Fernando Morientes, légende madrilène
Lorsque sont évoqués les meilleurs attaquants du Real Madrid de ces trente dernières années, ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent (Ronaldo, Raul, Cristiano Ronaldo, Benzema…). Peu citent Fernando Morientes qui fut cependant un des piliers offensifs de la maison blanche aux côtés de son ami Raul. De la fin des années 90 au début des années 2000, leur duo martyrisa les défenses européennes, tant en club qu’en sélection. Mais contrairement à son ami, Morientes sera sacrifié par ses dirigeants sur l’autel du star system et connaîtra une suite de carrière plus compliquée. Découvrons l’histoire de Nando, victime collatérale de la politique des Galactiques.

Les débuts
Né à Cilleros, petite commune de l’Estrémadure située non loin de la frontière portugaise, Fernando Morientes Sanchez et sa famille déménagent à Sonseca, dans la région de Tolède, en Castille-La Manche, alors qu’il n’a que quatre ans. C’est dans cette province que celui qu’on surnomme Nando va toucher ses premiers ballons. Très vite, il se montre à son avantage balle au pied au sein du petit club CD Sonseca. Il sera repéré par les émissaires de l’Albacete Balompié, un des grands clubs de Castille-La Manche. Il intègre le centre de formation à seize ans et y effectue ses débuts en équipe jeunes. Prometteur, il est convoqué aux entraînements de l’équipe A en 1993 et prend progressivement ses marques. Le 7 novembre 1993, il effectue son baptême du feu en première division espagnole en entrant en jeu à la soixante-quinzième minute. Le jeune attaquant de dix-sept ans se montre plutôt timide sur le pré. Bien que régulièrement intégré au groupe professionnel par la suite, il joue peu lors de cette première saison (deux matchs en championnat, deux autres et un but inscrit en Copa del Rey). Il se montre plus à son aise en équipe nationale U17 où il fait partie des meubles. C’est lors de ces rassemblements avec la Rojita qu’il fera la connaissance de Raul. Les deux adolescents sympathisent et deviennent amis. Lors de la saison 1994-1995, le statut de Morientes évolue. Désormais membre à part entière de l’équipe, le jeune attaquant ouvre son compteur-but en première division en octobre 1994. Il en profite pour glaner ses premières titularisations. Malheureusement, Albacete n’est pas au mieux et flirte avec la relégation. Nando s’impose et joue une vingtaine de matchs de championnat (cinq buts marqués) auxquels il faut ajouter six matchs (deux buts inscrits) en Coupe nationale. Problème, l’Albacete sombre et doit disputer un match de barrage pour sauver sa place en D1. Le club sera finalement repéché suite à l’extension du nombre d’équipes en Primera Division (le championnat passe de vingt à vingt-deux clubs).
La révélation à Saragosse
En dépit de cette saison difficile, Morientes attire des convoitises, notamment celle du Real Saragosse, récent vainqueur de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Désireux de pallier le départ de son attaquant Juan Eduardo Esnaider, le club aragonais recrute Nando à l’intersaison 1995. Morientes arrive sur la pointe des pieds mais convainc rapidement son entraîneur Victor Fernandez qui en fait un titulaire. La première saison de Morientes est réussie (13 buts en 29 matchs de Primera Division, 18 buts en 39 rencontres TCC). Le club se classe modestement treizième. En dépit de cette saison difficile, un départ n’est pas d’actualité pour Nando qui brille avec la sélection espoirs (l’Espagne se hissera en finale du championnat d’Europe de la catégorie, battue par l’Italie) aux côtés de Raul, Gaizka Mendieta, Francisco Navarro, Javier De Pedro, Agustin Aranzabal, Ivan De La Peña et Aitor Karanka. Il prendra également part aux Jeux Olympiques d’Atlanta dans la foulée (élimination en quarts de finale). De retour à Saragosse pour l’exercice 1996-1997, Morientes continue de faire parler la poudre avec les Blanquillos (15 buts en 37 matchs de championnat, 16 réalisations en 40 apparitions TCC). L’équipe ne décolle cependant pas et finit la saison à la quatorzième place. Qu’importe pour Nando. A vingt-et-un ans, il représente l’avenir au poste d’avant-centre et se retrouve logiquement sur les tablettes de clubs plus prestigieux.
