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Quand La Corogne était un grand d’Espagne

Si le Deportivo La Corogne est désormais une formation espagnole lambda, plus habituée au bas du tableau, voire à la deuxième division, ce ne fut pas toujours le cas. En effet, au début des années 2000, le club galicien était une des équipes majeures du championnat hispanique et un sérieux candidat au titre. Son déclin ne doit pas faire oublier le club formidable que ce fut. Une équipe qui a vu passer des joueurs tels que Bebeto, Rivaldo, Julio Salinas, Emil Kostadinov ou Moustapha Hadji dans les années 90. Si ces joueurs ne sont pas parvenus à décrocher le titre, ils ont tout de même contribué à mettre le club sur la carte du monde du foot et ont posé les jalons des succès futurs comme nous allons le voir.

Saison 1999-2000, la consécration

Après une saison terminée à la 6e place, le club galicien se renforce pour pouvoir faire bonne figure pour le nouvel exercice. Ainsi débarquent Slavisa Jokanovic (Tenerife), Victor (Racing Santander), Ivan Perez (Girondins Bordeaux) et le buteur néerlandais Roy Makaay (Tenerife). Intégrés à un effectif comptant déjà Jacques Songo’o, Djalminha, Donato, Fran, Turu Flores, Lionel Scaloni, Mauro Silva, Nourredine Naybet, Enrique Moreno, Flavio Conceiçao et le jeune Pauleta, les deux anciens joueurs de Tenerife vont se montrer plus que précieux durant la saison. Makaay fait feu de tout bois et termine meilleur buteur du club (22 réalisations en championnat). Profitant de l’irrégularité de ses concurrents et d’un calendrier un peu moins chargé du fait d’une élimination prématurée en Copa Del Rey, le Super Depor décroche le titre avec cinq points d’avance sur le FC Barcelone son dauphin. Il s’agit du premier titre de champion de l’histoire du club. Une juste récompense pour les hommes de Javier Irureta qui se sont montrés brillants durant la saison.

Saison 2000-2001, naissance du grand Depor

Renforcé par l’arrivée de Juan Carlos Valeron (Atletico Madrid) notamment, le club accueille des joueurs qui vont s’avérer déterminants dans le futur: Diego Tristan (Mallorca), Aldo Duscher (Sporting CP), Sergio (Espanyol) Joan Capdevilla et Francisco Molina (Atletico Madrid) ainsi que Walter Pandiani (Peñarol). Le vieillissant milieu brésilien Cesar Sampaio (Palmeiras) rejoint également l’équipe. Si le club galicien se hisse sans problèmes dans le haut du tableau, il laisse aussi beaucoup d’énergie en Champions League. Cités parmi les équipes à suivre dans cette compétition, ils s’inclinent finalement en quarts de finale contre Leeds United (0-3 ; 2-0). Le Super Depor ne parvient pas à conserver son titre et finit deuxième derrière un Real Madrid irrésistible. Le nouvel arrivant Diego Tristan termine meilleur buteur du club (19 buts inscrits). Son association avec Makaay quoique perfectible est prometteuse. L’apport de Valeron dans un rôle de maître à jouer s’avère également déterminant durant cette saison.

Saison 2001-2002, l’épouvantail européen

Aux commandes d’un effectif bien huilé, Irureta ne sollicite pas de gros changements. Conséquence, le mercato estival est assez calme. Seule arrivée majeure, le recrutement de l’ex-international José Emilio Amavisca (Racing Santander) alors en fin de carrière. Impressionnant au possible, le Super Depor fait peur et est même considéré par beaucoup comme un favori pour le titre en Champions League. Opposé à Manchester United durant la première phase de poules, le club galicien finit invaincu et chipe la première place. Versés dans un groupe particulièrement relevé en deuxième phase de poules (Arsenal, Juventus Turin, Bayer Leverkusen), les hommes d’Irureta font bonne figure et se qualifient pour les quarts. De nouveau opposés à Manchester United, ils s’inclinent cette fois contre les Red Devils (0-2 ; 2-3). Cette campagne européenne à rallonge aura malheureusement des conséquences sur leur parcours en championnat. Le Valence CF, non-qualifié pour la C1 cette année-là, bénéficie de plus de fraîcheur que ses trois rivaux et se montre logiquement plus régulier. Diego Tristan a beau dominer le classement des buteurs, c’est Valence qui est sacré champion cette année-là. Le Super Depor finit toutefois à la deuxième place devant le Real Madrid et le FC Barcelone, enchaînant une troisième saison consécutive sur le podium. Vainqueurs de la Copa Del Rey face au Real Madrid (2-1), les galiciens finissent la saison sur une note positive.

