Fernando Torres, El Niño
Star incontestée du football mondial dans les années 2000, Fernando Torres a malheureusement connu une fin de carrière moins probante du fait de sa nette baisse de régime dans les années 2010. Ce déclassement ne doit cependant pas faire oublier le buteur qu’il était. Talent précoce, il martyrisa les défenses mondiales avant qu’une crise de confiance ne plombe ses performances. Complètement rentré dans le rang par la suite voire moqué, il a tout de même eu une belle et brillante carrière durant laquelle il a raflé tous les titres majeurs en club et en sélection, sauf un titre de champion de première division.

Premiers pas
Madrilène pure souche (il est né à Fuenlabrada dans la banlieue de Madrid le 20 mars 1984), Fernando José Torres Sanz voit le jour dans une famille de supporters de l’Atlético Madrid. Il tape dans ses premiers ballons au sein du petit club de Parque 84 qu’il intègre à l’âge de cinq ans. Il y évolue alors comme gardien de but. La donne change lorsqu’il rejoint Mario’s Holanda, un club du voisinage, à sept ans. Il y est repositionné avant-centre et se montre plutôt habile devant le but. Il attire logiquement les convoitises de clubs plus huppés. À dix ans, il est recruté par le Rayo 13. Il y inscrit 55 buts dès sa première saison. Les recruteurs de l’Atlético Madrid le repèrent et lui offrent un accessit pour leur centre de formation. À onze ans, Fernando Torres intègre les équipes de jeunes des Colchoneros et y effectue ses classes. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes des sélections de jeunes (il sera appelé dans toutes les catégories dès ses quatorze ans). Le club madrilène lui offre son premier contrat professionnel en 1999 alors qu’il n’a que quinze ans. Il intègre l’équipe réserve dans la foulée afin d’y poursuivre son apprentissage.
Les débuts professionnels
En 2000, sa carrière va connaître un coup de boost. Relégué en deuxième division à l’issue de la saison 1999-2000, l’Atlético, confronté à de nombreux départs de joueurs, décide de s’appuyer sur ses jeunes pousses pour retrouver l’élite. C’est dans ce contexte que celui qu’on surnommera plus tard El Niño sera invité à s’entraîner avec l’équipe première. Malheureusement pour lui, il se blesse (fracture du tibia) et se retrouve sur le flanc jusqu’en décembre 2000. Remis, il devra attendre la fin du championnat pour effectuer ses grands débuts professionnels. Le 27 mai 2001, il dispute son premier match contre Leganes à dix-sept ans. Une semaine plus tard, il trouve le chemin des filets lors de la rencontre qui oppose les Colchoneros à l’Albacete. Ce sera son seul éclair de la saison. Les madrilènes finissent quatrièmes et loupent la montée. Ils se font également éliminer de la Copa del Rey en demi-finales par le Real Saragosse. Avec une réalisation en six apparitions toutes compétitions confondues (quatre matchs en championnat), Fernando Torres s’est montré prometteur. Il est logiquement intégré dans le groupe pour la saison 2001-2002 et hérite même du numéro 9. Il parvient à gagner ses galons de titulaires au détriment de l’uruguayen Fernando Correa et fait la paire avec l’autre buteur uruguayen du club, Diego Alonso. La saison s’avérera plus fructueuse pour le club madrilène. Il finit premier de la deuxième division et valide sa promotion à l’échelon supérieur. Pour Torres, ce fut par contre plus délicat au plan statistique (six buts en 36 matchs de championnat, sept en 37 apparitions TCC). Des interrogations sur sa capacité à performer en Primera Division naissent. Mais, Luis Aragones, l’entraîneur des Colchoneros, lui maintient sa confiance et en fait l’un de ses titulaires malgré la concurrence des nouveaux arrivants Javi Moreno et José Mari. Fernando Torres le lui rend bien et plante treize buts en championnat pour sa première saison dans l’élite (il finit meilleur buteur du club). La saison 2003-2004 sera encore plus aboutie pour El Niño malgré l’arrivée sur le banc de Gregorio Manzano. Il effectue ses débuts en sélection en septembre 2003 lors d’un match amical contre le Portugal. Il réalise une saison de toute beauté (19 buts en championnat, 22 TCC). Les Colchoneros finissent seulement septièmes mais l’essentiel est ailleurs pour le jeune attaquant qui est sélectionné pour l’EURO 2004 à tout juste vingt ans. Si la Roja se fait sortir au premier tour, Fernando Torres se montre à son avantage sans toutefois parvenir à faire la différence. Devenu la star du club madrilène, il est nommé capitaine par le nouvel entraîneur César Ferrando. La saison 2004-2005 sera un peu plus difficile. Les Colchoneros se classent modestement onzièmes mais Torres confirme les espoirs placés en lui (16 buts en 38 matchs de Championnat, 20 réalisations en 49 rencontres TCC). En sélection, tout va également