×

Oliver Bierhoff, celui dont l’Allemagne ne voulait pas

Révélé sur le tard, Oliver Bierhoff fut l’un des attaquants majeurs de la fin des années 90. Aussi déterminant en club qu’en sélection, cet avant-centre complet au jeu de tête impressionnant était l’une des terreurs de la Serie A sous les couleurs de l’Udinese puis de l’AC Milan. Son parcours vers le haut niveau fut cependant parsemé d’embuches. Il fut l’un des rares grands joueurs allemands à n’avoir pas brillé dans son pays.

bierhoff-bayer-uerdigen Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas
Oliver Bierhoff serrant la main d’Andoni Zubizarreta (FC Barcelone)

Les débuts à Uerdigen

Né à Karlsruhe en 1968, Oliver Bierhoff est loin du cliché du footballeur aux origines modestes. Il est en effet le fils d’un magnat ouest-allemand, Rolf Bierhoff, qui fut gardien de but amateur dans sa jeunesse. Le jeune Oliver ne se fera pas spécialement remarquer durant son enfance et encore moins son adolescence. Il évolue au Schwarz-Weiss Essen, petit club amateur dont il est le buteur patenté. C’est là qu’il tapera dans l’œil d’un recruteur du Bayer Uerdigen (actuel KFC Uerdigen 05) qui évoluait alors en Bundesliga (première division allemande). A dix-huit ans, il signe son premier contrat professionnel avec le Bayer durant l’été 1986. Intégré au groupe pour la saison 1986-1987, il peine à convaincre au poste d’avant-centre (trois buts en 19 apparitions en Bundesliga) mais brille en Coupe d’Allemagne avec quatre buts en autant de matchs joués. Pour sa première saison, il inscrit un total de neuf buts TCC en 27 apparitions. Un total assez satisfaisant pour un jeune joueur. Sa deuxième saison est par contre nettement moins réussie. Il ne marque qu’un seul but en douze matchs de Bundesliga. Poussé vers la sortie, il rejoint le Hambourg SV durant l’intersaison 1988.

bierhoff-hambourg Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas

Les années difficiles et l’exil autrichien

La vingtaine au compteur, Bierhoff n’aspire qu’à faire ses preuves au plus haut niveau avec Die Rothosen. Malheureusement pour lui, il peine à concurrencer le buteur polonais Jan Furtok. Pour sa première saison, il marque sept buts (six en championnat) pour 27 matchs TCC (24 en Bundesliga). La saison 1989-1990 sera encore pire pour lui. Aligné seulement onze fois (dix en championnat), il ne trouve pas une seule fois le chemin des filets et est transféré en cours de saison au Borussia Mönchengladbach. L’expérience ne sera pas plus concluante avec Die Fohlen (huit matchs joués, aucun but inscrit) et il ne sera pas conservé. Boudé par les clubs allemands malgré ses bonnes performances avec la RFA U21 (sept buts en dix sélections), il se voit obligé de s’exiler faute de propositions. Durant l’été 1990, il part en Autriche et s’engage avec l’Austria Salzbourg. C’est avec ce club que sa carrière prendra enfin son envol. Il s’impose et devient l’une des stars de la Bundesliga autrichienne. Il signe une saison pleine avec l’Austria (23 buts en championnat, 26 TCC pour 36 matchs TCC) et attire l’attention de formations plus huppées.

