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Les équipes maudites: la génération Ballack

Si l’histoire ne retient que les vainqueurs, celle du football fait le plus souvent la part belle à ceux qui pour une raison ou une autre ne sont pas parvenus à aller au bout. En effet, la mythologie de ce sport regorge de perdants magnifiques et d’éternels seconds. Parmi ces poulidors du ballon rond figurent un certain nombre de sélections qui malgré des qualités évidentes et des effectifs de haut niveau ne sont pas parvenues à s’installer sur le toit du monde. Pis, certaines d’entre elles n’ont remporté aucun trophée majeur. Pour ce nouveau volet de notre série consacrée aux grandes sélections non-titrées, intéressons nous à l’Allemagne des années 2000.

Une reconstruction tronquée

Au sortir d’une coupe du monde 1998 achevée sur une humiliante défaite en quarts de finales (0-3 contre la Croatie), la sélection allemande entre en crise. Berti Vogts, sélectionneur depuis la réunification du pays, cède sa place à Erich Ribbeck. Ce changement de sélectionneur s’accompagne d’un départ massif de cadres ayant fait les beaux jours de la Nationalmannschaft (Jurgen Klinsmann, Stefan Reuter, Jurgen Kohler, Andreas Köpke, Olaf Thon, Thomas Helmer…). Si Ribbeck entend rajeunir le groupe dans l’optique de l’EURO 2000, il s’abstient cependant de tout chambouler. Ainsi, le vieillissant Lothar Matthäus fait toujours partie de ses plans, tout comme une pleine brouette de joueurs trentenaires (Thomas Hassler, Ulf Kirsten, Dariusz Wosz, Olaf Marschall et Michael Preetz, qui débute en sélection à 32 ans!). Les hommes de base de Vogts sont également de la partie (Oliver Kahn, Christian Wörns, Christian Ziege, Jens Jeremies, Oliver Bierhoff, Jörg Heinrich, Markus Babbel, Jens Lehmann, Dietmar Hamman, Marco Bode…). Il n’y a qu’Andreas Möller, Michael Tarnat et Steffen Freund qui sont écartés tandis que Mathias Sammer est contraint à la retraite. Bon an mal an, il intègre quelques jeunes pousses (Michael Ballack, Sebastian Deisler, Bernd Schneider, Mustafa Dogan, Oliver Neuville, Lars Ricken, Paulo Roberto Rink, Frank Baumann, Robert Enke, Marko Rehmer…) et confirme d’habituels réservistes (Mehmet Scholl, Thomas Linke, Jens Nowotny, Carsten Jancker…) Bénéficiant d’un groupe de qualification assez ouvert (Turquie, Irlande du Nord, Finlande, Moldavie), l’Allemagne finit première et valide son ticket sans surprise (six victoires, un nul, une défaite). Cependant, le scepticisme est de rigueur après le couac de la Coupe des confédérations 1999 (élimination dès le premier tour avec à la clé des défaites contre le Brésil (0-4) et les USA (0-2)). L’Allemagne ne fait plus peur et Ribbeck, têtu comme une mule, se met une partie de ses joueurs à dos en retenant Matthäus pour l’EURO 2000 (Bierhoff, Kahn, Nowotny et Scholl avaient milité pour qu’il ne soit pas du voyage). Hassler, Wosz et Kirsten sont également de l’aventure tout comme les rookies Ballack, Schneider, Deisler et Rink. Cette équipe vieillissante et minée par les conflits internes passera totalement à côté de son tournoi. Dans un groupe très relevé (Angleterre, Portugal, Roumanie), les allemands débutent par un nul inaugural contre les roumains (1-1). La Nationalmannschaft se fait ensuite surprendre par les Three Lions (0-1) avant de se faire humilier par les remplaçants portugais (0-3). Avec un seul point marqué et un seul but inscrit, l’Allemagne finit dernière de son groupe. Jamais la sélection germanique n’a été aussi mauvaise.

