Les bons joueurs qui n’ont jamais joué de coupe du monde
Rendez-vous ultime pour tout footballeur professionnel, la coupe du monde est la consécration de toute une carrière. Ne pas la disputer est perçu par beaucoup comme un gros manque, tant cette compétition revêt de l’importance pour tous, qu’il s’agisse des joueurs ou des simples fans. Il arrive cependant que certains très bon joueurs n’aient jamais eu l’opportunité de la disputer. Si la majeure partie de ceux qui sont dans ce cas évoluent dans des sélections mineures n’étant pas en mesure de se qualifier pour la phase finale, certains ont fait les frais des blessures, méformes ou tout simplement des choix de leurs sélectionneurs respectifs. Focus sur quelques-uns de ces joueurs de talent qui n’ont jamais eu la chance de disputer une coupe du monde.

Alfredo Di Stefano (Argentine puis Espagne)
Bien qu’ayant porté les couleurs de trois sélections (il a disputé quelques matchs non-officiels avec la Colombie), la légende merengue n’a jamais eu l’opportunité de disputer une coupe du monde. Son passage en sélection argentine coïncide avec une période de creux international due à la deuxième guerre mondiale (la dernière coupe du monde remontait à 1938). Il remporte tout de même la Copa America 1947 avec son pays de naissance. Banni de l’Albiceleste par la FIFA pour avoir joué avec la Colombie (la sélection était à l’époque non-reconnue par la FIFA), il ne peut prendre part aux éliminatoires de la coupe du monde 1954. Naturalisé espagnol en 1956, il est finalement intégré à la Roja, mais la sélection espagnole échoue à se qualifier pour le Mondial 1958. Elle aura plus de réussite pour l’édition 1962. S’il a pris une part active dans cette qualification, Di Stefano joue de malchance. Blessé durant la préparation, il est tout de même intégré à la sélection dans l’espoir qu’il soit remis pour le second tour. Versée dans un groupe relevé comptant le Brésil (tenant du titre et futur vainqueur), la Tchécoslovaquie (futur finaliste de l’édition) et le Mexique, la Roja est sortie dès le premier tour. Di Stefano, alors âgé de 36 ans, ne dispute pas la moindre minute du tournoi du fait de sa blessure. Il décide de mettre un terme à sa carrière internationale après cet échec.

George Best (Irlande du Nord)
S’il a connu les sommets européens avec Manchester United, le très populaire ailier nord-irlandais n’aura cependant jamais connu l’honneur de disputer une coupe du monde du fait de sa nationalité. Lorsque son pays se qualifie pour sa première coupe du monde en 1958 il n’a que 12 ans et son passage en sélection coïncide avec une période de marasme sportif. Il mettra son immense popularité en jeu pour demander à ce qu’une sélection de l’Irlande unifiée soit autorisée à compétir, en vain. L’Irlande du Nord n’ayant jamais pris part à un EURO de toute son histoire, George Best n’a donc jamais vécu de phase finale de compétition internationale. Un des plus gros manques à une carrière bien remplie.

Salif Kéita (Mali)
Pilier de Saint-Etienne puis de Marseille, Valence et du Sporting CP dans les années 60 et 70, le lauréat du premier ballon d’or africain n’aura cependant jamais la chance de disputer de coupe du monde. Sélectionné en équipe du Mali dès 1963 (il a alors 16 ans), il en aura été très longtemps le meilleur joueur mais aura surtout été l’homme des rendez-vous manqués. Blessé, il manque la finale de la CAN 1972 (perdue contre le Congo-Brazzaville) après avoir activement contribué à la qualification. Une mésaventure qui n’est pas sans rappeler ses échecs précédents aux Jeux Africains de 1965 et en coupe des clubs champions en 1965 et 1966. Pour ce qui est de la coupe du monde, il fait indirectement les frais du peu de crédit accordé au football africain à l’époque (une seule place qualificative en coupe du monde pour tout le continent). Dans une sélection sommes toutes assez limitée, il ne peut tout faire et ne pourra donc jamais montrer l’étendue de son talent dans la compétition-reine.

Mark Hughes et Ian Rush (Pays de Galles)
Attaquant vedette du championnat anglais sous le maillot de Manchester United, le prolifique Mark Hughes est logiquement le pilier de l’attaque de la sélection Galloise même s’il s’y montre moins décisif (16 buts en 72 capes). Seul problème, au sein d’une équipe très moyenne, il ne peut jouer les premiers rôles avec les Dragons (surnom de la sélection Galloise). Il rate toutes les campagnes qualificatives et ne parvient pas à redonner des couleurs à une sélection limitée en dépit de la présence à ses côtés de Ian Rush (28 buts en 73 capes, record de la sélection), la légende liverpuldienne. Les deux hommes auront beau se démener cela ne sera jamais suffisant. Résultat en dépit de carrières parfaitement menées jamais ce duo de feu ne jouera d’EURO ou de coupe du monde. Un vrai gâchis.

