La fin d’une époque

Le club perd bon nombre d’éléments durant l’intersaison 2003 (Chiesa, Marchegiani, Simeone, Dino Baggio, Mendieta, Castroman puis Stankovic un peu plus tard dans la saison) et crise oblige doit recruter malin et à moindre frais (aucune star n’arrive en dehors du vieillissant Demetrio Albertini qui débarque de l’AC Milan). Le club gagne la Coppa Italia mais flirte avec la faillite durant l’été 2004. Il est finalement sauvé de la banqueroute par l’entrepreneur Claudio Lotito qui s’engage à payer les dettes fiscales du club sur vingt-trois ans. Problème, il doit se passer des services de Mancini et se séparer de ses joueurs les plus en vue (Claudio Lopez, Stam, Favalli, Corradi, Fiore, Mihajlovic, Colonnese puis Albertini et Simone Inzaghi en cours de saison). Le club finira treizième en 2005 et évitera même de peu la relégation en 2006 suite au scandale du Calciopoli. Depuis lors, la Lazio est totalement rentrée dans le rang et n’est plus qu’un bon club de Serie A, oscillant entre le premier et le deuxième tiers du championnat. Elle peut cependant compter sur la Coppa Italia pour continuer à garnir son palmarès (trois succès en cinq finales depuis 2009).

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