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Les équipes maudites: la génération Gullit – Van Basten

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Intéressons-nous à la sélection néerlandaise des années 80 à la première moitié des années 90.

Premiers faits d’armes et premières déceptions

Vice-champions du monde en 1974 et 1978, les Pays-Bas ont largement perdu de leur superbe au début des années 80 suite au départ de la génération Cruijff-Neeskens. Principale raison de cette disgrâce, un invraisemblable creux générationnel. Faute de joueurs de talent, la sélection batave est devenue une équipe quelconque qui ne fait plus peur à personne. Pourtant, de jeunes pousses prometteuses émergent dans les grands clubs néerlandais et font le bonheur de la sélection espoirs: Gerald Vanenburg, les frères Erwin et Ronald Koeman, Ruud Gullit, Frank Rijkaard, Marco Van Basten… Vu les carences de la sélection A, ils seront rapidement surclassés et honoreront leurs premières capes dès le début des années 80 pour certains. Malheureusement, ils joueront de malchance lors des éliminatoires de l’EURO 84. A la lutte avec l’Espagne, ils finissent avec le même total de points que la Roja mais cette dernière parvient à se qualifier de façon miraculeuse en remportant son dernier match de poule sur un score-fleuve (12-1 contre Malte). Lors des éliminatoires du Mondial 1986, ils finissent deuxièmes de leur poule derrière la Hongrie et doivent passer par les barrages. Opposés à la Belgique, ils se font sortir par la règle du but à l’extérieur (0-1 ; 2-1).

Montée en puissance et consécration

Malgré ces deux échecs, la jeune équipe gagne en maturité et progresse en même temps que ses individualités qui deviennent les joueurs-phares de cette deuxième moitié de décennie. Emmenée par le trio Gullit -Van Basten – Rijkaard, l’équipe compte aussi les frères Koeman, John Bosman, Vanenburg, Jan Wouters qui sont plus que des seconds couteaux ainsi que le gardien Hans Van Breukelen (seul joueur de l’équipe à avoir pris part à un tournoi international, l’EURO 1980). Cette combinaison de joueurs de grand talent parviendra enfin à redonner ses lettres de noblesse aux Oranje. Ce changement de statut porte aussi la patte de l’historique Rinus Michels, revenu au poste de sélectionneur pour encadrer cette nouvelle génération dorée. Dans une poule équilibrée (Hongrie, Pologne, Grèce, Chypre), les bataves se qualifient sans souci pour l’EURO 1988, finissant invaincus. Confrontés à l’Angleterre, l’URSS et l’Eire en poule, ils finissent deuxièmes derrière l’Union Soviétique et valident leur billet pour les demi-finales. Ils y affrontent la RFA, pays organisateur. Lothar Matthäus ouvre le score pour les ouest-allemands mais Ronald Koeman égalise sur penalty avant que Van Basten ne parachève la victoire batave en fin de match (2-1). Opposés à l’URSS en finale, les Oranje prennent cette fois la mesure de leur adversaire et le duo d’attaque GullitVan Basten scelle le succès néerlandais (2-0). Pour la première fois, les Pays-Bas remportent un titre majeur, avec la manière qui plus est. Cette victoire fait entrer cette équipe au panthéon du sport récompensant une nation qui a trop souvent dû se contenter des places d’honneur.

Querelles internes

Désormais favorite de toutes les compétitions auxquelles elle prend part, l’armada Oranje aura du mal à s’accommoder de ce statut. Michels cède sa place de sélectionneur à Thils Libregts. Ce dernier ne parviendra pas à imposer sa patte aux cadres de l’équipe et se retrouvera en conflit avec ses joueurs. Pour ne rien arranger, les bataves sont dans une poule difficile lors des éliminatoires du Mondial 1990 (RFA, Finlande, Pays de Galles). S’ils finissent invaincus et en tête du groupe, ils ne parviendront pas à battre les ouest-allemands lors de leur double confrontation. Les deux formations ne s’appréciant guère, cette panne de victoire est vécue comme un échec. La tête de Libregts est réclamée et il est démis de ses fonctions après que la qualification fut acquise. Leo Beenhakker le remplace. Ce changement de sélectionneur est loin de recueillir l’assentiment des joueurs. En effet, ceux-ci s’étaient prononcés en faveur de Johan Cruijff. Mais les relations tendues entre ce dernier et Rinus Michels (alors présent à la fédération) rendent l’opération impossible (Cruijff ne semblait pas non plus particulièrement emballé). Conséquence, Beenhakker aura du mal à se faire accepter de ses joueurs et ne parviendra finalement jamais à faire de cette association de talents une équipe en raison de la défiance que les cadres nourrissaient à son égard. L’union sacrée n’est pas non plus au rendez-vous entre joueurs. L’ego a pris le pas sur le collectif et des clans sont apparus.