bierhoff-ascoli Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas

La mésaventure intériste et le passage à Ascoli

L’Inter Milan le recrute durant l’intersaison 1991. Bierhoff croit alors enfin tenir sa revanche sur le destin mais il n’est pas au bout de ses peines. Le nombre de joueurs étrangers étant limité en clubs (pas plus de trois étrangers dans l’équipe-type et deux autres sur le banc), l’horizon est bouché pour lui. Il n’évoluera donc pas aux côtés de ses compatriotes Andreas Brehme, Jürgen Klinsmann et Lothar Matthäus. Il est prêté au promu Ascoli pour toute la saison 1991-1992. Les choses tournent rapidement au vinaigre. Dans cette équipe qui se bat pour éviter la relégation, il vit une saison difficile (deux buts en 17 matchs de Serie A). Ascoli finit dernier du classement et redescend en Serie B. Les Nerazzurri décident de le laisser à la disposition d’Ascoli afin qu’il puisse s’aguerrir. Cette fois, Bierhoff saisit sa chance et s’impose enfin. Il signe 20 réalisations en Serie B (21 TCC) et finit meilleur buteur du championnat. Malgré ses bonnes performances, l’Inter ne le rappelle pas. Il reste donc finalement à Ascoli et réalise une troisième saison aboutie (17 buts en championnat) mais le club reste à quai et ne parvient pas à décrocher la montée. Les dirigeants de l’Inter ne croient toujours pas en lui (Darko Pancev lui est préféré) et le cèdent définitivement à Ascoli (il n’a donc jamais porté le maillot de l’Inter). Sa quatrième saison sera par contre plus difficile. Pris en grippe par les supporteurs et les dirigeants qui souhaitaient le transférer, il plafonne à neuf réalisations en Serie B pour ce qui sera sa dernière année dans ce club.

bierhoff-udinese Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas

L’explosion à l’Udinese

En quête d’un nouveau défi, il est approché durant l’intersaison par l’Udinese, club promu en Serie A. Bierhoff répond favorablement à l’intérêt des noir et blanc et s’engage avec le club frioulan. Sous les ordres d’Alberto Zaccheroni, il franchira un palier dans sa carrière. Titulaire indiscutable en pointe, il explose enfin à vingt-sept ans, inscrivant 17 buts en Serie A. Ses bonnes performances dans ce qui était alors le meilleur championnat d’Europe tapent dans l’œil de Berti Vogts, le sélectionneur allemand. Ce dernier le convoque en sélection. Fin mars 1996 pour sa deuxième sélection contre le Danemark, Bierhoff plante deux buts. Ce qui lui vaudra d’être dans les petits papiers de Vogts en prévision de l’EURO anglais. Finalement, Bierhoff figurera dans la liste finale. Quatrième choix au poste d’avant-centre derrière Klinsmann, Fredi Bobic et Stefan Kuntz, il bénéficiera de plus de temps de jeu que prévu du fait d’une épidémie de blessures qui fragilise le groupe. Joker de luxe, il entre en jeu en finale alors que la Mannschaft, menée 0-1 par la République Tchèque, peine à voir le jour. Ce match sera celui de la starification pour lui. Il commence par égaliser, permettant au NationalElf de décrocher la prolongation. Durant celle-ci, il inscrit un deuxième but et scelle le succès de son pays grâce à la règle du but en or. A vingt-huit ans, il a enfin la reconnaissance méritée et devient l’un des chouchous du public allemand.

Alors qu’on l’imaginait rejoindre une formation plus huppée, il reste à l’Udinese quitte à ne pas jouer de coupe d’Europe. Avec 13 buts en 23 matchs de Serie A, il s’avère déterminant lors de la belle saison 1996-1997 des Friulani qui finissent cinquièmes. En sélection, il se montre décisif lors des éliminatoires de la coupe du monde 1998 notamment grâce à un triplé contre l’Irlande du Nord (3-1) alors qu’il sortait du banc. Au fil du temps, il gagnera sa place de titulaire avec la Mannschaft et fera la paire avec Klinsmann. Sa saison 1997-1998 est tout simplement sa meilleure. Il finit capocannoniere (meilleur buteur du championnat italien) avec un total de 27 buts en Serie A (il en a inscrit 31 TCC). L’Udinese, portée par ses exploits finit troisième du championnat et se qualifie de nouveau pour la coupe de l’UEFA. Logiquement retenu pour la coupe du monde 1998, il s’y montre à son avantage avec trois réalisations. L’Allemagne sera malheureusement éliminée en quarts suite à une déroute contre la Croatie (0-3). Bierhoff fait partie des rares joueurs qui ont surnagé et est élu footballeur allemand de l’année 1998. Après une telle saison, il apparait que l’Udinese ne pourra pas conserver son joyau, surtout que Zaccheroni est sur le départ. Bierhoff décide de rester fidèle à son entraîneur et suit ce dernier à l’AC Milan bien que le club ne soit pas qualifié pour une coupe d’Europe.