Le renouveau

Sans surprise, Ribbeck est limogé après cet EURO catastrophique. Il est remplacé par Rudi Völler. Ce dernier tranche enfin dans le vif en écartant définitivement la vieille garde (exit Matthäus, Hassler, Wosz). Les clés du jeu sont confiées à Ballack et l’équipe est articulée autour des éléments du Bayer Leverkusen (Ballack donc, mais aussi Schneider, Neuville et Carsten Ramelow). Quelques nouveaux joueurs font aussi leurs grands débuts (Miroslav Klose, Torsten Frings, Gerald Asamoah, Christoph Metzelder…). La qualification pour la coupe du monde 2002 fut toutefois laborieuse. Opposée à l’Angleterre, la Finlande, la Grèce et l’Albanie, la Nationalmannschaft ne finit que deuxième de sa poule, concédant notamment un humiliant (1-5) contre les anglais à Munich. Obligée de passer par les barrages pour composter son ticket, elle triomphe de l’Ukraine (1-1 ; 4-1). Peu rassurants, les hommes de Völler ne sont pas favoris lorsque débute le Mondial 2002. Le sélectionneur n’a pas hésité à faire des choix forts. Il confirme Oliver Kahn dans le but au détriment de son rival Jens Lehmann et se passe des services de Scholl. Si Bierhoff est de la partie, il n’est que remplaçant. C’est Klose et Neuville qui ont les faveurs de Völler pour mener l’attaque. Le tirage au sort n’est pas non plus un cadeau vu que les imprévisibles camerounais et irlandais partagent le même groupe. Heureusement, l’équipe entre parfaitement dans le tournoi en exécutant l’Arabie Saoudite en ouverture (8-0). Après avoir concédé le nul contre l’Eire (1-1), l’Allemagne valide sa qualification en triomphant du Cameroun (2-0). Sans se montrer particulièrement génial, le NationalElf parvient à se hisser en finale en battant tour à tour le Paraguay, les Etats-Unis et l’hôte sud-coréen toujours sur le même score (1-0). Réaliste et solide à défaut d’être emballante, à l’image d’Oliver Kahn qui brille dans les perches, cette équipe croise le fer avec le Brésil lors de la finale. Elle s’incline cependant (0-2). Malgré l’échec en finale, ce bon parcours est assimilé à un renouveau de la sélection, d’autant que l’Allemagne n’avait pas atteint ce stade de la compétition depuis 1990. Sans surprise, Rudi Völler est conservé comme sélectionneur.

Le couac de l’EURO 2004

La Nationalmannschaft se remet en ordre de marche pour les qualifications de l’EURO 2004. Malheureusement, ce sera loin d’être une promenade de santé. Dans un groupe relativement accessible (Ecosse, Lituanie, Islande, Iles Féroé), l’Allemagne finit invaincue (cinq victoires, trois nuls) mais ne convainc pas grand monde. C’est surtout aux avant-postes que les soucis s’accumulent. Si Klose reste efficace, Neuville se montre peu décisif et finit par perdre sa place. Pour ne rien arranger les retraites internationales de Bierhoff et Jancker, la dépression de Deisler et la longue indisponibilité de Ricken fragilisent la ligne offensive. Les choses ne vont pas mieux en défense avec la retraite de Linke et la grave blessure de Metzelder. Toutes choses qui font le lit de jeunes loups, notamment les joueurs du VFB Stuttgart (Timo Hildebrand, Kevin Kuranyi, Philipp Lahm) qui honorent leurs premières sélections. D’autres joueurs comme Arne Friedrich, Luka Podolski et plus tard Bastian Schweinsteiger font leurs débuts. Völler est même contraint de rappeler Fredi Bobic, absent de la sélection depuis quatre ans, pour booster son attaque. Sa liste pour l’EURO 2004 est loin d’être rassurante surtout dans un groupe très compliqué (Pays-bas, République Tchèque, Lettonie). Pour son premier match, le NationalElf partage les points avec les bataves (1-1). Les allemands ne parviennent pas non plus à battre la modeste Lettonie (0-0). Comme quatre ans plus tôt, l’Allemagne est condamnée à battre une République Tchèque, déjà qualifiée, qui aligne ses remplaçants. Le match va tourner au cauchemar. L’Allemagne ouvre le score mais s’incline finalement (1-2) et prend la porte. Inefficace au possible devant le but (aucun des avant-centres retenus n’a marqué), la sélection allemande n’a inscrit que deux buts.

Klinsmann, artisan du renouveau

Rudi Völler est remercié après la fin du tournoi. C’est une autre légende allemande qui s’assoit sur le banc: Jurgen Klinsmann. Ce dernier a pour mission de redonner confiance à une équipe en plein doute qui doit absolument se montrer performante pour la coupe du monde 2006 organisée à domicile. Ziege, Jeremies, Bobic puis Hamman et Wörns sont écartés. Le brassard de capitaine est confié à Michael Ballack en lieu et place d’Oliver Kahn qui du fait de sa baisse de régime est concurrencé comme jamais par Lehmann. Klinsmann n’hésite pas à tourner la page et fait débuter de nombreux joueurs (Per Mertesacker, Patrick Owomoyela, Tim Borowski, Thomas Hitzlsperger, Mike Hanke, Robert Huth…). Il fait de Lahm, Friedrich, Schweinsteiger et Podolski ses tauliers aux côtés de Ballack, Klose et Bernd Schneider. Il parvient même à récupérer Deisler. La coupe des confédérations 2005 fait office de répétition générale pour Klinsi. L’Allemagne finit à la troisième place. Il frappe ensuite un grand coup en faisant de Lehmann le titulaire au poste de gardien. Pour la coupe du monde, il doit se passer de Deisler, blessé. Il écarte Brdaric, Kuranyi et Ernst de la liste finale et rappelle Neuville, Nowotny, Asamoah et Metzelder. Le jeune David Odonkor est également de l’aventure. La phase de poules se déroule sans encombres avec trois victoires en autant de rencontres. Les huitièmes de finale sont également bien négociés (succès 2-0 contre la Suède). Les choses se corsent cependant en quarts. Opposés à une Argentine accrocheuse, les allemands ne se qualifieront qu’au terme d’une séance de tirs au but éprouvante. En demis, l’Allemagne doit jouer une nouvelle prolongation contre l’Italie. Cette fois, la Nationalmannschaft ne parvient pas à s’imposer et s’incline contre la Squadra Azzura à la toute fin des prolongations (0-2). Maigre consolation, les allemands s’imposent lors du match pour la troisième place contre le Portugal (3-1).