Le fiasco du Mondial 1990

Au moment d’entamer le Mondial 1990, l’ambiance n’est pas au beau fixe mais la formation a fière allure sur le papier. Outre les vainqueurs du précédent EURO, l’équipe est renforcée par de jeunes loups aux dents longues (Richard Witschge, Danny Blind, Aron Winter, Bryan Roy…). Tout laisse croire que la coupe du monde 1990 sera celle des Pays-Bas, surtout que le groupe de qualification semble à sa portée (Angleterre, Eire, Egypte). Et pourtant, à l’image de ce Mondial peu enthousiasmant, ce groupe sera l’un des plus ennuyeux de l’histoire des coupes du monde. Les Pays-Bas brillent par la pauvreté de leur jeu qui manque de liant et misent beaucoup trop sur les exploits individuels. Face aux défenses cadenassées de leurs adversaires, les bataves ne trouvent que rarement la solution et se qualifient de façon laborieuse (trois nuls et deux malheureux buts inscrits) pour les huitièmes de finale. Seulement troisièmes de leur poule (l’Eire, qui a terminé à égalité parfaite avec les Pays-Bas, a été désignée deuxième au tirage au sort), ils doivent croiser le fer avec la RFA dès ce stade de la compétition. Les tensions entre les deux équipes font de ce match une guerre de tranchées. Rijkaard se fait expulser prématurément pour avoir craché sur Rudi Völler. Gullit insuffisamment remis d’une blessure ne peut faire la différence et Van Basten, totalement muselé par l’arrière-garde allemande est inexistant. Les Oranje livrent pourtant leur match le plus abouti mais s’inclinent (1-2) et sont éliminés de la compétition. Une issue cruelle et frustrante pour une équipe qui aura déçu durant cette coupe du monde. Symbole de ce fiasco, Van Basten finit tristement ce tournoi avec zéro but inscrit.

Tentative de reconquête

Après un si gros échec, la fédération fait tout de même l’économie d’une révolution. Seul changement majeur, un énième retour de Rinus Michels sur le banc. Pour le reste, on prend les mêmes et on recommence. Ulcéré par sa coupe du monde ratée, le groupe apparaît revanchard à l’entame des éliminatoires de l’EURO 1992. Malgré tout, ils perdent dès le premier match des qualifications contre le Portugal. Heureusement, ils retrouvent vite de l’allant et dominent de la tête et des épaules leurs adversaires (Grèce, Malte, Finlande et Portugal), finissant premiers de la poule. Le groupe enregistre de nouveaux renforts (Dennis Bergkamp, Frank de Boer, Wim Jonk, Rob Witschge) et semble encore plus fort que par le passé (moins en réussite Vanenburg, Erwin Koeman et Richard Witschge sont écartés). Ils se montreront sous leur meilleur jour lors de l’EURO suédois finissant premiers d’une poule comptant l’Allemagne, l’Ecosse et la CEI (Ex-URSS). Ils s’offriront même une victoire de prestige sur leur rivaux allemands (3-1). En demi-finales, ils semblent avoir tiré le gros lot. Invité-surprise de la compétition, personne ne donne cher de la peau du Danemark (appelé d’urgence pour suppléer la Yougoslavie quelques jours avant le début du tournoi). Et pourtant les bataves vont se casser les dents sur la défense rugueuse de la Danish Dynamite, menée par un Henrik Larsen en pleine bourre (deux buts inscrits). Les Pays-Bas qui ont été mené deux fois au score, parviennent à égaliser (2-2 après prolongations). C’est aux tirs au but que la décision se fera. Peter Schmeichel arrête la tentative de Van Basten et permet au Danemark de se qualifier pour la finale. Les Oranje perdent cruellement leur titre.

Une fin en queue de poisson

Ce nouveau raté donne de bonnes raisons de reconstruire l’équipe. Dick Advocaat devient sélectionneur. S’il ne change pas grand-chose dans un premier temps, les circonstances vont l’obliger à rajeunir son groupe et confier les clés à la nouvelle génération symbolisée par Bergkamp. Van Basten et Gullit, en proie aux blessures passent plus de temps à l’infirmerie que sur les terrains. Rijkaard et Ronald Koeman commencent eux aussi à accuser le poids des années. Advocaat intègre de nouveaux joueurs (Ronald de Boer, Van der Sar, Numan, Overmars, Van Vossen…) en rappelle d’autres (John Bosman notamment) et prépare un peu malgré lui le terrain pour la future génération. Seul avantage, la sélection enchaîne immédiatement sur un nouveau cycle et réussit parfaitement la transition entre générations. Les Pays-Bas se qualifient pour la coupe du monde 1994 devant l’Angleterre, la Pologne, Saint-Marin et la Turquie mais derrière la surprenante Norvège. Des champions d’Europe, il ne reste que Rijkaard, Ronald Koeman, Bosman, Wouters et Winter. Blessé, Van Basten n’a pas été retenu. Quant à Gullit, en conflit avec Advocaat, il est tout bonnement écarté. Les Pays-Bas ne souffriront pas de ces absences, finissant en tête de leur poule devant le voisin belge, l’Arabie Saoudite et le Maroc. En huitièmes, ils triomphent de l’Eire (2-0). Opposés au Brésil en quarts, ils sont vite menés mais parviennent à remonter leur retard de deux buts. Malheureusement, ils encaissent un troisième but dans la foulée et se font éliminer (2-3).

Cette élimination marque la fin de l’aventure en sélection pour la vieille garde. Ronald Koeman, Wouters et Rijkaard rejoignent le cimetière des éléphants laissant la place à une génération ultra-talentueuse. Si cette équipe néerlandaise est encore à ce jour la seule à avoir remporté un trophée, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait pu faire nettement mieux, en coupe du monde notamment où elle n’a en définitive pas brillé, contrairement à son illustre devancière. A sa décharge, elle a fait plus que remettre les Pays-Bas sur la carte du football. Elle a définitivement fait de ce pays une place forte du football mondial.

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