50 Cent-Before I Self Destruct 15/20
Sortie: 9 Novembre 2009
Label: Shady/Aftermath/Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Rockwilder, DJ Khalil, Polow Da Don, Rick Rock, Havoc, Tha Bizness, Ty Fyffe, Manny Perez, Lab Ox, Vikaden, Team Ready, J Keys, Team Demo, Nascent, QB Da Problem, Black Key, Dual Output, Chin Injeti
Il est lieu commun d’affirmer que 50 Cent est musicalement au creux de la vague (à la grande joie de ses haters de tout poil, trop heureux de le voir s’étaler en beauté). Elle est loin l’époque où il faisait la pluie et le beau temps sur le rap mainstream avec son Gorilla Unit. Loin aussi cette époque où quiconque s’en prenant à lui voyait sa carrière fortement ébranlée. S’il a successivement enterré Ja Rule, Cam’ron et Fat Joe, Fiddy a malheureusement perdu son duel au sommet avec Kanye West, initié à l’occasion du très moyen Curtis (qu’il qualifiera lui-même d’échec). Pis, il reste sur un échec retentissant avec la sortie du catastrophique deuxième album de la G-Unit Terminate On Sight. Un revers dont il se relèvera très difficilement au vu de la nuée de critiques qu’a subi l’opus. Il fera donc le dos rond annonçant dans la foulée la sortie prochaine de son quatrième album Before I Self Destruct, projet déjà bien avancé au moment des sessions de Curtis. Il définit lui-même l’album comme un retour aux sources et le qualifie de prequel de Get Rich Or Die Tryin’. On reste cependant dubitatif vu que ce genre d’annonce s’avère souvent infondée. Initialement prévu pour 2008, il se verra sans cesse reporté officiellement pour laisser le champ libre au grand retour d’Eminem. La véritable raison serait plutôt le manque de buzz dont bénéficie 50. S’il y a encore peu son seul nom suffisait à mettre la presse et le public en émoi, il faut bien admettre que la donne a changé. L’heure n’est plus aux gangsters en carton, mais plutôt aux ringtones rappers, à l’autotune et aux sonorités mâtinées de pop music et de dance. Dans ce contexte faisant la part belle à la facilité et aux projets sans aucune originalité, Fiddy a quelque peu de mal à se retrouver. Pour ne rien arranger la crise de l’industrie du disque et ses relations tendues avec Jimmy Iovine (patron d’Interscope son label) ne lui facilitent pas la tâche au point que, paradoxalement, 50 est presque devenu un rappeur underground en 2009, tant ce dernier peine à exister entre les vedettes hip-pop et les arrivistes écervelés du ringtone rap, nouvelles idoles de la masse de joyeux crétins qui constituait naguère son public. Pas étonnant donc qu’il ait toutes les peines du monde à assurer le lancement de son album. Get Up, la première sonde, ne trouvera pas son public en dépit du renfort de Scott Storch à la production. Même sentence pour I Get It In que même le parrainage de Dr. Dre ne sauvera pas de la noyade (au sens commercial du terme). Le nouveau beef contre Rick Ross arrivera presque en sauveur. Si elle n’atteint pas l’intensité des premiers et laisse passablement indifférent, cette embrouille cousue de fil blanc aura au moins le mérite de le mettre de nouveau sous le feu des projecteurs (quoique la lumière fusse pâle et que ce beef ait d’avantage profité à Ross). Poussé dans les cordes par son nouvel « ennemi », Curtis se doit de réagir avec un album qui devrait marquer sa réconciliation avec la rue. Entretemps un autre titre produit par Dre fuit sur la toile: OK, You’Re Right. S’il laisse préfigurer un retour au fondamentaux, il est malheureusement plombé par une prod pas mauvaise mais qui s’avère à la longue trop répétitive et fini par lasser. Le premier single officiel Baby By Me (Featuring Ne-Yo) est tout aussi peu rassurant. On pourra se consoler en se disant qu’au moins il n’y a pas d’autotune dessus, mais ce titre taillé pour radios et dancefloors laisse étrangement de glace. Pis, on se prend à redouter un nouveau Curtis, à savoir un disque fourre-tout sur lequel on peut retrouver la crème des gros vendeurs du moment. C’est fort de ces appréhensions que l’écoute de l’album est entamée.