L’explosion à Madrid
C’est finalement le Real Madrid qui rafle la mise et accueille le jeune buteur lors de l’intersaison 1997. En dépit de son amitié avec Raul, Nando est loin d’arriver en terrain conquis avec pour concurrents Davor Suker et Pedrag Mijatovic. Mais Jupp Heynckes, l’entraîneur des madrilènes, lui accorde sa confiance et lui donne sa chance. Profitant des pépins physiques de Mijatovic et de la méforme de Suker, Morientes s’impose aux côtés de Raul avec qui il se montre incroyablement complémentaire. Bien que n’étant pas titulaire indiscutable, il remplit son office et claque une douzaine de buts en championnat (meilleur buteur du club). Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de la sélection en mars 1998. Pour ses débuts avec la Roja, il inscrit un doublé. Il remportera la Champions League avec le Real Madrid cette saison-là et affichera de belles statistiques (16 buts en 45 matchs TCC). Retenu pour la coupe du monde 1998, il jouera deux des trois matchs de l’Espagne, inscrivant un doublé lors du large mais inutile succès sur la Bulgarie (6-1). Après cette grosse saison, son statut change définitivement sous les ordres de Guus Hiddink. Il devient titulaire indiscutable et sa paire avec Raul devient l’une des plus redoutables de la planète football. Lors de cette saison 1998-1999, il marche littéralement sur l’eau (19 buts en 33 matchs de championnat, 25 buts en 43 rencontres TCC). Même le renvoi d’Hiddink (remplacé par John Toshack en cours de saison), ne nuit pas à son efficacité. La saison suivante sera plus animée en coulisses. Il récupère le numéro 9, laissé vacant par Davor Suker (parti à Arsenal), mais voit débarquer un nouveau concurrent à l’intersaison: Nicolas Anelka. Morientes commencera par refuser de céder le numéro 9 à la nouvelle recrue avant de partir littéralement en guerre contre lui avec l’appui de Raul et d’autres cadres du vestiaire. Nando conserve sa place de titulaire et joue un rôle actif dans la conquête de la Champions League. Ses statistiques sont légèrement en baisse (12 buts en 29 matchs de championnat, 19 réalisations en 51 apparitions TCC). Étrangement, il n’est pas sélectionné pour l’EURO 2000, José Antonio Camacho lui préférant Pedro Munitis et Ismaël Urzaiz. La saison 2000-2001 s’avérera plus délicate pour Morientes. Blessé lors d’un match amical de présaison, il reste sur le flanc sept semaines durant. Heureusement pour lui, Munitis, son principal concurrent, ne se montre pas à son avantage. Morientes retrouve sa place en pointe à son retour de blessure. Il jouera cependant de malchance vu qu’une blessure à l’aine mettra fin à sa saison en mai 2001, le contraignant à se faire opérer. Du fait de ces périodes d’indisponibilité, son bilan est loin des attentes (seulement six buts en 22 matchs de championnat, 10 en 32 rencontres TCC). Il remporte cependant son premier titre de champion d’Espagne. La saison suivante sera heureusement plus probante pour lui. Débarrassé de ses soucis physiques, il revient en grâce et sort une grosse saison en championnat, terminant meilleur buteur du club (18 buts en 33 rencontres), mais brille moins dans les autres compétitions. Il finira tout de même la saison avec 21 buts inscrits en 51 matchs toutes compétitions confondues avec à la clé une troisième Champions League dans son escarcelle. Il fait logiquement partie de la liste des vingt-deux de Camacho et dispute la coupe du monde 2022. Remplaçant au début de la compétition, il supplante son concurrent Diego Tristan et finit titulaire, inscrivant trois buts au total. Malheureusement, l’Espagne sera éliminée en quarts de finale par la Corée du Sud de façon controversée.