Saison 2002-2003, premières déceptions

Conséquence d’une altercation survenue en fin de saison entre Djalminha et Valeron, le caractériel brésilien est prêté à l’Austria Vienne pour toute la saison. Son départ est plus ou moins compensé par l’arrivée d’Albert Luque (Mallorca). Le Deportivo figure une nouvelle fois parmi les favoris pour le titre. Malheureusement le club vivra une saison quelque peu décevante. Si Makaay revient au premier plan et redevient le buteur-maison qu’il était, la régularité fait défaut au club qui voit en plus l’émergence d’un concurrent-surprise: la Real Sociedad. La formation basque s’impose comme poil à gratter de la Liga et finit deuxième derrière les intouchables galactiques madrilènes. La Corogne doit se contenter de la troisième place. Maigre consolation, le sort des galiciens est autrement plus enviable que celui des deux autres cadors, Valence (5e) et Barcelone (6e). Le bilan en Champions League, s’avère également peu reluisant. Après une première phase de poules réussie, le Depor ne parvient pas à s’extraire de son groupe durant la deuxième phase. Il faut dire qu’avec des adversaires comme Manchester United, la Juventus Turin et le FC Bâle, la tâche était loin d’être simple. La Corogne finira même à une triste dernière place.

Saison 2003-2004, le climax européen

Cette saison marque un tournant dans l’histoire du club. Habitué à conserver ses meilleurs éléments, le Depor enregistre pour une fois une perte majeure. En effet, Roy Makaay décide de quitter le navire et rejoint le Bayern Munich. Un départ que le recrutement de Pedro Munitis (Real Madrid) ne parviendra pas à faire oublier. Heureusement, Walter Pandiani se montre sous son meilleur jour et porte l’attaque du Depor, orpheline d’un Diego Tristan en plein doute. La lutte pour le titre est toujours aussi ardue face au Real Madrid, au FC Barcelone et au Valence CF. Les galiciens restent au contact des leaders mais ne parviennent pas à passer la seconde et finissent finalement troisièmes pour la deuxième année de suite. En Champions League, la saison sera meilleure. Pour la première fois de son histoire, le club parvient enfin à atteindre le dernier carré après avoir réussi l’exploit de sortir le Milan AC en quarts (1-4 ; 4-0). Mais le FC Porto de José Mourinho se montre plus réaliste que le Super Depor en demis (0-0 ; 0-1). Les hommes d’Irureta ne le savent pas, mais ils viennent de laisser passer leur chance. Cette saison sera le chant du cygne de cette brillante équipe.

Saison 2004-2005, le début de la fin

Cette nouvelle saison démarre moins bien que les précédentes. Walter Pandiani ne retrouve pas l’efficacité de la saison passée et entre en conflit avec Irureta. Il finira par quitter le club durant le mercato hivernal. Sans ses buts et avec un Diego Tristan nettement moins en verve, la machine s’enraye et le Depor ne parvient plus à faire la différence dans les matchs serrés. Conséquence, l’équipe est vite décrochée en championnat et n’arrivera jamais à recoller au train de tête. Largué dans la course au titre, le Depor n’a plus rien de super et ne parvient même pas à se mêler à la lutte pour les places européennes. La saison se conclura par une frustrante huitième place. Cette baisse de régime se répercutera également en coupe d’Europe. La campagne de Champions League sera un fiasco complet. Peu vernis au tirage au sort, les galiciens finissent derniers d’un groupe difficile (Liverpool, AS Monaco, Olympiakos) avec zéro victoire au compteur. Le Depor n’est plus un grand d’Europe.

Saison 2005-2006, le déclin

Une page de l’histoire du club se tourne. Fran et Mauro Silva prennent simultanément leur retraite. Mais l’événement le plus marquant est le départ de Javier Irureta. Fragilisé par sa saison décevante, il décide de rendre le tablier en juin 2005. Luque quitte lui aussi le club et s’engage avec Newcastle United. La morosité gagne l’effectif qui ne parvient plus à retrouver la formule secrète sous la direction de Joaquin Capparos. Si le gardien Molina se montre toujours à son avantage, on ne peut en dire autant du reste de l’équipe. Diego Tristan, désormais remplaçant, est en méforme, le milieu manque de caractère et pour ne rien arranger, Valeron se blesse gravement en janvier 2006 et est forfait pour le reste de la saison. Dans la foulée, Scaloni file en prêt à West Ham United. Complètement rentré dans le rang, le Depor ne fait pas illusion et finit sa saison à la huitième place.

C’en est fini du Super Depor. Diego Tristan retourne à Mallorca à l’intersaison. D’autres joueurs (Molina, Munitis, Scaloni, Victor, Hector, Enrique Moreno…) prennent eux aussi le large. Le club ne parvient pas à recruter de joueur de premier plan et il entame ainsi sa lente descente aux enfers, ponctuée par une relégation en 2010-2011. Ultimes vestiges de la grande époque, Valeron et Manuel Pablo accompagneront le club dans sa disgrâce.

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