Retro 2010: Les déceptions
Si avec du recul l’année 2010 fut plutôt bonne rapologiquement parlant (du moins en ce qui concerne surtout le Rap US ), tout ne fut pas rose. Bien sur on a eu de nombreux projets de qualité mais à côté combien de bouses et albums décevants avons nous dû nous infliger. Je ne ferai pas ici cas de certains projets puant la merde à des kilomètres mais bien de ces albums attendus émanant de « valeurs sures » ou de jeunes premiers qui d’une manière ou d’une autre se sont avérés peu emballants, voire totalement ratés. Au menu donc de ce deuxième volet des rétrospectives de l’année 2010, les disques trop moyens ou ratés et les projets qui auraient pu/dû être bien meilleurs. Le principe reste le même que celui de mon article sur les satisfactions à savoir un retour non-chronologique sur les projets en question.
Déceptions Rap US
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on a été plutôt servis sur ce plan côté Rap US. On commence le tour d’horizon.
Eminem-Recovery

Sans conteste LA déception de l’année. Eminem rompt avec ses habitudes en élargissant sa palette de collaborateurs et le moins que l’on puisse dire est qu’excepté le succès commercial, le résultat est tout sauf probant. Cet album part dans toutes les directions et comporte plus de titres indignes d’Em qu’autre chose. Son plus mauvais disque et au vu des collaborations auxquelles il se livre désormais, le prochain risque d’être encore moins bon.
Ice Cube-I am The West

Après un Raw Footage décevant on espérait que le vieux briscard de la West pourrait revenir avec un projet correct dans la lignée de l’excellent Laugh Now And Cry Later. Mauvaise pioche. Ice nous afflige de performances ternes et, hérésie suprême, pose sur des instrus south. On a clairement l’impression d’entendre tout sauf un album d’Ice Cube. Ahurissant pour un disque qui se voulait centré sur la west coast.
T.I.-No Mercy

Les récents déboires judiciaires de T.I. n’excusent pas le manque de qualité de cette sortie. Il n’y a pratiquement rien à garder sur ce disque bâclé et peu inspiré. T.I. fourni le minimum syndical au micro, mais le souci est que pratiquement tous les autres intervenants de l’album (artistes comme producteurs se mettent au diapason). Une véritable bouse.
Lil Wayne-The Rebirth

A vrai dire personne ne s’attendait vraiment à ce que ce soit fameux, et on ne s’y est pas trompés. C’est catastrophique au possible, une véritable torture. Lil Wayne fait du Lil Wayne comme on le déteste avec sa voix éraillée passée sous auto-tune polluant des instrumentaux manifestement pas faits pour lui. Il faudrait peut-être laisser le rock à ceux qui savent en faire.
Inspectah Deck-Manifesto

Inspectah Deck rate totalement son retour avec ce projet sans saveur et aux relents soporifiques. Et pourtant la guest list (Cormega, Billy Danze, Planet Asia et Raekwon notamment étaient conviés) tous comme les producteurs présents (The Alchemist, Agallah entre autres) laissaient espérer un opus de bonne facture. Un vrai bide.
Method Man, Ghostface & Raekwon-Wu-Massacre

Il n’y a pas de mots suffisamment forts pour décrire l’ampleur de ce désastre. Ce qui devait être une pure tuerie s’est avéré être un fiasco sans précédent. Un foutage de gueule comme on en fait trop souvent: moins de 30 minutes de musique, des titres peinant à dépasser les deux minutes trente et une direction artistique aléatoire. Ajoutons à cela un Rae en forme lymphatique et un Meth qui fait ce qu’il peut bien qu’il soit bien moins affuté que par le passé et on est situé sur la teneur de ce projet qui ne restera dans nos mémoires que pour la (les) pochette(s).
Sadat X-Wild Cowboys 2

