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Kevin Kuranyi, le buteur aux trois passeports

Saison 2002-2003, la Bundesliga tombe sous le charme d’un jeune attaquant jusqu’alors inconnu au bataillon qui enfile les buts sous le maillot du VFB Stuttgart. Grand (1 m 90), costaud, précis des deux pieds, combatif, doté d’un jeu de tête impressionnant et d’une technique plus que correcte pour un joueur de son gabarit, Kevin Kuranyi est alors pressenti pour devenir une des futures stars du football mondial. Certains voient déjà en lui le successeur de Jürgen Klinsmann en sélection allemande. Malheureusement pour le grand Kevin, sa carrière, bien que solide, ne sera pas aussi étincelante que prévue, à cause de mauvais choix. Revenons sur les pérégrinations du buteur aux multiples nationalités.

Parcours en équipe de jeunes

C’est peu de dire que Kevin Dennis Kuranyi est un citoyen du monde. Il est en effet issu d’un melting-pot multinational. Son arrière-grand-père est danois, son grand-père hongrois, son père allemand (né à Paris) et sa mère panaméenne. Ses parents se rencontrent au Brésil et c’est à Rio de Janeiro que Kevin Kuranyi voit le jour le 2 mars 1982. C’est aussi au sein de la nation auriverde qu’il grandit et tape dans ses premiers ballons. Petit, il intègre le petit club carioca de Serrano en 1988. Il y évoluera jusqu’à l’âge de onze ans. Il sera ensuite transféré à Las Promesas Panama, club panaméen. Il y jouera une saison avant de réintégrer Serrano pour deux ans. En 1996, il retourne à Las Promesas pour une pige d’une saison. C’est alors que son père décide de le faire partir en Allemagne pour donner de l’allant à sa carrière de footballeur. Le jeune Kevin est installé dans une famille d’accueil et réalise un essai concluant au VFB Stuttgart. Malgré les sollicitations du FC Augsbourg, il décide de s’engager avec le VFB. Intégré aux équipes de jeunes, il y finit sa formation et débute avec l’équipe B en 2000. Durant cette période, il honore également ses premières sélections avec les U20 allemands.

Les débuts professionnels

Impressionnant avec l’équipe B, il finit par taper dans l’œil du staff de l’équipe première. Il est intégré dans le groupe professionnel pour la saison 2001-2002. Felix Magath, l’entraîneur du VFB, le lance dans le grand bain dès juillet 2001 lors d’un match contre le FC Cologne. Réserviste de luxe, le jeune attaquant inscrit son premier but en championnat en décembre 2001. Ce sera son seul de la saison. Bien que faisant partie du groupe, il est rarement sollicité (seulement cinq apparitions de toute la saison). Laissé le plus souvent à la disposition de l’équipe réserve, il y poursuit son apprentissage du haut niveau. La donne va complètement changer lors de l’exercice 2002-2003. Il effectue des débuts remarqués en Coupe Intertoto puis en coupe d’Allemagne. De bonnes performances qui encouragent son entraîneur à lui donner sa chance en Bundesliga. Kuranyi ne déçoit pas. Il inscrit six buts lors des premières journées de championnat et devient le leader de l’attaque du VFB. Il intègre dans la foulée la sélection Espoirs et devient un des joueurs les plus convoités du Vieux Continent. Éligible pour jouer avec le Brésil ou le Panama, il choisit cependant de continuer à représenter l’Allemagne au plan international. Il effectue ses débuts avec la Nationalmannschaft en mars 2003 contre la Lituanie. Révélation de la saison, il finit à la quatrième place du classement des buteurs de la Bundesliga avec 15 réalisations. Le VFB Stuttgart finit deuxième du championnat derrière le Bayern Munich et se qualifie pour la Champions League.