pour le mieux. Victor Aragones en fait un de ses piliers et il est régulièrement appelé lors des éliminatoires de la coupe du monde 2006. L’exercice 2005-2006 ne restera malheureusement pas dans les annales. Trop limités, les Colchoneros ne peuvent obtenir mieux qu’une dixième place. El Niño vit une saison frustrante (13 buts en championnat, 14 TCC). Heureusement, il peut compter sur la sélection pour tutoyer les sommets et faire montre de son talent. Devenu titulaire au sein de la Roja, il est logiquement retenu pour la coupe du monde 2006. L’aventure s’arrêtera malheureusement en huitièmes de finale (défaite 1-3 contre la France). Avec trois buts au compteur, il termine co-meilleur buteur de la sélection espagnole aux côtés de David Villa. Après cette coupe du monde réussie, il semble acté qu’El Niño exportera ses talents dans un club plus huppé. Cependant, le buteur de vingt-deux ans choisit de rester une saison de plus bien que le club ne dispute aucune coupe d’Europe. Malgré l’arrivée de l’argentin Sergio Agüero durant l’intersaison, l’exercice 2007-2008 sera peu probant. Le club madrilène doit se contenter de la septième place en championnat et vit une énième saison blanche. Avec 14 buts inscrits en Primera Division (15 TCC), Fernando Torres a fait ce qu’il pouvait. Cette nouvelle saison morose va l’encourager à aller voir ailleurs durant l’intersaison 2007, d’autant que tous les grands clubs lui font les yeux doux.
L’Explosion à Liverpool
C’est finalement Liverpool, récent vice-champion d’Europe, qui raflera la mise. Convaincu par les arguments de Rafael Benitez, Fernando Torres signe un contrat de six ans avec les Reds. La transaction aura coûté 36 millions d’euros, ce qui fait de lui la recrue la plus chère de l’histoire du club liverpuldien. Il ne tarde pas à prendre ses marques et s’impose immédiatement à la pointe de l’attaque des Reds. Titulaire indiscutable, il découvre enfin la Champions League et réalise une première saison plus que convaincante (24 buts en championnat, 33 buts toutes compétitions confondues) aux côtés de Steven Gerrard. Malheureusement, Liverpool doit se contenter de la quatrième place en Premier League et échoue en demi-finales de C1 (éliminés par Chelsea). Il se console avec la sélection espagnole en s’adjugeant l’EURO 2008. Il y brillera, inscrivant notamment le but décisif lors de la finale contre l’Allemagne. Auréolé de son nouveau statut de champion d’Europe, Fernando Torres débute la saison 2008-2009 tambour battant. Problème, il sera gêné par des soucis récurrents aux tendons qui lui feront manquer près d’une quinzaine de matchs. Il inscrira tout de même 14 buts en 24 matchs de Premier League. Les hommes de Benitez finissent seconds du championnat derrière Manchester United et vivent une deuxième saison blanche d’affilée. Les problèmes physiques d’El Niño ne s’arrangeront pas durant la saison suivante. Il la débute de façon fracassante en inscrivant dix buts en onze matches de championnat. Le 29 décembre, il inscrit son cinquantième but sous les couleurs des Reds, devenant le joueur à atteindre le plus rapidement ce total (il lui a fallu 72 matchs seulement). Il marquera 18 buts en 22 matchs de championnat (22 buts TCC). Problème, Liverpool vit un exercice difficile se faisant éliminer de la Champions League dès la phase de poules (Le club sera reversé en Europa League où il atteindra les demi-finales) et finissant à une modeste septième place, bien loin des objectifs de titre. À titre personnel, Fernando Torres doit mettre un terme à sa saison en avril 2010 à cause d’une blessure au genou qui nécessitera une opération. Sa participation au Mondial est compromise. Il parviendra tout de même à se remettre à temps pour figurer dans la liste de la Roja. Bien lui en a pris vu que la sélection espagnole décrochera le graal et sera sacrée championne du monde. En délicatesse avec son physique, Fernando Torres finit par perdre sa place en pointe au profit de David Villa et vivra un tournoi frustrant. De retour à Liverpool, il doit faire face aux changements internes qui ont secoué le club. La dernière saison décevante a eu raison de Rafael Benitez qui a rendu le tablier. Son remplaçant, Roy Hodgson renouvelle sa confiance en Fernando Torres. Malheureusement, la saison ne démarre pas sous de bons auspices. Le jeu est poussif et l’équipe est vite décrochée en championnat (elle sera même relégable pendant quelques journées). S’il demeure relativement efficace (neuf buts en 23 matchs), El Niño semble emprunté et de moins en moins concerné. L’arrivée de Kenny Dalglish sur le banc en remplacement de Hodgson, limogé début janvier, sonnera le glas de son aventure liverpuldienne. Il se laisse tenter par les sirènes de Chelsea et décide de quitter Liverpool durant le mercato hivernal.