On ne lui en aurait franchement pas voulu de ne pas avoir fait de suite à Wild Cowboys, surtout si c’était pour nous livrer un résultat aussi peu probant. Si les producteurs de renom sont au rendez-vous (Pete Rock, Buckwild, Diamond D, DJ Spinna, Nick Wiz…) tout comme les MCs de talent (Vast Aire, A.G., Ill Bill, M-1, Lord Jamar, Grand Puba…) l’ensemble ne décolle pas. L’album est tout ce qu’il y a de plus insipide. Un vrai gâchis dont seuls émergent quelques titres.
Lil Jon-Crunck Rock

La majorité d’entre vous n’ont certainement pas perdu leur temps à écouter cet album et bien vous en a pris. Là aussi on ne s’attendait pas à quelque chose de folichon mais on n’aurait pu prévoir que le niveau serait aussi bas. Tout simplement à chier.
Group Home-G.U.R.U.

On n’attendait plus le retour du duo de Brooklyn auteurs de deux très bons albums. Pour celui-ci ils rendent hommage à Guru pour le titre. En dépit de la présence de DJ Premier le disque est décevant. Il est loin d’être mauvais oui mais on attendait clairement mieux sur tous les plans de Group Home. Un projet fade au final qui aurait pu être cent fois mieux ficelé.
Reflection Eternal-Revolution Per Minute

Le grand retour du duo phare de Rawkus (dans le temps) était plus qu’attendu. Malheureusement la déception sera à la mesure de l’engouement. Un projet fadasse à souhait totalement plombé par un Hi-Tek totalement à la ramasse. Le producteur se rate complètement et livre des sons indignes de lui. Son compère a beau être en verve, il ne peut rattraper le coup à lui tout seul.
Black Milk-Album Of The Year

C’est ce qui s’appelle mal porter son nom. Derrière ce titre prétentieux au possible se cache un album empreint de longueurs, manquant clairement de subtilité et disons-le de punch. Black Milk est monocorde comme jamais et il ne peut compter sur des prods peu peaufinées pour contenter l’auditeur qui se dépêchera de vite décrocher de ce projet chiant et sans relief.
Nicki Minaj-Pink Friday

Très attendu, le premier album de la Barbie Bitch n’aura réussi qu’a conforter ses détracteurs dans leur position. On sait la jeune rappeuse capable de bien mieux, mais là elle s’est fourvoyée dans une direction artistique clairement orientée vers les ventes et la popularité. C’est très très accessible comme disque et surtout il sacrifie à tous les écueils du moment avalant toutes les tendances pour au final n’avoir aucune identité. Un premier album tout simplement raté.
Drake-Thank Me later

Non Drake on ne te remerciera pas plus tard. On t’en voudra même de nous avoir imposé un des pires disques de l’année. L’horrible pochette en relief (le truc même qui ne sert à rien) n’est que le reflet d’un album qui ne laisse rien d’autre à l’esprit qu’une sérieuse envie de dégueuler.
Sheek Louch-Donnie G: Don Gorilla

Fraichement signé chez Def Jam, Sheek Louch honore ses engagements en livrant un premier album pour sa nouvelle franchise. Si on imaginait qu’il bénéficierait de l’exposition et surtout des moyens nécessaires pour nous faire du bon travail c’est raté. L’album est très très très moyen. Linéaire à souhait, il ne compte pratiquement pas de moments forts et s’oublie vite une fois l’écoute terminée.
Redman-Reggie

L’exemple même de retour dont on préfèrerait se passer. Jamais un album de Redman n’aura été aussi mauvais. Une poignée de titres qui tiennent la route, le reste est bon pour la corbeille. Les meilleures années de l’homme rouge sont derrière lui.
Statik Selektah & Termanology-1982