Un chant du cygne presque réussi

Klinsmann quitte ses fonctions à la fin de la coupe du monde. Son adjoint Joachim Löw lui succède. Il s’appuie sur les certitudes de son prédécesseur et conserve globalement la même ossature. Un nouveau contingent de joueurs rejoignent l’équipe (Marcell Jansen, Mario Gomez, Clemens Fritz, Piotr Trochowski…). Kahn prend sa retraite internationale tout comme Deisler qui arrête tout simplement sa carrière. Asamoah est quant à lui écarté. L’Allemagne finit deuxième de son groupe de qualification derrière la République Tchèque et se qualifie pour le tournoi final. Malheureusement, Bernd Schneider ne peut tenir sa place à cause d’une hernie discale. Pour les tauliers Lehmann, Ballack, Frings et Neuville, l’EURO austro-suisse fait office de dernier challenge. Leurs coéquipiers, désormais plus aguerris, font heureusement mieux que les seconder. Les valeurs sûres comme Lahm, Schweinsteiger, Podolski, Friedrich, Metzelder, Mertesacker sont de la partie. Klose est également toujours fidèle au poste. La phase de poules s’avère toutefois compliquée. Opposée à la Croatie, la Pologne et l’Autriche, l’Allemagne finit deuxième derrière les croates, concédant notamment une défaite face à ces derniers. En quarts, ils se retrouvent à croiser le fer contre le Portugal, un des favoris de la compétition. Au terme d’un match abouti, les allemands s’imposent (3-2). En demis, ils se montrent réalistes à défaut d’être géniaux contre les surprenants turcs (victoire 3-2 avec seulement quatre tirs cadrés). Sans être transcendante, l’Allemagne atteint donc la finale et affronte l’Espagne. Cette fois, la maitrise est du côté de la Roja qui s’impose 1-0. Un camouflet de plus pour les trentenaires allemands qui échouent une nouvelle fois aux portes du paradis.

Emergence d’une nouvelle génération

Löw est conservé après cet EURO réussi. Il s’applique à tourner la page et rajeunir pour de bon une équipe qui en avait bien besoin dans l’optique du Mondial 2010. Des cadres de la sélection de 2002, seuls Ballack et Klose trouvent leur place dans la nouvelle équipe. Si Lahm, Podolski, Schweinsteiger, Friedrich, Mertesacker et Gomez sont désormais les piliers du NationalElf, on enregistre un afflux de jeunes joueurs directement débarqués de la sélection Espoirs (Mesut Özil, Sami Khedira, Jerome Boateng, Manuel Neuer, Thomas Müller, Holger Badstuber, Marko Marin, Dennis Aogo…) qui prennent le pouvoir. Malheureusement, le suicide du gardien Robert Enke en 2009 endeuille l’équipe et contraint Löw à titulariser Neuer dans les buts. L’équipe finit les qualifications invaincue (huit victoires, deux nuls) et rafle la première place devant la Russie, la Finlande, le Pays de Galles, l’Azerbaïdjan et le Liechtenstein. Seule ombre au tableau, le forfait de Ballack, blessé en toute fin de championnat par Kevin-Prince Boateng. Conséquence, les clés du jeu sont confiées à Özil. Dernier des mohicans, Klose est titulaire en pointe dès l’entame du tournoi. Les allemands surclassent l’Australie d’entrée (4-0) mais s’inclinent à la surprise générale contre la Serbie (0-1). Finalement, ils triomphent du Ghana (1-0) et valident leur ticket pour le tour suivant. L’Angleterre se fait détruire en huitièmes par des allemands euphoriques (4-1). L’Argentine ne fait pas non plus illusion en quarts, surclassée 4-0. Favoris à la victoire finale, les hommes de Löw ne trouvent malheureusement pas la solution contre l’Espagne en demis (défaite 0-1). Comme il y a quatre ans, la Nationalmannschaft finit troisième après sa victoire contre l’Uruguay (3-2) lors de la petite finale.

Après une campagne aussi réussie, le vent a définitivement tourné pour Ballack qui n’est plus titulaire. Il finit par se retirer définitivement en juin 2011. Seul Klose restera dans l’équipe et figurera dans le groupe en 2012 et 2014. A 36 ans, il gagnera la coupe du monde 2014, devenant le seul joueur de cette génération maudite à être titré. Il prendra sa retraite lui aussi après cet ultime mondial.

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