Passage mitigé à Chelsea
Fernando Torres s’engage avec les Blues le 31 janvier 2011. Hasard du calendrier, il disputera son premier match sous ses nouvelles couleurs contre Liverpool. Il livrera une prestation décevante. Ce match compliqué apparaîtra comme un sombre présage tant l’attaquant espagnol aura du mal à s’acclimater à sa nouvelle équipe. Il n’inscrira pas le moindre but pendant près de trois mois et devra attendre le 23 avril pour ouvrir son compteur-but avec Chelsea après 903 minutes de disette. Ce sera son seul but avec les Blues en 18 apparitions. Après cette demi-saison difficile, on se dit tout de même qu’il retrouvera son efficacité lors de la saison suivante. Ce ne sera malheureusement pas le cas. En plein doute, en dépit de la confiance de l’entraîneur André Villas-Boas, il peine à trouver le chemin des buts. Maigre consolation, son entente avec Didier Drogba, son partenaire d’attaque, s’améliore. Son manque de réalisme plombera cependant son moral et partant ses performances. Il n’inscrit son premier but qu’à la mi-septembre lors d’un match contre Manchester United. Dans le même match, il ratera une occasion en or (seul face au but vide, il tirera à côté) et deviendra la risée de la Premier League. La suite sera encore pire. D’octobre 2011 à mars 2012, il ne trouvera pas le chemin des filets. La série noire s’étendra sur plus de 24 heures et durera 1451 minutes au total. Logiquement, ses statistiques sont loin de ses standards habituels (Six buts en 32 matchs de championnat, 11 en 49 matchs TCC). Il remporte cependant la Champions League avec les Blues (Il n’entra pas en jeu lors de la finale) et est tout de même retenu pour l’EURO 2012. L’Espagne triomphera de nouveau. Paradoxalement, Fernando Torres sera le meilleur buteur du tournoi avec trois réalisations malgré un temps de jeu réduit. Alors que beaucoup l’imaginaient quitter le club pour se relancer, il rempile pour une saison supplémentaire. Il est même titulaire en pointe suite au départ de Drogba à l’intersaison. Son début de saison est prometteur mais il retombe dans ses travers durant l’automne. La nomination de Rafael Benitez comme entraîneur des Blues ne lui redonnera pas confiance. Inconstant en championnat, il se montrera nettement plus affûté sur la scène européenne (neuf buts en seize rencontres C1 et C3 confondues) et sera l’un des atouts majeurs de la conquête de l’Europa League. Il finira la saison avec 22 buts au compteur toutes compétitions confondues mais seulement huit pions inscrits en Premier League. Il se montrera également à son avantage lors de la coupe des confédérations. Malgré la défaite de la Roja en finale (0-3 contre le Brésil), il termine meilleur buteur de la compétition avec cinq réalisations. José Mourinho prend les rênes de l’équipe lors de l’intersaison 2013. Malgré l’arrivée d’Eto’o et la concurrence de Demba Ba, il est titulaire dans un premier temps. Il finit cependant par être supplanté par le buteur camerounais et doit se contenter d’un statut de remplaçant. Il ne marquera que cinq buts en championnat pour 28 apparitions (11 buts en 41 matchs TCC). Malgré tout, Vicente Del Bosque ne lui tourne pas le dos et le sélectionne pour le Mondial 2014. Remplaçant, Fernando Torres ne pourra rien pour éviter le fiasco de cette campagne (La Roja fut éliminée au premier tour).