Même si les deux protagonistes de l’album sont loin de faire l’unanimité, on en attendait bien plus de leur part pour cet album commun. Au final ils livrent un projet limite sans intérêt. Un disque des plus redondants serti de prods sans aucun éclat et comme souvent avec Statik insuffisamment peaufinées. Termanology, lui se contente du minimum.
Cassidy-C.A.S.H.
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Il était bien revenu avec B.A.R.S. On se disait que Cassidy avait enfin trouvé la régularité qui lui faisait défaut…et bien on s’est trompés. Ce projet est tout simplement à gerber. Entre prods de merde (dont certaines assurées par Cass’ lui-même), manque de conviction totale au micro (certains titres on dirait des maquettes) et direction artistique disparate on obtient un projet inintéressant de bout en bout.
Déceptions Rap FR
Je serai moins précis côté Rap français vu qu’il y a énormément de disques que j’ai zappé. Il faut dire que j’ai été plutôt sélectif dans ce genre du coup je me suis envoyé moins de bouses qu’en Rap US. Il y en a tout de même certaines auxquelles je n’ai pu échapper.
Rohff-La Cuenta

A tout seigneur tout honneur. R.O.H.2.F. restait sur un Code de l’horreur de bonne facture et semblait avoir définitivement réussi à s’imposer comme la nouvelle locomotive du rap hexagonal. Malheureusement il a perdu illico ce statut avec ce nouveau disque. Si pour beaucoup Au-delà de mes limites était le moins bon projet de Rohff, il vient de faire pire avec La Cuenta. Au menu phases fatiguées, manque de punch, direction artistique des plus douteuses (il suffit de jeter un œil à la liste des invités), toutes choses qui laissent penser que Rohff s’est trop reposé sur ses lauriers. Très peu de choses à garder sur ce qui est la plus grosse déception FR de l’année.
Mac Tyer-Hat Trick

La régularité ne semble décidément pas être le fort de Socrate. Après un premier solo décevant, il avait remis les pendules à l’heure de fort belle manière avec son deuxième album. Sans doute frustré de ne pas exploser les charts, il « s’ouvre » pour cet album qu’il semble avoir voulu accessible. Qu’il veuille réaliser de bonnes ventes ok, mais cela ne justifie pas ce travestissement de sa musique. Combien d’entre nous ont ri après avoir écouté les singles nullissimes dont il nous a gratifié? A vouloir jouer la carte de l’ouverture, Mac Tyer nous a pondu un disque sans identité, oscillant entre moyen, médiocre et catastrophique. Bref un album à l’eau qui aura déçu pas mal de monde et risque fort de provoquer le retrait de Socrate.
Nessbeal-Ne2s

Comment l’un des rappeurs les plus respectés de l’hexagone a t’il pu tomber si bas? Auteur de deux albums solides, Nessbeal semblait définitivement établi dans le game… sauf au niveau des ventes. Apparemment lassé du succès d’estime il a pris le parti de livrer un disque dans l’air du temps. Seul problème cette nouvelle direction ne lui sied pas et est plus incongrue que n’importe quoi. Disons le tout net le disque est limite caricatural et n’a eu pour seul mérite que de descendre sa côte de popularité. C’est bien dommage.
Ol Kainry-Iron Mic

Déjà c’était quoi l’intérêt de sortir un double album? Ça rend le projet longuet et au final il y a plus de titres à zapper qu’autre chose. De plus Ol abuse du franglais et cela s’avère très vite irritant. Dommage parce que cet album est bien meilleur que Demolition Man mais là on a l’impression d’avoir affaire à un pot-pourri avalant toutes les tendances. Un album qui aurait gagné en qualité avec une direction artistique moins racoleuse.
113-Universel

Cinq ans après 113 degrés le trio du Val-de-Marne remet ça mais signe malheureusement un disque sans éclat. Passons le single conviant Flavor Flav qui tient le rôle de zouave de service, les collaborations sont tout ce qu’il y a de plus racoleuses (Amel Bent, Magic System, Cheb Bilal, Benjamin Biolay…). Toutes choses qui laissent un arrière-goût d’inachevé à l’écoute de cette espèce de sous-rai’nb fever. De plus les performers sont plus nonchalants que jamais. Un disque soporifique au final.
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