Disgrâce et prêt réussi à Monaco
L’intersaison 2002 sera un tournant pour la carrière de Morientes. Le brésilien Ronaldo arrive en grandes pompes dans la capitale espagnole. Passablement courroucé par cette arrivée, Morientes se braque. Il refuse de céder le numéro 9 au brésilien qui se rabattra sur le 11. Malgré le soutien de son ami Raul et de la plupart des joueurs espagnols du vestiaire, Nando perd cette fois son bras de fer et sa place de titulaire. Relégué sur le banc, il doit se contenter d’apparitions sporadiques (il ne sera titularisé que trois fois de toute la saison), d’autant que Ronaldo fait feu de tout bois (il inscrira une trentaine de buts TCC dont 22 en championnat). Morientes joue peu et ses statistiques s’en ressentent (cinq buts en 19 matchs de championnat, six en 28 rencontres TCC). Il apparaît clair que les dirigeants merengues ne comptent plus sur lui. Frustré par son statut de remplaçant, il consent à partir en prêt lors de l’intersaison 2003, surtout qu’il n’entre pas dans les plans de Carlos Queiroz, le nouvel entraîneur. Il rejoint donc l’AS Monaco et remplace numériquement le buteur-maison, Shabani Nonda, gravement blessé. Nando trouve rapidement ses marques au sein de la ligne offensive monégasque. Les hommes de Didier Deschamps se battront longtemps pour le titre mais finiront par céder dans le sprint final et termineront troisièmes. Cette saison 2003-2004 est surtout marquée par la belle épopée européenne des hommes du rocher. L’AS Monaco se hissera en finale de la Champions League après avoir notamment sorti le Real Madrid en quarts (buteur lors de cette double confrontation, Morientes ne célébrera pas son but). Surclassés par le FC Porto de José Mourinho (0-3), les monégasques ne verront pas le jour dans cette finale. À titre individuel, Morientes a réalisé la meilleure saison européenne de sa carrière (neuf buts en douze rencontres de C1, il est le meilleur buteur de la compétition) en plus de sa dizaine de buts inscrits en 28 matchs de Ligue 1 (il a marqué un total de 22 buts en 42 apparitions TCC). Il effectue même son retour en sélection et est retenu pour l’EURO 2004 (L’Espagne sera éliminée en phase de poules). Après cette brillante parenthèse monégasque, Morientes revient à la Casa Blanca bien déterminé à regagner sa place. La partie s’avérera plus compliquée. Il commence par récupérer le numéro 8 (le 9 étant désormais la propriété de Ronaldo) et par essayer de convaincre Camacho, le nouvel entraîneur, qui lui avait promis du temps de jeu. Malheureusement, ce dernier ne fera pas long feu sur le banc et sera vite remplacé par Mariano Garcia Remon. Ce dernier ne bouleverse pas la hiérarchie au grand dam de Nando qui doit en plus composer avec la concurrence du nouvel arrivant Michael Owen. L’anglais sera le choix préférentiel en sortie de banc. Devenu la quatrième option au poste d’avant-centre, Morientes vit des mois compliqués (aucun but inscrit en treize matchs de championnat, trois réalisations en 21 rencontres TCC). Poussé vers la sortie, il finit par négocier son départ.
Expérience anglaise mitigée
Dès l’ouverture du mercato hivernal 2005, Morientes fait ses valises. Il trouve un accord avec Liverpool, séduit par le projet de Rafael Benitez. En dépit d’une titularisation quasi-immédiate à son arrivée (Djibril Cissé est indisponible du fait de sa grave blessure, ses autres concurrents Milan Baros et Florent Sinama-Pongolle sont également sur le flanc), il aura toutes les peines du monde à prendre la mesure de la Premier League. Morientes ne parvient pas à s’imposer et n’inscrit que trois buts en treize matchs de championnat. Non-qualifié pour la Champions League (il avait déjà disputé six matchs de la compétition avec le Real Madrid), il ne peut prendre part à l’aventure liverpuldienne et regarde de loin ses nouveaux coéquipiers triompher en C1. La saison 2005-2006 sera tout aussi frustrante pour lui. En concurrence avec la nouvelle recrue Peter Crouch, ainsi que Djibril Cissé, pour la seule place en pointe du système de Benitez, Nando, bien qu’assez régulièrement sollicité, ne fait pas la différence (cinq buts en 28 matchs de championnat, neuf en 46 apparitions TCC). Maigre consolation, il enrichit son palmarès en remportant la Supercoupe d’Europe (il ne l’avait jamais remportée avec le Real Madrid) ainsi qu’une FA Cup. Conséquence de cet exil raté, sa place en équipe nationale est menacée même si Luis Aragones continue de l’appeler de temps en temps. Il figure tout de même dans une pré-liste de 27 joueurs en prévision de la coupe du monde 2006 mais est finalement écarté. Toutes choses qui vont pousser Morientes à quitter Liverpool. Il s’engage avec le Valence CF lors de l’intersaison 2006.