Prêt raté à Milan
Après cette saison compliquée, il voit arriver de nouveaux concurrents durant l’intersaison 2014 (Diego Costa, Loïc Remy et Drogba qui signe son retour au club). Conscient que son temps de jeu s’étiolera, il demande à partir. Il est alors prêté à l’AC Milan pour deux saisons afin de se relancer. Son passage chez les Rossoneri sera un échec. Incapable de faire son trou, il joue peu et ne se montre pas décisif (un but en dix matchs de Serie A). Il perd également sa place en sélection. À seulement trente ans, il semble fini. Son départ de la Lombardie est inéluctable. Il est approché par l’Atlético Madrid qui souhaite le faire revenir au bercail. Un intérêt qui le séduira. Pour faciliter son départ, l’AC Milan rachète ses droits à Chelsea et le prête dans la foulée pour dix-huit mois. C’est ainsi que prend fin son passage en Italie après cinq mois sans relief.
Retour à l’Atlético
Accueilli en grande pompe (45 000 personnes ont assisté à sa présentation), le fils prodigue se retrouve en concurrence avec Mario Mandzukic pour la seule place en pointe du système de Diego Simeone. Il doit se contenter d’un statut de remplaçant de luxe jusqu’à la fin de la saison. Logiquement, son apport statistique est limité (trois buts en 19 matchs de championnat, six en 26 apparitions TCC). L’exercice suivant sera plus fructueux. Intronisé titulaire après le départ de Mandzukic à l’intersaison, El Niño retrouve enfin des couleurs aux côtés d’Antoine Griezmann. Il prend part à la belle aventure de l’Atlético qui se hisse en finale de la Champions League. Les Colchoneros s’inclinent cependant contre le Real Madrid aux tirs au but. En dépit d’une saison relativement réussie (onze buts en 30 matchs de Liga, douze en 44 rencontres TCC), il n’est pas retenu pour l’EURO 2016. Les dirigeants de l’Atlético décident de le conserver définitivement et son transfert est officialisé durant l’intersaison 2016. Il voit cependant débarquer un nouveau concurrent : Kevin Gameiro. Les deux hommes doivent se battre pour faire la paire avec Griezmann. Sans être indiscutable, El Niño remplit son office. Mais la saison prend un tournant tragique pour lui quand il frôle la mort le 2 mars 2017 lors d’un match contre le Deportivo La Corogne. Gravement touché à la tête, il souffre d’un traumatisme cranio-encéphalique qui lui fera manquer quelques semaines de compétition. Il finira la saison avec dix buts TCC au compteur (huit en Primera Division). Il décide de prolonger pour une année supplémentaire avec son club de cœur. Remplaçant attitré de Gameiro, il doit se contenter de bouts de matchs et de quelques rares titularisations. Le retour au club de Diego Costa en janvier amenuisera son temps de jeu. Ses statistiques s’en ressentiront (cinq buts en championnat, dix TCC) mais il remportera enfin son premier titre majeur avec son club formateur : l’Europa League. En fin de contrat, il dispute son dernier match avec les Colchoneros deux jours après la finale de C3 et inscrit un doublé pour boucler la boucle.
Fin de parcours au Japon
Désireux de poursuivre sa carrière, il se laisse tenter par l’offre du Sagan Tosu, un club japonais qu’il rejoint durant l’été 2018. Il paraphe un contrat de dix-huit mois et découvre la J-League. L’aventure sera cependant mitigée. Il peine à se montrer efficace (quatre buts TCC) lors de sa première saison dans une équipe qui se bat pour éviter la relégation. Heureusement, le club parvient à se sauver même s’il se classe modestement quatorzième (sur dix-huit). La suivante est tout aussi compliquée. Le Sagan Tosun termine à la quinzième place (premier non-relégable). Dans ce marasme, Fernando Torres n’a pas brillé outre mesure (deux buts en 18 matchs de J-League). Il arrête sa carrière en août 2019.
En dépit d’une carrière bien remplie et d’une starification légitime, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de peut mieux faire à l’analyse de la carrière de Fernando Torres. Passé de statut de numéro neuf ultime à celui d’avant-centre quasi-lambda en quelques années, il ne restera pas dans les mémoires comme attaquant de légende. Il illustre plutôt l’importance de l’aspect mental dans le sport de haut niveau.
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