×

Rakim-The Seventh Seal 14/20

rakim-the-seventh-seal-1 Rakim-The Seventh Seal  14/20

Sortie: 17 Novembre 2009

Label: Ra Records/TVM/SMC Recordings

Producteurs: Needlz, Nottz, Jake One, Nick Wiz, Neo Da Matrix, Slyce, Y-Not, Lofey, Bassi Maestro, Poppa Pill, Samuel Christian and J Wells

10 ans. Dix années déjà que le successeur de l’excellent The Master était attendu avec impatience par tout fan de rap US se respectant. L’attente fut longue, au point que les plus pessimistes ne s’imaginaient même plus que ce disque sortirait effectivement. Il faut dire que le God MC n’a pas été épargné par les vicissitudes. Beaucoup avaient été enchantés par sa signature chez Aftermath en 2000, surtout que l’album qui devait en découler (le mort-né Oh My God! ) s’annonçait comme le classique des classiques avec une production exécutive assurée par Dr. Dre et DJ Premier (rien que ça!). L’aventure tournera malheureusement court pour cause de divergences artistiques entre Rakim et son nouveau mentor. Le divorce sera consommé en 2003, avec pour seuls souvenirs de cette collaboration son featuring sur le hit Addictive de Trurh Hurts, un titre sur la B.O. de 8 Mile (R.A.K.I.M.) et une apparition sur The Watcher 2 (titre présent sur The Blueprint 2 de Jay-Z). Les autres titres rejoindront la chambre forte à projets avortés d’Aftermath (qui s’avèrent d’ailleurs particulièrement fournie depuis les débuts du label) et seuls des extraits de mauvaise qualité fuiront sur la toile. Suivra ensuite une longue traversée du désert. Une signature sur le très éphémère label DreamWorks, une apparition aux cotés de Kanye West, Nas et KRS-One sur le single Classic et quelques apparitions fugaces dans des vidéos et quelques projets de moindre envergure. Parallèlement il décide de prendre sa destinée en main en prenant la voie de l’indépendance. C’est ainsi que nait le label Ra Records dont il est bien entendu la signature exclusive. Il ne lâche pas pour autant le micro et s’attelle à la réalisation de ce nouvel opus. Initialement prévu pour le 7 juillet 2007 (ce qui donne 07/07/07 en numérologie et témoigne de l’attrait de notre légende vivante pour le mysticisme), The Seventh Seal n’échappera malheureusement pas au principal écueil de l’industrie du disque de ces dernières années: les sempiternels reports. Ce n’est finalement que deux ans plus tard que ce projet arrivera enfin dans les bacs précédé par deux singles de très bonne facture: (Holy Are You et Walk These Streets).

Première déception la liste des producteurs conviés. Même avec un statut d’indépendant, on était en droit d’espérer qu’un artiste de la trempe de Rakim puisse tout au moins attirer quelques producteurs de génie, surtout que les rumeurs faisant état d’une livraison de DJ Premier et d’une unrealeased track usinée par Dr. Dre allait bon train. Au final les grands producteurs ne sont pas là. Pas de trace de Dre ou Primo. Pas plus de Clark Kent. Seuls artisans connus conviés: Jake One, Needlz et Nottz. Du menu fretin comparé au statut du MC en somme. Pour le reste la part belle est accordée aux inconnus (Nick Wiz, Neo Da Matrix, Slyce…).  Problème ces valeureux sous-traitants ne parviennent pas à se hisser au niveau des glorieux ex-collaborateurs du God MC) et l’album en souffre au plus grand regret des fans. Sans que les productions ne soient foncièrement mauvaises (elles sont même pour la plupart agréables à écouter), elles manquent clairement d’épaisseur et ne s’avèrent au final que globalement moyennes. Une sensation de « Peux mieux faire » hante les plages et plombe l’atmosphère générale. C’est par exemple le cas sur le moyen You & I ou le perfectible Message In The Song (sur lequel sa fille Destiny assure le refrain avec brio). Cela en devient même problématique à l’écoute de Working For You conçu à partir d’un sample ultra-grillé (William Bell, I Forgot To Be Your Lover)  ou du titre final Dedicated qui reprend sèchement le Don’t Speak de No Doubt.

Heureusement que le God MC conserve sa dextérité microphonique. Sans pour autant se révolutionner il fait étalage de beaux restes et prouve une fois de plus que sa notoriété n’est en rien usurpée. Si ses lyrics sont plutôt axés sur la religion (je devrais dire l’ésotérisme), son amour pour le hip-hop et les multiples évocations de son statut de légende vivante, notre Microphone Fiend n’en demeure pas moins efficace même si les plus pointilleux finiront par se lasser de ces thématiques. Il se permet même de donner des leçons sur l’art du rap dès le premier titre How To Emcee. Un cours magistral rondement mené qui renvoie les 3/4 des acteurs du mouvement à leurs études. On se laisse facilement séduire par l’entrainant Walk This Streets où il nous parle de la rue et de ses dangers. L’instru de Needlz a beau s’inspirer grandement de ce à quoi le bon docteur nous a habitué, il s’avère pourtant être un des meilleurs titres de l’album. Seul bémol, on se prend à regretter que leur collaboration n’est pas abouti au vu de la qualité de ce succédané ou même Maino (rare invité de l’album) parvient à s’illustrer. On en vient également à se demander quelle pouvait être la véritable nature des divergences artistiques avec Aftermath, surtout si c’est pour faire figurer ce titre dans leur plus pur style sur l’album. Autre constante dans cet album: la prédominance des refrains chantés. Pratiquement tous les titres y ont droit ce qui ne manque pas de dérouter quelque peu, surtout que les interprètes sont d’illustres inconnus). Volonté d’accessibilité (argument plus que discutable d’ailleurs) ou simple choix artistique? La seconde hypothèse est plus plausible. Dommage pour ceux qui rêvaient d’un album « à l’ancienne » avec un maximum de refrains rappés, moult scratches et invités prestigieux. Il faudra s’accomoder de cette ambiance soulful pour apprécier cet album à sa juste valeur.

