De la révolte Tunisienne
Victime d’insomnie je me suis retrouvé comme trop souvent à geeker jusqu’à une heure avancée alors que la maisonnée était plongée dans les bras de Morphée. N’eut été le sommeil léger de quelques-unes des personnes qui cohabitent avec moi en ce moment je me serais certainement passé un film d’action dopé à la testostérone. J’ai cependant du me raviser au vu de la psychose d’une intervention militaire qui mine depuis quelques semaines le moral des habitants de mon quartier. Je me retrouve donc sur la toile à parcourir divers sites.
Si d’ordinaire les inepties pondues par les partisans de certains politiques véreux suffisent à me rendre le sourire, il m’en a fallu bien plus aujourd’hui. Au détour d’un de mes sites d’information préféré je tombe sur un article d’un auteur que j’aime bien: Taoufik Ben Brik. Bien évidemment ceux d’entre vous qui ne s’intéressent pas à la littérature et encore moins à la politique internationale n’ont certainement jamais entendu parler de cet écrivain et journaliste Tunisien. Cet opposant de longue date du régime Ben Ali fut longtemps en première ligne lors de la cyber-bataille pour la liberté de presse et d’information dans son pays. Toutes choses qui ont grandement contribué à sa notoriété. A ce titre son avis ne pouvait que m’intéresser, surtout que la vision limite bisounours de ce que certains ont appelé « Révolution du Jasmin » est loin de me satisfaire.
Je me suis donc plongé dans cet article particulièrement virulent. L’auteur rappelle que la révolution comme beaucoup se plaisent à la qualifier est loin d’être acquise. Et pour cause l’homme fort a peut-être changé mais pas le système. Ben Ali est parti et la famille Trabelsi est en disgrâce, mais cela ne s’avère pas suffisant. Outre la violence des propos tenus dans ce texte clairement incendiaire, il faut bien reconnaitre que Ben Brik n’est pas totalement dans le faux. Il a beau jeu de remarquer que certains hommes de main du dictateur déchu sont de nouveau amenés à présider aux destinées d’une population meurtrie par 23 années de dictature et de nombreuses semaines de violence. Il est en effet difficile de concevoir que certains des instigateurs de cette situation délétère soit amenés à la redresser. Sans être particulièrement renseigné sur le contexte, il est dur de ne pas s’imaginer que dans le fond toutes ces manifestations n’auront servi à rien dans la mesure où l’administration, la bureaucratie et même les acteurs n’ont pas changé. A la rigueur on pourra parler de jeu de chaises musicales mais dans le fond pas de changement radical à signaler au plan des rouages de la gouvernance. On serait même tenter de penser que les ex-barons du parti au pouvoir, aujourd’hui honni, n’aient pour seul dessein que leur salut personnel.
Que préconiser donc pour faire face à cet état de fait et espérer un réel redressement de la Tunisie? Faire table rase du passé et repartir de zéro quitte à ne pas faire l’économie d’un bain de sang et d’une chasse aux sorcières? Rien n’est moins sur. Tout changer pourrait plutôt s’avérer délicat dans la mesure où le risque d’embrasement et de retour de la chienlit est bien réel. Dans un climat aussi tendu les idées extrémistes pourraient très vite gagner du terrain et favoriser l’émergence d’un régime aux relents totalitaires encore plus aliénataire que le précédent. Il faut être réaliste, le pays a avant tout besoin de stabilité afin de s’attaquer à ce nouveau défi. Toutes choses qu’un chamboulement total des fondations de l’état tunisien ne pourrait apporter. Il convient donc d’avancer pas à pas en privilégiant le pragmatisme. Mais pour ce faire il serait tout de même loisible de se passer de personnalités contestées sous peine de faire s’écrouler le fragile château de cartes. La Tunisie joue plus que gros et une mauvaise gestion de cette crise pourrait la faire définitivement basculer. Aux décideurs de cet état de se montrer mieux inspirés.
Mais au-delà de la question tunisienne me revient une question des plus épineuses accompagnant les changements radicaux: celle de l’après. Il est en effet bien beau de vilipender et de descendre en flammes les régimes dictatoriaux. Mais une fois ceux-ci vaincus quelle est la solution idoine pour ne pas sombrer dans les travers qu’on a soi-même combattu. La tentation est grande si la rancune et l’esprit de vengeance anime les nouveaux décideurs (un écueil auquel on n’échappe malheureusement que trop rarement). Idem si l’objectif premier de cette remise en question est sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles. Très difficile dans ces conditions de mener à bien la mission de redressement n’en déplaise à Taoufik Ben Brik. Dans ces circonstances, la politique du tout ou rien montre clairement ses limites. Il convient plutôt de mener la transition en douceur en tenant compte des spécificités liées à chaque population et à chaque état. C’est sur ce terrain que le peuple tunisien est attendu. Ce virage mal négocié, la révolution de Jasmin n’aura servi à rien sauf à faire partir un dictateur pour le remplacer par d’autres.
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