La confirmation

Après cette saison réussie, il suscite notamment l’intérêt du FC Barcelone et des clubs milanais (Inter et Milan AC). Sa direction le déclare intransférable et le jeune buteur rempile avec son club formateur. La saison 2003-2004 démarre sous de bons auspices. Titulaire indiscutable à la pointe de l’attaque du VFB, il découvre la Champions League. En sélection, il profite des difficultés offensives de l’Allemagne pour figurer régulièrement dans les petits papiers de Rudi Völler, le sélectionneur. Pour sa troisième cape, il inscrit son premier but international contre l’Islande, ouvrant la voie à une qualification de la Nationalmannschaft pour l’EURO 2004. Au plan personnel, sa saison est un peu moins aboutie. Désormais serré de près par les défenses, il inscrit 11 buts en championnat. Il en plantera trois autres durant le parcours du VFB en Champions League (élimination en huitièmes par Chelsea). Stuttgart finit la saison à la quatrième place. Une issue plutôt frustrante pour cette équipe articulée autour de la colonne vertébrale Timo Hildebrand, Philipp Lahm, Alexander Hleb, Kevin Kuranyi. Rudi Völler intègre Kuranyi à la liste des 23 de l’EURO 2004, une consécration pour le jeune joueur qui évoluait encore en réserve deux ans plus tôt. Malheureusement, le parcours de l’Allemagne durant ce tournoi sera un fiasco complet. Piteusement éliminée au premier tour, la Nationalmannschaft a déçu. Pour ses trois apparitions sur le pré, Kuranyi, à l’image de ses partenaires d’attaque (Klose, Bobic, Brdaric, Podolski), ne s’est pas montré décisif, n’inscrivant aucun but.

Dernière saison à Stuttgart et débuts difficiles à Schalke 04

Au sortir de cet EURO catastrophique, sa cote a un peu baissé, mais il demeure pisté par de nombreux grands clubs. Problème, Stuttgart ne compte pas le lâcher. Kuranyi décide donc de ne pas signer de prolongation de contrat afin d’être libre en fin d’exercice. Pour son ultime saison avec son club formateur, il se montre toujours aussi efficace (13 buts en Bundesliga) aux côtés de Cacau. Il trouve également trois fois le chemin des filets en Coupe de l’UEFA. En championnat, la saison est décevante. Le VFB ne finit qu’à la cinquième place, derrière le Bayern Munich, Schalke 04, le Werder Brême et le Hertha Berlin. Déterminé à retrouver la Champions League, Kuranyi entérine son départ en fin de saison. Désireux de rester en Allemagne, il se laisse convaincre par la proposition de Schalke 04 et signe un contrat de cinq ans avec le club de Gelsenkirchen durant l’été 2005 après avoir pris part à la Coupe des Confédérations avec la sélection. La saison 2005-2006 va être compliquée pour lui. Kuranyi peine à s’imposer avec son nouveau club et n’est plus aussi décisif. Schalke 04 est largué en championnat et consomme trois entraîneurs durant cette saison. En Champions League, les choses tournent également au vinaigre. Le club rhénan ne parvient pas à sortir des poules et est reversé en Coupe de l’UEFA (compétition où il atteindra les demi-finales, sorti par Séville FC). Ses contre-performances en club l’éloigneront de la sélection. Il perd définitivement sa place et ne reçoit pas la moindre convocation de toute l’année 2006. S’il retrouve la confiance en fin de saison et finit l’année avec 10 buts en championnat, c’est trop peu pour Jürgen Klinsmann qui décide de se passer de lui pour la Coupe du monde 2006.