Éric Cantona (France)
La carrière en sélection d’Éric Cantona peut se résumer en une longue suite de rendez-vous manqués. En Espoirs, il manque le titre de champions d’Europe du fait de sa suspension pour avoir injurié le sélectionneur des A, Henri Michel. Michel Platini ne lui en tient cependant pas rigueur quand il prend les rênes des Bleus et en fait un de ses hommes de base. Son duo avec Jean Pierre-Papin sera l’un des plus efficaces de l’époque mais n’aura pas le rendement habituel lors de l’EURO 1992 où la France est éliminée dès le premier tour. Canto ne le sait pas encore mais ce sera sa seule compétition internationale en sélection. Il manque par la suite la qualification pour la coupe du monde 1994. Lors de la phase de reconstruction, Aimé Jacquet en fait dans un premier temps son capitaine mais suite à sa suspension de huit mois, il sort de l’équipe qui finit par se passer de lui. Résultat il est écarté et ne prend pas part à l’EURO 1996. A la fin de la saison 1996-1997, il arrête sa carrière.

David Ginola (France)
A la différence de Cantona qui n’aura jamais été inhibé en sélection, David Ginola n’aura lui jamais convaincu quant à sa capacité à apporter quelque chose en équipe de France. Cantonné à un rôle de remplaçant de luxe, il ne fera jamais l’unanimité en Bleu. Pis, « coupable » d’avoir effectué un centre dans les dernières minutes du match décisif pour la qualification à la coupe du monde 1994 (la Bulgarie marquera le but victorieux sur le contre qui en a résulté) , il deviendra le bouc émissaire de cette élimination traumatisante. Sa carrière en bleu ne s’en relèvera jamais. Trop peu convaincant dans le onze d’Aimé Jacquet, il n’est pas retenu pour l’EURO 1996. Sa chance est passée et en dépit de saisons pleines en Premier League où il s’est imposé comme l’un des meilleurs joueurs du championnat, il ne sera jamais rappelé en Bleu, la sélection ayant appris à tourner sans lui.

Abedi Pelé (Ghana)
Appelé en sélection ghanéenne dès ses débuts professionnels, il y remportera vite une CAN en 1982 mais aura par la suite une carrière internationale discrète, à l’image de sa sélection qui a raté tous les rendez-vous après un CAN 1984 décevante. Par la suite, la star de l’Olympique de Marseille retrouvera de l’allant avec les Black Stars, dans la foulée de la montée en régime d’une génération dorée, mais ses ambitions seront contrariées par deux fois par la Côte d’Ivoire lors des CAN 1992 et 1994. Le chemin menant à la coupe du monde sera encore plus tortueux. Avec seulement deux, puis trois places attribuées à l’Afrique, le challenge est plus que relevé et le Ghana n’arrivera pas à jouer les premiers rôles. Après une dernière CAN une fois de plus infructueuse en 1998, il prend sa retraite internationale. Ce n’est qu’en 2006 que le Ghana disputera sa toute première coupe du monde, six ans après la fin de sa carrière.

Ian Wright (Angleterre)
Révélé à Crystal Palace, c’est pourtant à Arsenal, club qu’il rejoint en 1991 que Ian Wright aura ses lauriers. Leader offensif incontesté des Gunners, il aura cependant beaucoup plus de mal à convaincre en sélection. Ayant été révélé sur le tard (il n’a explosé qu’à 27 ans), il est convoqué avec les Three Lions seulement en 1991. Non retenu pour l’EURO 1992, il s’imposera tout de même par la suite, devenant titulaire lors des éliminatoires de la coupe du monde 1994. Malheureusement l’Angleterre ne parvient pas à se qualifier et rate le rendez-vous. Pour l’EURO organisé à domicile, il ne parvient pas à convaincre Terry Venables qui lui préfère le duo Shearer-Sheringham. Glen Hoddle, son successeur, lui accordera davantage de confiance et l’appellera régulièrement lors des éliminatoires de la coupe du monde 1998. Il semble alors acquis qu’il figurera dans la liste des 22 mais la malchance s’en mêle. Une blessure le contraindra à y renoncer. A 35 ans, c’était sa dernière chance de disputer une compétition majeure avec l’Angleterre.

