×

Cote d’Ivoire : le recours à la force en question

La crise post-électorale dans laquelle est plongée la Côte d’Ivoire tend à s’éterniser à mesure que les jours passent. Alors que pressions économiques et négociations n’ont été en mesure de permettre la résolution de cette crise, la menace militaire, brandie par la CEDEAO en cas d’ultime recours, semble plus que jamais d’actualité. Si sur le papier cette solution semble la seule à même de sortir le processus de transition de l’impasse, elle n’en demeure pas moins risquée. Bien évidemment  tout le monde, les Ivoiriens en premier, aurait préféré un règlement pacifique de cette crise. Mais au vu de l’intransigeance des parties, de la mauvaise foi affichée par certains protagonistes et de l’inefficacité des sanctions, on ne peut raisonnablement tabler sur une issue négociée. De plus la médiation se refusant à mettre en place une solution de bric et de broc qui s’avèrera rapidement inefficace, il est quasiment acquis que les négociations pourraient durer des années sans qu’on avance d’un iota. La stratégie d’asphyxie économique ayant également montré ses limites (trop longue à se mettre en œuvre elle a l’inconvénient de laisser une marge de manœuvre assez importante au sanctionné et s’avère assez simplement contournable), l’option militaire devient une évidence et est même secrètement, voire officiellement souhaitée par nombre d’acteurs de cette crise.

Bien évidemment le recours à la force comporte son quota de désagréments. Outre le nouveau bain de sang qu’une telle entreprise ne devrait pas manquer d’entraîner, lever une armée revient cher et l’entretenir encore plus. Ce qui pourrait handicaper les états contributeurs au cas où le conflit s’avère plus long que prévu.  Ajoutons à cela les risques pesant sur les ressortissants des états de la sous-région qui seront très certainement pris à partie par le camp attaqué et il est clair que la partie est loin d’être gagnée. En outre les affrontements communautaires sous-jacents pourraient de nouveau connaitre une culminance ce qui n’arrangerait en rien un tissu social déjà fortement éploré par deux décennies de crise politique et économique. Sans oublier que l’ECOMOG, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est très loin d’avoir laissé que de bons souvenirs dans les états où elle a eu à intervenir. Elle a plus fait parler d’elle pour ses exactions et dérapages.

En dépit de ces réserves, l’intervention militaire s’impose comme une fatalité au vu des raisons évoquées plus haut. Il est pratiquement illusoire d’espérer que cette crise se règle de façon pacifique dans l’état actuel des choses. Chaque protagoniste de la crise campant, à tort ou à raison, sur ses positions, toute tentative de négociation est d’avance promise à l’échec. De plus le quasi-statut quo qui prévaut en ce moment ne saurait être éternel. L’équilibre reste précaire et à moins de souhaiter des explosions périodiques de colère et des scènes de guérilla urbaine avec leur corollaire d’exactions, il est évident qu’une issue doit être trouvée pour calmer le front social. Auquel cas un réel risque de guerre civile est à craindre. Sans oublier que la marge de manœuvre de chacune des parties est plus étroite qu’il n’y parait. Si Alassane Ouattara se retrouve séquestré à l’hôtel du golf et que son gouvernement peine à se faire respecter en zone gouvernementale, il en est de même pour le camp Gbagbo dont l’autorité sur le territoire national est tout ce qu’il y a de plus relative, le pays étant toujours coupé en deux (Toutes choses qui d’une façon où d’une autre obligeront le camp LMP à reprendre la guerre au cas où il parviendrait à se maintenir, sans espoir de négociation ou de cessez-le-feu cette fois.).

C’est triste de le constater mais qu’on le veuille ou non, l’histoire future de ce pays s’écrira avec un nouveau recours aux armes. Bien sur cette issue est regrettable et ne manquera pas d’endeuiller encore plus nos concitoyens, mais si les protagonistes continuent dans cette logique jusqu’au-boutiste, engrenant au passage des militants et sympathisants trop endoctrinés pour faire preuve de recul et d’esprit critique, et que les vautours politiques ne seront mués que par leurs ambitions personnelles, quitte à mentir sans le moindre scrupule, alors il n’y a d’autre choix que cette intervention militaire. Advienne que pourra et que les années futures soient marquées par moins de politique politichienne. Après tant d’années espérons que nos concitoyens auront enfin compris la leçon.

Partagez ce contenu :

Laisser un commentaire