bierhoff-milan Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas

Starification définitive à Milan

Recrue-phare de l’été 1998, il arrive au sein d’une équipe milanaise qui sort de deux saisons difficiles. Il ne mettra pas longtemps à s’imposer avec sa nouvelle équipe. D’abord en concurrence avec George Weah pour la place en pointe, il finissent par être associés par Zaccheroni. Bierhoff brille de mille feux cette année-là et inscrit une vingtaine de buts. Les Rossoneri décrochent le titre de champion à l’issue de cette saison. A trente-et-un ans, c’est son premier championnat remporté. La saison suivante, il voit débarquer un concurrent de taille en la personne d’Andriy Shevchenko. Bierhoff conserve cependant sa place de titulaire aux côtés de l’ukrainien. Moins en vue, il inscrit tout de même 11 buts en Serie A (14 TCC) et découvre enfin la Champions League (Milan sera cependant éliminé dès la première phase de poules). En sélection, ses sept buts durant la phase qualificative de l’EURO 2000 ont fait de lui le goleador de l’équipe. Malheureusement, l’EURO sera un fiasco complet avec une piteuse élimination au premier tour. La saison 2000-2001 sera bien plus difficile pour lui, à l’image de celle de son club. Il ne marque que six fois en championnat (neuf buts TCC). Zaccheroni est limogé en cours de saison. Les Rossoneri finissent à une décevante sixième place.

bierhoff-monaco Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas

Une fin de carrière en queue de poisson

A désormais trente-trois ans, Bierhoff décide de changer d’air. A la surprise générale, il s’engage avec l’AS Monaco. Considéré comme l’une des attractions de la Ligue 1, il ne justifiera cependant pas ce statut. Sa saison 2001-2002 est plutôt quelconque (quatre buts en 18 matchs de Ligue 1, sept TCC en 25 apparitions). Il est tout de même retenu pour la coupe du monde 2002. Remplaçant, il y inscrira son dernier but international lors de la mise à mort de l’Arabie Saoudite en ouverture du tournoi (8-0). La Nationalmannschaft se qualifiera pour la finale mais s’inclinera contre le Brésil. Ce sera le dernier coup d’éclat de la carrière de Bierhoff qui arrête la sélection dans la foulée. A l’intersaison 2002, il retourne en Italie et signe avec le Chievo Vérone. Paradoxalement, sa saison sera bien meilleure que celle passée en France. Plus régulièrement utilisé (26 matchs), il inscrit sept buts en championnat (dont un triplé lors de la dernière journée). Après cet ultime exploit, Bierhoff décide d’arrêter les frais et prend sa retraite à tout juste trente-cinq ans.

bierhoff-chievo Oliver Bierhoff, celui dont l'Allemagne ne voulait pas
(Photo de Grazia Neri/Getty Images)

Du fait de son explosion tardive, Bierhoff, malgré son efficacité, est perçu par certains comme une étoile filante. Il aurait certainement eu plus de considération s’il n’avait pas eu ce parcours atypique. Toutefois, il fut incontestablement l’un des meilleurs avant-centres à son prime. Outre un jeu de tête dévastateur grâce à son mètre quatre-vingt-onze, il était étonnamment précis des deux pieds. Rarement décevant en sélection, il en fut logiquement l’un des métronomes. Une belle revanche pour celui qui ne s’imposa jamais en Bundesliga.

Partagez ce contenu :

Laisser un commentaire