Premier constat, 50 continue dans sa logique street entamée sur l’album de la G-Unit. Si quelques producteurs de renom sont conviés(Polow Da Don, DJ Khalil, Rockwilder, Rick Rock…), une bonne moitié des sonorités est confiée à des inconnus. Même Dr. Dre et son acolyte Mark Batson se montrent bien discret en ne signant que deux titres. Autre constante, la liste des invités s’est vu sérieusement réduite. Seuls Ne-Yo, R. Kelly et son mentor Eminem auront l’honneur de s’illustrer à ses côtés. A l’écoute on relèvera surtout que l’ami Curtis a pour une fois tenu ses promesses. La couleur musicale s’avère aussi street qu’il l’avait annoncée. Pas de « T-Paineries » et autres « Kid Cudieries » au programme, on penche volontiers du côté de la soul plutôt. Pas de formules guimauvesques juste bonnes à contenter la nuée de diabétiques pré-pubères ou de combinaisons plus cotonneuses que de la barbe-à-papa. La confiserie est fermée pour cet épisode, place aux plats de résistance.
L’album démarre sur des chapeaux de roues avec le surpuissant The Invitation, bastos malheureusement trop brève usinée par un Ty Fyffe en grande forme. Ce titre donne le ton de cette première partie du disque où est concentrée la plupart des bons titres. L’enchaînement avec les titres suivants donne une triplette incandescente transpirant le soufre. Entre ses souvenirs évoqués dans Then Day Went By et le rageur et explicite Death To My Enemies, nouvelle tuerie signée Dr. Dre, on retrouve le 50 qu’on a toujours connu et auquel on aura droit tout au long de l’album. Sûr de lui, plus agressif tant dans le texte que dans le flow, il vide ses chargeurs sur la concurrence mais s’avère moins adroit que par le passé. Le sniper qu’il était rate plus souvent ses cibles qu’auparavant où s’en prend à des proies faciles qu’il a coutume de chasser, au point de ne pas convaincre grand-monde. Il égratigne ainsi Jay-Z, Game et Lil Wayne sur So Disrespectful, ersatz de Piggy Bank qui s’avère cependant plus écoutable que son original. Pour l’originalité il faudra clairement repasser. C’est le principal reproche qu’on peut faire à cet album. 50 ne s’éloigne en effet pas de ses propres sentiers battus et à défaut de se renouveler décline à l’envie les recettes qui ont fait son succès. Diss-track de circonstance (So Direspectful), titres énervés (Death To My Enemies), énième collaboration avec Eminem (Psycho), titres plus accessibles, références constantes à son passé de street soldier et on a fait le tour. N’allez cependant pas penser que cet album est sans intérêt. Il nous ressert peut-être la même chose mais a au moins le mérite de changer la forme. Il se montre toujours à son avantage sur Crime Wave, le partiellement autobiographique Stretch ou encore le soulful Strong Enough. Il ne s’en tire pas trop mal non plus sur Get It Hot, espèce de nouvel I Get Money plutôt entraînant, le correct I Got Swag ou encore le très bon Do You Think About Me, titre le plus réussi de ceux destinés au grand public.Son flow reste toujours aussi plaisant pour ceux qui y sont sensibles et il livre de bien meilleures performances que sur les décevants projets précédents.