George Weah (Liberia)
S’il fut incontestablement l’un des meilleurs attaquants des années 90 et un joueur majeur de la décennie, George Weah n’a eu, dixit certains éditorialistes tendancieux de l’époque, pour seul défaut que d’être libérien. En effet, Mister George était international avant même son arrivée en Europe. Par la suite, son pays étant ravagé par la guerre civile, le football sera mis entre parenthèses, tout comme sa carrière internationale. Il devra mettre en jeu ses moyens personnels pour que le Liberia ait de nouveau une équipe nationale et puisse prendre part de façon assez inattendue à la CAN 1996. Celui qui restera à jamais le premier ballon d’or non-européen n’aura eu, du fait de tous ces problèmes politiques, qu’une carrière internationale très modeste. En revanche, il a été le symbole de toute une nation meurtrie par des années de conflit et de générations entières de jeunes footballeurs africains que ses exploits ont décomplexés.

Japhet N’doram (Tchad)
Pilier du FC Nantes des années 90, Le Sorcier de la Beaujoire aura marqué le football français par sa technique et sa vision du jeu. Si son parcours en club est une réussite, il n’en est pas de même pour son aventure avec la sélection tchadienne. Victime tout autant des soubresauts politiques que de l’incompétence des dirigeants et des difficultés financières, sa carrière internationale est une espèce de chemin de croix. Incapable d’honorer le paiement de ses cotisations à la CAF, la sélection tchadienne est momentanément suspendue de toutes compétitions nationales organisées par la CAF. L’équipe étant bien trop limitée pour espérer quoi que ce soit dans les éliminatoires de coupe du monde, N’Doram ne peut compter que sur son club pour briller. Finalement il ne disputera jamais aucun tournoi quel qu’il soit avec le Tchad. Une bien triste issue pour un joueur aussi talentueux.

Fabrizio Ravanelli (Italie)
Buteur prolifique en club, Fabrizio Ravanelli aura mis plus de temps à s’imposer en sélection n’étant jamais un titulaire indiscutable. Cependant il est régulièrement appelé par Arrigo Sacchi et sera retenu pour l’EURO 1996 dans la foulée de sa saison réussie avec la Juventus. Par la suite, Cesare Maldini continuera de lui accorder sa confiance durant les éliminatoires de la coupe du monde 1998. Au terme de la laborieuse qualification de l’Italie, Cesare Maldini le retient pour le tournoi final. Malheureusement, Penna Bianca jouera de malchance et se blessera durant la phase de préparation. C’est finalement Enrico Chiesa qui le remplacera dans la liste des 22, un contretemps qui signe en même temps la fin de sa carrière internationale. Malgré une saison 1998-1999 plus aboutie, il ne trouve pas grâce aux yeux de Dino Zoff qui préfère miser sur Vieri, Filippo Inzaghi et la triplette romaniste Totti-Montella-Delvecchio. Ravanelli ne sera plus jamais convoqué et du fait de ses saisons suivantes moins fructueuses, sa mise à l’écart est largement justifiée.

Ryan Giggs (Pays de Galles)
En dépit d’une carrière des plus brillantes et d’un palmarès comptant parmi les plus riches en club, Ryan Giggs aura dû attendre 2012 (et l’âge de 38 ans) pour enfin connaître l’ivresse d’une compétition en sélection à la faveur des Jeux Olympiques de Londres disputé avec la British Team. Avant cette découverte tardive, Giggs du fait de sa nationalité Galloise n’avait jamais pris part à la phase finale d’un tournoi majeur. Le Pays de Galles, loser ultime du Royaume-Uni ne s’est plus qualifié pour une compétition depuis l’EURO 1976, et malgré des éléments talentueux s’y étant succédés (Hughes, Ian Rush, Speed, Bellamy…) n’a jamais réussi à faire oublier cette « malédiction ». Giggs a au total porté 65 fois le maillot Gallois (13 buts). Avant d’être appelé en sélection britannique il avait pris sa retraite internationale en 2007.

Jari Litmanen
Véritable légende vivante dans son pays, c’est avec l’Ajax d’Amsterdam que l’excellent Jari Litmanen est révélé au monde du football. Ce milieu offensif finlandais est l’un des meilleurs de sa génération et aurait certainement eu encore plus de lauriers s’il avait été d’une autre nationalité. Cependant jamais la Finlande n’est parvenue à disputer de phase finale, restant cantonnée au statut de faire-valoir faute de joueurs de talent. Pourtant Litmanen ne cesse de se battre pour elle. A 41 ans, il est toujours présent au sein des Huuhkajat avec qui il compte 137 capes pour 32 buts inscrits. Tout le mal qu’on pourrait lui souhaiter ce serait que son pays se qualifie pour une compétition majeure, ne serait ce que pour récompenser une carrière aussi longue que brillante.
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