Retour en grâce et déboires en sélection

Piqué par sa non-sélection pour le Mondial 2006, Kuranyi démarre la saison suivante le couteau entre les dents. Mis en confiance par Mirko Slomka, son entraîneur, il redevient la terreur des défenses qu’il était (il inscrira 15 buts en championnat, 4e meilleur buteur). Schalke retrouve du mordant et finit la saison à la deuxième place. De nouveau en verve, Kuranyi est rappelé en sélection par Joachim Löw après quinze mois d’absence. Son bilan reste tout aussi positif lors de la saison suivante (15 réalisations en Bundesliga, 3e meilleur buteur). En sélection, il connaît son heure de gloire lors d’un match décisif contre la République Tchèque en mars 2007. Son doublé permet à la Nationalmannschaft de valider son ticket pour l’EURO 2008. Il est logiquement retenu pour cette compétition en fin de saison. Remplaçant, il ne se montre pas décisif durant cet EURO où l’Allemagne atteindra la finale (battue par l’Espagne). La saison 2008-2009 marquera un tournant dans sa carrière. S’il demeure efficace en club (13 réalisations en championnat), c’est en sélection que les choses tourneront mal en octobre 2008. Laissé en tribunes pour un match de qualifications à la coupe du monde 2010 contre la Russie, il quitte le stade pendant la mi-temps sans en aviser personne. Il ne regagnera même pas l’hôtel où était logé la sélection. Cet incident lui vaudra d’être banni de l’équipe nationale. Löw, décide en effet de ne plus jamais faire appel à lui. Du coup, malgré un belle saison 2009-2010 (18 buts en Bundesliga, meilleur total de sa carrière), il est boudé et doit regarder le Mondial 2010 à la télévision.

Expérience en Russie

En mai 2010, un peu avant la fin de la saison, un accord pour le transfert de Kuranyi au Dynamo Moscou est officialisé. En juillet 2010, il signe un contrat de trois ans avec le club moscovite. Il y réalise des débuts fracassants, inscrivant notamment 9 buts en 16 matchs. Problème, le Dynamo a du mal à exister face aux mastodontes que sont le Zenith St-Petersbourg, le Rubin Kazan et les autres clubs moscovites (Spartak, Lokomotiv, CSKA…) et ne finit la saison 2010 (les saisons se jouaient alors sur une année civile en Russie, de mai à novembre) qu’à la septième place. Bien qu’il soit en réussite lors des deux exercices suivants (13 puis 10 buts), son club ne parvient pas à jouer le titre. Kuranyi ne se laisse pas abattre et prolonge son contrat en juillet 2012. Il sera même intronisé capitaine de l’équipe. En 2013-2014, il ne prend part qu’à quinze matchs (8 buts marqués quand même!). S’il semble se plaire dans ce championnat, le manque de médiatisation de la Russian Premier League le dessert énormément. Pour le monde du football, il est allé s’enterrer dans un club qui n’a aucune visibilité internationale (le Dynamo a même du mal à se qualifier pour l’Europa League). Résultat, Kuranyi se fait oublier de la grande majorité des fans de foot. De sorte que lorsqu’il met fin à son aventure moscovite après une ultime saison à 10 buts, pas grand-monde ne s’intéresse à lui.

Retour en Allemagne et fin de carrière

Sans club, Kuranyi regagne l’Allemagne à l’intersaison 2015 pour s’offrir un dernier défi. Mais le fait qu’il ait disparu si longtemps des radars, combiné à son âge avancé (il a alors 33 ans) ne joue pas en sa faveur. Pourtant enclins à donner leur chance aux trentenaires, les grands clubs allemands l’ignorent. C’est finalement Hoffenheim qui lui proposera une pige d’un an. L’expérience va être difficile. Le poids des ans est passé par là et Kuranyi n’est plus le joueur qu’il était. Le plus souvent remplaçant, il ne prend part qu’à une quinzaine de matchs de Bundesliga et ne marque pas le moindre but de toute la saison. Fatalement, son contrat n’est pas renouvelé et il se retrouve de nouveau libre. S’il se déclare toujours actif, il ne trouve pas de club lors des années suivantes. En mars 2017, il annonce sa retraite à 35 ans.

S’il eut une carrière plus que correcte, cette dernière fut plombée par de mauvais choix et son éviction de l’équipe nationale. Si rejoindre Schalke 04, éternel loser de la Bundesliga pouvait encore passer, celui de signer en Russie à 28 ans après une saison pleine l’a énormément desservi. Au point que pour beaucoup, Kuranyi fut un joueur correct sans plus voire un talent gâché. Le fait de n’avoir pas brillé durant les tournois internationaux ou en coupes d’Europe n’a pas aidé non plus. Kuranyi gardera l’image du joueur qui a signé à chaque fois où il ne fallait pas quand il ne le fallait pas.

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