Tout n’est cependant pas rose au royaume de 50. L’album a aussi son lot de déceptions. Si Psycho s’avère être un excellent titre, 50 se fait outshiner sans ménagements par un Eminem éblouissant de dextérité, au point qu’il varie son flow sur le troisième couplet pour essayer de tenir la cadence mais rien n’y fait. Autres moments creux le fadasse Hold Me Down qui s’avère vite irritant, le peu inspiré Gangsta’s Delight (reprise ratée du fameux Rapper’s Delight) produite par un Havoc de moins en moins convaincant aux manettes et les titres radio friendly destinés au grand public qui plombent la fin de l’album. On y retrouve les deux singles Baby By Me et OK You’re Right mais aussi le plus que dispensable Could’ve Been You que la présence de R. Kelly ne suffit pas à rehausser. Une fin plus que passable qui laisse un sentiment d’inachevé pour l’auditeur. L’album se retrouve ainsi partagé en deux parties totalement inégales. Si la première est de très bonne facture, la seconde est plus que décevante et, en dehors de quelques titres qui surnagent, a de fortes chances de finir dans la corbeille. Toutes choses qui donnent une impression finale de bâclage.
Un disque assez contrasté en définitive. Si on est plutôt satisfaits de ce retour aux sonorités streets on est cependant moins séduits par la stagnation de l’ensemble. L’album reste largement supérieur à Curtis mais ne parvient pourtant à faire l’unanimité. Il apparaît comme un projet correct sans plus, pêchant par déficit de créativité et de prise de risques. Il ne suffira en tout cas pas à lui rendre l’estime dont il bénéficiait au début du siècle, ni à rabattre le caquet à ses haters qui se feront une nouvelle joie de le tailler. Quoi qu’il en soit Before I Self Destruct a le mérite de ne pas avoir déçus ceux qu’il attendait. Bien sur il lui manque un peu de folie, mais dans le contexte actuel c’est toujours bon à prendre. 50 nous a donné exactement ce qu’on attendait de lui pour une fois, que demander de plus?
15/20
Tracklist
| # | Title | Writer(s) | Producer(s) | Length |
|---|---|---|---|---|
| 1. | « The Invitation » | Ty Fyffe, Manny Perez | Ty Fyffe, Manny Perez | 2:54 |
| 2. | « Then Days Went By » | D. Billy Jr., B. Withers | Lab Ox, Vikaden | 3:44 |
| 3. | « Death to My Enemies » | Andre Young, Mark Batson, T. Lawrence, D. Parker, Mike Elizondo | Dr. Dre, Mark Batson | 3:46 |
| 4. | « So Disrespectful » | J. Henderson, C. Whitacre | Tha Bizness | 3:39 |
| 5. | « Psycho » (featuring Eminem) | Marshall Mathers, Young, Batson, Parker, Lawrence | Dr. Dre | 4:45 |
| 6. | « Hold Me Down » | J. Groover, Y. Davis | Team Ready, J Keys | 3:19 |
| 7. | « Crime Wave » | J. Fragala, D. Zacharias, W. Witherspoon, A. Bond | Team Demo | 3:44 |
| 8. | « Stretch » | Ricardo Thomas | Rick Rock | 4:07 |
| 9. | « Strong Enough » | C. Ruelas, Q. Hysaw, C. McMurray, G. Jones, P. Sawyer | Nascent, QB Da Problem | 3:02 |
| 10. | « Get It Hot » | M. Davis | Black Key | 2:59 |
| 11. | « Gangsta’s Delight » | Kejuan Muchita, B. Edwards, N. Rogers | Havoc | 3:14 |
| 12. | « I Got Swag » | R. Frazier, W. Hutchinson, D. Jolicoeur, K. Mercer | Dual Output | 3:34 |
| 13. | « Baby by Me » (featuring Ne-Yo) | Jamal Jones, S. Smith | Polow da Don | 3:33 |
| 14. | « Do You Think About Me« | Dana Stinson | Rockwilder | 3:26 |
| 15. | « Ok, You’re Right« | Young, Batson, Parker, Lawrence | Dr. Dre, Mark Batson | 3:04 |
| International Bonus Track | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| # | Title | Producer(s) | Length | ||||||
| 16. | « Could’ve Been You » (featuring R. Kelly) | DJ Khalil, Chin Injeti | 4:20 | ||||||
| iTunes Bonus Tracks | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| # | Title | Producer(s) | Length | ||||||
| 17. | « Flight 187 » | Phoenix | 4:10 | ||||||
| 18. | « Baby by Me » (feat. Jovan Dais) | Polow da Don | 3:33 | ||||||
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