Passés cet a priori, le disque s’avère plutôt convaincant. Rakim reste efficace qu’il nous parle de son amour de la musique (comme sur Put It All To Music, Still In Love ou les pré-cités Message In The Song et Working For You), de vie de rue ( Walk These Streetz et Documentary Of A Gangsta) ou d’amour (Psychic Love). Bien sur un album de Rakim ne saurait être complet sans quelques titres plus profonds au confluent de la philosophie et de la foi. Après tout n’a t’il pas nommé son album The Seventh Seal dans cette optique (titre tiré de la Bible)? Cette dimension est perceptible via des titres comme le spirituel Holy Are You (un des titres majeurs de cet opus), le profond Man Above ou encore le très bon Won’t Be Long sur le thème de la persévérance. Une brochette de titres qui donne de l’épaisseur à l’ensemble sans pour autant porté l’album vers les sommets.

Un album assez contrasté au final. Beaucoup attendaient un classique (espoir tout de même un peu naïf avouons-le) et seront au final déçu par ce disque qui n’effleure même pas ce statut. La faute à des productions trop peu efficaces et clairement indignes d’un retour autant attendu. Autant imaginer Sébastien Loeb dans une bête voiture de série. Si le talent de Rakim est resté intact, ce n’est malheureusement pas cet album qui refera de lui un des rappeurs les plus « hot ». Il fait même limite tâche dans sa disco en dépit d’une qualité certaine mais inférieure à ses prédécesseurs. On se consolera tout de même en savourant ce retour sommes toutes plus réussi que celui de la plupart des old timers du mouvement. Son principal mérite est de ne pas avoir cédé à la démagogie (même si ses thématiques peuvent s’avérer redondantes au final) et encore moins aux sirènes commerciales. Pas de guest list racoleuse, pas de producteurs qu’on trouve sur toutes les sorties du moment et surtout pas de « jeunisme » ou d’usage d’autotune. Rakim a tout au moins réussi à ne pas s’inscrire dans les tendances actuelles. Bien sur on aurait espérer bien mieux de lui, mais n’avons nous pas tendance à nous laisser aveugler par son glorieux passé? A force de la placer sur un piédestal on a tendance à oublier qu’il n’est qu’un artiste comme les autres, génial certes mais capable d’égarements comme tout le monde. Un très bon album à l’échelle des livraisons de l’année quoi qu’on dise. Gageons que sa carrière ne prendra pas fin sur cet ultime projet en demi-teinte et qu’il nous gratifiera d’un autre disque plus inspiré cette fois.

14/20

Tracklist

# Title Producer(s) Samples and notes Time
1 « How to Emcee » Slyce Additional vocals by Tracey Horton 4:13
2 « Walk These Streets » (feat. Maino) Needlz Additional vocals by Tracey Horton 4:04
3 « Documentary of a Gangsta » (feat. IQ) Y-Not Additional vocals by Keith Alexander Jr. Fogah, Mark Ruglass 4:12
4 « Man Above » (feat. Tracey Horton) Nottz 4:26
5 « You and I » (feat. Samuel Christian) Samuel Christian and J Wells 4:42
6 « Won’t Be Long » (feat. Tracey Horton) Jake One Bass, Keys and Guitar by G Koop 4:49
7 « Holy Are U » Nick Wiz Cuts by SlyceAdditional Writing by David Axelrod 4:06
8 « Satisfaction Guaranteed » Neo Da Matrix 4:26
9 « Working for You » Bassi Maestro(Uncredited) « I Forgot To Be Your Lover »-1968, performed by William Bell, produced by Booker T. Jones.
this instrumental is taken from « Tu Non Mi Rispetti » performed by Bassi Maestro and Rido, produced by Bassi Maestro from the album « Esuberanza« -2003.
4:18
10 « Message in the Song » (feat. Destiny Griffin) Lofey 3:52
11 « Put it all to Music » Poppa Pill 4:02
12 « Psychic Love » Nick Wiz 3:28
13 « Still in Love » Nick Wiz 2:42
14 « Dedicated » Nick Wiz « Don’t Speak » by No Doubt 3:35
15 « Euphoria » (feat. Styles P, Jadakiss & Busta Rhymes) Ty Fyffe Exclusive bonus track via www.rakim.com only, announced to the buyers of the album 4:46

Partagez ce contenu :

Laisser un commentaire