Expérience contrastée à Valence
De retour en Espagne, Morientes, désormais âgé de trente ans, trouve rapidement sa place dans l’effectif de Quique Angel Flores. Il devient titulaire en pointe aux côtés de David Villa et retrouve son tranchant (12 buts en 24 matchs de Primera Division, 19 en 37 rencontres TCC). Il inscrit également sept buts en dix matchs de Champions League (Valence atteindra les quarts mais sera éliminé par Chelsea). Le club finit quatrième du championnat et se qualifie pour la Champions League. Morientes retrouve brièvement la sélection en mars 2007. Après cette première saison encourageante, tout laisse croire que tout ira pour le mieux. Ce ne sera malheureusement pas le cas. La saison 2007-2008 sera difficile. Elle débute relativement bien mais le club traverse ensuite une période de creux qui va coûter sa place à Quique Sanchez Flores. Son remplaçant, Ronald Koeman, décide d’écarter Santiago Cañizares, Miguel Angel Angulo et David Albelda. Morientes quant à lui joue de malchance. Blessé en décembre 2007, il ne revient à la compétition qu’au mois de mars. Sa saison est décevante (six buts en 22 matchs de championnat, huit buts en 31 rencontres TCC) mais il se montre décisif en finale de la Copa del Rey en inscrivant le troisième but valencian après son entrée en jeu. Valence remporte le trophée, seule éclaircie d’une saison qui sera conclue avec le limogeage de Koeman, remplacé par Voro pour les dernières rencontres de championnat. La saison 2008-2009 est marquée par l’arrivée sur le banc d’Unai Emery. Ce dernier continue d’accorder sa confiance à Morientes dans un premier temps, bien que ce dernier ne soit plus aussi affûté que par le passé. En proie à des soucis physiques et barré par le duo David Villa – Juan Mata, il traverse la saison de Primera Division comme une ombre (un seul but marqué en vingt apparitions, le plus souvent comme remplaçant). Il se montre cependant précieux en Coupe de l’UEFA (trois buts en sept rencontres) et finit la saison avec sept buts inscrits en 34 apparitions TCC.
Ultime échec à Marseille
En fin de contrat, Morientes se laisse convaincre par son ancien entraîneur Didier Deschamps, désormais sur le banc marseillais. À trente-trois ans, il effectue son grand retour en Ligue 1. Malheureusement, l’expérience va mal tourner. À court de rythme, il n’est que peu sollicité en début de championnat. Il ne le sait pas encore mais le train est déjà passé pour lui. Morientes ne parviendra jamais à s’imposer et devra se contenter d’un statut de remplaçant derrière le brésilien Brandão (eh oui !). Il n’apparaîtra qu’à douze reprises en championnat (un seul but marqué) et ne jouera que 19 rencontres toutes compétitions confondues. Suffisant tout de même pour faire figurer le titre de champion glané par les phocéens sur son CV. Sans surprise, il ne s’éternise pas à Marseille et voit son contrat résilié à l’amiable en fin de saison. Faute de challenge intéressant, il décide de mettre un terme à sa carrière professionnelle le 31 août 2010, à trente-quatre ans, et devient dans la foulée consultant sportif pour une chaîne télévisée espagnole avant d’entamer une carrière d’entraîneur.
Tombé dans un relatif oubli en dépit de ses saisons brillantes avec le Real Madrid, son seul tort aura été de ne pas être suffisamment flashy pour une direction privilégiant le star system. Son passage désastreux à Liverpool aura également contribué à ternir sa légende, tout comme ses dernières saisons difficiles. Toutefois, Morientes appartient à cette classe de buteurs qui semble en disparition dans le football moderne. Ce pur finisseur n’était pas le joueur le plus impressionnant physiquement ou techniquement, mais il a su se faire une place grâce à sa science du timing. En sélection, il a eu le tort de faire partie de ces générations espagnoles qui n’ont rien gagné. Il est encore à ce jour le septième meilleur buteur de la Roja avec 27 buts inscrits en 47 sélections.
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