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La galère des auteurs édités en occident

A l’occasion du dernier SILA (Salon International du Livre d’Abidjan), j’ai eu à m’entretenir avec pas mal de confrères, notamment ceux qui ont été édités en occident (France ou Amérique du Nord). L’un d’entre eux, qui n’avait pu prendre part au salon en temps qu’exposant, me faisait part de sa frustration. La seule raison pour laquelle il n’avait pu exposer était que les exemplaires de son ouvrage n’avaient pu être livrés à temps. Son éditeur étant basé au Canada, il avait toutes les peines du monde à faire connaître son oeuvre sous nos tropiques. D’autres auteurs édités à l’étranger m’ont rapporté les mêmes difficultés, même ceux signés chez des maisons d’édition renommées. A se demander si c’est réellement une bonne idée de se faire éditer hors d’Afrique.

Je vais être franc. Sauf si c’est chez un petit éditeur avec peu de visibilité ou un pseudo-éditeur comme ceux qui pullulent sur la toile, c’est toujours mieux de se faire éditer en occident. L’accompagnement y est meilleur et les droits de l’auteur sont davantage respectés quoi qu’on dise. Malheureusement, le prix à payer est que le plus souvent, vous vous ghettoïsez dans votre propre pays. J’en ai fait l’expérience quand je me suis mis en quête de l’ouvrage de Gauz, Camarade Papa. Ce fut une vraie galère pour trouver le livre qui était en rupture de stock chez les meilleurs libraires ou carrément indisponible. Un comble quand on sait qu’il a été récompensé par le Prix Ivoire pour la littérature africaine d’expression francophone. Je m’étais heurté à la même difficulté lorsque j’avais voulu me procurer sa première oeuvre Debout-Payé il y a quelques années. Certains chefs de rayons n’avaient même jamais entendu parlé de ce livre et encore moins de l’auteur et de l’éditeur Le Nouvel Attila.

Le principal problème est que l’Afrique est loin d’être le cœur de cible de la stratégie des éditeurs occidentaux. Les ventes sur le continent sont ridicules (à l’échelle occidentale). Pourquoi donc se décarcasser à y faire une distribution tous azimuts pour vendre peu de livres en définitive? Si vous n’avez pas eu la chance d’être primé ou de bénéficier d’une certaine notoriété dans votre pays, il y a peu de chances que votre livre soit disponible dans les librairies africaines. Et pour qu’il le soit, vous devrez parfois allez démarcher vous-même les libraires. Il faut dire que ces derniers rechignent à importer des ouvrages édités en occident. La procédure serait fastidieuse selon certains et les ventes pas au rendez-vous. En effet, le livre édité en occident est commercialisé au prix du marché européen ou américain. Ce qui, au vu de nos différences de pouvoir d’achat, s’avère plutôt onéreux. Peu de lecteurs sont prêt à investir entre 9 et 15.000 F CFA pour un seul livre. Bilan des courses, le livre leur reste sur les bras. On comprend mieux leurs réticences.

Finalement se faire éditer en occident pour un auteur africain revient à écrire pour tout le monde, sauf pour son propre pays. Même vous l’auteur aurez un mal fou à faire commercialiser votre ouvrage. Du coup pour les dédicaces et les salons, vous n’êtes pas sortis de l’auberge. De plus si vous ne bénéficiez pas de bonne presse, vous serez un inconnu de plus dans le paysage littéraire national. Si par contre vous résidez en Europe ou en Amérique la donne est différente, mais il faudra tout de même accepter l’idée que votre livre passe inaperçu dans votre pays d’origine.

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