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Le cas Lucho Gonzalez

Lucho-Gonzalez Le cas Lucho Gonzalez

A l’orée de la saison 2009-2010 et dans la foulée de l’intronisation de Didier Deschamps comme entraîneur, les ambitions de l’Olympique de Marseille étaient on ne peut plus élevées et un recrutement de choix avait été fait pour à la fois bien figurer en Ligue des Champions et remporter enfin ce titre qui fuyait la Canebière depuis 1993. C’est ainsi que fut transféré l’excellent milieu du FC Porto, Lucho Gonzalez, un joueur que désirait absolument Deschamps et qui aura coûté la bagatelle de 24 millions d’euros (18 plus 6 en fonction des résultats marseillais). Deux ans et demi plus tard, l’argentin qui trainait son mal-être sur les pelouses de Ligue 1 depuis le début de la saison est cédé à son ancien club pour seulement 2 millions d’euros. Il aura laissé une impression mitigée au sein du club phocéen. Son passage n’aura il est vrai pas été une franche réussite, mais peut on raisonnablement parler d’échec? Petit décryptage.

1. Des débuts difficiles

Présenté comme un phénomène dès son arrivée, El Commandante jouit alors d’une aura favorable et déclenche une campagne d’emballement médiatique propre à son statut de recrue-phare marseillaise. Il faut dire que le souvenir que la plupart des médias sportifs et des fans de foot avaient de lui, c’était celui de ses prestations convaincantes en Ligue des Champions ainsi que sa coupe du monde 2006 réussie. Malheureusement l’adaptation ne se fera pas en douceur et la malchance viendra même s’en mêler. Le milieu se fracture la clavicule durant un match de préparation et d’une blessure à l’autre se retrouve forfait pour un bon tiers de la saison. L’OM qui fondait de grands espoirs sur lui pour s’illustrer en C1 doit déchanter. Lorsqu’il retrouve la forme cependant la donne change. Il gagne sa place dans l’effectif phocéen en dépit  de quelques matches empruntés et fini par s’imposer même comme une pièce maitresse du onze de Deschamps. Sa complémentarité avec Mamadou Niang fait des merveilles et contribue à relancer une équipe qui semblait larguée dans la course au titre. Il finira d’ailleurs meilleur passeur de l’année et remportera le championnat. Pas suffisant cependant pour convaincre Diego Maradona de l’inclure dans sa liste des 23 pour la coupe du monde Sud-Africaine.

2.Sous le feu des critiques

Sa première saison aura beau avoir été prometteuse, l’international argentin ne fait pas l’unanimité. Son style de jeu tout en déviations et en dribbles pas franchement spectaculaires n’est pas du goût de tous, certains supporters et consultants n’hésitant pas d’ailleurs à le considérer comme une arnaque. Tout le monde se rend bien vite compte qu’il n’est pas un Messi, sans mauvais jeu de mots. Raillé pour sa lenteur, son prétendu manque d’impact dans le jeu et son incapacité à faire la décision à lui tout seul, Lucho garde cependant les faveurs de son entraineur qui continue à l’aligner régulièrement. Sa nonchalance a beau exaspérer une grande partie des footeux, Deschamps lui maintien sa confiance, et ce en dépit de performances en dents de scie. Lui a sans doute compris que tout le monde en attendait trop de ce joueur qui n’est pas homme à enflammer le stade en effaçant trois adversaires avant de marquer, à tenter des gestes inimaginables et à porter à lui tout seul son équipe. De plus le départ de Niang et l’arrivée de nouveaux attaquants ne l’a pas non plus aidé. L’entente avec Rémy ou Gignac (quoique) n’est pas aussi probante qu’avec l’attaquant sénégalais. Lucho brille donc par intermittences, manque de régularité et la question de son positionnement devient même un nouveau casse-tête pour son entraineur qui finira par l’essayer à quasiment tous les postes axiaux du milieu.

3.Incertitudes et drames personnels

Si sur le terrain ses performances restaient tout de même acceptables, un événement va venir bouleverser le fragile équilibre de son quotidien. En mars 2011, il est victime d’une agression à son domicile de la part de quatre cambrioleurs. S’il n’aura eu aucune blessure physique suite à ce home-jacking, le moral du joueur et de sa famille sera lui atteint au plus haut point. Dès lors Lucho semble avoir perdu la joie de jouer et semble encore moins concerné par le jeu. Une mauvaise passe qui s’étendra sur presque toute l’année civile et fera de lui la tête de turc de certains médias. A l’intersaison 2011, son sort semble d’ailleurs scellé et son départ pour l’AS Roma programmé. Cependant le transfert capote et Lucho doit se résoudre à  commencer la nouvelle saison avec l’effectif olympien malgré son désir de partir pour faire le deuil de cette agression. Résultat un début de saison encore plus poussif que lors des deux précédents exercices. Marseille rate totalement son début de saison comme d’habitude depuis quelques années et l’argentin se retrouve une fois de plus pris en grippe par la presse qui le met de nouveau au centre de toutes les polémiques phocéennes. Son statut de titulaire est même remis en cause et devant ses performances empruntées, Deschamps fini par le sortir de son onze de départ. Devenu remplaçant, il s’acquittera cependant au mieux lorsqu’on fera appel à lui, malgré des statistiques faméliques (deux buts seulement et aucune passe décisive). Et même s’il semblait y avoir un regain de forme ces dernières semaines, ses dirigeants ont tout de même décidé de s’en défaire afin d’alléger la masse salariale du club.

4.Que retenir de son passage à Marseille?

On pourrait affirmer un peu facilement que son arrivée coïncide avec la résurrection de ce club qui ne gagnait rien depuis son titre de champion de D2 en 1995. Cependant ce serait minimiser l’impact tout entier du bloc-équipe qu’est l’OM, efficace à défaut d’être spectaculaire. Contrairement à ce qui pourrait transparaitre si on se réfère à la presse spécialisée et à certains blogs, Lucho est loin d’avoir été un échec sur toute la ligne. Sans être flamboyant dans le jeu, il s’est avéré être une recrue précieuse et même s’il n’a pas fait de grosses vagues il s’en est plutôt bien tiré. Après on pourra arguer qu’il n’a pas montré grand-chose et n’aura finalement pas été la star qu’on nous a présentée lors de sa signature, mais la vérité est que son prix d’achat et son salaire mirobolant ont plus pesé dans l’idée qu’on s’en est fait. En définitive très peu de gens l’avaient vu évoluer sous le maillot de Porto (faute de quoi ils auraient été un peu moins surpris. Encore que ce championnat étant moins tactique que la Ligue 1 il y avait matière à douter) et l’aspect financier à suffit à faire naître plein de fantasmes à son sujet. Lucho n’aura donc été qu’un bon joueur, pas un magicien du ballon rond où un monstre de charisme. La seule chose qu’on pourra affirmer est que l’OM l’a acheté à un prix prohibitif et que beaucoup de fans de foot ont essayé de voir en lui un joueur qu’il n’était pas et à établir des comparaisons qui au fond n’avaient pas leur raison d’être. Quoi qu’il en soit la page est tournée et Marseille pourrait sortir perdant de cette opération vu qu’il n’a pas été remplacé. Ce qui pourrait causer quelques soucis à Didier Deschamps quand on sait que le club joue toujours sur quatre tableaux. S’il y en a bien un qui le regrettera à coup sûr c’est bien lui.

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