Se faire éditer en Côte d’Ivoire: les premiers retours
Vous avez envoyé votre manuscrit à plusieurs maisons d’édition qui vous ont promis de vous faire un retour après examen de votre prose (ou vos vers, c’est selon). Après quelques semaines/mois d’attente, vous commencez à recevoir vos premières réponses.
Les avis défavorables
Je ne vais pas vous mentir. A ce stade, vous risquez de vivre de sales moments. Votre ego risque de prendre un gros coup et si vous n’y prenez garde, il y a des chances que vous soyez déprimé. Les premiers retours sont rarement positifs. Ne vous en faites cependant pas, pratiquement tous les auteurs passent par là. La principale différence entre la Côte d’Ivoire et les pays occidentaux est qu’ici vous ne recevrez pas vos lettres de refus par la poste mais par mail (il m’a été rapporté que certains éditeurs notifient les refus par SMS). Le plus souvent, c’est une formule de ce type: « Après examen attentif de votre oeuvre nous sommes au regret de vous annoncer que le comité de lecture a émis un avis défavorable… ». Si l’éditeur est un peu plus sérieux, il peut ajouter en pièce jointe le rapport du comité de lecture ou vous faire part des observations des lecteurs dans son mail.
Je dois vous dire que parfois, la lecture des rapports fait très mal. Une chose est sûre, si vous vous preniez pour le nouveau Kourouma ou le Césaire du XXIe siècle, vous redescendrez vite sur terre quand vous lirez la liste des insuffisances de votre style et de votre vocabulaire. Il ne faut toutefois pas se laisser abattre. Tout le monde passe par là et certaines de ces critiques sont constructives. Par contre, il ne faut pas perdre de vue une chose, une maison d’édition a avant tout des visées commerciales. Son but est de gagner de l’argent en investissant dans des écrits. De ce fait, elle sélectionne les textes qui présentent un minimum d’intérêt commercial à ses yeux. C’est ce critère, et non la pure qualité littéraire, qui est primordial. Ainsi une oeuvre magnifique peut être refusée parce que l’éditeur la juge difficilement vendable. Inversement, une pure merde peut être acceptée simplement parce qu’elle est facile à marqueter. Ne vous dites donc pas que vous êtes un pauvre raté simplement parce que vous avez essuyé des refus d’éditeur. Persévérez et cherchez constamment à améliorer votre style et vos textes. Si votre oeuvre ne reçoit que des refus, n’insistez pas. Retravaillez-la et renvoyer-la plus tard en changeant le titre. Et tenez compte des critiques pour vos prochaines productions.
Posture à éviter
Ne vous dites pas que vous avez toujours raison et ne vous complaisez pas dans la posture du génie incompris. Ce n’est pas très productif et vous n’en serez que plus frustré. La critique fait partie intégrante du métier d’écrivain. Si vous n’êtes pas capable de la gérer alors que vous n’êtes que débutant, vous risquez de prendre cher une fois que vous serez publié. Il faut accepter de prendre sur soi et de se remettre parfois en cause.
La réponse favorable
Elle survient généralement après avoir essuyé quelques refus d’autres maisons d’édition. Si vous êtes chanceux, vous en aurez plusieurs mais c’est assez rare d’avoir plus de deux avis favorables pour des contrats à compte d’éditeur. Vous serez notifié soit par mail soit directement au téléphone. Dans ce dernier cas de figure, c’est un représentant de la maison d’édition qui vous appelle. Le plus souvent, il vous annonce que votre manuscrit est retenu pour édition et vous fixe un rendez-vous pour pouvoir discuter du contrat d’édition.
A ce stade, je vous recommande de ne pas vous montrer trop euphorique. Ne claironnez pas partout que vous allez être publié tant que vous n’aurez pas lu et signé le contrat. En effet, si vous ne parvenez pas à tomber d’accord avec l’éditeur, les choses n’iront pas plus loin. La seule satisfaction que vous aurez est de savoir que votre ouvrage a un potentiel commercial et qu’il pourrait donc intéresser d’autres éditeurs. Si vous recevez plusieurs réponses positives, c’est le top. Vous aurez ainsi le choix et si vous avez la fibre du négociateur vous pourrez même vous servir de l’intérêt d’une autre maison d’édition pour mieux négocier votre contrat.
Dernière chose, avoir des réponses favorables ne signifie pas que les propositions qui vous seront faites seront bonnes. En effet, nombre de maisons d’édition peu scrupuleuses proposent des pseudo-contrats à titre d’éditeur qui sont au mieux des contrats en coédition, voire des contrats à compte d’auteur (je reviendrai sur ces différences dans un futur article). Tout ce qui brille n’est donc pas de l’or et il convient de rester prudent afin de ne pas se faire abuser.
Posture à éviter
Ne vous prenez pas à rêver. Avoir une réponse favorable ne suffit pas à faire de vous un grand écrivain. N’ayez pas trop d’exigences. Mettez vous dans la posture de l’apprenant et ne pensez pas directement à l’argent. Dans la majeure partie des cas, la première oeuvre ne rapporte presque rien à son auteur, mais elle lui sert de billet d’entrée pour le microcosme de l’édition. Ne signez pas non plus le premier contrat venu sans avoir bien lu et bien compris toutes les clauses.
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